L'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (en bulgare : , ВМРО ; en macédonien : , ВМРО), abrégé en VMRO, ou en français ORIM, est une organisation politique, militaire et révolutionnaire active dans les territoires ottomans d'Europe de la fin du au début du .

Fondée en 1893, son but initial était l'autonomie des régions ottomanes allant de la Macédoine à Andrinople. À partir de 1896, les membres de l'organisation combattent les forces ottomanes grâce à des tactiques de guérilla et leurs opérations sont couronnées de succès puisqu'ils parviennent à établir un « État dans l'État » dans certaines régions, collectant eux-mêmes des impôts. Ces efforts s'intensifient en 1903 avec l'insurrection d'Ilinden, lors de laquelle près de rebelles du VMRO se battent contre ottomans. Le soulèvement se solde toutefois par un échec, et après la fin des combats, les Ottomans détruisent une centaine de villages et le VRMO se tourne vers le terrorisme. Au cours des guerres balkaniques et de la Première Guerre mondiale, le VMRO soutient l'armée bulgare et épaule les autorités bulgares lorsqu'il prend le contrôle temporaire de régions de Macédoine et de Thrace. À cette époque, les revendications d'une autonomie macédonienne au sein de l'Empire ottoman sont abandonnées et le VMRO soutient plutôt un éventuel rattachement à la Bulgarie.

Après la Première Guerre mondiale, le mouvement se divise en deux organisations : l'une garde le nom de VMRO, tandis que l'autre devient l' (ITRO). Le VMRO, qui cherche alors à faire modifier les frontières issues du partage de la Macédoine en 1913 entre la Serbie, la Grèce et la Bulgarie, gagne une réputation de réseau terroriste. Contestant ce partage de la Macédoine, les membres du VMRO lancent régulièrement des raids depuis Pétritch, en Bulgarie, vers les territoires devenus grecs et yougoslaves. Leur implantation en Bulgarie est cependant compromise par le traité de Niš, signé en 1923 par la Yougoslavie et la Bulgarie et interdisant à cette dernière de protéger l'organisation. Celle-ci réagit alors en assassinant le Premier ministre bulgare Alexandre Stamboliyski, avec l'aide d'autres mouvements bulgares opposés à celui-ci. Pendant l'entre-deux-guerres, le VMRO collabore aussi avec les Oustachis croates et ils élaborent ensemble l'assassinat d'Alexandre de Yougoslavie en 1934. Après le coup d'État en Bulgarie en 1934, le siège du VMRO à Pétritch est investi par l'armée bulgare et l'organisation est anéantie.

L'organisation a changé de nom plusieurs fois (voir plus bas). Les derniers groupes sont éliminés par la Yougoslavie et la Bulgarie, mais elle semble ressurgir après la fin des états communistes dans les années 1990, car un certain nombre de nouveaux partis politiques revendiquent le nom et l'héritage du VMRO. Tels que VMRO - Mouvement national bulgare en Bulgarie et VMRO-DPMNE en Macédoine du Nord.

