François II de Bretagne, en breton : , né le . à Clisson et mort le à Couëron, est duc de Bretagne de 1458 à 1488.
Seul fils survivant de Richard d'Étampes, lui-même fils du duc de Bretagne Jean IV, il devient à la mort de son père comte titulaire d'Étampes, puis est désigné par le duc Pierre II de Bretagne (1418–1457) comme second héritier présomptif du duché de Bretagne après Arthur III de Bretagne, devenant effectivement duc en 1458.
Par sa mère Marguerite d'Orléans (1406-1466), fille du duc d'Orléans (1372–1407), il est lié à l'aristocratie française des princes du sang : il est notamment le neveu du duc et poète (1394–1465) et le cousin du duc Louis II (1462–1515), futur roi de France .
Son règne est marqué par une longue lutte contre les rois de France , puis Charles VIII, en liaison avec certains princes féodaux de France, dont Louis II d'Orléans, durant la Guerre folle, qui aboutit en 1488 à la défaite de Saint-Aubin-du-Cormier, et à l'arrivée sur le trône de Bretagne de la jeune duchesse Anne de Bretagne, mariée en 1491 à Charles VIII.
Il est également titré comte de Montfort, de Vertus, et de Richemont.
Biographie Origines familiales et jeunesse vignette|Armoiries de de Bretagne à son avènement comme duc de Bretagne.
Il est le fils de Richard d'Étampes (1395–1438), comte d'Étampes, quatrième fils de Jean IV de Bretagne, après Jean V de Bretagne, Arthur III de Bretagne et Gilles. Sa mère est Marguerite d'Orléans (1406-1466), comtesse de Vertus, fille du duc Louis Ier d'Orléans et de Valentine Visconti. Il vit chichement du fait des faibles revenus de sa famille, . Veuve, sa mère vient vivre avec ses enfants dans sa famille paternelle, au château de Blois.
Héritier présomptif de Bretagne (1450–1458) En 1450, après l'assassinat de son frère Gilles, le duc François (1414–1450) voit se profiler un problème dynastique : il est malade et n'a que deux filles. Ses successeurs présomptifs sont dans l'ordre de succession, son frère Pierre II de Bretagne (1418–1457), qui n'a pas d'enfants et son oncle Arthur III de Bretagne (1393–1458), connétable de Richemont, sans descendance légitime.
En 1455, pour éviter toute contestation et une nouvelle guerre de succession, Pierre II décide de marier son cousin François d'Étampes à sa nièce Marguerite de Bretagne (1443–1469), fille aînée de son prédécesseur François et héritière selon la tradition antérieure au traité de Guérande. Cette décision provoque une réaction du roi d'Écosse Jacques II, frère d'Isabelle Stuart (1426–1494) et beau-frère de François , qui proteste, en vain, au nom des droits de ses nièces.
François d'Étampes est donc appelé à la cour de Bretagne par qui lui fait signer l'engagement de respecter les règles de succession du traité de Guérande et de ne pas réclamer le duché de son vivant, au nom de sa fiancée Marguerite. Pour éviter les contestations ultérieures, obtient aussi l'accord du roi de France et du duc Charles Ier d'Orléans (le poète), oncle de François.
Il fait enfin enregistrer son testament par les États de Bretagne qu'il convoque à Vannes en avant de leur présenter François et Marguerite, fiancés sur le champ et mariés trois jours plus tard. renvoie ensuite François à Blois. Pierre II meurt dès l'année suivante. Le connétable de Richemont, devenu duc sous le nom d', meurt dès 1458.
Avènement comme duc de Bretagne Investiture ducale à Rennes (1458)
Le comte d'Étampes quitte alors Blois, accompagné de sa mère, pour Rennes où il doit être investi selon la tradition : l'évêque Jacques d'Espinay lui remet les « entresignes » : la couronne « royalle » à hauts fleurons et l'épée nue des ducs de Bretagne.
Débuts du règne
Les hommages au roi de France (1459) En 1459, il se rend en Touraine, à Montbazon, où se trouve le roi Charles VII. En effet, il doit faire hommage au roi de France, d'une part pour le duché de Bretagne, d'autre part pour les comtés de Montfort (c'est-à-dire Montfort-l'Amaury), d'Étampes et de Vertus (et quelques autres terres).
