La forêt domaniale de Flines-lès-Mortagne (autrefois écrit forêt domaniale de Flines-lez-Mortagne) plus souvent dénommée forêt de Flines ou bois de Flines-lès-Mortagne est un des massifs boisés de la région Hauts-de-France.
Situé dans la partie la plus septentrionale du parc naturel régional Scarpe-Escaut, ce massif d'une taille moyenne pour la France, mais importante pour la région (l'une des plus déboisées de France) est classé ZNIEFF de Type 1ZNIEFF de Type 1 N° Régional : 00080003, N° national : 310013711, sur la base des inventaires de 1988, mis à jour en 2007carte des ZNIEFF modernisées (par la DIREN).
À ne pas confondre avec le « Bois de Flines » de Flines-lez-Raches à l’ouest de la forêt domaniale de Marchiennes) ni avec le proche "bois de Flines situé en Belgique". « Mortagne » est par ailleurs, outre un nom de famille, un nom de lieu assez commun en France.
Géographie, biogéographie Les 240 ha de forêt s'étendent sur la partie nord-est du territoire de la commune de Flines-lès-Mortagne, le long de la frontière belge, dans l'arrondissement de Valenciennes (canton de Saint-Amand-les-Eaux-Rive droite) entre la rive droite de l'Escaut canalisé et la rive gauche du canal Nimy-Blaton-Péronnes.
Pour le biogéographe, c’est une forêt de plaine et l'un des grands éléments naturels du vaste ensemble écologique de la plaine alluviale de l’Escaut.
Elle est caractérisée par un très léger relief (altitude variant de 23 à par rapport au niveau moyen de la mer) qui explique les nuances paysagères et floristiques de cette zone. Le hêtre ne pousse en effet de manière optimale que sur les parties hors d'eau, mais fraîches grâce à la nappe sous-jacente, ou dans les zones qui ont été drainées par un réseau de fossés.
Géologie L'assise du massif forestier est constituée d'un sable acide et localement ferrugineux (dit sable du Landénien) avec une couche argileuse affleurante (vers l’Hermitage).
Histoire La région ayant connu une importante occupation préhistorique, on peut supposer que la forêt, relique de l'immense forêt charbonnière décrite par les chroniqueurs de l'Antiquité et Jules César lors de la Guerre des Gaules, a été exploitée par des hommes préhistoriques, au moins pour la chasse. Ce massif hors plantations faites depuis deux siècles compte peut être encore des arbres qui sont des descendants de la forêt préhistorique. Les historiens estiment qu'au cette partie de la vallée de l'Escaut était encore une vaste forêt, pour partie inondable. Le village de Flines n'existant pas encore. Il serait apparu à l’époque mérovingienne, à la suite de la fondation de l’abbaye de Saint-Amand qui possédait un hameau (Legies, qui en germano-romain (LEUDTSIACAS) signifierait "appartenant à LEUDTSO). Sous Charles le Chauve Flines est cité dans les cartulaires comme terres appartenant aux moines de l’abbaye qui avaient déjà probablement entrepris d'en défricher une partie.
Les textes médiévaux évoquent un bourg nommé « Sars de flines », qui signifie « essartage (défrichement) de Flines ». Le mot Rœux (présent dans le nom du hameau de Rœux) qui signifie également défrichement.
Les 200 hectares du massif relictuel sont peut-être une relique de la forêt ancienne, car ils ont ensuite longtemps appartenu (comme l'actuelle forêt domaniale de Bonsecours) à la famille et descendance du “ Duc de Croÿ ” (célèbre dans cette région par les Albums de Croÿ qu'il a laissé à la postérité). La forêt y est devenue domaniale et donc publique après la première guerre mondiale ; plus précisément en 1924 à la suite de sa mise sous séquestre des propriétés de la famille des Croÿ en raison du fait qu'une partie de la famille était allemande.
Les boisements de cette zone sont longtemps restés très marécageux et probablement pour cette raison localement épargnés, et très riche en biodiversité (les zones humides abritent environ 50 % de la richesse floristique régionale, en nombre d'espèces). Un léger relief a maintenu une partie de la forêt au-dessus du niveau alluvial (lit majeur inondable), ce qui a permis une exploitation plus facile de cette partie.
La forêt a fourni depuis le Moyen Âge une grande quantité de charbon de bois, de bois de chauffage et de cuisson pour les poteries, briques, tuiles et pannes fabriquées à partir des carrières d'argiles environnantes qui fournissaient une argile réputée de très bonne qualité. On a dénombré au moins huit tuileries et briqueteries rien qu'à proximité de la forêt, chacune employant en moyenne une dizaine de personnes, en consommant une grande quantité de bois de feu pour alimenter leurs fours. Ces entreprises mises à mal lors des deux guerres mondiales ont toutes fermé leurs portes avant 1940.
