Claude Gellée ou Gelée, dit « le Lorrain », Claude Lorrain ou traditionnellement juste Claude, né à Chamagne vers 1600 et mort à Rome le , est un peintre, dessinateur et graveur lorrain. Il passe la majeure partie de sa vie en Italie et est l'un des premiers artistes importants, à l'exception de ses contemporains de l'âge d'or de la peinture néerlandaise, à se concentrer sur la peinture de paysage. Ses paysages sont généralement rattachés au genre plus prestigieux de peintures d'histoire par l'ajout de quelques petits personnages représentant fréquemment une scène de la Bible ou de la mythologie gréco-romaine. Actif pendant la période du baroque, il s’inscrit dans le courant du classicisme français. Aujourd’hui 51 gravures, et environ 300 tableaux subsistent de sa vaste production.

À la fin des années 1630, il s'impose comme le principal peintre paysagiste d'Italie et bénéficie d'honoraires importants pour son travail. Ses paysages deviennent progressivement plus grands, avec moins de personnages, peints avec plus de soin et produits à un rythme moins soutenu. Il n'est généralement pas un innovateur dans la peinture de paysage, sauf lorsqu'il introduit le soleil et sa lumière dans de nombreuses peintures, ce qui était inusité avant lui.

Il est aujourd'hui considéré comme un peintre français, mais il est né dans le duché de Lorraine, alors indépendant et rattaché au Saint-Empire romain germanique ; presque toute son œuvre est réalisée en Italie et avant la fin du , il est considéré comme un peintre de « l'école romaine » et ses clients sont pour la plupart italiens. Après sa mort, il devient très populaire auprès des collectionneurs anglais et le Royaume-Uni conserve nombre de ses œuvres, qui ont même influencé le jardin à l'anglaise.

Biographie La vie de Claude Lorrain est surtout connue par ses deux premières biographies : la Teutsche Academie de Joachim von Sandrart (1675) et la Notizie de' professori del disegno da Cimabue in qua de Philippe Baldinucci (1682-1728). Sandrart et Baldinucci ont connu personnellement le peintre, mais à une cinquantaine d'années d'intervalle, respectivement au début de sa carrière et peu avant sa mort. Sandrart a vécu avec lui pendant un certain temps, tandis que Baldinucci n'est probablement pas un de ses intimes et tire une grande partie de ses informations des neveux de Claude, qui vivaient avec lui.

Jeunesse Claude Gellée naît à Chamagne, village de l'actuel département des Vosges, près de Lunéville, au sud de Nancy, qui fait alors partie du duché de Lorraine, un État indépendant. Sa pierre tombale indique 1600 comme année de naissance, mais des sources contemporaines indiquent une date ultérieure, vers 1604 ou 1605. Il est le troisième des cinq fils et des sept enfants de Jean Gellée et Anne Padose, d’origine paysanne et peu fortunés.

Selon Baldinucci, les parents de Claude meurent tous deux quand il a douze ans, en 1612 ; il vit alors à Fribourg avec un frère aîné, Jean GelléeBiographie Metropolitan (Katharine Baetjer 2014).. Jean est artiste en marqueterie et enseigne à Claude les rudiments du dessin. Claude se rend ensuite en Italie, travaillant d'abord à Naples pour Goffredo Wals, un peintre de paysages mal connu originaire de Cologne, avant de rejoindre l'atelier d'Agostino Tassi à Rome.

Le récit de Sandrart sur les premières années de Claude est cependant tout à fait différent ; les érudits modernes préfèrent généralement celui-ci, ou tentent de combiner les deux. Selon Sandrart, Claude ne réussit pas bien à l'école du village et est apprenti chez un pâtissier. Avec une compagnie de collègues cuisiniers et boulangers (la Lorraine a alors une grande réputation en matière de pâtisserie), il se rend à Rome et est finalement employé comme domestique et cuisinier par Tassi. C’est à cette époque qu'il aurait inventé la pâte feuilletéeJean-Marie Cuny, La cuisine lorraine, Metz, Imprimerie Fort-Moselle, 1998.. En plus des travaux domestiques, Claude est chargé de broyer les couleurs de son maître et a ainsi l’occasion de le voir peindre. Il s’essaie lui-même à la peinture et étonne Tassi, au point que celui-ci commence son éducation dans l’art pictural. Wals et Tassi sont tous deux paysagistes, le premier très obscur et produisant des vues à petite échelle qui ont influencé Claude, tandis que Tassi — connu comme le violeur d'Artemisia Gentileschi — possède un grand atelier spécialisé dans les fresques des palais.

