La Servante écarlate (titre original : ) est un roman dystopique de la romancière, poète, critique littéraire et inventrice canadienne Margaret Atwood., publié en 1985 et traduit en français en 1987. L’histoire se déroule en Nouvelle-Angleterre (États-Unis) et dépeint dans un futur proche, un état théonomique patriarcal et totalitaire nommé Gilead, qui a renversé le gouvernement américain. Hommes et femmes sont classés par statut social défini et l'héroïne, une femme nommée Defred (Offred dans la version originale) occupe la fonction de Servante : des femmes encore fertiles forcées à être mères porteuses pour les couples de la classe dirigeante (les Commandants et leurs épouses).
Le roman explore les thèmes de l’impuissance des femmes dans une société patriarcale, de la perte de leur autonomie et de leur individualité, de la suppression de leurs droits reproductifs, ainsi que des moyens par lesquels elles résistent et tentent d’acquérir individualité et indépendance.
Ce roman d'anticipation est la premièreElle publiera par la suite d'autres dystopies, comme Le Dernier Homme (2003) ou C'est le cœur qui lâche en dernier (2015). dystopie de Margaret Atwood. Adapté au cinéma sous le même titre par Volker Schlöndorff en 1990, en opéra par Poul Ruders., en ballet par le Royal Winnipeg Ballet en 2013 ainsi que sous d'autres formes artistiques ; il a également fait l'objet d'une série télévisée (The Handmaid's Tale : La Servante écarlate), présente depuis 2017 sur Hulu, dans laquelle la protagoniste est incarnée par l’actrice Elisabeth Moss. Depuis sa parution, l'ouvrage a été vendu à huit millions d'exemplaires dans le monde rien que pour l’édition anglaiseMargaret Atwood révèle la suite de «La Servante écarlate» par Olivier Perrin dans le journal Le Temps du ..
En 2019, l'autrice lui donne une suite, Les Testaments qui, en 2026, fait elle aussi l'objet d'une série disponible sur Hulu via Disney+ en France.
Résumé Le récit est mené essentiellement par la voix de Defred (Offred en version originale), qui découvre progressivement au lectorat son univers personnel, ses réflexions et le régime dans lequel elle vit, nommé « république de Gilead », qui a remplacé celui des États-Unis.
Le roman décrit un futur dystopique proche où la religion domine la politique dans un régime totalitaire, où les personnes sont catégorisées, ont des rôles très spécifiques et les femmes sont dévalorisées jusqu'à l'asservissement. Ces dernières sont divisées en classes : les Épouses, qui dominent la maison et sont les seules femmes ayant un semblant de pouvoir, les Marthas qui entretiennent la maison et s'occupent aussi de la cuisine, les Éconofemmes, épouses des hommes pauvres (et qui regroupent en une seule entité les fonctions d’Épouse, Martha et Servante), les Tantes, qui endoctrinent les Servantes habillées d'amples robes écarlates dont le rôle est la reproduction humaine, et les Jézabel, des prostituées tolérées mais très sollicitées par les Commandants et leurs hôtes étrangers. Toutes les autres femmes (trop âgées, infertiles) sont déportées dans les Colonies où elles manipulent des déchets toxiques ou, si elles ont plus de chance, sont affectées à des travaux agricoles. Dans ce futur, le taux de natalité est très bas à cause de la pollution et des déchets toxiques de l'atmosphère ; les rares nouveau-nés sont souvent « inaptes », souffrant de malformations.
L'héroïne du roman, Defred, est une Servante (celle « de Fred », son nouveau propriétaire). Elle ne peut pas séduire, son rôle est la reproduction. Elle raconte peu à peu son histoire, se remémore sa famille d'avant Gilead : Luke, son mari ; sa fille (non nommée dans le roman) ; Moira, sa meilleure amie ; sa mère… Son unique raison de vivre, ce à quoi elle se raccroche pour ne pas sombrer, ce sont ses souvenirs. Son récit alterne des instants de son quotidien en tant que servante Defred, des remémorations de sa vie passée avant et dans les débuts de l'instauration du régime de Gilead, ainsi que des périodes de sa formation de Servante, qui est aussi un embrigadement. ; il est également marqué par le regard qu'elle porte sur ce qu'elle traverse et la société.
La dernière partie du roman, nommée « Notes historiques », fait apparaître une « Transcription partielle des procès-verbaux du Douzième Colloque d’études gileadiennes, tenu dans le cadre du Congrès de l'Association internationale d'histoire, organisé à l'université de Denay, Nunavit, le » : ceci est placé de nombreuses années après le récit fait par Defred et comme partie d'un colloque scientifique ayant trait à la période pendant laquelle la Servante aurait vécu. Le Conte de la Servante écarlate est alors connu et le professeur Piexoto l'analyse en tant que document historique et explique ses recherches quant à ses tentatives d'authentification de celui-ci. Cela fait entrer le récit précédent dans un contexte plus large et ajoute un nouvel éclairage sur celui-ci.
Roman Margaret Atwood relate qu'elle a commencé ce roman tandis qu'elle habitait Berlin-Ouest en 1984, avant qu'elle ne déménage au Canada puis en Alabama, où elle en a terminé l'écriture. Dans une interview au New York Times en , l'écrivaine explique aussi qu'à cette époque :
L'automne 1985 voit la parution du roman au Canada, suivie en par les parutions au Royaume-Uni et aux États-Unis.
