Paul Marie Joseph Vidal de La Blache ou Vidal-Lablache, né le à Pézenas (Hérault) et mort le à La Seyne-sur-Mer (Var), est un géographe, cartographe et professeur de géographie français.
Géographe émérite français, il atteint une visibilité nationale en 1903 grâce à ses travaux sur les découpages régionaux dans le Tableau de la géographie de la France, ouvrage fondateur de la géographie moderne, qui est le premier volume de la grande Histoire de France d’Ernest Lavisse.
Il s'oppose farouchement à l’école allemande de géographie politique et s’oppose au déterminisme géographique (ou déterminisme naturel), qu’il considère comme insuffisant. Son œuvre vise donc à compléter cette théorie, jusqu’à poser les bases du possibilisme géographique, une notion complètement inverse, développée entre autres dans les travaux d'Élisée Reclus.
Dans la seconde moitié du , l’école de la géographie française est très influencée par la géographie dite vidalienne ; les vidaliens accordent une importance à définir la « région », son découpage sur la base d’éléments naturels mais qui doivent correspondre à des réalités humaines, historiques et sociales.
Ses cartes notamment de la France seront utilisées dans les écoles et l’enseignement.
Il est un des fondateurs de la revue Annales de géographie, socle du renouvellement de la géographie française à la fin du .
Biographie Famille La famille de Paul Vidal de La Blache est originaire du hameau de La Blache, au sud du territoire de la commune de Malrevers, dans le Velay. À l'origine, elle se nomme uniquement Vidal, et prend le nom de son hameau, sans particule.
Son père, Antoine, né le , étudie au collège de Narbonne jusqu'à ses , lorsqu'il est envoyé par son père en pensionnat à Paris. Il obtient en un baccalauréat ès Lettres. Il devient enseignant de philosophie et rhétorique, à Millau en 1831, Perpignan l'année suivante, Bédarieux en 1833 , puis à Toulouse. Le , Antoine Vidal-Lablache est muté au collège de Pézenas. Le , le conseil municipal demande la nomination de Vidal-Lablache au poste de principal, pour remplacer , muté à Narbonne. Le , après plusieurs rapports à charge de Lombard contre le professeur de rhétorique, une pétition des notables de la commune, une lettre du maire Félix de Juvénel au ministre, Vidal-Lablache est évincé au profit de . Grâce à son frère Frédéric, curé à Bram, il rencontre Irma Bar, fille d'un notable du village, où ils se marient le .
Jeunesse et études Le , à minuit, Paul Vidal de la Blache naît à Pézenas ; il est baptisé le à l'église Saint-Jean. La famille déménage à Auch le , où Antoine a obtenu un poste au lycée, puis à Avignon le . Irma accouche de François le . En 1854, lors de sa onzième tentative, Antoine obtient in extremis l'agrégation, et devient professeur de logique au lycée de Rodez le , puis de Carcassonne le et enfin de Montpellier le . Le , la famille emménage à Nice, où Antoine est nommé inspecteur.
Paul suit son père dans toutes les villes où il est muté. Ainsi, il étudie Avignon, Rodez et Carcassonne. Il obtient d'excellents résultats et son père l'envoie étudier à Paris, en 1858, au lycée Charlemagne. Il y étudie en classe de seconde, de rhétorique, logique puis en classe préparatoire à l'École Normale Supérieure jusqu'en 1863. Il y rencontre le futur historien Ernest Lavisse, de son aîné mais avec seulement d'avance sur lui. Il excelle en lettres et en humanités, et ses notes en sciences sont plutôt basses. Entre 1859 et 1862, il obtient plusieurs prix de Versailles et Paris en latin, français et histoire géographie. Il obtient son baccalauréat ès lettres en 1861.
On lui refuse l'entrée à l'École Normale Supérieure en 1862 à cause de son jeune âge. Le , son père écrit à Jean-Baptiste Philibert Vaillant, ministre de l'instruction publique : . Finalement, Désiré Nisard, directeur de l'École Normale Supérieure, permet que Paul soit admis au concours qui se déroule du au , alors qu'il n'atteint toujours pas la limite d'âge. Il est reçu deuxième des admis sur 74. Rue d'Ulm, il rencontre Alfred Nicolas Rambaud, Gabriel Monod, Paul Gaffarel et Albert Duruy.
C'est là que se développe sa passion pour l'histoire : une note interne du dit . En 1866, plus jeune candidat à l'agrégation, il obtient le premier rang en histoire-géographie. À l'époque, histoire et géographie ne sont pas séparées par une frontière institutionnelle forte : la géographie est alors faiblement structurée sur le plan académique, d'abord perçue comme une .
À l'École française d'Athènes Dès son agrégation, il demande à être affecté à l'École française d'Athènes. En attendant le départ prévu en début d'année, il est nommé professeur d'histoire au lycée de Carcassonne le . Depuis Bram, où il est en vacances, il écrit au directeur de l'instruction publique : . Néanmoins, à cause du manque de professeurs d'histoire, il enseigne à Carcassonne jusqu'au .
Le , Victor Duruy le nomme à Athènes. On lui acquitte pour le voyage qu'il effectue en février. Il visite l'Italie de février à avril, et arrive à Athènes en mai. Il visite pendant l'été les îles Égéennes, la mer de Marmara et la mer Noire, et, pendant l'automne, le Péloponnèse. À l'été 1868, il rentre en France et loge chez son père, devenu inspecteur à Toulouse. Pendant cet été, il se fiance avec Laure Mondot, fille de Casimir Mondot, collègue et ami de son père. Sur le retour vers Athènes, il passe par Milan le et séjourne à Venise du au , pour arriver le . Il entretient dès lors une relation épistolaire avec sa fiancée et sa belle famille. En 1869, il embarque sur le Forbin pour effectuer un voyage dans le nord de la mer Égée, et admire les minarets de Salonique le et s'émerveille de Smyrne. En juin, il monte sur un bâtiment de la marine qui vogue vers la Syrie. Il visite Beyrouth, Damas, les ruines de Baalbek et Jaffa. Dans une lettre à sa fiancée datée du , il se dit .
