vignette|Semblable à beaucoup d'autres, un shtetl de Galicie orientale, ici Starasól et sa rue centrale avant la Première Guerre mondiale. Pitchi poï, en yiddish פיטשי פוי, est un idiomatisme de la langue des Ashkénazes qui désigne une campagne ou un trou perdu. Il est employé depuis le début de la Shoah pour nommer les camps d'extermination nazis. C'est en ce sens que l'expression, écrite en un seul mot, est depuis entrée dans le lexique des langues véhiculaires.

Un lieu sans nom {| class="toccolours" style="float: right; margin-left: 1em; margin-right: 2em; font-size: 100%; background:#c6dbf7; width:28em; max-width: 75%;" cellspacing="5" | style="text-align: left;" |

Dans un pt'it hameau, Trouperdu,L'est une pt'it' maison de chaume. Tombe une pluie, vient de la neige.C'est là qu'habitent deux voisins,Sotiki, Motiki, Sotse, Motse,Mais c'est Tsotse qu'on les appelle!.|- | style="text-align: right; font-size: 90%;" |La berceuse Dans un village, Pitiè Poï.R. Rubin, Jewish Life "The Old Country", coll. Folkways records, , Folkways Records & Service Corp., New York, 1958..

|}Pitchi poï signifie en yiddish littéralement trou perdu, c'est-à-dire un tout petit hameau de rien du tout, seulement quelques maisons, un shtetl si pauvre qu'il n'y a pas de rabbin de la moindre renommée, qu'aucune marieuse ne voudrait s'y rendre. L'expression pourrait se traduire par « le pays de nulle part ». C'est l'équivalent du diable Vauvert. פיטשי [pit͡ʃi] désigne le coup ou la trace du coup, laissée par un marteau par exemple, un trou donc. Le mot est une substantivation du phononyme allemand pitsch !. פוי, [poi] ou [foi], est une interjection qui signifie pouah !, pfui ! en allemand.

Leizer RanLeizer Ran, in Di goldéné Keyt, 1983., archiviste au YIVO, expose que le mot a été popularisé par une comptine qui a été écrite, ou transmise, par et qui était chantée dans les jardins d'enfants du Yiddishland avant ou pendant la Première Guerre mondiale. La chansonnette, In a stetelè Pitiè PoïL. Ran, trad. Aby Wieviorka, « Pourquoi "Pitchipoï". Biographie d'une chanson populaire. », in Pardès, 1992., a été recueillie dans l'immédiat après guerre par Ruth Rubin auprès d'un immigrant de Varsovie installé dans le BronxRuth Rubin Legacy. Pitchipoï y est le signifiant d'un lieu insignifiant, l'allégorie d'un village imaginaire mais un village de misère.

Un lieu innommable vignette|Plaque érigée en 1993H. Hatzfeld & P. Facchinetti, « Ancienne gare de déportation de Bobigny. Cité de la Muette. Mémorial de Drancy. Quelle patrimonialisation ? Visite-débat. », IPAPIC, Paris, 2 juillet 2013. et aujourd'hui posée à droite de l'entrée principale de la gare du Bourget Drancy, place des Déportés, au point de départ pour Pitchipoï. La métonymie est employée durant la Seconde Guerre mondiale, non sans un certain humour noir, par des Juifs de France et d'ailleursMary Lowenthal , To Paint Her Life Charlotte Salomon in the Nazi Era., , HarperCollins, New York, 1994 pour désigner la destination inconnue, mystérieuse et redoutable des convois de déportés, là-bas, quelque part, très loin « vers l'est ». Ce néologisme se retrouve dans la bouche des enfants qui ont été internés, selon les accords Oberg-Bousquet, dans le camp de Drancy à la suite des arrestations inaugurées par la rafle du Vel d'Hiv, celles qui, sans plus masquer le plan génocidaire, n'épargnent plus ni les enfants, ni les femmes, ni les vieillards. L'un de ces enfants, détenu à l'âge de six ans dans la cité de la Muette durant les dernières semaines de 1942, témoigne.

Le chef de la Gestapo Heinrich Himmler a en effet délibérément organisé les arrestations de façon que les familles soient tenues dans l'incertitude. L'effet recherché, et obtenu, est en même temps d'occulter ce qui pourrait provoquer une résistance, de terroriser, de créer une situation d'ignorance, et donc d'impuissance, face à un danger. Pitchipoï devient alors la réponse ironique à l'W. Kielar, Anus mundi : cinq ans à Auschwitz, Robert Laffont, Paris, 1980., parodie sinistre de l'Agnus Dei et moment final de l'Anno Mundi théorisés par les nazis, le nom du « trou du cul du monde » où devraient finir ceux que leur entreprise de déshumanisation vise à réduire à l'état de déchet.

Annexes Bibliographie Gérard Avran, On partait pour Pitchipoï, coll. N'oublions jamais !, Association Écrits et Mémoires, Angers, 2000 . Jean-Claude Moscovici, Voyage à Pitchipoï, L'École des loisirs, 1995

Sources

Voir aussi

Juifs polonais. Pitchipoï, film testamentaire de Charles Najman. Peachy Poy, village de La Terre promise'', cent vingt et unième bande dessinée Lucky Luke. Écoute s'il pleut. Léon Lehrer

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