Le syndrome de la guerre du Golfe est un syndrome touchant les anciens combattants de la guerre du Golfe (1990-1991). Il se caractérise par de nombreux symptômesSalamon R (2004) [Rhttps://hal-lara.archives-ouvertes.fr/hal-01571608/document Rapport de l'enquête française sur la guerre du Golfe et ses conséquences sur la santé ; Répondant à la lettre de mission du 6 juin 2001 adressée par le cabinet du Ministre du Ministère de la Défense] ; [Rapport de recherche INSERM], 286 p., bibliographie p. 276 et 277, tableaux, graphiques. hal-01571608, comme des troubles du système immunitaire et peut-être des malformations chez leurs descendants, probablement liés aux expositions des personnels à des agents neurotoxiques, des pilules de bromure de pyridostigmine et d'autres neurotoxines potentielles.

Existence de ce syndrome La réalité de ce syndrome a été mise en doute par plusieurs études qui n'ont pas pu clairement mettre en évidence de liens de cause à effet, tout en admettant que les vétérans de cette guerre sont plus touchés par un groupe de symptômes similaires, par rapport au reste de la population. Aucun mécanisme pathologique spécifique n'étant à ce jour compris, la controverse persiste quant à la physiologie sous-jacentePichot, P. La neurasthénie, hier et aujourd’hui [Neurasthenia, yesterday and today]. Encephale 1994, 20, 545–549. et les contradicteurs estiment alors qu'il s'agit d'un syndrome de fatigue chronique (SFC).

Plusieurs avancées scientifiques récentes plaident cependant pour la réalité de ce syndrome : L'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf, qui permet de visualiser en direct l'activité du cerveau) a montré des différences spécifique à ce syndrome dans les réactions à un simple test d'effort léger. Ces différences le montrent notamment différent du syndrome de fatigue chronique (SFC) ou « encéphalomyélite myalgique » ; une étude récente (2020) s'est basée sur l'apprentissage automatique de l'analyse des données IRMf (via un algorithme de régression logistique utilisé par un réseau neuronal), méthode déjà utilisée pour mieux comprendre l'autisme. Elle a confirmé chez les vétérans testés une spécificité des symptômes d'épuisement au test d'effort sur vélo (différences détectées avant et après l'exercice). Elle confirme aussi qu'une analyse des données IRMF-Signal BOLD de la tâche de mémoire de travail n-back permet de différencier ce syndrome du syndrome de fatigue chronique. Selon les auteurs, en dépit de symptômes similaires, leurs modèles d'activation dans le cerveau suggèrent qu'il s'agit bien de deux syndrome distincts. Des techniques de modélisation multivariée pourraient être cliniquement utiles pour mieux différencier les deux syndromes et, ajoutent-ils, de futures études pourraient bénéficier d'un plus grand nombre de tests et de données.

Prévalence du syndrome chez les anciens combattants de la guerre du Golfe Cette prévalence semble varier selon les pays impliqués. Mais entre les années 1990 et 2018, 27 des 28 pays impliqués dans la guerre du Golfe ont détecté et signalé ce syndrome chez leurs anciens combattants. Elle varie aussi selon le grade, le type de corps d'armée et les missions des personnels lors de cette guerre.

Une étude australienne (2009) n'avait pas trouvé de différences de comorbidités entre les personnels militaires australiens activement déployés et non-déployés.

