Gaston Rogé (Nancy, - Nancy, ) est le président-fondateur (1916-1944) de l'AMC, la principale association d'anciens combattants de la Première Guerre mondiale en Meurthe-et-Moselle, le président en 1920-1921 d'une fédération nationale d'anciens combattants, l'Union fédérale des mutilés et anciens combattants (Union fédérale ou UF), et un homme politique français de la IIIe République.
Études et vie professionnelle
Issu d'une famille de commerçantsL'Est républicain, 4 juin 1907, "Avis mortuaire": décès de son grand-père, ancien négociant. Le frère de Gaston, René Rogé a dirigé jusqu'à son décès en 1941 un important commerce d'alimentation à Nancy: L'Echo de Nancy, 29 juillet 1941. Gaston Rogé est aussi le neveu d'un bijoutier-horloger établi à Nancy: L'Est républicain, 27 mars 1922, fils d'un épicier, il suit des études secondaires au lycée Loritz à Nancy. Diplômé de l'Ecole supérieure de commerce de Nancy (1903 à 1905), il devient représentant de commerce, président du syndicat des représentants d'alimentation en gros de Meurthe-et-Moselle dans l'entre-deux-guerres, président de la Caisse d'épargne de NancyL'Est républicain, 2 février 1938, et membre de la Chambre de commerce de NancyJournal des mutilés, 21 avril 1935.
Président de l'association des anciens élèves de l'Ecole supérieure de commerce de NancyL'Est républicain, 13 janvier 1929, il est élu en 1938 président de l'Union des anciens élèves des écoles supérieures de commerceLe Temps, 17 novembre 1938, "Nouvelles diverses".
L'ancien combattant : président de l'A.M.C. de Meurthe-et-Moselle et de l'Union fédérale
Mobilisé en au 26e R.I., il est blessé grièvement le . Il est réformé avec pension en comme mutilé de guerre. Titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre avec palme, il est le fondateur en de l'Association des mutilés et anciens combattants de la Grande Guerre (A.M.C.), la plus ancienne et la plus puissante association d'anciens combattants de Meurthe-et-Moselle dans l'entre-deux-guerresBulletin de l'AMC, n° 1, juin 1916, Ibid., n° 2, juillet 1916,L'Est républicain, 21 mai 1917, L'Est républicain, 25 mai 1936, "Le XXe anniversaire de l'AMC", L'Ancien combattant, 15 juin 1936, "Les fêtes du 20e anniversaire de la fondation de l'AMC"Jean-François Colas, Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, Thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 2002, T. II, p. 377 : Elle comprend de nombreuses sections et sous-sections. Ses effectifs s'élèvent à 17 131 adhérents en 1928 et à 28 138 en 1933-35. Elle représente de 50 à 75 % des titulaires de la carte du combattant en Meurthe-et-Moselle en 1935. Ses effectifs déclinent ensuite de 1934 à 1939 : 27 833 cotisants en 1936.. Il la préside pendant toute l'entre-deux-guerres, et jusqu'en 1943 ou 1944. L'AMC dispose d'un périodique, Le Bulletin de l'AMC (1916-1918), qui devient en 1919 L'Ancien combattant, dans lequel Rogé publie des éditoriauxCollection en ligne de L'Ancien combattant dans BNF/gallica. L'association organise à Nancy les cérémonies du . Rogé préside aussi la Mutuelle-retraite de l'AMCL'Est républicain, 9 décembre 1937.
