Abdelkader Belliraj, né en 1957 à Ihddaden, près de Nador, dans le Rif, binational maroco-belge, est désigné par les autorités judiciaires marocaines comme le cerveau d'un réseau islamiste chiiteGilbert Dupont, L’affaire Wybran, échec cuisant : “L’assassin de son mari vit en Belgique, libre”, La Dernière Heure, 13 juillet 2022 terroriste, il a été arrêté au Maroc dans ce cadre en et condamné en 2010 à la prison à vie. Il serait également connu sous les pseudonymes « Ilyass » et « Abdelkrim ».

Jeunesse Dans les années 1970, il aurait eu des contacts avec l'organisation marxiste-léniniste clandestine Ila Al Amame, où il aurait notamment rencontré Mustapha Moatassim, à l'époque militant d'extrême gaucheMohamed El Hamraoui, « Terrorisme : Les soubassements de l’affaire Belliraj », La Gazette du Maroc, n°566, qui, dans les années 2000, deviendra porte-parole et secrétaire général du Parti de l'alternative civilisationnelle, un parti d'intellectuels islamistes entretenant des relations privilégiées avec des organisations d'extrême gauche (Parti socialiste unifié entre autres) et de défense des droits de l'homme. Mustapha Moatassim et d'autres militants de son parti ont été arrêtés en même temps qu'Abdelkader Belliraj, et le parti a été aussitôt dissous par décision du gouvernement marocainNarjis Rerhaye, « Sur fond de terrorisme, coup de tonnerre dans le paysage politique », Libération (Maroc), .

Militant, petit malfrat, assassin mercenaire, braqueur ou terroriste ? Militant syndical et petit malfrat dans les années 1980 À partir des années 1980, il aurait pris la voie du banditisme, et aurait été impliqué dans le trafic d'armes et la falsification de documents avec des complicités au sein des consulats du MarocAbdellatif Mansour, « La bande à Belliraj. L'armée prend les choses en main », Maroc Hebdo n° 781, - version pdf. Il était connu du parquet bruxellois dès 1986 pour coups et blessures, auxquels s'ajoutèrent en 1987 le trafic d'armes, l'abus de confiance et la confection de faux passeports, et son nom aurait été cité en 1989 dans une affaire très médiatisée de détournement de subsides de l'Irak et de la Libye via le syndicat chrétien au profit de Lekbir Nouri, président de la section arabe de ce syndicat, au sein de laquelle militait Belliraj, qui aurait même donné des cours de langue et de culture arabes à la Maison arabe de culture ouvrièreGilbert Dupont, « Belliraj tuait pour A. Nidal », La Dernière Heure, ; cet article comporte toutefois une erreur grossière, les transferts d'argent n'ont jamais été de la Belgique vers l'Irak et la Libye, au contraire, cf. entre autres Alain Guillaume, Des combines avec l'Irak et la Libye à la CSC... selon l'hebdomadaire Le Vif, Le Soir, Mohamed Zaïnabi, Abdelkader Belliraj : Cet homme par qui tout est arrivé, Le Reporter, . Les propos concernant son militantisme syndical viennent cependant unilatéralement de Belliraj même, le syndicat chrétien a déclaré qu'il n'a jamais été un membre de son personnel et n'a jamais été affilié à son organisation (condition essentielle pour être reconnu comme militant).

Assassin mercenaire en 1986-1989 ? Lors de son interrogatoire par les services marocains en , Belliraj aurait avoué être également impliqué dans plusieurs assassinats en Belgique, notamment celui, perpétré le , de l'imam Abdullah al-Ahdal, directeur du Centre islamique et culturel de Bruxelles (dépendant de la Ligue islamique mondiale, pro-séoudienne), et de son bibliothécaire Salem el Bahri, et celui, perpétré le , du président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique, le Dr. Joseph Wybran. Il aurait ultérieurement avoué avoir commis ces assassinats pour compte d'Abou Nidal pour 300 euros par tête.

