La déchirure musculaire (aussi appelée claquage ou déchirement« Déchirement », Le Petit Robert de la langue française, Le Robert, 2024, p.631) correspond à l'élongation traumatique d'un muscle avec destruction d'une ou plusieurs fibres musculaires et éventuellement de tendonsRoger, B (2005) Imagerie en pathologie traumatique des muscles et des tendons. Journal de traumatologie du sport, vol. 22, no 3, p. 166-178..
Cet accident musculaire peut généralement être classé parmi les « lésions anatomiques d'origine intrinsèque », c'est-à-dire survenant spontanément et non à la suite d'un coup, d'une coupure, etc.
Il peut être très douloureux et implique une immobilisation de plusieurs semaines.
Épidémiologie Cette blessure est bien connue des grands sportifsCarrillon, Y., & Cohen, M. (2007). Le muscle du sportif (Imaging findings of muscle traumas in sports medicine). Journal de Radiologie, 88(1), 129-140 (résumé)., notamment chez les sprinters, mais aussi dans de nombreux sports pour les muscles ischio-jambiers qui peuvent se déchirer lors d’étirement à faible vitesse et surtout durant leurs contractions excentriquesPuig, P. L., Trouve, P., Savalli, L., & Laboute, E. (2009), Les accidents des muscles ischiojambiers. Un comportement très excentrique. Journal de Traumatologie du Sport, 26(1), 18-23.. Les danseurs, artistes de cirque et de scène sont aussi particulièrement concernésCardinal, É., & Bureau, N. J. (2000). Imagerie des maladies musculosquelettiques chez les artistes de la scène. Médecin du Québec (Formation continue), 35., mais elle n'est pas limitée aux athlètes : une déchirure peut se produire lors de tâches quotidiennes. Néanmoins, les personnes pratiquant un sport seraient plus susceptibles de subir une déchirure, sans doute en raison d'une augmentation de la masse ou de la force du muscle.
La médecine sportive différencie parfois ces lésions selon leur gravité (ex : Guillodo & al, 2012)Y. Guillodo, G. Madouas, A. Saraux (2012)PRP dans la lésion musculaire aiguë du sportif Journal de Traumatologie du Sport, Vol.29, n°4, déc 2012, Pages 244-247 : lésion musculaire mineure ; elles constituent 33 à 54 % des cas. Avec une échographie et une IRM normale, ce sont celles qui impliquent un arrêt sportif de moins de , permettant une reprise du jogging en moyenne à et reprise totale du sport, au même niveau que lors de la blessure, à , en moyenne ; lésion musculaire majeure ; elles constituent 46 à 67 % des cas et correspondent à une imagerie médicale mettant en évidence un moignon musculaire. La pratique sportive est arrêtée durant au moins avec une reprise du jogging en moyenne à et une reprise totale du sport, en moyenne, à . Il existe des cas intermédiaires où il est difficile de prédire la possibilité de reprise sportive.
Bien que les déchirures au niveau de la cuisse et du mollet soient plus fréquentes, tous les muscles peuvent potentiellement être déchirés et/ou désinsérés, même des muscles apparemment bien protégés (dont par exemple ceux qui animent et contrôlent le globe oculaireV.L. Ramanitrarivo, L. Raobela, N.D. Rakotovao, I.R. Andriamaro, D. Louvet, P. Bernardin, V. Andriantsoa (2011), Double désinsertion post-traumatique des muscles droits inférieur et interne. À propos d’un cas Journal Français d'Ophtalmologie, Vol.34, N°5, mai 2011, Pages 327.e1-327.e4 (résumé)). Ainsi, le coup de fouet laryngien est un cas de laryngopathie traumatique, favorisé par le surmenage, le malmenage vocal, une laryngite, des troubles endocriniens (en période prémenstruelle et menstruelle), l'alcool, le tabac. Un autre cas particulier est celui des déchirures périnéales et des sphincters lors de certains accouchements (prévenues par l'épisiotomie, pratique parfois controverséeFritel, X., & Pigné, A. (1997). La controverse sur l’épisiotomie ou faut-il continuer à prévenir les déchirures périnéales. 27es Journées nationales de médecine périnatale (Vichy 1997), Arnette Paris, 211-4.)
