Gaston Monnerville, né le à Cayenne (Guyane) et mort le à Paris 16 est un homme d’Etat français, président du Sénat pendant plus de 20 ans.
Sous la , il est député de la Guyane de 1932 à 1940 et sous-secrétaire d'État aux Colonies de 1937 à 1938, dans deux des gouvernements de Camille Chautemps. Membre de la Résistance française durant la Seconde Guerre mondiale, il siège à l'Assemblée consultative provisoire à la Libération. Président du Conseil de la République à partir de 1947, il préside ensuite le Sénat sous la , jusqu'à sa décision de ne pas se représenter en 1968. En 1948, il quitte sa circonscription de la Guyane pour le département du Lot, dont il est président du conseil général.
S'affirmant comme l'un des principaux opposants à la pratique institutionnelle du général de Gaulle, il se prononce pour le « non » au référendum constitutionnel de 1962 sur l'élection au suffrage universel direct du président de la République. Il est membre du Conseil constitutionnel de 1974 à 1983, nommé par son successeur à la présidence du Sénat, Alain Poher.
Situation personnelle Famille Gaston Monnerville est le plus souvent présenté comme « petit-fils d'un esclave »Monnerville, Gaston - Ancien sénateur du Lot - www.senat.fr...
Du côté paternel, Gaston Monnerville est issu de Marc Saint-Yves Monnerville, fonctionnaire de l'administration coloniale, fils de Pierre, commerçant propriétaire, maire de Case-Pilote, commune de la Martinique, puis conseiller général de ce département. Là encore, il faudrait rechercher s'il était propriétaire d'esclaves et s'il a été indemnisé à ce titre en 1848. Marc Saint-Yves Monnerville est révoqué par le gouverneur du territoire pour avoir refusé de soutenir le candidat officiel à une élection législative..
Du côté maternel, Gaston Monnerville est le fils de Marie-Françoise Orville, couturière, fille de cultivateurs, certainement descendante d'esclaves. Les parents de celle-ci sont nés en 1830 et avaient donc 17 ans lors de l'abolition de 1848.
Tous sont natifs de Case-Pilote.
Un de ses frères, Pierre Monnerville, est également engagé en politique, étant député socialiste de 1956 à 1967.
Formation Gaston Monnerville étudie au lycée de Cayenne. En 1912, boursier, il quitte la Guyane et entre en classe de seconde au lycée Pierre-de-Fermat, à Toulouse. Le brillant élève opte pour les lettres et choisit de suivre la classe de philosophie.
Étudiant aux facultés de lettres et de droit de l'université de Toulouse, Gaston Monnerville passe à la fois sa licence de lettres et sa licence à l'École de droit de Toulouse, avec les félicitations du jury. C'est également avec les félicitations du jury qu'il est reçu, en 1921, docteur en droit, après avoir soutenu une thèse sur l'enrichissement sans cause.
Carrière d’avocat En 1918, Gaston Monnerville s'inscrit au barreau de Toulouse. Il quitte Toulouse pour s'inscrire, en 1921, au barreau de Paris. Il entre ensuite au cabinet d'un célèbre avocat et homme politique, César Campinchi, dont il est le principal collaborateur pendant huit ans. En 1927, il est élu président de l'Union des jeunes avocats à la cour de Paris (UJA de Paris).
Gaston Monnerville plaide dans plusieurs grands procès. C'est notamment le cas en 1931, dans l'affaire Galmot, où 14 Guyanais sont jugés à la cour d'assises de Nantes après l'émeute provoquée en 1928 par la fraude électorale et la mort suspecte de Jean Galmot. Avec Alexandre Fourny, Alexandre Zévaès et Henry Torrès, Gaston Monnerville assure la défense des accusés. Les jurés se prononcent pour l'acquittement après une plaidoirie jugée excellente de Monnerville..
En marge de son métier d'avocat, Gaston Monnerville collabore en tant que journaliste avec la station Radio Tour Eiffel.
Franc-maçonnerie Selon son collaborateur et biographe Jean-Paul Brunet, la franc-maçonnerie est au cœur de l'engagement politique de Gaston Monnerville..