Époque ottomane Fondation et objectifs

thumb|Damé Grouev. L'organisation est fondée en 1893. à Thessalonique par un petit groupe de révolutionnaires macédono-bulgares qui considéraient la Macédoine comme une région indivisible et que ses habitants étaient tous « macédoniens », quelles que soient leur religion ou appartenance ethnique.. En pratique, la plupart des partisans de l'organisation étaient slaves orthodoxes. Selon certaines sources, ils étaient aussi contre les aspirations des États voisins sur la région. Le VMRO apparaît dès sa fondation comme une société secrète révolutionnaire, et son but premier est l'autonomie des régions de Macédoine et d'Andrinople dans l'Empire ottoman., même s'il apparaît qu'au tout début, l'autonomie était vue comme un premier pas avant une union avec la Bulgarie.Идеята за автономия като тактика в програмите на национално-освободителното движение в Македония и Одринско (1893–1941), Димитър Гоцев, 1983, Изд. на Българска Академия на Науките, София, 1983, c. 34.. Cet objectif est ensuite remplacé par l'idée de transformer les Balkans en État fédéral, la Macédoine et la Thrace y étant des membres égaux vis-à-vis des autresThe Times, (Londres), 16 septembre 1924, . An interview with Todor Alexandrov... Cette idée d'autonomie était uniquement politique et n'avait pas pour objectif de sécession ethnique, les Macédoniens slaves resteraient considérés comme des Bulgares.. Par ailleurs, même les partisans d'une Macédoine et d'une Thrace totalement indépendantes n'ont jamais mis en doute le caractère bulgare des populations slaves locales.. L'organisation est fondée par Hristo Tatartchev, Damé Grouev, Petar Pop-Arsov, Andon Dimitrov, Hristo Batandjiev et Ivan Hadjinikolov. Ceux-ci sont tous, à l'exception d'Ivan Hadjinikolov, étroitement liés au lycée bulgare de garçons de Thessalonique. Après la rédaction des mémoires de Hristo Tatartchev en 1894, le mouvement est appelé Organisation révolutionnaire macédonienne (MRO). Ivan Hadjinikolov a lui aussi laissé ses mémoires, dans lesquelles il souligne les cinq principes de la fondation du MRO :

thumb|left|Gotsé Deltchev La « région d'Andrinople » était le nom général donné par l'organisation aux régions de Thrace qui, comme la Macédoine, étaient restées sous domination ottomane et où vivait une majorité de Thraciens bulgares. Le mouvement révolutionnaire organisé a commencé en Thrace en 1895, lorsque Damé Grouev a recruté Hristo Kotsev, né à Chtip et professeur au lycée bulgare d'Andrinople. Agissant pour le compte du comité central, Kotsev installe un comité régional dans sa ville, initiative suivie de nombreuses fois par la suite à travers la région..

Selon des preuves historiques Guiortché Pétrov, dans ses mémoires à propos du congrès de Salonique en 1896. Пейо Яворов, "Събрани съчинения", Том втори, "Гоце Делчев", Издателство "Български писател", София, 1977, стр. 27: "Тоя събор утвърждава един устав на революционната организация, почти копие на стария български, твърде оригинален с положението, че само еkзархисти българи се приемат за членове на комитетите.", les historiens bulgares, occidentaux et russes Duncan Perry, The Politics of Terror: The Macedonian Liberation Movements, 1893–1903, Durham, Duke University Press, 1988, , 210 n. 10. Fikret Adanir, Die Makedonische Frage: ihre entestehung und etwicklung bis 1908, Wiessbaden 1979, . Пандев, К. "Устави и правилници на ВМОРО преди Илинденско-Преображенското въстание", Исторически преглед, 1969, кн. I, стр. 68—80. Пандев, К. "Устави и правилници на ВМОРО преди Илинденско-Преображенското въстание", Извeстия на Института за история, т. 21, 1970, стр. 250–257. Константин Пандев, Национално-освободителното движение в Македония и Одринско, София, 1979, с. 129–130. (Konstantin Pandev, The National Liberation Movement in Macedonia and the Odrin Region, Sofia 1979, .)Болгарское национальное движение в Македонии и Фракии в 1894–1908 гг., Идеология, программа, практика политической борьбы, Лабаури Дмитрий Олегович, Местоиздаване и издателство: София, Академическое изд. им. проф. Марина Дринова Година на издаване: 2008, стр.7 . pensent qu'en 1896 ou 1897, l'organisation a changé de nom et s'est rebaptisée « Comités révolutionnaires bulgares macédono-andrinopolitains », un nom qu'elle conserve jusqu'en 1902, lorsqu'elle devient « l'Organisation révolutionnaire secrète macédono-andrinopolitaine ». Ces noms successifs sont toutefois uniquement supposés, puisqu'ils n'apparaissent pas dans les documents officiels de l'organisation, mais sur des statuts non datés. Le changement de nom de 1905 est quant à lui certifié, et le mouvement devient alors « l'Organisation révolutionnaire intérieure macédono-andrinopolitaine » (IMARO). Le nom définitif, « Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne », date quant à lui de 1920.