Physiopathologie Cette déchirure est caractérisée par : une atteinte irréversible des fibres musculaires une atteinte du tissu conjonctif de soutien une atteinte éventuelle du réseau nerveux et sanguin (⇒ ecchymose ou hématomes internes et parfois externes) avec d'éventuelles répercussions sur les liaisons tendon-osHusson, G. Kerhousse, P. Chatellier, M. Boussouga, P. Brasseur (2006), Expressions intra-osseuses des sollicitations mécaniques exercées par l’unité tendino-musculaire ; Revue de Chirurgie Orthopédique et Réparatrice de l'Appareil Moteur, Volume 92, Issue 4, Supplement 1, June 2006, Pages 117-118 J.-L. (lien vers l'article (payant)).
Symptômes Typiquement, une déchirure musculaire se manifeste par les étapes suivantes : Violente et brutale douleur (explosive, en « coup de poignard », localisée) dans le muscle concerné, avec souvent une sensation de claquage. Le muscle est instantanément paralysé, il ne peut plus être mobilisé par le patient : l'étirement passif est rendu impossible et la contraction isométrique est impossible ou très douloureuse ; tout mouvement mobilisant ce muscle induit une répétition de la douleur initiale ; la palpation induit ce que les médecins appellent une douleur exquise. Dans les heures ou jours suivants apparaissent un ou plusieurs hématomes, souvent accompagnés de phénomènes de décoloration et d'ecchymoses autour du muscle déchiré ou élongé ; le membre peut gonfler, avec un œdème dont l'importance varie selon la gravité et la localisation de la déchirure et selon la suffusion sanguine secondaire, mais aussi selon la qualité des premiers soins donnés au patient (cryothérapie...) ; si le placard œdémateux et inflammatoire suit le trajet d'une veine saphène, il doit faire évoquer une thrombose veineuse superficielle ; les ecchymoses sont plus ou moins importantes et visibles selon l'ampleur, la position et la profondeur de la blessure, et selon l'atteinte du système vasculaire. La raideur localisée du muscle concerné persiste durant plusieurs semaines, entraînant parfois des séquelles plus durables.
Prise en charge Elle commence par un interrogatoire et un bilan clinique, souvent suivis ou accompagnés d'une échographie.
En 1990 les retours d'expériences réalisées dans les années 1980 par les centres médico-sportifs (CMS de Lyon par exemple) et une revue de la littératureJM Ferret, R Mathieu, C Bruges, A Miras (1990), Nouvelle approche des lésions musculaires récentes ; Science & Sports, Volume 5, Issue 3, nov 1990, Pages 161-169 (résumé) laissent penser que : doit être menée une prise en charge précoce (si possible immédiate associant compression immédiate, cryothérapie), puis drainage lymphatique, étirements passifs (puis actifs une fois la période douloureuse passée) ; la prise en charge doit être prolongée et toujours basée sur les observations physiopathologiques ; elle se termine par un réentraînement progressif et codifié du muscle lésé ; pour bien adapter le traitement à chaque patient il est important de rapidement évaluer la gravité de la lésion ; une régénération musculaire peut se faire à partir des cellules satellites de Mauro ; .
Elle vise à limiter les déficiences (douleurs, perte d'amplitudes articulaires et/ou de force musculaire), vérifier qu'il n'y a pas d'autres dégâts (fracture, rupture de tendon, désinsertion...) et à restaurer une bonne proprioception et stabilité musculaireCoudreuse, F. Bryand (2010), Conduite à tenir devant une lésion musculaire du sportif Science & Sports, Volume 25, Issue 3, juillet 2010, Pages 168-172 J.-M (résumé).
La durée d'arrêt du sport est d'une semaine pour une lésion bénigne ne concernant pas un muscle sollicité dans ce sport et jusqu’à six semaines voire plus pour une lésion grave.
