vignette|Transplantation légendaire de la jambe d'un Maure sur un diacre prénommé Justinien par Saints Côme et Damien. Ditzingen, .
En médecine, une greffe ou transplantation est une opération chirurgicale consistant à remplacer un organe malade par un organe sain, appelé « greffon » ou « transplant » et provenant d'un donneur. La différence entre transplantation et greffe est que la première est réalisée avec une anastomose chirurgicale des vaisseaux sanguins nourriciers et/ou fonctionnels, alors que la seconde est avasculaire. Font donc l'objet de transplantations les organes (généralement) : cœur, poumon, foie, reins, tandis que les greffes concernent la cornée, la moelle
Historique Des greffes sont représentées dans les mythologies égyptiennes et gréco-romaines ou dans les miracles chrétiens (Côme et Damien greffant une jambe de Maure pour remplacer la jambe nécrosée d'un patient). Le premier témoignage historique d'une autotransplantation est dû à Sushruta 800 ans qui décrit des greffes de peau sur les nez amputés des criminels. Au Moyen Âge, les savants pratiquent surtout la greffe végétale. Au , Gaspare Tagliacozzi réalise avec succès des autogreffes de nez mais échoue dans les allogreffes. Le voit le développement des expérimentations de greffes sur animaux qui aboutit en 1902 à la première autogreffe réussie d'un rein sur un chien par Emerich Ullmann.
C’est vers 1906 que les premières greffes d’organes sur l'homme ont lieu mais elles se soldent toutes par des échecs entraînant la mort du « cobaye humain ». Mathieu Jaboulay et son interne Alexis Carrel font les toutes premières greffes de reins de porcs ou de chèvres sur des femmes mais elles échouent : les patientes atteintes d’insuffisance rénale meurent en quelques jours. Ces échecs permettent de découvrir un des principaux obstacles de la greffe : le rejet. L'origine de ce dernier a été attribuée à un problème immunologique dès les années 1950 Billingham RE, Brent L, Medawar PB. « Actively acquired tolérance of foreign cells » Nature 1953;172:603-606. Les premières tentatives pour pallier ce problème consistaient à réaliser une irradiation de l'organisme receveur, conduisant à la destruction quasi totale des cellules immuno-compétentes et permettant une acceptation prolongée du greffon Merrill JP, Murray JE, Harrison JH, Friedman EA, Dealy JB Jr, Dammin GJ, Successful homotransplantation of the kidney between non-identical twins, N Engl J Med, 1960;262:1251-1260. Différents médicaments anti-rejets furent testés par la suite, dont les corticoïdes, la mercaptopurine en 1959 Schwartz R, Dameshek, Drug-induced immunological tolerance, Nature, 1959;183:1682-1683, puis l'azathioprine en 1961 Calne RY, Inhibition of the rejection of renal homografts in dogs by purine analogues, Transplant Bull, 1961;28:65-81, permettant d'effectuer des transplantations chez l'homme sans recours à l'irradiation Murray JE, Merrill JP, Harrison JH, Wilson RE, Dammin GJ, Prolonged survival of human-kidney homografts by immunosuppressive drug therapy, N Engl J Med, 1963;268:1315-1323.
Le a eu lieu la première greffe de cornée avec succès, par le docteur Eduard Zirm (1863-1944). Le donneur était un jeune garçon de 11 ans devant subir une énucléation d'un œil blessé mais à la cornée intacte. D'autres tentatives avaient été décrites avant cette date mais avaient abouti à des échecs. La première transplantation rénale à partir d'un donneur vivant a eu lieu en 1952 sur le jeune Marius Renard par l'équipe de Louis Michon à l'Hôpital Necker à Paris, les suites néphrologiques étant assurées par Jean Hamburger. Le jeune homme mourut 21 jours plus tard. En 1954, Vladimir Demikhov réalise une première greffe de tête sur un chien au niveau du cou. En 1954, alors que les sites de Boston et de Paris (équipe de René Küss et Jean Hamburger) sont en concurrence, l'Américain Joseph Murray réalise la première transplantation rénale réussie au monde, en la pratiquant sur des jumeaux monozygotes. La première transplantation de moelle osseuse a été faite en 1957 par Edward Donnall Thomas. La première transplantation de foie a eu lieu en 1963 par le .