thumb|Des activistes du VMRO arrêtés par la police ottomane. L'objectif affiché du premier comité était l'union de tous les individus insatisfaits par l'oppression ottomane en Macédoine et en Thrace. L'organisation espéra recueillir non seulement le soutien des Slaves, mais aussi des Valaques, des Grecs et même des Turcs peuplant la région. Les efforts étaient concentrés sur la propagande morale et les perspectives de rébellion et de terrorisme paraissaient encore loin. L'organisation se développe rapidement : en seulement quelques années, le comité avait réussi à établir un large réseau d'organismes locaux à travers la Macédoine et la Thrace. Ces organismes étaient habituellement centrés autour des écoles de l'exarchat bulgare et ils étaient animés par des chefs locaux ou des instituteurs bulgares. left|thumb|Carte allemande des peuples des Balkans au début du .

Bien que le VMRO ait été majoritairement bulgare dès sa fondation, il favorisait l'idée d'une autonomie macédonienne, préférait se dissocier des politiques bulgares officielles et n'était pas sous contrôle gouvernemental. Ses fondateurs pensaient en outre qu'un mouvement autonomiste était plus à même d'obtenir le soutien des puissances occidentales qu'un mouvement aux ordres du gouvernement bulgare, bien que les peuples de ces régions aient été considérées comme bulgarophones par les linguistes (qui ne faisaient pas encore la distinction entre le bulgare et le macédonien, comme on le voit sur la carte allemande ci-contre).

De plus, certains de ses chefs les plus jeunes avaient épousé des idées radicales, socialistes ou anarchistes et leur objectif était l'instauration d'une nouvelle forme de gouvernement plutôt que l'unification avec la Bulgarie. Ces considérations entraînèrent finalement la modification des statuts de l'organisation, qui n'était elle-même plus ouverte aux seuls Bulgares, mais aussi à tous les autres habitants de la région sans distinction ethnique. Dans les faits cependant, à part quelques Valaques, les membres étaient en très grande majorité bulgaresХр. Силянов, “Освободителнитe борби на Македония, том I”, изд. на Илинденската Орг., София, 1933 (Hristo Silyanov, The Liberational Struggles of Macedonia, vol. 1, The Ilinden Organisation, Sofia, 1933.). Les membres de droite restèrent quant à eux toujours majoritairement favorables à une annexion bulgare.

L'ORIMA était financée de différentes manières : une cotisation que chaque adhérent devait verser ; par des aides de l’État bulgare mais dont les variations — destinées à maintenir un certain équilibre entre les différents mouvements révolutionnaires patriotiques — agaçaient les dirigeants de l'organisation ; des dons de Bulgares aisés.

Au fur et à mesure de l'accroissement de l'organisation et de la volonté d'armer tant les groupes para-militaires que la population, l'insuffisance des moyens de financement traditionnels devient criante. L'ORIMA commence alors à pratiquer l'enlèvement de riches Turcs afin d'obtenir des rançons en contrepartie de leur libération. Par la suite, elle inventa la prise d'otages de nationalités étrangères, « pour financer leurs activités, puis pour attirer l'attention internationale »Henry Laurens, « Le terrorisme, personnage historique », in Terrorismes : Histoire et droit, dir. Henry Laurens et Mireille Delmas-Marty, CNRS éditions, 2010, 25. Mais certaines de ces tentatives d'enlèvement échouent ou connaissent une fin tragique pour les victimes ce qui entraine des arrestations, des tortures et des répressions massives envers les membres de l'ORIMA.

Conflit armé contre les Ottomans En 1897, la police ottomane découvre un dépôt secret de munitions du VMRO près de la frontière bulgare. La répression à grande échelle qui est menée contre les membres de l'organisation mettent fin à l'idéalisme des débuts et le VMRO se transforme en mouvement de guérilleros, engageant des attaques contre des dignitaires ottomans ainsi que contre les traîtres supposés. Les groupes armés, appelés tcheti (чети) après 1903, mènent aussi des combats contre les partisans des gouvernements grec et serbe. thumb|right|Des membres du VMRO de Lerin (aujourd'hui Florina, Macédoine grecque), en 1903.