Celui-ci est initié à l'âge de , dans la loge , de la Grande Loge de France. Il suit un long parcours dans l'obédience et appartient à plusieurs ateliers au cours de sa vie. Il entre dans les hauts-grades au sein d'un chapitre de perfection en 1935 et accède au Suprême conseil à partir de 1937. Il est élu comme conseiller fédéral en 1932 et occupe le poste de vénérable maitre de loge de 1935 à 1937...
Parcours politique
Député de la Guyane vignette|gauche|redresse|Gaston Monnerville, député de la Guyane (1932).
Première élection À la suite de l'affaire Galmot, il lui est proposé de se présenter aux élections législatives de 1932 en Guyane, contre le député sortant, Eugène Lautier. Il est élu à une majorité considérable député.
Discours du « drame juif » Le , place du Trocadéro, il prononce le discours dit du « drame juif », qui évoque le génocide des Héréros et des Namas et pressent la Shoah.
Réélection triomphale de 1936 Candidat à un second mandat de député lors des élections législatives de 1936, il a pour seul opposant le communiste Constant Chlore, qui critique l'administration coloniale et mise sur les classes populaires. Le député sortant l'emporte avec 82 % des suffrages exprimés dès le premier tour ; le scrutin est marqué par une forte abstention (48 % des inscrits), qui peut s'expliquer par l'absence de réel duel et par les réticences de certains radicaux à soutenir Monnerville, accusé de manquer de sérieux budgétaire. Néanmoins, cette réélection acte la « mainmise » de Gaston Monnerville sur la Guyane.
Maire non-effectif de Cayenne Alors qu'il est très actif en métropole, Gaston Monnerville se présente comme tête de liste aux élections municipales de 1935 à Cayenne, où il se rend pour faire campagne seulement une semaine avant le scrutin. Il est le candidat qui obtient le plus grand nombre de voix, ce qui lui donne la légitimité pour être élu maire dans la foulée. Cependant, sa présence à Paris le conduit à déléguer ses fonctions, faisant de lui un maire sur le papier mais pas dans les faits..
Entre son accession à la mairie de campagne et l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale, Gaston Monnerville ne revient que deux fois en Guyane : en pour célébrer le tricentenaire du rattachement à la France des Antilles et de la Guyane, puis pour la campagne législative de 1936. À cette dernière occasion, après être arrivé en Martinique, il prend, pour rejoindre la Guyane, un hydravion, qui s'abîme en mer : quatre personnes sont tuées et plusieurs autres blessées, seul Gaston Monnerville étant épargné.
Sous-secrétaire d'État aux Colonies Dans les troisième et quatrième gouvernements de Camille Chautemps, il est sous-secrétaire d’État aux colonies en 1937 et 1938. Ses ministres de tutelle sont Marius Moutet puis Théodore Steeg. Cette nomination est déjà considérée par ses contemporains comme un évènement historique pour la Guyane, car il s’agit de la première fois dans l’histoire qu’un homme politique issu de ce territoire entre au gouvernement français.
La nomination d'un homme de couleur à des fonctions ministérielles en France déplaît aux gouvernements de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste. Par exemple, dans L'Azione coloniale du , un article titré annonce que le sous-secrétariat d'État aux Colonies et commente : . Cependant des hommes noirs ont déjà été nommés à ce poste de sous-secrétaire d'État, notamment Blaise Diagne dans le cabinet Laval de 1931 et Gratien Candace dans les cabinets Herriot et Paul-Boncour de 1932-1933Dominique Chathuant, Nous qui ne cultivons pas le préjugé de race. Histoire d'un siècle de doute sur le racisme en France, Paris, Le Félin, 2021, p. 168..
À la chute du Front populaire, en , Gaston Monnerville envoie un dernier convoi au bagne. Sur son initiative, en tant que sous-secrétaire aux Colonies, un décret-loi du , est signé par le président de la République Albert Lebrun, pour abolir la déportation. En , il est un des cinq parlementaires envoyés en mission d’enquête au Cameroun et au Tchad, où il retrouve une dernière fois le gouverneur Félix Éboué, qu'il avait rencontré pour la première fois en alors qu'il visitait son ancien collège à Cayenne.