La première a été tentée le 13 février 1964 à l'hôpital de Guayaquil dans la République d'Équateur.. La première transplantation cardiaque a eu lieu en 1967 par le professeur Christiaan Barnard en Afrique du Sud. La survie n'a été alors que de 18 jours. On peut citer en France le Professeur Edmond Henry qui réussit la cardiaque sur Emmanuel Vitria qui vécut avec une telle transplantation de 1968 à 1987. La première greffe du foie en France, suivie d'une survie relativement prolongée pour l'époque, a été réalisée par Jean Paul Clot et Henri Garnier, en 1968. La première greffe de moelle osseuse a eu lieu en 1968. La première transplantation du poumon a eu lieu en Belgique en 1968. 1979 : première greffe de trachée Rose K-G, Sesterhenn K, Wustrow F, Tracheal allotransplantation in man, Lancet, 1979;1:433. La première greffe de larynx réussie a eu lieu en 1998 par le (Cleveland, Ohio) sur le patient Timothy Heidler qui a ainsi recouvré l'usage de la parole Strome M, Stein J, Escalmado R et al. Laryngeal transplantation and 40-month follow-up, N Engl J Med 2001;344:1676-1679. Il s'agit de la première greffe d'organe non essentielle à la survie. La première double transplantation de mains (avec avant-bras) a eu lieu en janvier 2000 () Dubernard JM, Petruzzo P, Lanzetta M et al. Functional result of the first human double hand transplantation, Ann Surg, 2003;238:128-136. En 2003 eu lieu la première transplantation de langue à Vienne. La première transplantation partielle de visage a eu lieu au CHU d’Amiens par les équipes de Bernard Devauchelle et Jean-Michel Dubernard en novembre 2005 sur Isabelle Dinoire. En 2005, première greffe à l'aide d'un segment d'aorte Alain Wurtz, Henri Porte, Massimo Conti et al. Tracheal Replacement with Aortic Allografts, New Eng J Med, 2006;18;355:1938-1940 Wurtz A, Porte H, Conti M et al. « Surgical technique and results of tracheal and carinal replacement with aortic allografts for salivary gland-type carcinoma. » J Thorac Cardiovasc Surg 2010;140:387-93. Martinod E, Seguin A, Holder-Espinasse M, Kambouchner M, Duterque-Coquillaud M, Azorin JF, Carpentier AF. « Tracheal regeneration following tracheal replacement with an allogenic aorta. » Ann Thorac Surg 2005;79:942-9. En 2006, la première transplantation de pénis est effectuée à l'hôpital de Canton (Chine) par l'équipe du docteur Weilie Hu Hu W, Lu J, Zhang L et al. A preliminary report of penile transplantation, Eur Urol, 2006;50:851-853. En dépit de l'absence de signes de rejet, le patient a demandé l'ablation du greffon après 14 jours. En 2008, une greffe de bronche souche gauche est effectuée en Espagne, le greffon étant la trachée d'un donneur préparé de telle sorte qu'il ne soit plus nécessaire d'avoir un traitement immunosuppresseur Macchiarini P, Jungebluth P, Tetsuhiko Go et al. Clinical transplantation of a tissue-engineered airway, Lancet, 2008;372:2023-2031. En 2008, le août, la première transplantation de deux bras entiers a été réalisée en Allemagne à la clinique universitaire de Munich, par une équipe de sous la direction des professeurs Christoph Hijhnke et Edgar BiemerUne greffe des deux bras réalisée pour la première fois, AFP et Libération, vendredi août 2008. En 2009, le 4 et 5 avril, une greffe simultanée du visage et des mains sur un homme brûlé lors d'un accident est réalisée à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil. Les greffes sont dirigées par le professeur Laurent Lantiéri et le docteur Jean-Paul Méningaud pour la greffe du visage, et par le docteur Christian Dumontier pour la greffe des mains. En 2010 a lieu la première greffe totale de visage par une équipe espagnole. En 2014, première greffe d'utérus à Göteborg (donneur vivant) qui a permis la naissance d'un enfantBrännström M, Johannesson L, Bokström H et al. Livebirth after uterus transplantation, Lancet, 