L’après-coup, traduction française du mot composé que Freud a formé en allemand, est un concept psychanalytique qui désigne le remaniement par le psychisme d'événements passés, ceux-ci étant préposés à ne recevoir tout leur sens et toute leur efficacité que dans un temps postérieur à leur première inscription. Dans l'histoire de la psychanalyse, il se relie notamment à la conception du « traumatisme en deux temps » qu'illustre le « cas Emma » et à la théorie de la séduction.
Jacques Lacan, à l'origine de la traduction française « l'après-coup », va mettre ce concept en valeur.
L'apport de la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche marque une troisième étape de l'évolution du concept freudien.
Histoire du concept et de sa traduction L'adverbe nachträglich (après coup) relève de la langue courante, tandis que la formation du substantif féminin composé de la Nachträglichkeit (l'après-coup) est considérée plutôt comme , qui apparaît surtout avec la cure de patients hystériquesJoël Bernat, “Psyché n’est qu’après-coup” (les temporalités psychiques), In : Cahiers d'études germaniques, numéro 57, 2009/2 : « Le thème de l'après-coup (Nachträglichkeit) dans l’interprétation de phénomènes philosophiques, historiques, littéraires et artistiques », , . Selon Joël Bernat, l'adverbe nachträglich vient donc , de sorte que .
L'émergence du concept freudien est liée à ses deux traductions principales en anglais et en français. En France, le repérage en 1953 du concept de la chez Freud est dû à Jacques Lacan qui traduit le mot par « l'après-coup » en françaisDictionnaire international de la psychanalyse, entrée « après-coup » (article de Jean Laplanche), Paris, Hachette Littératures, 2005, ..
En 1967 en France, dans le Vocabulaire de la psychanalyse de Jean Laplanche et J.-B. Pontalis, l'« après-coup » apparaît encore comme un concept « émergent » parmi des Jean-Louis Brenot, « Vocabulaire de la psychanalyse » (article), in Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. A.de Mijolla), 2. M-Z, Paris, Hachette Littératures, 2005, : ..
Nachträglich et Nachträglichkeit chez Freud Ni la traduction anglaise () par Strachey, ni la traduction française (après-coup) par Lacan, ne parviennent à rendre compte complètement du sens contenu dans le concept allemand que Freud a introduit, en formant à cet effet le mot composé Nachträglichkeit. Cette formation de mot n'est pas vraiment un « néologisme » en allemand, où il est toujours possible de des mots « complexes » ou « composés »Jean Fourquet, Grammaire de l'allemand, « III. La formation des mots », Paris, Librairie Hachette, 1952, .. L'adjectif-adverbe nachträglich (« après-coup »), d'usage relativement courant, se trouve par contre dans le dictionnaireWeis/Mattutat, Wörterbuch der französischen und der deutschen Sprache, II. Deutsch-Französisch, Stuttgart, Ernst Klett Verlag, 1967, entrée: « Nachtrag » et dérivés, .. Adjectif-adverbe et substantif abstrait féminin en -keitGrammaire Fourquet, « Formation des substantifs abstraits », . sont formés sur le verbe composé nachtragen qui signifie littéralement « porter [quelque chose] derrière [quelqu'un] ». Jean Laplanche analyse longuement le mot allemand dans ses Sixièmes Problématiques sur L'après-coup.
Freud commence d'employer l'adjectif-adverbe nachträglich (d'usage plus fréquent (Bernard Chervet, « L'après-coup. La tentative d'inscrire ce qui tend à disparaître », dans: Revue française de psychanalyse, 2009/5 (Vol. 73): « L'après coup », P.U.F.).) et Nachträglichkeit dès les Lettres à Fliess, puis dans L'Interprétation du rêve (1900), dans l'« analyse du Petit Hans » (1909), dans « L'Homme aux loups » (1918 ), ainsi que dans la suite de son œuvre. Selon Jean Laplanche, les deux termes .