Problèmes relatifs à l'hommage des ducs de Bretagne
Comme pour ses prédécesseurs depuis la guerre de Succession de Bretagne, il doit s'agir d'un hommage simpleThierry Wanegffelen, Le Pouvoir contesté : Souveraines d'Europe à la Renaissance, Payot, 2008, . et non pas d'un hommage lige, étant donné que la Bretagne ne fait pas partie du royaume de France. Mais ce point de vue des ducs de Bretagne n'est pas accepté sans réserve par la cour de France, notamment par le chancelier, parfois plus exigeant que le roi.
La controverse a eu lieu notamment à l'avènement d'. Charles VII a accepté l'hommage simple de sa part parce qu'Arthur III avait été connétable de France et était un ami et un frère d'armes du roi, .. Un problème annexe est celui du port de l'épée par le duc de Bretagne en présence du roi de France.
Les hommages de François II comme duc de Bretagne et comme pair de France La cérémonie, qui est la quatrième en peu d'années (, Pierre II, Arthur III, François II), est de nouveau perturbée par ces controverses, qui a lieu entre le chancelier de Bretagne, Guillaume Chauvin, et le chancelier de France, Juvénal des Ursins, soutenu par Jean de Dunois (« Dunois », dit « le Bâtard d'Orléans », ami de Jeanne d'Arc). intervient dans le débat et décide d'accepter un hommage simple rendu debout, l'épée au côté.
En ce qui concerne l'hommage en tant que pair de France, pour lequel Juvénal des Ursins demande de nouveau un hommage lige, François II répond ne pas pouvoir le faire faute d'en avoir délibéré avec son conseil. Le roi intervient de nouveau contre son chancelier, afin que les festivités reprennent sans ombre.
Autres hommages
Ils concernent des fiefs qui se trouvent dans le royaume de France. Il s'agit d'hommages liges.
François II en tant que duc de Bretagne Un prince peu attiré par la routine du gouvernement vignette|gauche|Sceau du couronnement de .
s'intéresse peu à la conduite des affaires. Il assiste rarement au Conseil ducal, premier organe de gouvernement du duché, seulement trois fois de 1459 à 1463. , dont le principal est d'abord le chancelier Guillaume Chauvin. Par la suite, la faveur passe au trésorier général Pierre Landais, qui, après avoir fait incarcérer Guillaume Chauvin en 1477, devient quasiment le maître du duché de 1481 à 1485.
Il se plaint du temps passé à la signature des actes administratifs.. Le chroniqueur breton Alain Bouchart le décrit comme « faible de sa personne et plus faible encore de son entendement ».
Il préfère la vie de plaisirs des grands seigneurs de son époque, consacrant l'essentiel de son temps à la chasse, aux et à la compagnie de sa favorite officielle Antoinette de Maignelais, qu'il a connue à la cour de France. Il fait graver sur un de ses bijoux la devise « Il n'est de trésor que de liesse ».
L'affirmation de sa souveraineté Duc, porte comme ses prédécesseurs une couronne à hauts fleurons, frappe monnaie d'or et d'argent, anoblit, légitime, nomme les prélats bretons, perçoit les régales, scelle du sceau de majesté, traite directement avec les puissances étrangères. Il y ajoute l'emprunt au droit romain et à la tradition française du concept de « lèse-majesté » qui avait déjà été utilisé lors du rapt de . Il se déclare duc de Bretagne par la grâce de Dieu comme ses prédécesseurs depuis . Il exerce ainsi un large pouvoir sur le duché de Bretagne.
Il fait rédiger par Pierre le Baud une histoire empreinte de légendes de la Bretagne, où l'origine de sa dynastie est placée chez les Troyens, chose qu'on retrouve chez nombre de chroniqueurs français, argument pour contester la loi salique et le pouvoir royalLa légende de l'origine troyenne des Bretons est en réalité bien antérieure puisqu'elle remonte au , avec le père fondateur Brutus de Bretagne. Source primaire : Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth.. La langue bretonne est alors représentée comme étant la langue originelle des Troyens. Lui-même ne parle pas breton.