Il n’est pas possible d'accréditer si sa première formation est avec Tassi puis avec Wals, ou vice versa, étant donné les rares données conservées sur l’artiste au cours de ces années.

Éclosion Bien que les détails de la vie de Claude avant 1620 restent flous, la plupart des érudits modernes s'accordent à dire qu'il est apprenti chez Wals vers 1620-1622 et chez Tassi entre 1622/23 et vers 1625. Baldinucci rapporte qu'en 1625, Claude entreprend un voyage à Lorette, à Venise, au Tyrol et en Bavière et retourne à son lieu d’origine, s’installant à Nancy pendant un an et demi, où il collabore comme assistant avec Claude Déruet, peintre de la cour ducale, à l’église des Petits-Carmes de Nancy, et travaillant sur les fonds d'un projet de fresque perdue. Il quitte son atelier relativement vite, en 1626 ou 1627, à la suite de quoi toute sa carrière se déroulera à Rome. Il s'installe dans une maison de la Via Margutta, dans le quartier des artistes, près de la Piazza di Spagna et l'église et couvent de la Trinité-des-Monts, demeurant dans ce quartier pour le reste de sa vie. Il ne se marie pas, et vit simplement parmi ses amis.

Au cours de ses voyages, Claude séjourne brièvement à Marseille, Gênes et Venise et a l'occasion d'étudier la nature en France, en Italie et en Bavière. Sandrart rencontre Claude à la fin des années 1620 et rapporte que l'artiste a alors l'habitude de dessiner à l'extérieur, particulièrement à l'aube et au crépuscule, réalisant sur place des études à l'huile. À la fin des années 1620, il demeure un artiste indépendant ; sa première toile datée est un sujet pastoral peint en 1629, Paysage avec bétail et paysans (Philadelphia Museum of Art), qui montre déjà un style et une technique bien développés ; La Tempête figure dans les toutes premières œuvres.

Il forge son propre style, influencé par les grands paysages d’Annibale Carracci. Peu à peu, l’effet de la lumière devient sa préoccupation majeure.

Dans les années 1630, il commence à consolider sa réputation comme peintre, exécutant des paysages inspirés de la campagne romaine, aux impressions bucoliques et pastorales. Il signe ses tableaux « le Lorrain », de sorte qu’il commence à être connu sous le nom de Claude Lorrain. Il est en contact avec Joachim von Sandrart et d’autres étrangers établis à Rome comme Herman van Swanevelt, Cornelis van Poelenburgh et Bartholomeus Breenbergh, avec lesquels il s'initie à la peinture de paysage. Il se lie également d’amitié avec Nicolas Poussin, un autre Français basé à Rome. Peu à peu, sa situation s'améliore, de sorte qu’il peut prendre à son service un assistant, Gian Domenico Desiderii, qui travaille avec lui jusqu’en 1658.

Vers 1630, il peint plusieurs fresques dans les palais Muti et Crescenzi de Rome, technique qu’il n’utilise plus ensuite. Sa réputation ne cesse de croître, comme en témoignent les commandes de l'ambassadeur de France à Rome (1633) et du roi d'Espagne (1634-1635). Baldinucci rapporte qu'une commande particulièrement importante lui vient du cardinal Guido Bentivoglio, qui a été impressionné par les deux paysages peints par Claude pour lui, Paysage avec danse paysanne (1637) et Vue du port (1637), et qui recommande l'artiste au pape . Claude réalise quatre tableaux pour le pape en 1635-1638, deux grands et deux petits sur cuivre. Il commence à jouir d’une certaine renommée dans les cercles artistiques de Rome. Les cardinaux Fabio Chigi et Giulio Rospigliosi, qui deviendront les papes et , sont également ses mécènes.