Toutefois, ces aveux auraient été obtenus sous la torture, l'intéressé a d'ailleurs écrit une lettre dans laquelle il dénonce l'utilisation de ce procédé, lettre publiée in extenso sur le site du quotidien belge Le Soir le Jean-Pierre Borloo, Une lettre de Belliraj : « J'ai été torturé », Le Soir, ; la lettre au format pdfGilbert Dupont, Belliraj : tortures au Maroc, La Dernière Heure Belliraj prétend avoir été torturé, Dépêche Belga, .

Les prétendues confessions de Belliraj comprenaient les meurtres de :

28 juillet 1988 : Raoul Schouppe, 65 ans, épicier à Bruxelles et ancien sous-officier dans l'Armée de l'air belge, connu localement pour être juif. 16 août 1988 : Marcel Bille, 53 ans, apparemment parce que Bille était un client de prostitués masculins marocains ; il a été tué avec la même arme que Schouppe. 29 mars 1989 : Abdullah al-Ahdal El Hasi, 36 ans, imam et responsable du centre islamique et culturel de Bruxelles (alors placé par les autorités belges à la tête de l'Islam en Belgique, avec un accent sur la sélection des enseignants islamiques payés par les autorités belges ; cette soi-disant "Grande Mosquée" était contrôlée par la Ligue musulmane mondiale basée en Arabie Saoudite). 29 mars 1989 : Salem Bahri, 48 ans, assistant d'El Hasi, apparemment pour avoir protesté contre la fatwa de l'ayatollah Khomeini contre Salman Rushdie. 20 juin 1989 : Samir Gahez Rasoul, 24 ans, chauffeur de l'ambassadeur d'Arabie Saoudite en Belgique ; il aurait été une victime collatérale d'un tir visant un diplomate saoudien. 3 octobre 1989 : Joseph Wybran, 49 ans, immunologiste belge et leader de la communauté juive locale.

Braqueur et indicateur de la police judiciaire belge en 2000 Belliraj faisait partie de la bande qui a braqué la Brink's, à Kehlen, au Luxembourg, le , un braquage qui avait rapporté 17 millions d'euros à ses auteurs. Le principal suspect, Abdellatif Bekhti, a été condamné à 20 ans de prison au Luxembourg en . Ses complices le font évader en mars de la même année, pour se réfugier au Maroc où il aurait blanchi sa part du butin, soit près de 2,5 millions d'eurosM.C., Abdellatif Bekhti: un terroriste avec une tête de «type sans histoire», L'essentiel (Luxembourg), ..

Dans un article paru le , Gilbert Dupont, journaliste au quotidien populaire belge La Dernière Heure, croit savoir, de sources policières, que « Belliraj faisait partie, en , du commando « à la camionnette » qui fit évader Bekthi de la prison luxembourgeoise de Schrassig » et que le « hold-up au Grand-Duché a été commis en participation avec quatre truands du milieu liégeois traditionnel »Gilbert Dupont, 6 assassinats commis à deux, La Dernière Heure, 14 mars 2008.. D'après des informations obtenues auprès de la famille Bekhti six mois plus tard, le même journaliste présente cette fois Belliraj comme « un indicateur du commissaire de l'antigang Gérard S., un des responsables du GRI, Groupe de recherche et d'intervention de la PJ de Bruxelles », qui a dû quitter la police ultérieurement. C'est Belliraj qui aurait balancé Bekhti, et qui aurait ainsi réussi à mettre la main sur la part de celui-ci, trois millions d'euros cachés dans un box de garageGilbert Dupont, Les 3 millions d'euros de Belliraj, La Dernière Heure, 7 octobre 2008.. Il s'agit de Gérard Seront, condamné en à 30 mois de prison avec sursis pour ce qui excédait la détention préventive pour détournements de pièces d'enquête confidentielles et violation du secret professionnel, mais initialement suspecté de complicité d'assassinat et d'association de malfaiteurs dans plusieurs affaires impliquant ses indicateursGilbert Dupont, Le flic éviterait le box, La Dernière Heure, 10 octobre 2002.Gilbert Dupont, Un superflic condamné à 30 mois, La Dernière Heure, 31 mai 2007.Commissaire ou bandit, il faut choisir, M. Seront !, Belga, 31 mai 2008..

