LothaireGénéalogie de Lothaire sur le site Medieval Lands., né à la fin de 941 à Laon et mort le dans cette même ville, est roi des Francs de 954 à 986.

Biographie Accession au trône Fils de et de Gerberge de Saxe, il succède à son père, et est sacré le en l'abbaye Saint-Remi de Reims, par l'archevêque Artaud. Suivant la volonté de son père, qui l'avait associé au trône en 952, Lothaire écarte de la succession son jeune frère cadet Charles, né au cours de l'été 953. En 954, à la mort du roi , pour la première fois lors d'une dévolution dans laquelle l'hérédité joue le premier rôle, la tradition de partage des royaumes francs entre ses fils ne prévaut pas. Lothaire, frère aîné de Charles, succède à . C'est une nouveauté dans la succession royale depuis la fondation du royaume des Francs à l'époque mérovingienne..

Les historiens expliquent parfois la dévolution du titre royal au seul Lothaire par la faiblesse de l'institution royale, mais cet argument ne peut expliquer que prévale également la solution unitaire dans le royaume de Francie orientale, où la puissance et le prestige de la royauté sont forts. De fait, l'affaiblissement du principe héréditaire au profit du bénéfice électif a consacré le principe unitaire, le choix répété de rois en dehors de la dynastie carolingienne excluant nécessairement cette pratique des partages, née de la seule hérédité. Le renforcement de l'idéologie unitaire dont Jonas d'Orléans et Agobard de Lyon s'étaient faits les porte-parole a pu jouer également un rôle. Les accidents généalogiques, en ne laissant après les morts des pères que des fils uniques, ont également renforcé la structure verticale patrilinéaire., aussi bien chez les Robertiens que chez les Carolingiens.

Dégradation des relations avec l'empire Lothaire règne d'abord sous la tutelle d'Hugues le Grand duc des Francs mais aussi sous celle de son oncle l'archevêque Brunon de Cologne. Brunon de Cologne et les proches de Lothaire orientent la politique royale dans le sens d'une entente avec le royaume de Francie orientale. Malgré sa jeunesse, Lothaire veut régner seul et asseoir son autorité sur ses vassaux. Cette volonté et les circonstances vont conduire à une dégradation des relations puis à une lutte avec le royaume de Francie orientale.

En 976, l'empereur ayant exclu de leur héritage paternel les comtes et , le frère de Lothaire, Charles, rejoint avec une armée celle qu'Hugues Capet et Otton de Vermandois avaient fait marcher au secours des comtes. Une bataille, indécise, est livrée devant MonsJean Le Mayeur, La gloire belgique : poème national en dix chants…, Valinthout et Vandenzande, 1830, 304., 11.. Lothaire laisse faire ou encourage cette opération, mais n'intervient pas directement pour aider son frère.

Or, Charles escompte profiter de l'opération pour établir sa situation en Lotharingie.. Son intérêt est alors que soit rompue la bonne entente entre Lothaire et la maison d'Ardenne, très puissante en Lotharingie et à laquelle appartiennent l'archichancelier Adalbéron de Reims et son homonyme Adalbéron. La maison d'Ardenne est dévouée à l'empereur et roi de Francie orientale .

En 977, Charles accuse sa belle-sœur, l'épouse de Lothaire, la reine Emma d'Italie, d'infidélité avec l'évêque de Laon Adalbéron. Le concile de Sainte-Macre réuni à Fismes absout les accusés, faute de preuve, et Charles, qui entretient les rumeurs, est chassé du royaume par son frère. La famille d'Ardenne et le parti lotharingien favorables à l'entente avec semblent tout puissants à la cour du roi Lothaire.

commet alors une maladresse en restituant le comté de Hainaut aux fils de et en nommant Charles duc de Basse-Lotharingie, région correspondant à la moitié nord de la Lotharingie, distincte de la Haute-Lotharingie depuis la fin des années 950 : honorer celui qui a voulu jeter le déshonneur sur l'épouse du roi des Francs, c'est offenser le roi des Francs lui-même..

vignette|gauche|Denier sous Lothaire.

