La guerre de Succession d'Autriche oppose de 1740 à 1748 deux coalitions d'États européens, dont les principaux sont : la France, la Prusse et la Bavière, d'une part ; l'Autriche, la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et la Russie, d'autre part.
Ce conflit à l'échelle de l'Europe a pour origine le problème de la succession de l'empereur Charles VI (1685-1740) à la tête des États héréditaires de la maison de Habsbourg (notamment l'archiduché d'Autriche, le royaume de Bohême et le royaume de Hongrie), problème qu'il pensait avoir résolu par la Pragmatique Sanction de 1713, selon laquelle sa succession pourrait revenir à une de ses filles, au détriment des filles de son frère aîné Joseph (1678-1711). Mais en 1740, sa fille aînée, Marie-Thérèse (née en 1717), voit se dresser contre elle un certain nombre d'adversaires (dont certains ont pourtant accepté la Pragmatique Sanction), qui veulent profiter de sa jeunesse et de son inexpérience, malgré la présence de son époux un peu plus âgé, François de Lorraine (1708-1765), élu empereur seulement en 1745La fonction (élective) d'empereur, chef du Saint-Empire, est strictement masculine. Entre Charles VI et François , l'empereur élu est Charles VII, électeur de Bavière, ennemi de Marie-Thérèse pendant la guerre de Succession..
Cette guerre se déroule sur plusieurs théâtres d'opération successifs : d'abord en Silésie, où la Prusse s'impose facilement et signe avec Marie-Thérèse une paix séparée dès 1742 ; en Bohême, où les Bavarois et leurs alliés français s'emparent de Prague, mais sont obligés de battre en retraite à la fin de 1742 ; en 1743, ils subissent des revers en Allemagne durant cette retraite ; la France porte alors son effort vers les Pays-Bas autrichiens (actuelle Belgique) où elle s'impose durant les campagnes menées de 1744 à 1748.
Les négociations menées à Aix-la-Chapelle en 1748 permettent d'arriver à un traité de paix le .
Origines Succession de Charles VI
vignette|gauche|Marie-Thérèse. Charles VI, empereur romain germanique et chef de la maison de Habsbourg, meurt le . Roi de Bohême, roi de Hongrie et archiduc d'Autriche (ses titres principaux), il ne laisse que deux filles mais souhaite léguer ses possessions patrimoniales à l'aînée d'entre elles, Marie-Thérèse. Il avait prévu cette situation dès 1713 en édictant la « Pragmatique Sanction » qui a été ratifiée par l'ensemble des États européens, avec beaucoup de difficultés. En ce qui concerne la dignité impériale (qui n'est pas héréditaire, mais élective), elle ne peut pas être tenue par une femme, mais Marie-Thérèse pense pouvoir faire élire Empereur son époux François de Lorraine.
En 1740, Marie-Thérèse est une jolie femme âgée de 23 ans, elle a déjà eu trois filles dont une est morte au berceau, mais elle est susceptible d'être contestée par de nombreux hommes d’État européens sceptiques quant à la capacité de l’Autriche à survivre à la lutte qui suivrait la mort de son monarqueCoxe, William (1847), Histoire de la Maison d’Autriche, Éditions Nabu, 1847, p. 242. (réédition : 2010).. Des princes qui lui sont apparentés envisagent de la remplacer à la tête des territoires patrimoniaux des Habsbourg ou du moins de s'emparer d'une partie de ces territoires, notamment l'électeur de Bavière Charles-Albert et l'électeur de Saxe Frédéric-Auguste II, roi de Pologne sous le nom d'Auguste III.
Retournement de la Prusse contre l'Autriche vignette|L'Europe après le traité de Vienne de 1738, à la veille de la guerre.
C'est pourtant un souverain que Marie-Thérèse considère comme son allié le plus fidèle et dont personne ne soupçonne encore l'ambition et la duplicité, qui lance les hostilités : , tout nouveau roi de Prusse, puisque son père, , est mort le .