Selon une étude française de 2009, même dans les milieux sportifs théoriquement informés il est fréquent que le club sportif ne respecte pas le protocole RICE (pas de glace disponible ou appliquée dans 40 % des cas lors de cette étude de 1 an en Bretagne), pas de compression dans 80 % des casGuillodo, A. Saraux (2009), Treatment of muscle trauma in sportspeople (from injury on the field to resumption of the sport) ; Annals of Physical and Rehabilitation Medicine, Vol.52, n°3, avril 2009, Pages 246-255 (open archive) . En 1997, une étude danoise avait déjà montré que même les médecins urgentistes danois le sous-utilisentF. Johansen, H. Langberg (1997), The treatment of acute soft tissue trauma in Danish emergency rooms Scand J Med Sci Sports, 7 (1997), pp. 178–181.
Ensuite, il est fréquent que le patient et/ou le kinésithérapeute ne respectent pas le traitement de rééducation prescrit par le médecin (notamment quand les symptômes s'estompent, alors que la lésion n'est cependant pas cicatrisée, et quand le patient n'a pas les moyens financiers ou matériels ou le temps disponible pour se déplacer chez le kinésithérapeute), ce qui pourrait expliquer que la rééducation ait finalement un faible impact sur la guérison de la lésion musculaire (lors de cette étude, la conclusion était que , aussi bien pour le groupe des traumatismes bénins (moins de 40 jours d'arrêt d'activité sportive) que pour les groupes des traumatismes plus graves (plus de 40 jours). Les auteurs concluaient que , et ils ont constaté des récidives de traumatisme, soit sur le même groupe musculaire (8 %), soit sur un autre groupe (28 %). Lors de cette étude il a été observé qu'.
Diagnostic, diagnostic différentiel vignette|upright=1.5|Échotomographie d'une déchirure musculaire de 46 mm × 4 mm sur le jumeau interne du muscle gastrocnémien (mollet droit). La déchirure apparait sous la forme d'une zone hypoéchogène (sans écho, et donc noire). vignette|Ecchymoses et colorations/décolorations induites par une déchirure musculaire
En cas de doute ou pour préciser les dégâts musculaires dans les cas les plus graves, une déchirure peut être mise en évidence par l'imagerie médicaleJ.-L. Brasseur (2011), Chapitre 1 - Exploration osseuse, musculaire et tendineuse en imagerie du sport Imagerie du sport, pages 1-36 (résumé) : échographie/échotomographie : . IRM : plus coûteuse, elle est aussi plus sensible, sans toutefois permettre d’étudier directement les fibres musculairesB. Roger, E.A. Cabanis, M. Laval-Jeantet, M.T. Iba-Zizen, J.M. Alfonso, P. Christel, C. Christov, G. Perez (1986), Imagerie par résonance magnétique (IRM) et traumatologie du sport (30 observations) ; Science & Sports, Volume 1, Issue 1, 1986, Pages 49-57 (résumé). Elle est utilisée en cas d'insuffisance de diagnostic par échographie (en deuxième intention).
Le diagnostic différentiel visera à éliminer d'éventuelles incertitudes de confusion parfois possible avec l'entorse, une foulure ou une fracture.
Causes, facteurs de prédisposition, facteurs aggravants
Une déchirure musculaire est principalement causée par : un effort inhabituel, excessif ou brusque ; un manque d'échauffement ou un échauffement inadéquat avant un effort intense ; un état de fatigue avancé ; une déshydratation, dénutrition ; un muscle peu entraîné et un manque de souplesse.
Traitement Une fois le diagnostic de traumatisme aigu par déchirure musculaire posé, le traitement comporte généralement 5 étapes avec une première phase dites P.R.I.C.E. (procédé mnémotechnique)T. A. Järvinen, et al.(2007), "Muscle injuries : optimising recovery", Best Pract Res Clin Rheumatol., 21 (2) avril 2007, pp. 317-31., qui évoque les notions de :
Protection : ne pas exacerber le traumatisme (⇒ ne pas masser un muscle lésé, même avec un gel anti-inflammatoire), protéger le muscle grâce par exemple à un rembourrage atténuant le risque d'impact avec des objets. Repos : le repos est nécessaire, il accélère la cicatrisationChristian Bonnet, Denis Laurens, Jean-Jacques Perrin (2012), Fiche 37 Déchirure musculaire: phase de cicatrisation J10 à J21 Guide Pratique De Mésothérapie (), 2012, Pages 84-85 du muscle et réduit les risques de rechutes.