Le Centre national des indépendants et paysans (CNIP), fondé en janvier 1949 sous le nom de Centre national des indépendants (CNI), est un parti politique français classé à droite de l’échiquier politique. En 1951, le CNI absorbe le Parti paysan d'union sociale (PPUS) de Paul Antier et intègre ensuite le Parti républicain de la liberté (PRL) et l’Action républicaine et sociale (ARS).
Successeur de l’Alliance démocratique, parti très important sous la Troisième République durant les années 1930, c'est l'un des piliers de la vie politique de la Quatrième République (1946-1958). Ses figures principales sont René Coty, président de la République de janvier 1954 à janvier 1959, Paul Reynaud et Antoine Pinay, qui ont tous deux été présidents du Conseil.
Le CNIP entend à l'origine réunir les courants de la droite non-gaulliste, conservatrice et libérale, hostile au dirigisme des partis de gauche (PCF et SFIO) ou du centre (MRP).
Après avoir soutenu le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958, il rompt avec lui en 1962, provoquant la scission des Républicains indépendants autour de Valéry Giscard d'Estaing.
En , lors de son Comité Directeur électif, Bruno North a été réélu à la majorité, Président du Mouvement. Il est accompagné dans son mandat par James Rolland élu Secrétaire Général du parti.
Histoire Origines
L'initiateur : Roger Duchet, sénateur-maire de Beaune vignette|180px|gauche|Roger Duchet. Le CNI est créé à l'initiative de Roger Duchet (1904-1981), sénateur-maire de Beaune. Celui-ci, membre du Parti radical avant la Seconde Guerre mondiale, a d'abord été maréchaliste et vichyste après le coup d'état du 10 juillet 1940, mais il a adhéré au Front national, satellite du Parti communiste, à la fin de la guerre. Destitué de son mandat en 1944 par le comité local de Libération, il n'est cependant pas sanctionné par la commission d'épuration du départementale, .
Rompant avec les radicaux après la guerre, il se présente en 1946 comme indépendant aux élections sénatoriales et devient secrétaire d'un nouveau groupe, réunissant les sénateurs élus sous la même étiquette que lui au Conseil de la République, qu'il entreprend de rapprocher de celui qui s'est formé à l'Assemblée nationale.
Le Centre national des républicains indépendants (1948-1949) L'annonce de la création du « centre national des Républicains indépendants » (CNRI) est faite par communiqué de presse le , dans la perspective des élections sénatoriales de novembre.. le présentent comme la réunion de . Toutefois, le centre national exercera des fonctions partisanes en accordant des investitures à des candidats et en arbitrant les divergences entre ses membres.
Pour les élections sénatoriales du 7 novembre 1948, le CNRI s'allie au Rassemblement des gauches républicaines (RGR) et parvient à plus que doubler son nombre de sièges, passant de 21 à 44,
Par ailleurs, le PRL a dix élus et les Paysans seize. Cependant, les sénateurs du futur CNI continuent à siéger dans des groupes différents : Parti républicain de la liberté (PRL, 1948-1952), les Républicains indépendants (RI) et le Centre républicain d'action paysanne et sociale (CRAPS).
Fondation du CNI (janvier 1949) Début , Roger Duchet organise un repas au restaurant La Rôtisserie de la reine Pédauque avec Robert Sérot, Marcel Roclore, Georges Pernot, René Coty et Jean Boivin-Champeaux, lors duquel est débattu la forme que pourrait prendre une structure politique prolongeant l'initiative prise en juillet et couronnée de succès aux élections de novembre. Alors que certains défendent la relance de la Fédération républicaine de la Troisième République, les participants s'accordent finalement pour confirmer et renforcer le « centre national » avec à sa tête Roger Duchet en tant que secrétaire général.
Les statuts du Centre national des indépendants (CNI) sont déposés le et publiés le au J.O. par les sénateurs Roger Duchet, René Coty et Jean Boivin-Champeaux..
L'objectif politique de ce parti est de concurrencer le MRP, centristes et démocrates chrétiens, et de contenir l'émergence du RPF fondé en 1947 par le général de Gaulle. Il s'agit de proposer une offre politique de droite modérée refusant de participer à des coalitions avec la SFIO (à la différence du MRP), a fortiori avec le PCF (mais celui-ci a été évincé du gouvernement par la SFIO et le MRP en 1947).