L'autrice éclaire rétrospectivement l'écriture de son ouvrage en affirmant « Les histoires à propos du futur partent toujours d'une question du type « Que se passerait-il si… ? », et La Servante écarlate en a plusieurs », notamment relatives aux moyens, y compris idéologiques, pouvant mener à la conquête du pouvoir aux États-Unis en vue d'une dictature. Elle explique qu'elle s'est basée sur l'idée que les formes de gouvernement radicales des nations sont construites sur des fondements prégnants déjà existants et que pour les États-Unis, ce n'est Elle dit avoir imaginé une théocratie qui utiliserait quelques références à la Bible, surtout l'Ancien Testament, en les instrumentalisant., avec une société dans laquelle la fertilité est très limitée et menacée, ce qui rend l'enfant et la procréation rares et désirables, et dans laquelle les classes dirigeantes se seraient assurées de posséder ces éléments d'autant plus précieux ; elle met cela en lien avec des désirs plus généraux qu'elle attribue à l'humanité. Ce régime aurait bien sûr une résistance, avec une organisation ; l'auteure analyse cependant qu'avec les évolutions technologiques du , la lutte des résistants ou dissidents aurait été rendue plus difficile qu'imaginé.
Margaret Atwood affirme avoir volontairement limité les possibilités imaginées :
L'écrivaine précise que, bien que souvent vu comme une , La Servante écarlate n'est pas exactement cela : elle précise que dans une ; or, elle définit la société du récit comme ; elle place les Servantes en une .
Atwood indique que son roman mêle trois grands points qui lui sont importants : la , qui l'a intéressée dès son adolescence avec notamment 1984, Le Meilleur des mondes et Fahrenheit 451, ses études sur les américains, et les dictatures et leur mode de fonctionnement.
Par ailleurs, plusieurs événements de différentes périodes de l'Histoire ont été des sources d'inspiration : l'auteure indique que certaines sont indiquées dans la dernière partie du roman, qui fait un retour sur le régime de Gilead ; d'autres sont le Code de Hammurabi pour les règles du port des vêtements ; l'enlèvement de femmes pour les réduire en esclavage est ancien et encore d'actualité dans plusieurs régions du monde ; l'interdiction de la lecture et l'écriture a existé dans le sud des États-Unis pour les esclaves, et le vol d'enfants a eu lieu sous différents régimes autoritaires.
Des décennies après sa parution, le roman est encore décrit comme sur France Culture..
Personnages et organisation sociale dans le roman
Les castes dans le régime de Gilead Le régime de Gilead comporte différents statuts, pour les hommes ou pour les femmes. En ce qui concerne les femmes, il y a notamment les Épouses, femmes des Commandants ; les Marthas, à la fois cuisinières et gouvernantes des maisons ; les Servantes, rattachées à un Commandant dont elles prennent le nom précédé du possessif « de » dans la version française, « » dans la version anglaise et formant une caste séparée des autres dont les membres ont uniquement la fonction de se reproduire avec le Commandant auquel elles sont attribuées ; les Éconofemmes, qui regroupent les trois fonctions précédentes pour des hommes de catégories sociales inférieures aux Commandants ; les Tantes, qui forment notamment les esprits des futures Servantes puis les punissent si elles désobéissent une fois en fonction ; les Jézabel, qui sont des femmes prostituées mais qui semblent former aussi une caste un peu plus libre que d'autres quant à leur pensée. D'autres fonctions existent, telles que celle de Rédemptrice (lors de la cérémonie de « Particicution »). En ce qui concerne les hommes, il y a notamment les Commandants et les Gardiens, époux des Éconofemmes. Les gens peuvent parfois être des Yeux (un Œil, au singulier), sortes d'espions du quotidien.
Les Servantes, intégralement vêtues de rouge ainsi que portant une coiffe blanche qui limite leur champ de vision pour certaines, pour d'autres la vision de leur visage, sont des femmes fertiles dédiées à la reproduction ; leur costume semble inspiré de celui de certaines nonnes. Attribuées pour des périodes données à des hommes puissants, elles sont forcées d'avoir des relations sexuelles avec le Commandant auprès duquel elles ont été envoyées afin de procréer, au cours de rituels précis reliés à des passages de la Bible ayant lieu au moment de leur période d'ovulation. Si elles enfantent un bébé viable selon les critères du régime, l'enfant est donné au couple Commandant-Épouse et considéré comme le leur, non pas comme celui de la Servante. Si elles n'enfantent pas, elles peuvent être attribuées à un autre Commandant, ou bien si elles sont vues comme étant devenues infertiles, perdent leur statut et courent le risque d'être envoyées dans les Colonies.
Personnages du roman Defred Defred se nomme Offred dans la version originale du texte en anglais. Defred est la protagoniste et la narratrice du roman. Elle fait partie de la première génération de femmes de Gilead, de celles qui ont connu la vie avant la mise en place du régime. Sa fertilité étant prouvée puisqu'elle a déjà eu un enfant viable dans le passé, elle est assujettie au rôle de , dont l'unique fonction est d'avoir des rapport sexuels avec les dans le but de tomber enceintes et de leur fournir leurs enfants, leurs femmes étant supposées stériles. Elle est affectée au service du Commandant et de sa femme Serena Joy. Defred, Offred dans la version originale anglaise, est son nom d'esclave. Comme toutes les Servantes, elle est nommée, définie, par son statut d'esclave et par le nom du Commandant à qui elle appartient : . Defred ne se définit pas comme une concubine, mais davantage comme un outil, un . Dans sa version originale, le nom Offred est un double jeu de mots : phonétiquement il s'entend comme offered (offerte) et comme of red en référence à la couleur du vêtement réglementaire des Servantes. À la création de Gilead, Defred fut qualifiée de , puisqu'elle a épousé un homme divorcé. Le régime de Gilead ayant annulé tous les divorces, son mari fut donc considéré comme toujours marié, faisant de lui un homme adultère. En cherchant à s'échapper de Gilead, Defred a été séparée de son mari et de sa fille. Les lectrices et lecteurs perçoivent son opposition au régime à travers ses pensées.