Mais le vaste corpus de recherches développé aux États-Unis, examiné par deux rapports du Department of Veterans Affairs en 2008, puis en 2014, ainsi qu'un rapport (2010) de l'Institute Of Medicine (IOM) ont au contraire révélé que ce syndrome chronique est plus fréquent chez les anciens combattants américains de la guerre du Golfe que chez leurs homologues non-déployés (ou que chez les anciens combattants des conflits précédents). selon le rapport du RACRAC = Research Advisory Committee on Gulf War Veterans' Illnesses (2014) du Department of Veterans Affairs, 37 % des vétérans américains du Golfe sont touchés, avec un excès de symptômes évalué à "de 26 à 32 % chez eux, par rapport aux anciens combattants de l'époque non-déployés". Une étude plus récente et plus large du Department of Veterans Affairs a conclu à un excès de prévalence de 25 %Gulf War Illness and the Health of Gulf War Veterans: Research Update and Recommendations, 2009–2013 : Updated Scientific Findings and Recommendations (PDF). Washington, DC: U.S. Department of Veterans Affairs. Mai 2014. pp. 3, 9–10, 20. ; en 2018, un rapport du ministère américain de la Défense estime que de à des quelque déployés sur le théâtre d'opérations de 1990 à 1991 ont subi ce syndrome. Des études épidémiologiques montrent que la prévalence du syndrome varie dans différents sous-groupes d'anciens combattants. L'armée de terre américaine et le corps des Marines ont été plus touchés que ceux qui ont servi dans la marine et l'armée de l'air. Le personnel enrôlé américain a aussi été plus touché que les officiers. Les taux sont aussi les plus élevés parmi les soldats ayant servi dans les zones avancéesThe Gulf War Illness Landscape" (PDF). U.S. Department of Defense. Mai 2018. Retrieved 11 July 2018. Congressionally Directed Medical Research Program. On considère en 2020 que le syndrome de la guerre du Golfe affecte 25 à 30 % des américains ayant directement participé au conflit.

Enjeux économiques À titre de comparaison, selon les CDC, un peu plus d'un million d'individus seraient touchés, rien qu'aux États-Unis par le syndrome de fatigue chronique (SFC, souvent comparé au syndrome de la guerre du Golfe), or ce syndrome est responsable de pertes annuelles de productivité dont le coût a été évalué à 9,1 milliards USD/an pour ce paysCenters for Disease Control and Prevention (2006). Chronic Fatigue Syndrome. 26 mai. www.cdc.gov/cfs.

Histoire En janvier 1994, le Ministère de la Défense Américain crée un Comité chargé de coordonner les efforts visant à répondre aux problèmes de santé des vétérans de la guerre du Golfe.

Des milliers de publications (revues générales, articles scientifiques et de journaux, rapports...) ont été publiés en Amérique du Nord sur ce syndrome, souvent confrontées à la subjectivité des réponses aux autogestionnaires, à des échantillons pas ou peu représentatifsSteele L. Prevalence and patterns of Gulf War illness in Kansas veterans: Association of symptoms with characteristics of person, place, and time of military service. Amer J Epidemiol 2000;152(10):992-1002.Proctor SP, Heeren T, White RF, Wolfe J, Borgos MS, Davis JD, Health status of Persian Gulf War veterans: self- reported symptoms, environmental exposures and the effect of stress. Int J Epidemiol 1998;27(6):1000-10. et souvent non comparés à un groupe témoinJoseph SC. A comprehensive clinical evaluation of 20,000 Persian Gulf War veterans. Comprehensive Clinical Evaluation Program Evaluation Team. Mil Med 1997;162(3):149-55.Murphy FM, Kang H, Dalager NA, Lee KY, Allen RE, Mather SH, The health status of Gulf War veterans: lessons learned from the Department of Veterans Affairs Health Registry. Mil Med 1999;164(5):327-31.Roy MJ, Koslowe PA, Kroenke K, Magruder C. Signs, symptoms, and ill-defined conditions in Persian Gulf War veterans: findings from the Comprehensive Clinical Evaluation Program. Psychosom Med 1998;60(6):663-8..

Selon ces études, les symptômes les plus fréquemment constatés chez les vétérans américains de la guerre du Golfe sont (en ordre décroissant) : .

Symptomes les plus associés au syndrome : +Prévalence excessive de symptomes généraux. * Symptome États-Unis. Royaume-Uni Australie DanemarkFatigue23 %23 %10 %16 %Maux de tête17 %18 %7 %13 %Trouble de la mémoire32 %28 %12 %23 %Douleurs musculaires/articulaires18 %17 %5 %2 % (<2 %)Diarrhée16 % 9 %13 %Dyspepsie/trouble de la digestion12 % 5 %9 %troubles neurologiques16 % 8 %12 %Cancers33 % 9 %11 %

+Prévalence excessive de maladies reconnues Maladie États-Unis Royaume-Uni Canada Australiemaladies de peau 21 % 4 %Arthrites/problèmes articulaires 10 % 2 %Troubles gastro-intestinaux 1 %Troubles respiratoires2 % 1 %Synrome de fatigue chronique3 % 0 %Stress post-traumatique9 % 3 %Maladie chronique à symptômes multiples26 % * Les deux tableaux ci-dessus ne concerne qu'une partie des forces de la coalition impliquées dans les combats.