Le CNI peut compter dès sa création sur un groupe républicain indépendant à l'Assemblée nationale comme au Conseil de la République, tous deux en place depuis plusieurs années. Le parti entend également rassembler les élus de petites formations parlementaires comme le Parti républicain de la liberté et les autres tendances des républicains modérés.
Comme le PRL, il a « fait dans l'ensemble un discret mais excellent accueil aux anciens vichystes ». notamment «Jacques Bardoux, Jean de Broglie, Henri Caillemer, Jean Chamant, Marcelle Devaud, Henri Dorgères, Jacques Isorni, Camille Laurens, Jacques Le Roy Ladurie, Eugène Pébellier, Emmanuel Temple ou François Valentin ».
Fondation du CNIP (1951) et unification de la droite (1951-1956) Le , le CNI devient le Centre national des indépendants et des paysans (CNIP) après l'absorption du Parti paysan d'union sociale (PPUS) de Paul Antier..
Le CNIP fédère dès lors plusieurs composantes représentées dans son comité directeur : le Centre national des Républicains indépendants (CNRI), le PPUS et l'Union des indépendants (UDI) de Raymond Marcellin auxquelles s'ajouteront en 1954 l'IARS issue du RPF (cf. infra) et l'Alliance démocratique (AD) de Pierre-Étienne Flandin.
Avec 14 % des suffrages aux élections de 1951, et après avoir réussi à fusionner en son sein toutes les tendances modérées de la droite, le CNIP souhaite un groupe parlementaire unique autour de l'historique groupe parlementaire des Républicains indépendants.
Mais une partie de ses membres, notamment les ex-PRL, continuent à siéger au sein du groupe Centre républicain d'action paysanne et sociale et des démocrates indépendants (CRAPS) qui persiste jusqu'à sa fusion avec les RI en 1956 dans le groupe IPAS.
Le CNIP parvient alors à faire cohabiter en son sein des hommes dont les trajectoires sous l'occupation avaient été divergentes. Ainsi, il accueille dans son groupe parlementaire Jacques Isorni, ancien résistant, mais aussi ancien avocat du maréchal Pétain en 1945. Antoine Pinay, brièvement membre du Conseil national du régime de Vichy, et Joseph Laniel, résistant historique, membre du CNR, mais très tôt partisan d'une amnistie effaçant des condamnations de la période dite d'épuration, deviennent présidents du Conseil.
Le CNIP sous la Quatrième République
Un parti de gouvernement
vignette|Antoine Pinay, président du Conseil (1952) et l'un des ministres des Finances les plus marquants qu'a connu la France, reste la figure tutélaire du CNIP.|redresse
vignette|Joseph Laniel, président du Conseil pendant près d'un an en 1953-1954.|redresse
Le CNIP est présent au gouvernement dès la première législature de la Quatrième République (1946-1951), mais joue un rôle central au cours de la deuxième (1951-1955), en devenant après les élections de 1951 le premier groupe parlementaire avec l'appoint des ARS (dissidents du RPF) qui ont voté l’investiture d'Antoine Pinay en .
Antoine Pinay est président du Conseil de mars 1952 à janvier 1953 et Joseph Laniel de juin 1953 à juin 1954.
René Coty est élu président de la République en décembre 1953 (mandat de janvier 1954 à janvier 1958).
En 1953, Antoine Pinay est élu président d'honneur du CNIP. En 1954, le CNIP tient son premier « congrès » qui se substitue aux « journées nationales d'études » organisées depuis sa création.
vignette|René Coty, fondateur du CNIP et plusieurs fois ministre est élu président de la République en 1953.|redresse
Anti-communiste, conservateur sur le plan social et libéral sur le plan économique, le CNIP est alors largement financé par le patronat et les lobbies agricoles ou coloniaux.. En politique étrangère, la majorité des indépendants est plutôt favorable à l'intégration européenne et à l'alliance atlantique ce qui les rapproche du MRP.
En ce qui concerne l'insurrection algérienne commencée en novembre 1954, le CNIP est partisan de l'Algérie française, mais à cette époque, c'est le cas de la plupart des hommes politiques français.