La culture de Peiligang () est une culture archéologique de la période de néolithisation (7000 - ) de la Chine. Plus de découverts dans le bassin du fleuve Jaune, en Chine, sont rattachés à cette culture. Elle présente de fortes similitudes avec la culture de Cishan, si bien qu'elles sont parfois considérées comme un ensemble culturel unique : Cishan-Peiligang. Elles ont été précédées par une longue période prénéolithique, dispersée et sans continuité, de chasseurs et cueilleurs de céréales sauvages semi-sédentarisés. La culture de Peiligang, en complément de la chasse et de la cueillette, a commencé à pratiquer la culture du millet des oiseaux Earliest domestication of common millet (Panicum miliaceum) in East Asia extended to 10,000 years ago, Proceedings of the National Academy of Sciences, USA, 5 mai 2009, 106(18), p.7367–7372. C'est le lieu de la première domestication connue du millet conjointement avec la culture de Cishan.

Historique vignette|redresse=2|Néolithisation et premières cultures néolithiques en Chine

Le site de Peiligang, près de Xinzheng, dans le Henan, a été découvert en 1976He Li, La Céramique chinoise, 2006, . De nombreux autres sites ont été découverts par la suite. Jiahu, découvert en 1962, est aujourd'hui considéré comme le plus grand site relevant de la culture de Peiligang. Les premières céramiques relevant de cette culture ont été mises au jour en 1962 dans le Henan

Aire géographique Les sites de la culture de Peiligang sont dispersés sur une vaste surface de plaines vallonnées environnant le cours moyen du fleuve Jaune, dans la région centrale du Henan, autour de Zhengzhou, et vers le Sud presque jusqu'au Huai He, qui présente une carte des principaux sites en question, ..

Chronologie Selon les datations au carbone 14, la culture de Peiligang a existé d'environ 7000 à , qui présente une carte des principaux sites en question, .

Habitat Les villages couvrent entre quelques centaines de mètres carrés et quelques hectares. Sur la plaine alluviale les installations sont relativement plus grandes, comme celle de Jiahu () à Wuyang et Tanghu () sur Xinzheng, qui ont dû être occupées toute l'année.

En fonction de leur environnement, on peut distinguer les traces de villages entre les collines, petits et avec de bien rares dépôts, ou dans les plaines, plus étendus avec des restes plus riches et plus complexes. Ce pourrait être le signe de différents modes de subsistance et de résidence, avec des campements saisonniers sur les collines, et d'éventuelles différences en termes de « complexité » ou de « hiérarchie » sociale embryonnaireCes termes de « complexité » et « hiérarchie » sociale, ainsi que le terme de « chefferie », qui sont employés dans et dans l'ensemble de l'ouvrage, caractéristiques des anthropologues néo-évolutionnistes américains, dont Julian Steward, sont vivement critiqués par Alain Testart dans Éléments de classification des sociétés, éditions Errance 2005, et dans Avant l'histoire : L'évolution des sociétés de Lascaux à Carnac, Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, 2012 (en particulier p.54 et suivantes). Le rapport des chasseurs-cueilleurs aux autres sociétés y est étudié, selon que ces chasseurs-cueilleurs d'autrfois, du Paléolithique jusqu'au Néolithique lorsque la mobilité ou la semi-sédentarité étaient adaptées à la faune et à la flore, ou selon qu'il s'agisse des petits groupes de l'époque moderne, enclavés, contraints à une stratégie de fuite pour survivre, ces deux périodes et contextes ne peuvent être assimilés. Par ailleurs les sociétés de chasseurs-cueilleurs modernes, leurs structures sociales, le droit qui s'y applique, n'en sont pas moins "complexes" que les autres, l'auteur le démontre et en tire de nombreuses conclusions..

Mode de subsistance De récentes fouilles effectuées sur le site de Jiahu (à Wuyang) montrent que les pratiques de chasse, pêche et cueillette ont longtemps prévalu avant que la production agricole ne prenne une certaine importance, au cours des pendant lesquels ce lieu a été occupé.

Les restes d'animaux permettent de se faire une idée du cadre naturel dans lequel s'est développée la culture de Peiligang. De nombreuses traces de bovins, de cerfs et d'ovins semblent indiquer l'existence de nombreuses espèces disponibles pour la chasse. Les restes d'animaux aquatiques, poissons, alligators, moules d'eau douce, montrent la richesse des cours d'eau et des marais. Le climat semble avoir été à peu près le même qu'aujourd'huiZhang Juzhong, Huanjing yu Peiligang wenhua, cité par David Keightley, « The Environment of Ancient China », in Loewe et Saughnessy, The Cambridge History of Ancient China, Cambridge University Press, 1999, . La flore était tout aussi riche : glands, noix, noisettes, jujube, prunes et châtaignes d'eauCuite immédiatement ou bien séchée, elle se conserve plus d'un an pour être consommée ultérieurement.. Tandis que la chasse et la cueillette apportaient à cette économie de prédation l'essentiel des ressources alimentaires, on y a élevé aussi des porcs et des chiens, les seuls animaux d'élevage.

On a trouvé sur les sites de Peiligang de nombreuses faucilles denticulées et des meules de pierre et leur rouleau broyeur, et ces meules représentent entre 14 % et 39 % des outils. Cependant les faucilles ont pu être utilisées aussi bien pour couper des céréales que d'autres plantes, et des analyses faites sur des restes déposés sur les meules montrent que celles-ci étaient surtout utilisées pour écraser des glands, et dans une moindre proportion des grains de soja, des tubercules et du millet qui se réfère à : ..

