Nathaniel Parker-Forth, né le au château de Ludlow dans le Shropshire en Angleterre et mort le à Paris, est un diplomate et homme politique britannique.
Il a été le plus remarquable des agents d'influence britannique en France, notamment entre 1776 et 1794. dans les troubles précédant la Révolution française et les exagérations de la Terreur.
Biographie Issu de la gentry anglo-irlandaise, descendant du chevalier Forth qui se range aux côtés de Charles d'Angleterre en 1642, il rejoint Olivier Cromwell puis devient secrétaire de la Guerre à la restauration de Charles II d'Angleterre. Il est le petit-fils du colonel Forth qui est aide-de-camp du Schomberg, favori de Guillaume III, et il est le fils de Samuel Fort, seigneur de Longford dans la province irlandaise du Leinster qui cumulait les fonctions de maire et de chef militaire de Longford, Leinster.
Envoyé à la cour de France Après ses études il est tenté par le droit, mais aspire à une vie plus active. Il ne parvient pas à trouver les faveurs du jeune Pitt et se rabat sur une place dans une entreprise d’importation de vin où il rencontre le banquier Charles Herries, rival des banquiers Bourdieu et Chollet. À partir de 1764 il se lance dans le commerce international du vin et du tabac et dans la finance pour le comte du banquier écossais lié à la finance belge et espagnole. Son activité de courtier l’amène à voyager en Espagne et en France dont il apprend la langue. Parallèlement, il développe un réseau d’informateurs sur les côtes françaises pour connaître les mouvements des vaisseaux marchands. Il se fait remarquer par le comte Mansfield, deuxième du nom, « le père du torysme moderne », qui l'introduit dans l'entourage de George IIIForth aurait été introduit chez lord Mansfield par l’entremise d’un comédien nommé Samuel Foote, « homme d’esprit et auteur de plusieurs pièces satyriques a été lié depuis un très grand nombre d’années avec milord Mansfield. Ce Foote était un des plus fameux pédérastes d’Angleterre, il avait procuré pour ce milord une infinité de jeunes agens qui partagaient avec lui les profits […] Forth était insolent, exigent et ambitieux et insistait sur des récompenses considérables. Mylord mansfield pour satisfaire l’exigence de ce Mignon, pour faire payer ses plaisirs par la trésorerie, et enfin pour l’éloigner envoya cet ignorant dans ce pays-ci.[…] Le goût de ce juge célèbre commence à être connu en Angleterre et le parti de l’opposition s’en servira pour lui donner du ridicule.» Décembre 1779, Buhos ; Archives des Affaires étrangère, Contrôle des étrangers 32, f. 86 –7). Le roi d'Angleterre lui confie des missions d'observation sur le continent dont il s'acquitte avec beaucoup d'intelligence. En 1776, il est chargé d'une mission d'influence à la cour de France où, par ses talents et sa figure aimableD'après son passeport c'était un homme très grand pour l'époque – cinq pieds neuf pouces, soit –, le visage long comme le nez, les yeux bleus, les cheveux châtain.. Bon vivant, joueur, sur le continent il mène une vie très mondaine et fréquente à l’occasion le comte de Lauraguais dont il partage le goût pour les coursesForth à Vergennes, 31 mai 1777 ; Archives des Affaires étrangères, Correspondance Angleterre 523 / f. 187 r.. Son réseau d’espionnage se révèle très précieux pour les services de renseignements britanniques. Ses menées sont surveillées par les agents de Vergennes à Londres, à commencer par Tort de la Sonde qui signale dans une dépêche de 1777 que l’agent anglais « être amphibie très dangereux en Politique », entretient une « liaison extrêmement suspecte » avec Beaumarchais, Morande, son frère Théveneau de Francy ainsi qu’avec le comte de ReynachArchives des Affaires étrangères, Correspondance Angleterre 526, f. 416v. La mission dont il est ouvertement chargé à Paris, consiste à entrer dans les bonnes grâces de Maurepas, toujours perçu comme un agent de la paix et un homme à ménagerHamish M. Scott, British foreign policy in the age of the American Revolution, Clarendon Press, Oxford, 1990, p. 249.. Il se fait recevoir dans diverses coteries, notamment chez les comtesses de Flammarens et de Maurepas. Il se posait en « ami de l'Angleterre et de la France », sans perdre de vue les raisons essentielles de sa présence à Versailles : la participation éventuelle des Français à la guerre d'Amérique qu'il souhaitait pouvoir éviter par tous les moyens. Sous ses dehors mondains il cachait « infiniment d'esprit et beaucoup de finesse » disait le ministre Vergennes, dans une lettre au comte de Montmorin. En effet, derrière la facette aimable et brillante du gentleman se dissimulait une volonté froide et calculatrice dont il ne se départissait jamais. Le , Vergennes met à la disposition de Forth des passeports pour quitter la France quand les ambassadeurs respectifs sont rappelés. La mission de « pacification » de Forth a échoué, la France entre dans le conflit aux côtés des Américains. Pendant la guerre, Forth continue d’être un interlocuteur du gouvernement français mais tout semble indiquer qu’il n’est en réalité qu’un espionBaudouin à Vergennes, 29 août 1781, Londres ; Archives des Affaires étrangères, Correspondance Politique, Angleterre 534, f. 210r-211v. Ces déclarations en appellent d’autres en particulier celle de l’abbé Maury à Vergennes le 16 mars 1782 : « J’ai su que M. Forth, anglais, était à Paris ; qu’il avait été avant-hier à Versailles, et que vous aviez eu la bonté de lui donner audience le matin et le soir. J’ai eu occasion de connaître ce M. Forth avant la rupture de la France et de L’Angleterre ; il avoir capté par les voies les plus basses la bienveillance de Milord Mansfield ; il était venu à Paris pour y faire le métier d’Espion ; il avoir été introduit chez M. de Maurepas par l’entremise d’un certain Comte de Reynach […] c’est un homme à qui tous les moyens sont bons, qui ne redoute aucun crime, et qui ne peut être employé que lorsqu’il y a quelque mauvaise action à faire.» Londres; Archives des Affaires étrangères, Correspondance Angleterre 536, f. 244r-v.. L’agent Buhos fut chargé de surveiller Forth. Il remit au lieutenant de police Lenoir à cet effet un mémoire qui affirme qu’il « fut amené d’Irlande en qualité de chirurgien en 1763, par un gentilhomme de ce pays. Comme son apprentissage n’était point entièrement fini, on acheta le reste de son temps. Quelques années après le hasard lui a procuré la connaissance de milord Mansfield, et c’est à ce seigneur qu’il doit la fortune dont il jouit aujourd'huiDécembre 1779, Buhos ; Archives des Affaires étrangères, Contrôle des étrangers, 32, f. 80-81 « Sur les S. Forth et Fullarton qui ont été employés dans ce pays-ci ».. » Mais c'est avec le duc de Chartres, fils du duc d'Orléans, qu'il établit une amitié solide et durable qui n'était pas, dès le départ, sans ambiguïtés politiques. Le jeune duc était un homme courageux mais sensible et beaucoup plus scrupuleux que ce que pourrait laisser imaginer son vote de 1793. Parker-Forth exploita dès lors tout le parti qu'il pourrait tirer du duc de Chartres qui, tout entier à ses plaisirs et à son amour de l'Angleterre, attache définitivement Parker-Forth à sa personne princière. Cependant le comte de Maurepas qui désirait intervenir dans le cours de la négociation sur l'engagement de la France avait proposé au comte de Stormont, ambassadeur d'Angleterre, de faire agréer Parker-Forth qui est peu après officiellement présenté comme étant l'envoyé particulier de George III à la cour de Versailles.
À cette époque, celui-ci émargeait sur le fonds du service secret britannique, détail qu'il ne révèle pas. Sa position étant officielle, il a désormais le loisir d'observer et de rapporter à son gouvernement les informations qu'il pouvait recueillir dans les milieux informés où il se faisait admettre. C'est certainement dans l'entourage du duc de Chartres qu'il recueillit les éléments les plus importants à son entreprise. Il prend, vers 1778, un ascendant extraordinaire sur le duc de Chartres puis d'Orléans dont il est longtemps le confident et l'ami attentif. C'est lui qui, face à l'embarras de organise l'arrivée en France des jeunes orphelines anglaises – en fait les filles que la comtesse avait eues du duc de Chartres selon plusieurs historiens -, aidant à résoudre une situation compliquée tenant au double adultère du prince et de la comtesse qui étaient mariés et parents.
La future Paméla Fitzgerald est d'abord en effet recueillie et élevée à Londres par l'épouse de Parker-Forth avant de rejoindre la jeune Henriette de Sercey à Paris, l'une et l'autre élevées avec la petite Madame Adélaïde, la fille du duc et de la duchesse de Chartres. Dès le début des années 1780, Parker-Forth se charge d'introduire le duc de Chartres dans les milieux politiques anglais où on lui fait un fort bon accueil. Tous ses voyages étaient organisés par l'agent d'influence anglais qui s'intéressait fortement aux malentendus et conflits à répétition existant entre le prince et ses cousins les souverains Louis XVI et Marie-Antoinette.
Bientôt Parker-Forth est l'intermédiaire en Angleterre de toutes les affaires financières du nouveau duc d'Orléans, que ce soit ses placements en bourse à la City, où ses acquisitions immobilières dans le centre de Londres, entre autres le palais de Portland Place . Il sollicite Joshua Reynolds pour le célèbre portrait en pied du duc. C'est lui enfin qui lui procurait des filles. « Je suis persuadé que les meubles, ainsi que les femmes, il faut les prendre selon la fantaisie du momentCité par Amédée Britsh, « L'anglomanie de Philippe Égalité », le Correspondant, avril 1926, 294. ». La confiance était absolue et renforçait le prince dans son désir de développer un « système anglais » en France. C'est lui qui le poussant à réaliser tous ses biens pour les investir en Angleterre lui suggéra de financer l'emprunt lancé par les trois fils du roi d'Angleterre, lequel était gagé sur le duché de Cornouailles. Dans tous les cas, Forth rendait compte à Pitt des faits et gestes de d'Orléans.
« Activer » la révolution de France
Depuis 1778 Parker-Forth était en relation d'affaires avec le duc d'Orléans, avec fonction de fondé de pouvoir, comme en témoigne une correspondance entre les deux qui a été retrouvée; à ce titre il prit part à la liquidation d'une grande partie du patrimoine immobilier et mobilier des Orléans, en grande difficulté financière.
En ce qui concerne leur importante collection de tableaux (416 oeuvres encore inventoriées en 1780), au nom du duc, il contacta James Christie qu'il chargea d'estimer les oeuvres se trouvant au Palais-Royal à Paris, afin de les vendre à des britanniques. Elles devaient être acheminées à Londres via le port de Rouen, aux termes d'un contrat en anglais date du . Le dépôt de garantie comprend dès avant des fonds de souscription au nom du prince de Galles pour 7 000 guinées et de deux de ses frères, les ducs d'York et de Clarence, pour 5 000 chacun, mais faute de moyens financiers l'opération au profit de la Royal Collection échoua. En 1792 "Philippe-Egalité" ayant divisé la collection, les oeuvres des écoles françaises et italiennes furent cédées au banquier bruxellois Édouard de Walckiers pour 750 000 francs, soit près de quatre fois moins que l'évaluation de Christie en 1790 (il n'est pas certain que ce lot de peintures corresponde à une partie de l'inventaire de 1788). Walckiers les revendra rapidement en deux lots à Laborde de Méréville.