Résistance et engagement post-Libération
Hostilité au régime de Vichy Engagé volontaire dans la marine de à la formation du cabinet Pétain, Gaston Monnerville participe à la protestation conduite par Gratien Candace à Vichy contre les premières mesures discriminatoiresDominique Chathuant, Nous qui ne cultivons pas le préjugé de race. Histoire(s) d'un siècle de doute sur le racisme en France, Paris, Le Félin, 2021, p. 190..
Membre actif de la Résistance Il fait ensuite partie de la Résistance. Il prend contact avec le capitaine Chevance et entre dans le mouvement Combat sous le nom de « Saint-Just », en hommage à son oncle, Saint-Just Orville, maire de Case-Pilote, en Martinique.
En , Gaston Monnerville aide les enfants de Félix et Eugénie Éboué à franchir la frontière espagnole pour rejoindre leurs parents à Brazzaville.
Après la Libération, Gaston Monnerville siège à l’Assemblée consultative provisoire. Le Gouvernement provisoire de la République française le charge de préparer le statut de l’outre-mer français. La vieille revendication d'accorder le statut de département français aux « quatre vieilles colonies » aboutit : en 1946, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion deviennent des départements d'outre-mer.
Membre des Assemblées nationales constituantes
Gaston Monnerville est membre des deux Assemblées nationales constituantes, en 1945-1946.
Président du Conseil de la République thumb|upright|Gaston Monnerville et des enfants célébrant Noël (vers 1947).
Deuxième homme de l'État
Au début du mois de il fait partie de la dizaine de personnalités politiques, économiques et syndicales appelées à siéger dans le tout nouveau Conseil au plan en voie de constitution sous l'autorité de Jean Monnet.
Gaston Monnerville est élu sénateur de la Guyane lors des élections de 1946. Il devient dans la foulée vice-président du Conseil de la République (ancien Sénat). Il est reconduit dans cette fonction le « 3. — Nomination du bureau définitif », dans .« 6. — Élection du bureau définitif », dans ..
Le , il brigue la présidence de la haute assemblée après la mort d'Auguste Champetier de Ribes (MRP). Avec le soutien du centre et de la droite, il l'emporte au second tour avec contre 131 pour le communiste Henri Martel, soutenu par les socialistes... Il est alors la première personnalité originaire de l'ancien Empire colonial français à accéder à cette fonction.
vignette|left|Gaston Monnerville et Jacques Fourcade sous la Quatrième République. Gaston Monnerville est réélu à la tête du Conseil de la République chaque année jusqu’à la fin de la Quatrième République. À l'occasion des élections sénatoriales de 1948, il change de circonscription, quittant la Guyane pour le département du Lot. Il siège au sein du groupe de la Gauche démocratique.
Il s’implique dans la commémoration du centenaire de la Deuxième République fondée en 1848 et de la célébration du décret d’abolition de l’esclavage. Le , il prononce un discours à la Sorbonne annonçant l’entrée au Panthéon de Victor Schœlcher et de Félix Éboué, réalisée le .
Élection présidentielle de 1953
Lors de l'élection présidentielle de 1953, alors que René Coty est élu chef de l'État au treizième tour de scrutin, la candidature de Gaston Monnerville aurait été défavorisée en vue de ce scrutin par sa couleur de peau, d’après son biographe Jean-Paul Brunet.. L'historienne Georgette Elgey rappelle elle aussi qu'après l'élection de Coty, le sénateur guyanais déplorait que sa couleur de peau l'eût empêché de devenir président de la République.
Retour au pouvoir du général de Gaulle En 1958, il joue un rôle important dans le retour de Charles de Gaulle au pouvoir en se rendant à Saint-Cloud, avec André Le Troquer, pour un entretien sur les modalités de l’investiture du Général et le respect de la Constitution.
Président du Sénat