On a longtemps considéré que Peiligang avait atteint un haut niveau d'agriculture, mais les relevés archéologiques montrent aujourd’hui que ces populations ont pratiqué un large spectre d'approvisionnement dans lequel la production agricole ne représente qu'une faible part de l'ensemble, bien qu'elle ait été en progression constante sur la période.

La culture de Peiligang est caractérisée par de très anciens témoignages de culture du millet. Mais le site de Shangshan (9400 - ), dans la plaine alluviale située en amont du montre des chasseurs-cueilleurs pratiquant une céramique primitive, poreuse et cuite à basse température, et consommant du riz sauvage ou en cours de domestication. « Les chasseurs-cueilleurs du début de l'Holocène s'étaient lancés dans l'exploitation intensive de noix et de céréales (riz sauvage et millet) ». Le riz, identifié comme étant domestiqué, ne représente alors que 10 % des résidus végétaux, ce qui suggère que les habitants de la culture de Peiligang se sont surtout nourris de plantes sauvages.

Céramique Avec celle de Cishan (Chine) et celles de Hassuna et Samarra en Mésopotamie, c'est l'une des premières cultures ayant produit une céramique de grande qualité.

Des céramiques grossières ont été produites très tôt en Chine par des populations de chasseurs cueilleurs du Paléolithique récent, en Chine du Sud dans la grotte de Yuchanyan (Hunan), dans celle de Zengpiyan (Guangxi) et dans celle de Xianren. Datées de avant le présent (AP), ce sont peut-être les plus anciennes poteries connues dans le monde, légèrement antérieures aux premières poteries du Japon, trouvées sur les sites de Simomouchi et d'Odai Yamamoto et datées d'environ Jean Guilaine, Caïn, Abel, Ôtzi : L'héritage néolithique, Gallimard, 2011, p.149. Toutefois, des tessons de poterie de la grotte de Xianren auraient été datés de .

La poterie de Peiligang, variée, permet la cuisson et offre divers plats ou jarres pour la conservation des aliments. Certains tiennent sur trois petits pieds, comme les tripodes traditionnels en Chine. Les céramiques sont de deux types : la poterie ordinaire et celle à grain sableux. Ces différences tiennent autant à des modes de vie différents qu'aux techniques en usage pour la création d'objets d'utilité courante. Les pièces à consistance sableuse servaient à la cuisson, tandis que les terres cuites ordinaires servaient aux autres usages. Toutes ces pièces étaient plus ou moins poreuses et fragiles. La teinte rouge pouvait avoir des nuances orange et ocre, quelques-unes étant grises. Sur le site de Jiahu, des jarres à col assez large semblent avoir contenu des boissons fermentées à base de riz, de miel, de baies d'aubépine et/ou de grains de raisin.

On trouve aussi des outils de pierre taillée et de pierre polie.

Jiahu Habitat Le site de Jiahu, occupé sur la longue durée, de 7000 à , a livré , de nombreuses fosses de stockage, quelques fours et des cimetières. Tout étant assez rapproché, les installations nouvelles sont construites sur d'anciens emplacements. Les maisons, les silos enterrés et les cimetières constituent des zones de regroupement qui témoignent d'une grande constance dans l'organisation spatiale. La majorité des habitations ne dépassent guère les . Elles sont la plupart du temps rondes et semi-enterrées. Leur sol comporte d'épaisses couches de dépôts : tessons, outils usagés et restes de faune et de flore. L'interprétation de ces restes semble montrer une population qui continue de pratiquer d'anciennes coutumes de vie itinérante tout en donnant des signes d'une adaptation partielle à la vie sédentaire. L’ensemble des restes d'objets impliqués dans une pratique de production agricole représente seulement 6,8 % de l'ensemble des objets façonnés et utilisés au début de l'installation et cette proportion s'élève à 53,4 % lors de la phase finale. Tandis qu'une part importante de la population continuait à pratiquer chasse et collecte, la part du travail de production liée à la vie sédentaire n'a fait que croitre. La santé physique de la population a baissé, ce qui semble indiquer une réduction de la diversité alimentaire causée par la pratique agricole et la vie sédentaire.

Sépultures Les archéologues pensent que les communautés Peiligang étaient assez égalitaires, avec une « organisation politique » embryonnaire. Les différences entre les tombes et leurs dépôts restent peu importantes, bien que certaines tombes aient contenu des instruments de musique et ces singulières carapaces de tortue, tortues néanmoins d’une espèce commune à cette époque et en ce lieu. Cependant, il est à noter que les tombes contenant des meules étaient systématiquement des tombes de femmes, tandis que les tombes contenant de grandes quantités d’articles de chasse et de pêche étaient habituellement des tombes d’hommes. Les tombes à objets rituels (carapaces de tortues et flutes) étaient généralement plus grandes et plus riches en dépôts divers. Dans cette société globalement égalitaire, certains étaient attachés à des fonctions spécifiques et peut-être considérés avec un statut spécial.

Carapaces de tortues Les tombes tardives du site de Jiahu contenaient des objets remarquables : des carapaces de tortues perforées, avec par exemple dans la partie supérieure et plusieurs dans la partie inférieure conservée. D'autres portaient des marques incisées. Ce pourrait être des offrandes funéraires, typiques de la culture de Beixin-Dawenkou, située à l'est de PeiligangCorinne Debaine-Francfort, in , qui développe cette interférence entre des cultures dont la phase ultime de Peiligang pourrait avoir été contemporaine d'une des phases de Dawenkou.. Des carapaces identiques associées à environ cailloux ont été déposées de chaque côté du défunt dans une tombe du site de Dawenkou. Certains ont interprété ces carapaces comme des « hochets » (ou crécelles).

vignette|Flute en os. Culture de Peiligang. Découverte en 1987 dans le xian de Wuyang, Henan. Musée national de Chine