Guerre avec l'empire Au mois d', Lothaire, assisté d'Henri de Bourgogne et de son cousin germain Hugues Capet, dirige une expédition contre . Il s'empare d'Aix-la-Chapelle, mais ne peut se saisir ni d'Otton, ni de Charles. Après avoir laissé ses guerriers piller le palais et ses environs pendant trois jours, Lothaire bat en retraite avec son armée, non sans avoir replacé l'aigle de bronze qui décorait le sommet du palais dans sa direction originelle, face à l'est, contre le pays saxon, alors qu', lui-même d'origine saxonne l'avait retourné vers l'ouest et le royaume de Francie occidentale..

En représailles, , accompagné de Charles, envahit la France en , ravage les régions de Reims, Soissons et Laon. Lothaire doit s'enfuir, et Charles est proclamé roi des FrancsThérèse Charmasson, Anne-Marie Lelorrain, Martine Sonnet, Chronologie de l'histoire de France, 1994, 90, . à Laon par l'évêque , cousin germain de l'empereur . Otton poursuit Lothaire jusqu'à Paris, où il se retrouve face à l'armée d'Hugues Capet. Le , Otton et Charles, incapables de prendre Paris, lèvent le siège de la ville et font demi-tour. L'ost royal les poursuit, reprend Laon, et oblige à s'enfuir et à se réfugier à Aix-la-Chapelle avec Charles, le roi qu'il a voulu imposer à l'Ouest.

Au sein du Royaume franc, la retraite précipitée de l'empereur connaît un retentissement considérable et elle a longtemps été évoquée comme une grande victoire de Lothaire.. Ainsi, rédigée en 1015, la chronique de Sens en donne une description épique : elle exalte un Lothaire poursuivant le roi saxon jusqu'au cœur de la Lorraine, détruisant sur les rives de l'Argonne une grande multitude d'ennemis, puis revenant dans le royaume des Francs, auréolé de gloire. Le chroniqueur affirme : . Les documents contemporains parlent de l'événement avec les mêmes accents de triomphe : rédigé au lendemain de la retraite d'Otton, un acte pour l'abbaye de Marmoutiers, près de Tours, est daté du règne . Ces rétrospectives témoignent selon certains historiens comme Karl Ferdinand Werner d'une première manifestation de sentiment national.

Rapprochement avec l'empire vignette|Denier de Lothaire frappé à Chinon. L'union des Francs contre l'empereur saxon a pour conséquence de remettre au premier plan la famille des Robertiens en la personne d'Hugues Capet, dont les contemporains constatent qu'elle a servi le roi Lothaire fidèlement.. La lutte avec le roi de Francie orientale a permis le renforcement du pouvoir d'Hugues Capet ; durant cette période, celui-ci s'empare en 980 de Montreuil au détriment d'.

Lothaire, qui veut déjouer les ambitions affichées de son frère Charles, cherche à transmettre la royauté à son fils. En 979, Lothaire associe à la royauté et fait sacrer son fils Louis, pratique nouvelle dans le royaume des Francs de l'OuestCarlrichard Brülh, Naissance de deux peuples, Français et Allemands (), éd. Fayard, août 1996, p. 247. et qui sera reprise par les Capétiens.

Puis, il entreprend de se rapprocher du roi de Francie orientale. Les évêques de Reims et Laon de la maison d'Ardenne poussent à ce rapprochement. Lothaire rencontre en à Margut-sur-Chiers, à la frontière des deux royaumes. Lothaire renonce à la Lotharingie, ce qui permet à de se tourner vers l'Italie dont il veut faire la conquête. Cet accord est très mal perçu des Robertiens, tenus à l'écart de la négociation. Le traité de Margut aboutit à replacer la royauté franque dans l'orbite ottonienne, et par voie de conséquence à affaiblir l'influence robertienne au sein du gouvernement royal au profit de l'entourage lotharingien.. Ayant peur d'être pris en tenaille entre les deux rois carolingien et ottonien, Hugues Capet se rend à Rome en 981 pour prendre contact avec l'empereur et nouer avec lui sa propre alliance. Le roi Lothaire donne alors des instructions pour que l'on s'empare du Robertien à son retour..