Traduction anglaise La traduction classique de Strachey dans la Standard Edition est deferred action.
Dans le cadre de la théorie de la séduction généralisée, Jean Laplanche a suggéré que la première traduction anglaise deferred action pourrait ou devrait être avantageusement remplacée par le couple afterwards - afterwardsness.
Traduction française La traduction française par l'« après-coup » est due à Jacques Lacan. Toutefois, dans une note en bas de page, Lacan jugeait lui-même sa traduction de nachträglich « faible » Cf. Jacques Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse — Rapport du congrès de Rome tenu à l'Instituto di psicologia della universita di Roma les 26 et 27 septembre 1953 », dans Écrits, Paris, Seuil, note 1., alors que, sur le plan clinique, les psychanalystes en général la trouvent au contraire plutôt « forte »Y compris .
Traduction et métapsychologie Dans son article « Comment traduit-on Nachträglichkeit en italien ? », Maurizio Balsamo va plus loin dans sa réflexion que — La traduction officielle en italien par Boringhieri dans les œuvres de Freud est « a posteriori, posteriorità » (elle renvoie aux traductions française et anglaise) — ; il s'interroge au-delà de la pluralité des traductions proposées du concept freudien de la Nachträglichkeit sur que ces entraînentMaurizio Balsamo, « Comment traduit-on Nachträglichkeit en italien ? » dans: Revue française de psychanalyse, 2009/5 (Vol. 73): « L'après coup » (Congrès Paris, Actes), Presses Universitaires de France... À ses yeux, . Une première difficulté est . La seconde difficulté réside dans la croyance . Et au fond, dit-il, . L' entre une herméneutique du concept et laisse supposer , sur le mode d'une et . Balsamo observe par conséquent , soit avec l'évolution et la linéarité, .
Apparition et évolution du concept
La conception de Freud
Liée à l'histoire du concept et de sa traduction dans l'histoire de la psychanalyse et de la psychanalyse en France, la conception de Freud sur « l'après-coup » de sa traduction française est relative à l'explication qu'en donnent différents auteurs selon leur appartenance à plusieurs courants de la pensée psychanalytique et selon les époques concernées. Odile Lesourne écrit en tous les cas dans le Dictionnaire international de la psychanalyse: Odile Lesourne, dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), 2005, entrée: « après-coup et traumatisme », ..
En 1967, Jean Laplanche et J.-B. Pontalis commencent par écrire d'emblée à l'entrée « après-coup » du désormais classique Vocabulaire de la psychanalyse. que le (il s'agit de Nachträglichkeit dans sa traduction française de l'« après-coup » due à Jacques Lacan dans la décennie précédente) est . À cette époque, Laplanche et Pontalis estiment que . En ce qui concerne le remaniement dans la réalité psychique d'un événement passé ravivé à l'occasion d'un événement ultérieur par sa remémoration, les auteurs renvoient en métapsychologie à la lettre 52 (ancienne numérotation) à Fliess du 6.12.1896 où Freud note: Freud cité (dans La Naissance de la psychanalyse, 1956, ) entrée « après-coup »..
À la fin des années 1990, dans le bref article de Roudinesco et Plon, il est dit que Freud a introduit le mot É. Roudinesco et M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, entrée « Après-coup », Paris, Fayard / La Pochothèque, 2011 ( : 1997 à la Librairie Arthème Fayard)..
Dans le Dictionnaire international de la psychanalyse édité initialement en 2002, Jean Laplanche considère dans l'article « après-coup », où il tient compte de la « théorie de la séduction généralisée » posée par l'auteur en 1987, que Freud choisira presque toujours la et plus rarement . Laplanche note que dans les Lettres à Fliess, l'adjectif nachträglich, employé d'abord au sens courant , acquiert . Si , le deuxième sens, , donc à la théorie du « traumatisme en deux temps ».