Toujours selon la famille Bekhti, Belliraj aurait investi sa part du butin dans l'immobilier au Maroc, il aurait notamment acheté l'hôtel Fashion à Marrakech (mis au nom de son frère Salah Belliraj), mètres carrés près de la célèbre boîte de nuit marrakchie Le Pacha, une villa, un building de 18 appartements à Agadir et deux appartements à Marbella. Malgré l'arrestation d'Abdelkader Belliraj, l'hôtel, acquis par blanchiment d'argent provenant d'un braquage, serait toujours exploité par sa famille.

Le , le fils d'Abdelkader Belliraj, Omar Belliraj, ainsi que le frère d'Abdellatif Bekhti, Abderahim Bekhti, comparaissent devant le Tribunal correctionnel de Bruxelles pour blanchiment du produit du braquage de la Brink's huit ans et demi plus tôt. Il n'est à cette occasion plus question que de 15 millions d'euros, et non de 17, et Abderahim Bekhti précise à l'audience que « Oui, mon frère a commis le braquage au Luxembourg et il a emporté plus de 600 millions de francs belges. Il a été condamné à 20 ans et il s'est évadé. Ensuite, il s'est fait avoir par Belliraj qui lui a dit qu'il allait placer cet argent. Il a investi dans des hôtels et mon frère n'a jamais revu son argent. Alors, il n'y a pas de blanchiment. J'ai acheté une Porsche, c'est tout ». Le chroniqueur judiciaire de la Dernière Heure précise qu'« Abderahim Bekhti et Omar Belliraj, notamment, se seraient livrés à des opérations de blanchiment relatif à ce fameux butin en achetant quatre Porsche, une Mercedes, une moto Honda et un jet ski, pour le compte du duo de Rabat. Les achats ont été acquittés uniquement en coupures de 500 euros »P.Df, Un procès Belliraj à Bruxelles, La Dernière Heure, 2 novembre 2008.. Fin , Abderahim Bekhti a été arrêté par la police belge à la suite d'un mandat d'arrêt international délivré par le Maroc.

Informateur de la Sûreté de l'État belge Depuis la fin des années 1990, Belliraj aurait été un informateur de la Sûreté de l'État belge, rémunéré sur base mensuelle en tant que tel, cette information n'a été ni démentie ni confirmée, mais sa divulgation, ainsi que celles concernant le statut d'informateur de certains de ses compagnons, a entraîné le dépôt d'une plainte contre X par l'administrateur délégué de la Sûreté. Il semble que cette fuite, comme d'autres dans ce dossier, ait été opérée dans le cadre d'une rivalité entre la police fédérale belge et la Sûreté belge, seule la première ayant eu accès au dossier judiciaire marocainLe patron de la Sûreté porte plainte contre X, Dépêche Belga, Frédéric Delepierre, Belliraj sème la zizanie, Le Soir, .

Il aurait ainsi bénéficié d'un avis favorable pour sa demande d'acquisition de la nationalité belge le , alors qu'un avis défavorable aurait été envoyé au Parquet de Gand sept jours plus tôt, également émis par la Sûreté. Cette information a toutefois été aussitôt nuancée par le ministre belge de la Justice (ministre de tutelle de la Sûreté de l'État), Jo Vandeurzen, pour qui « Contrairement à ce qui a été affirmé, ces deux courriers ne se contredisent pas: le second courrier est une actualisation du premier. Communiquer des données exactes, récentes ou mises à jour est d'ailleurs une obligation légale de la Sûreté de l'État en vertu de la loi relative à la protection de la vie privée »Disparition d'un avis négatif sur la naturalisation de Belliraj, Dépêche Belga, "Des rumeurs infondées" sur la naturalisation de Belliraj, dépêche Belga, .

Les informations communiquées à la Sûreté par Belliraj, qualifié par diverses sources contactées par le quotidien belge De Tijd de « tuyauteur en or », auraient notamment permis de déjouer un attentat dans un autre pays européenBelliraj a aidé la Sûreté de l'État à déjouer un attentat en Europe, Dépêche Belga, , il s'agirait du Royaume-UniRoland Planchar, Belliraj : l'attentat déjoué était anglais, La Libre Belgique, .