Il effectue en 1869 ses premières publications, dans le bulletin de l'École française d'Athènes : , et , et dans la revue archéologique : et . Il rédige un mémoire de deuxième année sur Hérode Atticus, rhéteur grec né en 101 et mort en 177, éducateur de Marc Aurèle et important mécène. Émile-Louis Burnouf, directeur de l'école, transmet le texte à l'académie des inscriptions et des Belles-Lettres, qui est salué par Félix Désiré Dehèque.
En , il visite l'Égypte : Le Caire, Memphis, Alexandrie et Port-Saïd, où il assiste à l'inauguration du canal de Suez. Il rentre à Athènes le , pour en repartir définitivement avec en poche pour rentrer en France. Il séjourne à la villa Médicis à Rome à partir du . Il y rencontre le sculpteur Louis-Ernest Barrias, l'architecte Gustave Adolphe Gerhardt et le peintre Henri Regnault, et repart le pour Marseille.
Carrière Après d'âpres négociations entre son père et le ministère pour qu'il n'enseigne pas dans un lycée de province, il obtient un congé de avec un solde annuel de , et revient à Toulouse vers le 1870. En 1871-1872, Vidal de la Blache enseigne l'histoirehttps://cths.fr/an/savant.php?id=734#, consulté le 30/10/2023 au lycée d'Angers.
Le , il soutient ses deux thèses de doctorat ès lettres à la Faculté de Parishttps://eslettres.bis-sorbonne.fr/notice/Doctorant/4805, consulté le 30/10/2023. La première, en français, consiste en une étude critique de la vie d'Hérode AtticusPaul Vidal de la Blache, Hérode Atticus : étude critique sur sa vie [en ligne], Paris, E. Thorin, 1872, 184 p., URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332062p. La deuxième, en latin, est consacrée au commentaire des titulatures funèbres grecques en Asie MineurePaul Vidal de la Blache, Commentatio de titulis funebribus graecis in Asia Minore [en ligne], Paris, E. Thorin, 1872, 95 p., URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332272n. Après l'obtention de son doctorat, il devient à son tour membre de jury de soutenance de thèse.
Après la défaite contre la Prusse, un mouvement s’élève en effet en France pour développer l'étude et l'enseignement de la géographie à l’université et dans le système scolaire. Très peu défendue au , la géographie est encore balbutiante quand on considère les succès qui sont les siens en Allemagne. Les géographes d'Outre-Rhin, Alexander von Humboldt, Ritter, Ratzel, Von Richthofen, sont des modèles enviés qui servent d'exemple à la rénovation universitaire de la géographie française, élément de la reconquête scientifique nationale. Quant à Élisée Reclus, plus vieux de quinze ans et le plus célèbre des géographes français dans la seconde moitié du , il est à bien des égards l'antithèse de Vidal de La Blache : comme anarchiste, il se place délibérément en dehors de toute institution universitaire (il est membre, en revanche, de nombreuses sociétés savantes), vit banni (1872-1879) puis expatrié (1879-1890) en Suisse et par la suite en Belgique (1894-1905), préfère s'adresser directement au grand public, ne défend aucune visée nationaliste, ni aucun canon disciplinaire et n'a pas l'intention d'être un « maître » faisant « école ».
Lieu symbolique par excellence – sa création est le résultat du déménagement de l'université de Strasbourg, ville annexée par le Deuxième Reich –, l'université de Nancy accueille le jeune chercheur qui s’est démené pour y entrer comme enseignant, d'abord comme chargé de cours en 1872. Jugé trop jeune, il y donne des cours, mais ne devient professeur qu'en 1875, à , titulaire d'une chaire de géographie , à sa demande, de son association traditionnelle avec l’Histoire.
thumb|right|Planche scolaire de Vidal-Lablache : France. Canaux, Bibliothèque Numérique de l'Université d'Artois
Dès lors, apôtre de cette discipline au sein des milieux académiques, Vidal devient peu à peu . Son influence, immense, se perpétue jusque dans les années 1960 à travers l’école qu’il contribue à fonder. Maître de conférences puis sous-directeur de l'École normale supérieure de la rue d’Ulm (1877-1898), professeur à la Sorbonne (1898-1909), maître direct de nombreux historiens (Lucien Febvre, etc.) et géographes normaliens (Marcel Dubois, Lucien Gallois, Emmanuel de Martonne, Albert Demangeon, Raoul Blanchard, etc.), éditeur de matériel scolaire - dont les fameuses cartes murales qu’on retrouve encore par milliers dans les écoles primaires - il publie tout au long de sa vie de très nombreux écrits - ouvrages ou articles - qui constituent autant de références pour les chercheurs, y compris aujourd'hui.
Il enseigne également à l'École libre des sciences politiques à partir de 1908. Il y donne un cours de géographie générale. Il y aurait notamment fréquenté Albert Sorel. Il cesse d'y enseigner en 1917.
Il a également collaboré avec plusieurs revues telles que la Revue critique de 1874 à 1876, la Revue de géographie et la Revue scientifique.
Contributions Les Annales de géographie et la Géographie universelle