2015;385:607-616. En 2017, publication de la première transplantation de pénisvan der Merwe A, Graewe F, Zühlke A et al. Penile allotransplantation for penis amputation following ritual circumcision: a case report with 24 months of follow-up, lancet, 2017;390:1038-1047. En 2021 et pour la première fois, une xénogreffe d'un rein de porc a été réalisée sur un patient humain aux États-Unis.. Le 13 janvier 2021, l'Islandais Felix Gretarsson, alors âgé de 48 ans, bénéficie d’une double greffe des membres supérieurs au CHU de Lyon, une greffe bilatérale de bras (au niveau de l’épaule gauche et transhumérale proximale à droite).. Sa rééducation se fait avec l'aide de la .. En août 2023, des chercheurs de l' de New York annoncent avoir réussi à faire maintenir sans rejet pendant 32 jours un rein de porc génétiquement modifié sur un patient en mort cérébrale.
Types de greffes Les types de greffes peuvent être classés suivant l'origine du greffon : autogreffe : le greffon appartient au receveur. Il s'agit essentiellement de tissus ou de cellules ; isogreffe : le greffon appartient au jumeau monozygote du receveur, cas par essence rarissime ; allogreffe : le donneur et le receveur appartiennent à la même espèce. C'est le cas le plus fréquent ; xénogreffe : le donneur est d'une espèce différente mais proche génétiquement du receveur. Les xénogreffes fonctionnelles sont jusque là peu nombreuses (greffes osseuses en chirurgie dentaire, greffe de valve porcine en chirurgie cardiaque...), la majorité est essentiellement expérimentale.
Avancées technologiques dans la greffe Les progrès technologiques ont considérablement amélioré les résultats des greffes d'organes au cours des dernières décennies. Parmi ces avancées, l'utilisation des technologies de préservation des organes, telles que la perfusion ex vivo, qui a permis d'améliorer la viabilité des organes avant la transplantation. Cette technique consiste à maintenir l'organe transplanté en dehors du corps dans un environnement physiologique proche de celui du corps humain, ce qui permet d'évaluer la fonctionnalité de l'organe avant son implantation. La perfusion à température corporelle prolonge la durée pendant laquelle un organe peut être préservé, et augmente le taux de succès des transplantationsWatson, C. J., & Dark, J. H. (2012). Organ transplantation: historical perspective and current practice. British journal of anaesthesia, 108 Suppl 1, i29–i42. https://doi.org/10.1093/bja/aer384.
Organes transplantés Les transplantations les plus fréquentes sont les greffes du rein. On pratique également des transplantations du foie, du cœur, des poumons, du bloc cœur/poumons, du pancréas et plus rarement de l'intestin.
On sait également greffer des tissus : cornée, os, valves cardiaques ou vaisseaux sanguins, ligaments, tendons, épiderme, ainsi que des cellules (moelle osseuse). Il existe également des techniques expérimentales de transplantations de tissus composites (main, partie du visage).
Certaines transplantations permettent de sauver une vie, d'autres d'éviter de lourds traitements (la transplantation du rein permet par exemple d'éviter la dialyse).
Les indications pour une transplantation d'organe sont déterminées par la nature et la gravité de la maladie sous-jacente, ainsi que par l'état de santé général du patient :
les différentes formes de transplantation d'organes la transplantation rénale : est un traitement privilégié pour les patients souffrant d'insuffisance rénale terminale car elle améliore considérablement la durée et la qualité de vie. cette opération est de plus en plus fréquentes de nos joursTransplantation rénale, Néphrologie & Thérapeutique, 2017. la transplantation hépatique: est la seule thérapie curative pour les maladies hépatiques en phase terminale et le foie est le deuxième organe solide le plus souvent transplanté. ;