Au congrès de Paris sur « l'après-coup » dont les Actes furent publiés en 2009, Bernard Chervet observe que ce concept fait sortir la vision métapsychologique de Freud d'une conception traumatique linéaire telle qu'elle a été héritée de la neurologie et de celle de Charcot en particulierBernard Chervet, « L'après-coup. La tentative d’inscrire ce qui tend à disparaître », Revue française de psychanalyse, Volume73, n°5, ..
Le traumatisme en deux temps : le cas Emma Avant son émergence en tant que « concept » dans l'histoire de la théorie psychanalytique, la notion d'après-coup chez Freud a été mise en relation sur le plan clinique avec celle du « traumatisme en deux temps », qui apparaît au moment des Études sur l'hystérie de Freud et Breuer dans les débuts de la psychanalyse, soit avant l'abandon par Freud en 1897 de sa première théorie dite des neurotica ou théorie de la séduction.
Le « cas Emma » . Selon Bertrand Vichyn, qui en forme l'hypothèse, son cas serait cependant . Aux yeux de cet auteur, . Beaucoup de psychanalystes n'ont retenu son nom que dans L'Interprétation du rêveBertrand Vichyn, « Emma Eckstein, la première psychanalyste ou Celle qui ne pouvait plus (s'en) sortir », in Les femmes dans l'histoire de la psychanalyse (dir. Sophie de Mijolla-Mellor) , Actes du Colloque de l'Association Internationale d'Histoire de la Psychanalyse (VIIe Rencontre Internationale de l'A.I.H.P., Londres, 16-18 juillet 1998), Bordeaux-Le-Bouscat, L'Esprit du Temps, 1999, .. Le cas Emma est relaté sinon dans la deuxième partie de l' Esquisse (écrit en 1895) intitulée « Psychopathologie » où il est question de la « psychopathologie de l'hystérie ». Il va donner lieu pour Freud à un développement théorique sur le refoulement hystérique et la notion de « proton pseudos » ou « premier mensonge hystérique »<ref>Freud, « Psychopathologie de l'hystérie » dans « L'Esquisse» (écrit de 1895), qui vient à la suite des 'Lettres à Fliess, dans leur ancienne traduction: Freud, La naissance de la psychanalyse [titre de l'éditeur], Paris, PUF, 1956, éd. 1985, .</ref>. Le cas expose une « phobie » anxieuse d'entrer dans les magasins. Adolescente, Emma avait été traumatisée par le rire de deux jeunes hommes dans un magasin, dont l'un lui plaisait. En poursuivant l'association d'idées, on tombe sur un deuxième traumatisme : un abus d'un marchand alors qu'elle avait huit ans. La connotation sexuelle de la scène I apparaît à la jeune femme qui la refoule et forme alors son symptôme hystéro-phobique. Dans la scène II, il y a une excitation non métabolisable psychiquement qui est connotée sexuellement dans la scène d'adolescence. L'après-coup repose sur une vision temporelle dynamique - interactive entre le premier traumatisme et le deuxième.
L'après-coup, dans le « retour à Freud » de Jacques Lacan Dans l'histoire de la psychanalyse, Jacques Lacan met le concept d'après-coup en exergue, en y engageant ses propres conceptions d'une temporalité d'un « sujet » et de la causalité psychique.
Il introduit la traduction française de « l'après-coup » dans le contexte de son « retour à Freud » des années 1950, en donnant à ce terme une extension dans le cadre de sa théorie du signifiant et d'une conception de la cure fondée sur le Roudinesco et Plon, ..
Si Lacan a redécouvert le concept en le « traduisant » par l'« après-coup » et en lui attribuant , souligne Jean Laplanche dans les années 2000, . D'après Laplanche en 2002/2005, l' du concept est reconnue par Jean-Bertrand Pontalis et Jean Laplanche dans Fantasme originaire, fantasmes des origines, origine du fantasme (1964) et dans le Vocabulaire de la psychanalyse (1967).
L'apport de la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche