vignette|Le , estampe gravée par Jean-Joseph-François Tassaert d'après une esquisse de Fulchran-Jean Harriet, Paris, musée Carnavalet.

Les journées du et du sont deux des journées insurrectionnelles de la Révolution française, survenant alors que la France est gouvernée par la Convention nationale. L'insurrection éclate après que la Commune de Paris a exigé que 22 députés girondins, les ministres et les membres de la Commission des Douze soient traduits devant le Tribunal révolutionnaire. Le député et journaliste Jean-Paul Marat mène l'attaque contre les représentants à la Convention qui, en janvier, ont voté contre l'exécution du roi et, depuis lors, sont accusés de paralyser la Révolution.

Les deux jours d'insurrection, la Convention, qui n'a pas de troupes pour se défendre, refuse la demande. L'insurrection prend fin lorsque des milliers de citoyens armés encerclent la Convention pour la contraindre à livrer les députés dénoncés par la Commune de Paris. L'insurrection entraîne la chute de 29 représentants girondins (19 députés et 10 membres de la commission des Douze) et des ministres sous la pression de la Commune de Paris, des sans-culottes, des Jacobins et des Montagnards.

En raison de son impact et de son importance, l'insurrection est considérée comme l'une des trois grandes insurrections populaires de la Révolution française, après celles du et du . Les principaux meneurs viennent de la mouvance des Enragés (Claude-Emmanuel Dobsen et Jean-François Varlet) ; les Exagérés (le maire Jean-Nicolas Pache, Jacques-René Hébert et le procureur Pierre Gaspard Chaumette) jouent également un rôle important dans la dénonciation des Girondins.

Les insurgés l'emportent finalement : sous la menace des canons de la Garde nationale de François Hanriot, les conventionnels votent le rappel et l'assignation à résidence des députés girondins. Quelques semaines plus tard, en raison de la fuite de certains d'entre eux à Caen, de la mort de Marat () et des insurrections dans les départements rebelles, députés assignés à résidence sont mis en accusation, jugés et condamnés à mort. Leur exécution a lieu le .

Contexte Radicalisation des sans-culottes au début de 1793 Au sein des sections parisiennes et provinciales, une lutte oppose depuis janvier les modérés, parfois proches des députés girondins, et les radicaux, sensibles aux revendications des Enragés, qui, dans un contexte d'effondrement de l'assignat, d'inflation, de vie chère, de récession et de travail rare, réclament la taxation, la réquisition des denrées, des secours publics aux pauvres et aux familles de volontaires, le cours forcé de l'assignat et l'instauration d'une Terreur légale contre les accapareurs et les suspects. Ce mouvement est incarné par Jacques Roux et Jean-François Varlet à Paris.

L'exacerbation des conflits

L'affaire Dumouriez Au début du mois d'avril a lieu la défection du général Dumouriez, soutien des Brissotins : en disgrâce depuis la défaite de Neerwinden, et menacé d'arrestation, celui-ci fait arrêter le ministre de la Guerre et les députés qui se présentent devant lui le , les livre aux Autrichiens et passe lui-même dans les lignes autrichiennes le 4 à Tournai. Le , Robespierre demande à la Convention la mise en accusation des complices du général, déclaré traître à la patrie, « notamment Brissot ».

Dès l'annonce de cette trahison, Varlet fonde à l'Évêché un comité révolutionnaire central, tandis que Roux provoque la formation d'une assemblée générale des comités de surveillance de Paris, qui obtient le soutien de la Commune et de son procureur, Chaumette. Tout en étant hostiles aux Girondins, ces deux organismes s'opposent toutefois également l'un à l'autre. Du côté de la ConventionLe 6 avril, sur demande du député girondin Maximin Isnard, qui appuie le projet du député de la Plaine Bertrand Barère, le Comité de salut public, qui doit servir d'arbitre aux conflits de compétences entre les différents comités législatifs (et donc de gouvernement temporaire), est officiellement créé.

Le , Robespierre accuse Dumouriez dans un discours : « Lui et ses partisans ont porté un coup fatal à la fortune publique, en empêchant la circulation des assignats en Belgique »Wikisource: Œuvres complètes de Maximilien Robespierre. Tome IX, p. 390. Discours contre Brissot et les girondins. Prononcé à la Convention le 10 avril 1793. Soupçonnant une nouvelle trahison, Robespierre invita la Convention à voter la peine de mort contre quiconque proposerait de négocier avec l'ennemi.

L'affaire Marat Le , le club des jacobins, dont le député et journaliste Jean-Paul Marat vient d'être élu président, adresse aux sociétés affiliées une circulaire les invitant à demander la destitution des députés qui ont voté en faveur de l'appel au peuple lors du procès de Louis XVI, compte rendu de la séance du 5 avril 1793 du club des Jacobins, sous la présidence de Marat : ..

Le , après une lecture d'un manifeste de la circulaire des Jacobins par le député Élie Guadet, et sur proposition de son collègue Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède, la Convention vote la mise en accusation de Marat, par 226 voix contre 93 et 47 abstentions (373 députés étant absents). Le , 35 des 48 sections de Paris présentent à la Convention une pétition réclamant le retrait de vingt-deux députés girondins qui ont défendu le roi. Le , Marat est déféré devant le tribunal révolutionnaire, qui prononce l'acquittement (). C'est un échec pour les Girondins, qui à partir de ce moment sont en difficulté grave.

Les Girondins sous pression Le 1ᵉʳ mai, selon le député girondin Jacques-Antoine Dulaure, 8 000 hommes armés encerclent la Convention et menacent de ne pas se retirer si les mesures d'urgence qu'ils exigent (un salaire décent et un maximum sur les prix des denrées alimentaires) ne sont pas adoptéesThermomètre du jour, 2 mai 1793. Le , à la suite d'une manifestation de sans-culottes, il appelle les modérés à reprendre le contrôle des assemblées générales de section.. Le , la Convention accepte de soutenir les familles des soldats et marins ayant quitté leur foyer pour combattre l'ennemi.

Le 4 mai, désavoué par la Commune, le commandant de la garde nationale parisienne, Antoine Joseph Santerre, donne sa démissionAN AF14 1470, cité par Rolande Monnier, Un bourgeois sans culotte, op. cit. p. 51. Il avait déjà évoqué, le 23 mars 1793 , son désir de marcher contre « les rebelles » à la tête de 20 000 Parisiens. Voir aussi Christiane Palou « Trois lettres de Pache à Santerre », Annales historiques de la Révolution française, 1963, 173 pp. 358-359.. Les 8 et , au club des Jacobins, Robespierre réaffirme la nécessité de créer une armée révolutionnaire chargée de rechercher du grain, financée par un impôt sur les riches, et destinée à vaincre les aristocrates et les contre-révolutionnaires. Il déclare que les places publiques devaient être utilisées pour produire des armes et des piques. À la mi-mai, Marat et la Commune le soutiennent publiquement et secrètement.

Le , Camille Desmoulins, un ami de Danton et de Robespierre, présente son Histoire Des Brissotins ou Fragment de L'histoire secrète de la Révolution au club des jacobins. Il y dénonce les agissements politiques des Girondins. Le , dans sa réponse à la brochure Histoire des Brissotins, publiée par Camille Desmoulins et lue au club des jacobins, Guadet dénonce les autorités de la Commune de Paris dans la Convention, les décrivant comme "des autorités vouées à l'anarchie, avides d'argent et de domination politique" — sa proposition est de les purger immédiatement. Le , une commission spéciale est instituée, la Commission extraordinaire des Douze, à très forte majorité girondine. Le , la commission ordonne l'arrestation d'Hébert pour un article anti-girondin dans le numéro de son Père Duchesne ;Varlet et Dobsen sont également arrêtés. Une lutte violente s'engage alors pour le contrôle des assemblées générales et des comités de section.. Danton tente en vain de trouver un compromis avec les Girondins.

Vers l'insurrection (25-30 mai) : le comité de l'Évêché

vignette|Le Palais de l'Archevêché de Paris.

Les événements se précipitent alors. Le , une délégation de la Commune réclame à la Convention la libération d'Hébert, Varlet et Dobsen. La Convention refuse. Le girondin Maximin Isnard, qui préside alors l'assemblée, répond par une célèbre déclaration menaçant Paris d'anéantissement au cas où d'autres insurrections auraient lieu.

Le , après une semaine de silence, Robespierre prononce l'un des discours les plus décisifs de sa carrière : il appelle le club des jacobins à . Isnard déclare que la Convention ne se laisserait influencer par aucune violence et que Paris devait respecter les représentants des autres régions de France. La Convention décide alors que Robespierre ne sera pas entendu.

L'atmosphère devient alors extrêmement agitée : certains députés se disent prêts à en venir aux mains si Isnard ose déclarer la guerre civile à Paris ; le président est alors invité à céder son siège. Cependant, les tensions montent rapidement et, le , une foule se rassemble à l’Hôtel de Ville, réclamant à la Commune des mesures immédiates. Sous la pression croissante, la Convention est contrainte d'ordonner la libération des arrêtés du 24 mai.

Le , Robespierre, affaibli physiquement, attaque tout de même Brissot pour son royalismeGazette nationale ou le Moniteur universel, 30 mai 1793, p. 3. Il quitte ensuite la Convention sous les applaudissements de la gauche. À l'Hôtel de Ville, il appelle ensuite à une insurrection armée contre la majorité de la Convention. , déclare-t-il. Dans l'après-midi, la Commune demanda la création d'une armée révolutionnaire de sans-culottes dans chaque ville de France, dont 20 000 hommes pour défendre ParisGazette nationale ou le Moniteur universel, 4 juin 1793, p. 1/4 . La section de la Cité convoque les autres sections le lendemain à l'Évêché.

Le , Robespierre s'attelle à préparer l'opinion publique. Il attaque Charles Jean Marie Barbaroux, mais précise ensuite avoir presque renoncé à sa carrière politique en raison de ses angoisses. Les délégués représentant trente-trois sections de Paris forment un comité insurrectionnel. Ils se déclarent en état d'insurrection, dissolvent le conseil général de la Commune et le reconstituent immédiatement, lui faisant prêter un nouveau serment. Un comité insurrectionnel de neuf membres, connu sous le nom de « comité de l'Évêché », est formé par les délégués de trente-trois sections; Varlet et Dobsen en font partieA. Soboul 1974, p. 309..

Le , le directoire du département de la Seine se joint à l'insurrection. François Hanriot est élu au soir commandant en chef provisoire de la Garde nationale parisienne. Le député Thuriot demanda l'anéantissement de la Commission des Douze. Le comité de l'Évêché est élargi, par adjonction aux neuf membres initiaux, de quatre représentants de la Commune de Paris et de onze représentants du département. Les journées insurrectionnelles L'insurrection du 31 mai vignette|Journées des , et , estampe gravée d'après Swebach-Desfontaines, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, vers 1800.

Sous la direction du comité de l'Évêché, l'insurrection du se déroula sur le modèle de la journée du 10 août 1792. À 3 heures du matin, le tocsin retentit de Notre-Dame de Paris. À six heures du matin, les délégués des 33 sections, dirigés par Dobsen, présentent leurs lettres de créance à l'Hôtel de Ville de Paris, et suspendent temporairement les pouvoirs de la Commune légale. Le comité révolutionnaire rétablit alors la Commune dans ses fonctions.