(latin : Flavius Iustinus Iunior Augustus, grec : ) règne sur l'Empire byzantin du à sa mort le ; il est le neveu et successeur de Justinien.
Il occupe d'importantes fonctions sous le règne de son oncle. Bien que l'étendue exacte de son influence ne soit pas connue, celle-ci est suffisante pour lui permettre de s'imposer rapidement sur le trône. Il peut notamment s'appuyer sur sa femme, l'impératrice Sophie, particulièrement influente. D'emblée, il est confronté à la fragilité de l'Empire agrandi par son prédécesseur. En butte à des difficultés économiques et aux conséquences des vagues de peste justinienne, Justin manque de ressources pour consolider les frontières, malgré une politique fiscale parfois qualifiée de rigoureuse. En parallèle, il essaie aussi d'assurer l'unité religieuse de l'Empire mais oscille, à l'égard du monophysisme, entre tolérance, recherche d'unité et répression, sans résultats durables.
Sur le plan extérieur, il tente de mettre fin aux tributs payés aux Avars et aux Sassanides. Cependant, les premiers accroissent leur influence dans la région du Danube, au point de menacer l'Empire alors que leurs alliés, les Lombards, fondent sur l'Italie byzantine tout juste reconquise et encore très fragile. Justin ne peut faire face à cette menace et le royaume lombard s'installe notamment au nord de la péninsule. Quant aux Sassanides, Justin est aux prises avec leur empereur , dans une rivalité diplomatique qui tourne à l'affrontement militaire à partir de 572, dans lequel les Byzantins se retrouvent rapidement sur la défensive. Face à cette suite de revers, Justin II sombre dans une folie dont l'origine reste mystérieuse mais qui le frappe d'incapacité vers 574. Cette maladie l'oblige à confier le pouvoir à sa femme et à son favori, le césar Tibère, qui lui succède à sa mort, en 578.
Sources
Sources primaires vignette|L'inscription dite de Penmachno, découverte au pays de Galles, contient un texte qui mentionne (In te(m)po(re) Iust(ini) con(sulis. . .). Des historiens y ont vu une potentielle référence à Justin II, ce qui attesterait de liens lointains avec l'ancienne Bretagne romaine..|alt=Photographie d'une pierre gravée d'inscriptions latines. Plusieurs sources permettent d'approcher le règne de Justin II. La chronographie de Ménandre le Protecteur, qui poursuit l'œuvre d'Agathias, souffre de son caractère parcellaire car bien des parties ont disparu. Toutefois, il adopte un biais plutôt favorable à Justin II, minimisant l'impact de la folie qui le frappe et insistant sur son intransigeance face aux ennemis de l'Empire. Le livre V de l’Histoire ecclésiastique d'Évagre le Scolastique est bien plus complet mais présente un biais fortement hostile à Justin II, notamment dans sa gestion des guerres contre les Sassanides, l'accusant d'envies irréalistes de détruire cet adversaire. Il critique aussi sa personnalité, pleine de luxure, d'arrogance et porteuse de sa folie à venir.. Autre religieux contemporain de Justin II, Jean d'Éphèse semble avoir pleinement côtoyé la cour impériale et le récit qu'il en tire est particulièrement riche. Mais en raison de ses convictions monophysites, il est aussi hostile à l'empereur et ses écrits doivent donc être pris avec un certain recul. Pour autant, il se distingue d'Évagre par un ton plus compassionnel quant à la maladie qui frappe l'empereur. Des historiens plus ou moins contemporains de Justin, mais dont les travaux ont disparu, ont parfois pu servir de matériaux pour d'autres chroniques, comme ceux de Théophane de Byzance dont l’Histoire ne nous est pas parvenue.
Si Théophylacte Simocatta est principalement connu comme source pour le règne de l'empereur Maurice, son récit débute dès 565 et peut donc être mobilisé pour analyser la politique étrangère de Justin II, même si la chronologie est parfois douteuse. Plus tardif, le récit de Théophane le Confesseur s'appuie grandement sur celui de Jean Malalas pour la période considérée mais s'en détache parfois., notamment dans un sens plus favorable à Justin II dont il loue la piété mais qu'il décrit malgré tout comme autoritaire. D'autres chroniqueurs qui écrivent plusieurs siècles après la mort de Justin II peuvent être pris en compte, avec des réserves, dès lors qu'ils s'appuient potentiellement sur des textes aujourd'hui perdus, comme les chroniques syriaques de Michel le Syrien ou de Bar Hebraeus.
D'autres sources plus ou moins fiables peuvent être convoquées comme l'Éloge de Justin le Jeune (In laudem Justini minoris) par Corippe, écrivain de langue latine qui livre une sorte de panégyrique en faveur de Justin II à l'occasion de son accession au trône mais souffre des biais propres à ce style littéraire ouvertement favorable à l'empereur. En revanche, il éclaire les événements entourant cette accession.. De même que ce texte est l'un des derniers témoignages de ce type de littérature en latin, tout en attestant de l'influence grandissante du christianisme, un poème de Dioscore d'Aphrodité dédié à Justin II est un des derniers exemples de production égyptienne rattachable au genre antique. Là aussi, l'usage de références chrétiennes, pour souligner notamment la piété de l'empereur, symbolisent la christianisation de plus en plus grande de la production littéraire..