Dans un premier temps, en contrepartie de son vote à l'élection impériale, Frédéric demande la Silésie, la plus riche possession de Marie-Thérèse, peuplée d'un million d'habitants. La cour de Vienne s'étonne d'une telle ambition. Puis, sans déclaration de guerre, l'armée de Frédéric, petite mais très bien entraînée et équipée de fusils modernes permettant de tirer cinq coups par minute quand ses adversaires en tirent trois, envahit la région convoitée en .
Une grande partie de la Silésie est occupée par l'armée prussienne qui y établit ses campements d'hiver. Cette opération permet à de doubler sa population et de prendre le contrôle d'une importante industrie.
Marie-Thérèse espère une intervention du roi , qui est également électeur de Hanovre. Mais, même si ce dernier est favorable à une intervention armée, les parlementaires britanniques et le Premier ministre Robert Walpole refusent à ce moment d'entraîner le pays dans le conflit.
Retournement de la France et alliance avec la Prusse vignette|250px|gauche|La bataille de Lauffeld le est une lourde défaite anglo-néerlandaise face aux troupes françaises (tableau de Lenfant).
La France a accepté la Pragmatique Sanction seulement à la fin de la guerre de Succession de Pologne (accords préliminaires de et traité de Vienne de 1738).
Dans l'opinion française existe cependant un courant souhaitant profiter de la situation à Vienne pour affaiblir l'ennemi traditionnel Habsbourg. Le comte de Belle-Isle, gouverneur des Trois-Évêchés, ainsi que des duchés de Lorraine et de BarLors du traité de Vienne de 1738, les duchés de Lorraine et de Bar ont été concédés à Stanislas Leszczynski, roi de Pologne déchu et en exil, beau-père de Louis XV, en attendant leur annexion par la France à sa mort., se fait le champion de cette position, alors que le cardinal de Fleury, principal ministre, a un point de vue plus pacifique.
Le parti belliciste soutient la thèse de l'électeur de Bavière, Charles-Albert, selon laquelle la Pragmatique Sanction lèse ses intérêts. Louis cède en partie à ce courant : la France soutiendra les prétentions impériales de l'électeur de Bavière, laissant à Marie-Thérèse son domaine héréditaire. Le , il envoie le duc de Belle-Isle, à qui il vient de remettre le bâton de maréchal, comme ambassadeur à Francfort, capitale de l'Empire.
Le , un traité d'alliance contre l'Autriche est signé à Munich, au château de Nymphenburg, entre la Bavière, la France et l'Espagne (traité de Nymphenburg où la France est représentée par le comte de Sade, père du marquis), traité auquel d'autres parties adhèrent ensuite, notamment la Prusse (, la France étant ici représentée par Belle-Isle), l'électeur de Saxe, l'électeur palatin, l'électeur de Cologne.
Marie-Thérèse se plaignant du non-respect par la France du traité de Vienne de 1738, Fleury répond avec les arguments suivants : tout d'abord la reconnaissance de la Pragmatique sanction en 1738 était en fait soumise à une clause « sauf préjudice d'un tiers » ; puis, ce traité de Vienne n'avait pas encore été ratifié par la Diète d'Empire.
La France ne déclare pas la guerre à l'Autriche — elle ne le fera que le , après le traité de Worms entre l'Autriche et la Sardaigne. Jusqu'à cette date, les troupes françaises envoyées en Allemagne et Bohême sont simplement mises à la disposition de l'électeur de Bavière.
Formation d'une coalition autour de l'Autriche La Grande-Bretagne et les Provinces-Unies, traditionnels opposants à l'hégémonie de la France, décident d'entrer en guerre aux côtés de l'Autriche à la suite de l'alliance franco-prussienne.
Par la suite, l'électorat de Saxe abandonne la lutte contre l'Autriche et rejoint la coalition pro-autrichienne.
Enfin, en 1743, Marie-Thérèse signe avec le royaume de Sardaigne de , qui est un oncle maternel de , le traité de Worms ().
Déroulement vignette|La Couronne de Bohême, théâtre des premiers affrontements.