Admis à l’Accademia di San Luca de Rome, où se trouve aujourd'hui une de ses Marine de 1633, il peint de nombreux ports imaginaires, invitations au voyage, à l’architecture néo-classique de la Renaissance italienne, baignés par la lumière rasante d’un soleil couchant situé dans la ligne de fuite du tableau. On y retrouve souvent des scènes d’embarquement grouillant de débardeurs affairés (Marine, 1634 ; Port de mer au soleil couchant, 1639 ; Le Débarquement de Cléopâtre à Tarse, 1642).

Consécration vignette|redresse|Page du Liber Veritatis, British Museum.

À partir de 1635, le travail de Claude est reconnu et ses toiles très demandées. À compter de cette date, il ne peint presque plus que sur commande. Il réalise ensuite de nombreuses commandes importantes, tant italiennes qu'internationales, dont certaines pour le roi . En conséquence de quoi, des faux à son nom commencent à être produits et vendus. Ainsi, en 1634, Sébastien Bourdon s’amuse à contrefaire une de ses œuvres. Ceci n’est pas du tout au goût du Lorrain qui, ne souhaitant pas que des copies puissent être prises pour ses originaux, met en œuvre un procédé original et efficace pour lutter contre ces contrefaçons en reproduisant en dessin chacune de ses œuvres dans un recueil appelé Liber Veritatis ou Livre de la Vérité, commencé en 1635 et composé de 195 dessins. Il réalise des dessins à la plume et au lavis de presque tous ses tableaux dès qu'ils sont terminés, bien qu'avec parfois des variantes ; au dos de la plupart des dessins, il précise le titre, la date, ainsi que le nom du commanditaire et les honoraires encaissés, mais pas toujours suffisamment clairement pour permettre aujourd'hui d'identifier l'œuvre avec exactitude. Il y répertorie toutes ses œuvres jusqu’à sa mort, soit près de . Le Livre est acquis par le duc de Devonshire, qui l’inclut dans sa collection de sa résidence de Chatsworth House. Il est publié pour la première fois en 1777 par l’éditeur John Boydell, sous forme de gravures, réalisées par Richard Earlom. Ce livre unique, actuellement conservé à Londres au British Museum, est très précieux pour les historiens d’art car il leur permet notamment d’étudier les œuvres disparues du peintre.

vignette|redresse|Paysage avec la découverte de Moïse, 1639, Musée du Prado. En 1636, Claude entreprend un nouveau voyage à Naples. L’année suivante, il reçoit une commande de l’ambassadeur d’Espagne à Rome, le marquis de Castel Rodrigo, d’une série de gravures, intitulée Feux d’artifice. Peut-être sur recommandation de ce dernier, il reçoit une commande de pour le palais du Buen Retiro à Madrid, pour décorer la Galerie des Paysages avec des œuvres d’artistes contemporains comme Nicolas Poussin, Herman van Swanevelt, Jan Both, Gaspard Dughet et Jean Lemaire. Claude Lorrain réalise huit tableaux monumentaux, en deux groupes : quatre au format longitudinal (1635-38) et quatre au format vertical (1639-41). Le programme iconographique, tiré de la Bible et des histoires des Saints, a été choisi par Gaspar de Guzmán, qui dirige les travaux.

À partir de 1640, l’influence des œuvres d'Annibale Carracci et du Dominiquin se fait sentir ; à partir de 1645, il s’oriente vers des œuvres plus apaisées, à la lumière uniforme, d’inspiration mythologique ou biblique (Bord de mer avec Apollon et la sibylle de Cumes, 1647 ; Mariage d’Isaac et Rebecca, 1648), mais, comme toujours chez Claude, ces scènes ne sont que des prétextes à l’exploration de l’espace infini du paysage : les œuvres du Lorrain .

En 1643, il entre à lAcadémie pontificale des beaux-arts et des lettres des virtuoses au Panthéon, la Congregazione dei Virtuosi, académie littéraire fondée en 1621 par le cardinal Ludovico Ludovisi.