Le choix de Nantes comme capitale du duché Au lieu de Vannes, capitale du duché depuis le duc Arthur II (1261-1312) et principal lieu de résidence des ducs, il préfère le grand port de Nantes, sur la Loire, plus proche des grandes voies de communication.
Il y emmène la cour et l'administration, et dès 1459, y crée une université. afin de disposer d'un personnel administratif, judiciaire et religieux formé en Bretagne.
Prince de la Renaissance avant l'heure, il fait réaliser d'importants travaux au château de Nantes, qui prend alors l'essentiel de son aspect actuel.
À la mort de sa mère Marguerite d'Orléans (1466), il reçoit son douaire en héritage, c'est-à-dire la seigneurie de Clisson, dont le château devient une de ses résidences favorites..
Face au pouvoir royal sous Charles VII et Louis XI Progrès du pouvoir royal sous le règne de Charles VII Soucieux de maintenir, voire d'élargir l'autonomie de son duché, s'oppose, comme d'autres grands féodaux, au pouvoir royal, sorti renforcé de la période de la guerre de Cent Ans, qui a permis de créer une armée permanente. La deuxième moitié du XV voit une avancée de l'emprise du roi sur le royaume, voire au-delà, par la prise de contrôle de différents fiefs.
En 1453, dernière année de la guerre, Charles VII met fin à la longue présence anglaise en Guyenne et à Bordeaux, qui remontait au À la suite du mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec le roi d'Angleterre. Les autres fiefs des Plantagenêt (Normandie, Maine, Anjou, Poitou) ont été repris aux rois d'Angleterre dès le XIII par les rois de France..
Les débuts du règne de Louis XI : la guerre du Bien public (1465) Au début du règne de Louis XI, qui d'ailleurs s'était lui-même opposé à son père, une coalition féodale se forme, la Ligue du Bien public (1465), qui rassemble plusieurs princes, notamment l'héritier présomptif du duché de Bourgogne, Charles le Téméraire, alors comte de Charolais (alors que le duc, Philippe le Bon, respecte le traité de paix d'Arras signé en 1435) ainsi qu'un frère du roi, Charles de France. Une « guerre du Bien public » a lieu de mai à et se termine de façon indécise, mais plutôt défavorable à Louis XI.
Le , Louis XI et François II concluent le traité de Caen : le roi rétrocède au duc une partie des impôts royaux (régale et aides) pesant sur la Bretagne et lui restitue ses fiefs de Montfort et d'Étampes.
Progrès du pouvoir royal sous le règne de Louis XI Par la suite, Charles le Téméraire, devenu duc de Bourgogne en 1467, se lance dans une politique expansionniste qui tracasse Louis XI jusqu'à la mort du duc devant Nancy en . Louis XI attaque aussitôt et occupe le duché de Bourgogne, puis le comté de Bourgogne, commençant la guerre de Succession de Bourgogne. La duchesse Marie de Bourgogne (1457-1482) épouse dès l'archiduc Maximilien d'Autriche, qui devient régent à sa mort au nom de leur fils Philippe le Beau, et qui est obligé de signer le traité d'Arras (), entérinant les conquêtes royales.
D'autre part, en 1481, à la mort du comte de Provence Charles V d'Anjou, de la maison d'Anjou, Louis XI hérite du comté, dont il prend le contrôle bien qu'il s'agisse d'un fief d'EmpireLe Dauphiné était un fief d'Empire avant de devenir français au .. Il apparaît clairement que le roi de France est en passe d'absorber dans le domaine royal les fiefs encore tenus par d'autres familles.
Conflits avec Louis XI Bien qu'invité au sacre de à Reims, il n'y assiste pas.
Par la suite, il le collier de l'ordre de Saint-Michel que lui propose le roi, en raison des contraintes que cela implique. , L'attribution de la création de cet ordre à François II est discutable. Selon l'article, cet ordre serait créé en 1447 sous le règne de François ..
Il envoie cependant une délégation aux États généraux de 1468, tenus à Tours.
De la guerre du Bien public (1465) au traité de Senlis (1475)