Ces écrivains traitent surtout des événements d'Orient. Pour les événements d'Italie, on se référera aux registres du pape (590-604) et à l'œuvre de Paul Diacre qui vit sous Charlemagne et qui écrit une Histoire des Lombards (Historia Langobardorum), allant des origines à l'an 744 (mort du roi Liutprand). Ce récit offre donc un éclairage sur les débuts de l'invasion lombarde de l'Italie. On trouve également des remarques sur chez des auteurs occidentaux comme Grégoire de Tours (Histoire des Francs) et Jean de Biclar (Chronique), permettant de saisir des éléments des relations entre l'Empire byzantin et les royaumes d'Europe occidentale. Dans l'ensemble, Justin II jouit d'une image positive parmi les auteurs occidentaux de son époque, comme Jean de Biclar, vraisemblablement en raison de ses convictions religieuses favorables aux conclusions du concile de Chalcédoine. Ainsi, l'évêque de Poitiers Venance Fortunat loue son orthodoxie religieuse dans le poème qu'il lui dédie en remerciements de l'envoi d'un fragment de la Vraie Croix. En revanche, Grégoire de Tous, peut-être influencé par des récits byzantins hostiles à Justin II, lui est moins favorable..
Les pièces de monnaie frappées sous portent encore des légendes en latin, ce qui porte à croire que cette langue était encore dominante à la cour. Toutefois, s'il faut en croire Corippe, les discours faits devant l'empereur l'étaient en latin ou en grec. Michel le Syrien, auteur plus tardif du et dont les informations sont souvent fiables, écrit de Justin II qu'il est le « dernier Franc » à gouverner l'Empire romain. Sous la plume d'un auteur de l'époque des Croisades, l'expression peut signifier qu'il est le dernier empereur d'origine latine, ou associé à la latinité, à diriger l'Empire.
Perspectives modernes
Les études sur le règne de Justin II s'inscrivent plus largement dans la perspective du règne de Justinien, dont la durée et l'ampleur des réalisations tendent à en faire un référentiel majeur de l'histoire byzantine. Successeur immédiat d'un oncle au règne glorieux, Justin II souffre quelque peu de cette ombre. Peu d'études spécifiques à ce personnage historique existent : on trouve une monographie de Kurt Groh qui date de 1889 et un autre ouvrage de Ernst Stein, guère plus récent, puisque publié en 1919. Averil Cameron souligne que ses années de pouvoir sont généralement survolées, laissant l'image d'un empereur peu amène, dont certains choix sont catastrophiques, et qui a sombré dans la folie. Par ailleurs, son règne est souvent inclus dans une analyse plus globale des successeurs directs de Justinien, confrontés à la gestion d'un héritage fragile.
Dur à son égard, l'historien du Edward Gibbon écrit que .. Dans son étude, Ernst Stein a un regard plus favorable sur Justin II, dont il estime l'énergie mise à rétablir les finances de l'Empire. En cela, il se distingue d'un Kurt Groh, plus attentif à s'attacher à des épisodes spécifiques du règne, comme l'influence prépondérante de l'impératrice ou le déclin cognitif de l'empereur qu'il rattache à l'idée de déclin de l'Empire après la gloire de Justinien. Il dit ainsi : .
D'autres historiens plus modernes sont également critiques. Warren Treadgold estime que Justin a trop confiance dans les capacités de l'Empire à faire face à ses nombreux défis et ne dispose pas des compétences de son prédécesseur pour le gouvernement. A. H. M. Jones le qualifie de mégalomane et d'irresponsable dans sa diplomatie. Dans l'ensemble, les historiens notent la continuité des politiques de Justin avec celles de son prédécesseur mais surtout les difficultés parfois insurmontables auxquelles il fait face, en particulier financières, qui l'obligent parfois à des prises de décision délicates quand elles ne provoquent pas des crises, en particulier le choix de ne plus payer le tribut aux Sassanides. Michel Kaplan note ainsi la continuité parfaite, jusque dans les difficultés, entre Justinien et Justin, 124..
Averil Cameron se montre bien plus pondérée sur Justin II, estimant que le déclin de son esprit lié à la maladie a affaibli sa réputation. Tout en soulignant le rôle de Sophie, elle estime que Justin est énergique et ambitieux, rude dans sa politique financière, ce qui lui vaut également une mauvaise image, mais actif sur les plans religieux et artistiques et dont la politique extérieure est mésestimée. Elle place aussi le règne de Justin dans une perspective plus large. Si son règne s'inscrit dans une réelle continuité avec celui de Justinien, il ouvre aussi une période de transformations profondes pour l'Empire d'Orient, confirmant l'évanouissement ou la disparition de certains éléments traditionnels de l'Empire romain et voyant le renforcement de menaces qui vont peser sur les décennies à venir de l'Empire, en particulier la reprise des hostilités avec les Sassanides ou la guerre avec les Avars.
Succession de Justinien vignette|gauche|Mosaïque représentant Justinien dans la basilique San Vitale (Ravenne).|alt=Mosaïques représentant le buste d'un empereur. Jeunesse et ascension
Les premières années de la vie de Justin sont nimbées d'un certain mystère. Si le Synopsis Chronike, un texte parfois attribué à Théodore Skoutariotès, est fiable, alors Justin serait né en 511 car il serait mort à l'âge de soixante-sept ans. Toutefois, cette source date du et sa véracité reste incertaine. La plupart des historiens reconnaissent qu'il est né avant 520 car Corippe le décrit comme d'âge mûr quand il accède au trône. Sa mère est Vigilantia, la sœur de l'empereur Justinien. Si la famille de celui-ci est mal connue, il est originaire des Balkans, plus précisément de Justiniana Prima, d'une famille de langue latine. L'ascension de Vigilantia est étroitement liée à celle de son frère, adopté par son oncle devenu empereur sous le nom de ( 518-527), lui aussi d'ascension méconnue et probablement modeste. Quant au père de Justin II, Dulcidius, il n'est connu que de nom, même s'il est, semble-t-il, d'ascendance aisée. Il est probablement mort à l'accession au trône de son fils. À l'instar de sa femme, Sophie, Justin est réputé avoir eu des sympathies pour le monophysisme dans sa jeunesse..