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La première guerre de Silésie (1740-1742)
Les campagnes de 1741 et 1742 La plus grande partie de la Silésie étant occupée par les troupes prussiennes en , les forces autrichiennes se sont retirées dans les forteresses de Glogau, de Brieg et de Neisse. Au printemps 1741, Léopold II d'Anhalt-Dessau, au service de la Prusse, conquiert Glogau () pendant qu'une armée autrichienne approche sous le commandement du maréchal Wilhelm Reinhard de Neipperg. Les Prussiens de Frédéric et Curt Christophe de Schwerin remportent la bataille de Mollwitz, près de Brieg, ().
La France s'allie à la Prusse le et son armée traverse le Rhin le , puis entre en Bohême en direction de Prague.
Le , un accord secret (convention de Klein-SchnellendorfLocalité de Silésie, aujourd'hui en Pologne. Page allemande : Geheimkonvention von Klein-Schnellendorf.) est conclu entre les Prussiens et les Autrichiens : cessation (non officielle) des hostilités ; abandon par l'Autriche de la Basse-Silésie ; prévisions de négociation de la paix. La conséquence la plus importante est la possibilité pour les Autrichiens présents à Neisse, sous le commandement du général Neipperg de quitter librement cette place qui tombe sans grand combat aux mains des Prussiens.
Mais Frédéric, constatant les succès franco-bavarois en Bohême (prise de Prague le ) répudie cet accord et se joint aux forces alliées : l'armée prussienne envahit à son tour la Bohême ; la place forte d'Olmütz est prise le .
Le , la Prusse remporte la bataille de Chotusitz une victoire décisive sur les forces autrichiennes commandées par Charles Alexandre de Lorraine, beau-frère de Marie-Thérèse, poussant celle-ci à négocier une paix séparée.
La paix séparée entre la Prusse et l'Autriche (1742) Le , le traité de Breslau met fin aux combats. Les conditions de cet armistice sont confirmées par le traité de Berlin signé le , qui conclut la première guerre de Silésie.
La Prusse conserve les territoires qu'elle a conquis (la plus grande partie de la Silésie jusqu'à la rivière Oppa au sud-est ainsi que le comté de Glatz) et s'engage à respecter la Pragmatique Sanction.
Par cette paix séparée, la Prusse laisse la France seule avec l'embarras d'une guerre où elle l'a poussée.
La guerre en Bohême et en Bavière (1741-1742) Prise de Prague par les Franco-Bavarois (octobre 1741) Durant l'été 1741, les forces franco-bavaroises (les Français sont engagés en principe sous le commandement des Bavarois) alliées à la Prusse () prennent la direction de Vienne et s'emparent de Linz le . Le , Marie-Thérèse, venue à Buda en tant que reine de Hongrie, obtient de la diète hongroise un soutien militaire qui va mettre à sa disposition . Elle reçoit aussi le soutien du baron Franz de Trenck, qui met à sa disposition une unité de pandoures.
Vienne paraissant devoir être trop bien défendue, les troupes franco-bavaroises se tournent vers Prague, capitale du royaume de Bohême, qui est prise le par Maurice de Saxe. L'électeur de Bavière, Charles Albert, se fait couronner roi de Bohême, avant d'être élu empereur le sous le nom de Charles VII.
Une opération annexe : la neutralisation du Hanovre (octobre 1741) En , un corps d'armée commandé par le maréchal de Maillebois entre en Westphalie pour contrôler les Provinces-Unies et le Hanovre, où le roi d'Angleterre et électeur de Hanovre George II réunit des troupes. Le , il renonce à entrer immédiatement dans le conflit et signe la convention établissant la neutralité de l'électorat.
Contre-offensive autrichienne et prise de Munich (février 1742) Fin 1741, les forces autrichiennes se réorganisent ; les troupes qui ont évacué Neisse en Silésie intègrent un corps commandé par le général von Khevenhüller. Ce corps d'armée réussit à reprendre Linz et la Haute-Autriche, en battant un corps français commandé par le général de Ségur.
Un autre corps commandé par le général BärenklauJohann Leopold Bärenklau (1700-1746), cf. site Deutsche Biographie attaque la Bavière en partant du Tyrol et prend Munich le .
L'intervention prussienne en Bohême (1742)