L'AMC est affiliée à l'Union fédérale des mutilés et anciens combattants (UF), la fédération d'anciens combattants la plus importante en France dans l'entre-deux-guerresHistorique de l'Union fédérale. Rogé a été un de ses fondateurs, parmi d'autres mutilés de guerre rentrés dans leurs foyers : il a participé à ses deux congrès fondateurs, celui de Paris le et celui de Lyon du 24 au . Membre du comité provisoire, il est élu vice-président en 1918, puis président en 1920Le Combattant du Boulonnais, septembre 1920, "Le nouveau président de l'Union fédérale expose son programme", L'Est républicain, 28 juillet 1920, L'Est républicain, 12 mai 1921. Sous sa présidence, le congrès annuel de l'UF a lieu à NancyL'Est républicain, 15 mai 1921, Ibid., 16 mai 1921, Ibid., 17 mai 1921, Ibid., 18 mai 1921. Du fait de son état de santé, il refuse en 1921 de demeurer président et est désigné président honoraire, et à ce titre reste membre du bureau de l'associationJournal des mutilés, 21 mai 1921. Il demeure actif au sein de l'Union fédéralePar exemple, il est le délégué de l'UF à un congrès en Algérie: Cahiers de l'Union fédérale, 10 mai 1938. Il se fait l'historien des débuts de l'UF ; il présente ses fondateurs, décrit les discussions passionnées, souligne les oppositions internes, notamment entre Parisiens et provinciaux, rappelle son action en faveur d'une organisation départementale sur laquelle l'UF a été fondée, ainsi que ce qu'il nomme de certains congressistes originels, ceux de l'Association républicaine des anciens combattants (marquée à gauche) notammentCahiers de l'Union fédérale, 15 février 1932, G. Rogé, "Avant le congrès de Paris", Cahiers de l'Union fédérale, mars 1932, G. Rogé, "Le congrès de Paris ( 1917 )", Cahiers de l'Union fédérale, 15 mars 1932, G. Rogé, "Le congrès de Paris", Ibid., avril 1932, "Le congrès de Paris", Ibid., 15 avril 1932, "De Paris à Lyon", Ibid., 15 mai 1932, "Le congrès de Lyon", Ibid., 15 juin 1932, "Le congrès de Lyon", Ibid., juillet 1932, "Le congrès de Lyon", Ibid., 10 mars 1938. Cf. aussi Le Journal, 5 juin 1927, Gaston Vidal (fondateur principal de l'Union fédérale), "Les assises des mutilés de France" ( photographie des leaders de l'UF ).
Il s'oppose en 1933 au Comité d'entente des anciens combattants de Meurthe-et-Moselle, dont ne fait pas partie l'AMC, dans le contexte de la campagne de protestation menée par les anciens combattants contre les projets financiers du gouvernement, lui reprochant de Jean-François Colas, op. cit., p. 389. Il s'est pourtant fait élire au Sénat l'année précédente. En 1936, l'AMC a voulu conserver son indépendance à l'égard des partis politiques et n'a pas souhaité se prononcer sur le Front populaireJ-F Colas, op. cit., .
Sur le plan des relations franco-allemandes, l'Union fédérale avec Henri Pichot et René Cassin a ouvert des discussions avec des anciens combattants républicains allemands dès 1922. Rogé s'oppose en 1930 lors d'une réunion du comité fédéral à un autre leader de l'UF, Marcel Lehman, alarmé par le nationalisme allemand, qui demandait la fin des discussions entre anciens combattants des deux paysJournal des veuves de guerre, novembre 1930. Fin 1932, lors du congrès de Dijon de l'UF, Rogé est le seul à s'abstenir de voter pour une motion réclamant le renforcement de la SDN et le désarmementJournal des mutilés, 3 janvier 1932. À partir de l'accession d'Hitler au pouvoir en 1933, il appuie la position de l'UF et soutient encore le principe des discussions entre anciens combattants français et allemandsL'Ancien combattant, 30 novembre 1934, "Action civique" alors que les partenaires allemands habituels de l'UF sont écartés par Hitler en et remplacés par d'autres.
Mais il ne rejoint pas le Comité France-Allemagne, contrairement à Pichot ou d'autres cadres de l'UF. Lors de la remilitarisation de la Rhénanie en 1936, il déclare : . Il ajoute une remarque qui tranche avec les illusions d'autres leaders de l'Union fédérale : L'Ancien combattant, 30 mars 1936. Il demeure attaché à la doctrine de l'AMC : : L'Ancien combattant, 15 avril 1936, G. Rogé, "Etre forts et causer". Il se montre cependant favorable aux accords de Munich, accusant les communistes d'avoir et appelant à L'Ancien combattant, 30 septembre 1938, G. Rogé, "Après l'alerte". En , il légitime encore ces accords, tout en reconnaissant qu'L'Ancien combattant, 30 mars 1939, G. Rogé, "Haut les cœurs !".