Ces études n'ont pas trouvé de cause unique au syndrome, et n'ont généralement pas retenu comme cause majeure ou principale : le rôle de l’uranium appauvri dans les fumées de tir et dépôts contaminantsKang HK, Mahan CM, Lee KY, Magee CA, Murphy FM. Illnesses among United States veterans of the Gulf War: a population-based survey of 30,000 veterans. J Occup Environ Med 2000;42(5):491-501 ; le rôle de l'inhalation de fumées de puits de pétrole en feuUnwin C, Blatchley N, Coker W, Ferry S, Hotopf M, Hull L, Health of UK servicemen who served in Persian Gulf War. Lancet 1999;353(9148):169-78Gray GC, Kaiser KS, Hawksworth AW, Hall FW, Barrett-Connor E. Increased postwar symptoms and psychological morbidity among U.S. Navy Gulf War veterans. Am J Trop Med Hyg 1999;60(5):758-66. ; le rôle d'une éventuelle exposition au Sarin (agent neurotoxique) ; le rôle de la pyridostigmine (médicament prophylactique contre les neurotoxiques, distribué préventivement sous forme de pilules) ; le rôle des tempêtes de sable ; ...mais sans totalement exclure de relation causale.

Le rôle éventuel des insecticides organophosphorés (notamment en contexte de stress, de forte chaleur...) était en 2004 encore en débat.

Les vaccinations multiples imposées aux soldats lors du déploiement, en particulier celles visant à les protéger contre des armes bactériologiques (charbon, botulisme, peste...) semblent par contre associées à un excès de plusieurs signes et symptômes.

En France Bien que 20 497 personnels militaires et civils aient été envoyés sur le terrain pour cette guerre, aucune étude n'a été officiellement produite ni référencée en France sur ce sujet avant 2004.

Le ministère de la défense explique ceci par le fait que les soldats envoyés par la France sur le terrain de la guerre du Golfe y auraient bénéficié d’un encadrement médical de proximité (généralistes et psychiatres) qui n'a pas signalé de pathologies atypiques propres à cette guerre. La médecine militaire française, lors des visites médicales entre 1991 et 2000, n’a pas observé chez les militaires d’active de signes ou symptômes indiquant une pathologie anormale et significative, ce pourquoi le Service de Santé des Armées n'a pas ensuite jugé nécessaire de déployer une surveillance spécifique ni de mener d’enquête ciblée chez les anciens combattants du Golfe comme cela a été fait aux Etats-Unis.En France, les « vétérans » rendus à la vie civile n’ont en outre pas bénéficié de ce suivi personnalisé, échappant donc aux statistiques et en 2001, les auteurs du rapport Salamon (2004) ne disposaient plus que de adresses de vétérans connues ( militaires et 236 civils), certains n'habitant plus à l'adresse indiquée. 10 à 12 ans après les faits, les répondeurs à l'enquête peuvent en outre être sujets à un biais de mémoire ou avoir été influencé par ce qu'ils ont retenu des médias.

En , l'Association de défense des soldats victimes de la guerre du Golfe (AVIGOLFE) s'est créée, alors que le Ministère de La Défense nommait un groupe d’experts militaires, avant de solliciter en , en lien avec le Secrétariat d’Etat à la Santé, la création d'un groupe de travail indépendant devant étudier les données sanitaires relatives aux anciens combattants français de la guerre du Golfe.

Parallèlement, une Mission d'information parlementaire (présidée par le député Bernard Cazeneuve) est mise en place en .

Les experts du groupe de travail ont recommandé : des études épidémiologiques et une évaluation des risques sanitaires liés aux opérations ;