Mariage de l'héritier Pour contrer le duc des Francs, le roi des Francs, sur les conseils de son épouse, Emma, et du comte d'Anjou Geoffroy Grisegonelle, décide en 982 de marier son héritier à Adélaïde, sœur de Geoffroy et de Guy, évêque du Puy, et veuve de deux puissants seigneurs du sud du royaume, Étienne de Gévaudan et de Raymond de Toulouse. Le projet de Lothaire est ambitieux : il vise au rétablissement de la présence royale dans le sud du royaume franc.

Selon Richer, il s'agit de contrer en la prenant à revers la puissance robertienne. Mais rapidement des discordes se manifestent entre Louis et son épouse qui a l'âge d'être sa mère. À la suite de l'échec du mariage, Lothaire vient chercher son fils et Adélaïde trouve refuge chez le comte Guillaume d'Arles. La maison d'Anjou ayant échoué à sortir de l'orbite robertienne y retourne, ce qui la conduit à soutenir Hugues Capet contre Charles de Basse-Lotharingie en 987.

Cependant, l'existence de ce mariage, connu par le seul Richer, a été contesté par l'historien Carlrichard BrülhCarlrichard Brülh, Naissance de deux peuples, Français et Allemands (), éd. Fayard, août 1996, p. 248..

Au sortir de la crise aquitaine, Lothaire dispose de la fidélité d'une bonne dizaine d'évêques du Nord du royaume et de leurs milices vassaliques et de l'alliance de la puissante maison de Vermandois en la personne du comte . Mais Herbert vieillit et les évêques, qui avaient bien servi son père se tournent désormais davantage vers leurs tâches spirituelles que vers la défense inconditionnelle des intérêts royaux. Il manque à Lothaire la possibilité de mettre en œuvre un grand projet de conquête conforme à la tradition franque et permettant de mobiliser autour du roi l'aristocratie.

Tentative de reconquête de la Lotharingie vignette|170px|Plaque commémorative des personnalités reposant à la basilique Saint-Remi de Reims dont le roi Lothaire. En 983, meurt laissant le trône de Francie orientale et de l'Empire à son fils . Se présentant comme le tuteur de ce dernier, le duc de Bavière Henri le Querelleur, cherche à imposer son pouvoir. Adalbéron de Reims, soucieux d'appuyer et sa mère l'impératrice Théophano Skleraina, cherche à convaincre Lothaire de le soutenir. Il lui laisse entendre que Lothaire pourrait récupérer la Lotharingie. Le roi des Francs revendique la tutelle de son neveu et la garde de la Lotharingie. Grâce à Adalbéron de Reims, Lothaire obtient l'hommage de plusieurs grands de Lotharingie dont Godefroy de Verdun de la maison d'Ardenne. À cette occasion, il se réconcilie avec son frère Charles qui espère alors obtenir également la Haute-Lotharingie, gouvernée par une régente, Béatrice, épouse du défunt duc Frédéric de Haute-Lotharingie et sœur d'Hugues Capet. Lothaire espère alors passer de la garde de la Lotharingie à la souveraineté sur cette terre. Néanmoins, l'échec rapide d'Henri le Querelleur fait échouer le projet. La paix conclue à Worms en 984 consacre l'éloignement du carolingien de la Lotharingie et le triomphe de la maison d'Ardenne qui y renforce son contrôle.

Lothaire, ne renonçant pas à s'emparer de la terre dont il portait le nom, décide de prendre sa revanche et de s'allier à Henri le Querelleur. Il convient avec lui d'une conjonction de leur force en force pour le premier sur les rives du Rhin à Brisach. Ceci inquiète Adalbéron de Reims qui prend contact avec Hugues Capet. Henri le Querelleur n'ayant pas tenu ses engagements, Lothaire décide de s'emparer par ses propres moyens de la Lotharingie. Lothaire ne peut intéresser à son projet Hugues Capet qui ne souhaite pas s'opposer à sa sœur et son neveu, mais ne prend pas non plus parti contre son seigneur au profit des Ottoniens. En revanche, Lothaire obtient le concours de deux des plus puissants comtes du royaume, et Chartres et Herbert le Jeune, comte de Troyes et de Meaux.