Carrière politique Elu local et sénateur dans l'entre-deux-guerres Élu conseiller municipal de Nancy en 1919Élu sur une liste d'entente et d'union comprenant 18 nouveaux candidats et 18 sortants : L'Est républicain, 25 novembre 1919, Journal de la Meurthe, 30 novembre 1919, L'Est républicain, décembre 1919, il est réélu en 1925. Il a critiqué le programme politique des gauches - alors au pouvoir - lors de la campagne electoraleL'Est républicain, 9 mai 1925. Il figure sur une liste de républicains modérés comprenant des libéraux catholiques, qui fait face à une autre liste de républicains comprenant des socialistes, menée par le docteur Camille Schmitt, premier adjoint sortant. Il n'est élu qu'au second tour : L'Est républicain, 4 mai 1925, Ibid., 8 mai 1925, Ibid., 11 mai 1925. Il est élu conseiller général du canton de Nancy-Sud en et réélu en 1934 au premier tourL'Est républicain, 8 octobre 1934. Candidat républicain d'union nationale, il bat un candidat républicain ancien combattant : L'Est républicain, 2 octobre 1934.
Il est conseiller général de l'Union républicaine et démocratique (URD) mais il est plus proche de Désiré Ferry, son ami, qu'il soutient lors des législatives de 1932Cf. son dossier de la Légion d'honneur, p. 11: lettre de G. Rogé, 23 août 1930. Il préside en 1932 une réunion des comités républicains pour soutenir la candidature de Ferry lors des législatives : L'Est républicain, 17 avril 1932. Il le soutient encore en 1937 (L'Est républicain, 8 juillet 1937, alors que Ferry n'est plus député)., que de Louis Marin, dirigeant national de la Fédération républicaine. Il évolue vers le Parti démocrate populaire ; il est membre de la Fédération départementale de ce parti, fondée en 1924, et soutient publiquement aux législatives de 1932 le PDP Pierre Fisson contre le candidat sortant Édouard de Warren, membre de la Fédération républicaine et ami de Marin, alors en conflit ouvert avec le PDPIl a servi d'intermédiaire entre Fisson et un représentant de Warren après le premier tour : L'Est républicain, 6 mai 1932, "Un beau geste de Pierre Fisson. M. de Warren se refuse à l'imiter", Ibid., 7 mai 1932: lettres de Warren, Émile Seitz (le candidat radical-socialiste finalement victorieux, qui critique Rogé et son implication politique), et de Rogé.
Il est élu sénateur le au second tour et remplace Henri Michaut qui ne s'est pas représentéL'Est républicain, 20 octobre 1932, remerciements de G. Rogé. Les socialistes ont appelé en vain à le battre ; leur organe le qualifie d': Le Populaire, 17 octobre 1932. Sa candidature a reçu l'appui de l'Union fédérale, en raison du nombre trop faible d'anciens combattants au Sénat et parce que les élections sénatoriales échappent . Il est présenté comme le Cahiers de l'Union fédérale, octobre 1932, "Elections sénatoriales", Journal des mutilés, 3 janvier 1932, P. Brousmiche (président en titre de l'UF), "Les AC et le Sénat". Il siège au groupe de l'Union républicaine (centre-droit). Il est avec Robert Thoumyre et Jean Taurines l'un des défenseurs du monde combattant au Sénat. Il se fait aussi le porte-parole des représentants de commerce, notamment lors de la discussion de leur statut en 1937Journal du Loiret, 1937, "Chez les voyageurs de commerce", Le Journal, 4 septembre 1937, L'Est républicain, 7 novembre 1937.