La forêt était aussi une source de bois de chêne pour les chantiers de constructions de bateaux des bords de l'Escaut, dont celui de Flines, encore cité en 1859, époque à laquelle étaient recensés sur la commune (dont 254 indigènes et 20 mendiants). À cette époque, la commune () n'abritait plus que 212 ha de forêt contre 920 de terres labourables et 196 en prés, 37 en terrains plantés, 212 en bois (et 16 en marais).
Le très faible taux régional de boisement (7 à 8 % selon les manières de mesurer, soit environ quatre fois moins que le taux national qui est de 27 %) explique une fréquentation importante de ce massif, bien qu'il soit décentré par rapport aux grands axes régionaux de déplacements.
Ce massif a été touché par les deux guerres mondiales et bien avant cela probablement par nombre de conflits antérieurs. Étant donné la présence proche de nombreuses et profondes exploitation de tourbe (comme combustible), il est probable que la demande en bois ait été forte du Moyen Âge au (époque à laquelle le charbon puis le pétrole atténueront la demande en bois de chauffe), ce qui peut laisser supposer que la forêt ait été surexploitée ou intensivement exploitée durant plusieurs siècles.
Environnement, écologie
Ces sols légèrement acides sont propices à certaines espèces de sols humides et oligotrophes et acides. Le promeneur attentif pourra observer des Ptéridophytes tels que la délicate Blechne en épi Blechnum spicantDocument de Telabotanica sur les ptéridophytes (consulté 10 décembre 2008), de nombreux insectes rares ou certaines familles de champignons adaptées à cet habitat. Le bois mort permet d'observer une fonge devenue peu commune, tels que par exemple sur le hêtre Phaeomarasmius erinaceusPhoto de la Société mycologique du Nord de la France, qu'il convient d'observer sans les perturber (une espèce rarement observée dans la région est probablement protégée ou menacée).
Pour le phytosociologue et le botaniste, ce massif est de type « hêtraie chênaie sessiliflore acidiphile subatlantique » ; avec différentes variantes de dégradation vers la chênaie à bouleaux ou vers la boulaie (comme à Saint-Amand-les-Eaux), ce qui correspond à des sols appauvris par une exploitation (surexploitation ?) de longue date.
Les sables tertiaires sous-jacents expliquent une partie de la biodiversité de cette forêtBruno de FOUCAULT, Contribution à la connaissance phytosociologique des forêts sur sable tertiaire du département du Nord (compte rendu de la sortie de la SBNF en forêt de Flines-les-Mortagne). Bull. Soc. Bot. Nord France, vol. 48, fasc. 1 : 13 – 26, 1995]
Le bois semble avoir longtemps fait l'objet d'une gestion extensive, qui a permis à une biodiversité significative de s'y maintenir. Le biogéographe Jean-jacques Dubois dans sa thèseDUBOIS Jean-Jacques, 1989, Espaces et milieux forestiers dans le Nord de la France. Étude de biogéographie historique. Thèse d’État, université Paris-I Panthéon-Sorbonne, 2 vol., estime que c'est dans la vallée de la Scarpe que s'est peut-être maintenu le plus longtemps la forêt naturelle (préhistorique) après la dernière glaciation et avant les grands défrichements gallo-romains puis médiévaux. Les historiens antiques évoquaient la forêt hercynienne et la forêt charbonnière ; le bois de Flines pourrait peut-être encore en contenir quelques restes, comme quelques autres boisement régionaux qui furent des forêts royales.
À proximité (marais de Rodignies; rue du Fort), un site (ancienne populiculture) a été renaturé et protégé avec le concours d'une ONG régionale (Chico-Mendes), une école et la commune et d'autres collectivités. On peut y découvrir avec l'association, sur un sentier pédagogique borné, dans un observatoire et sur un ponton et un caillebotis de nombreuses espèces remarquables et/ou protégées.
Flore On y observera, outre une station à Osmunda regalis considérée comme la plus remarquable du département du nord, de nombreuses plantesBase de données botanique SophyDonnées Znieff consulté 2008 12 13, souvent caractéristiques des Zones humides à tourbeuses (ou paratourbeuses) dont par exemple :
Saule à oreillette (Salix aurita L.) Senecio ovatus (G.Gaertn., B.Mey. & Scherb.) Willd. subsp. alpestris Herborg Gaillet des marais (Galium palustre L.) Renoncule rampante(Ranunculus repens L) Myosotis scorpioides Danthonia (Danthonia decumbens (L.) DC.) Peucédan des marais (Thysselinum palustre (L.) Hoffm, protégée) Myrtille (Vaccinium myrtillus L.), très rare et protégée dans cette région Renoncule âcre (Ranunculus acer ) Arabette de Haller (Cardaminopsis halleri (L.) Hayek), susceptible d'être bioindicatrice d'un sol pollué Achillée sternutatoire (ou Achillea ptarmica L. rare et protégée dans cette région) Lychnis fleur de coucou (Lychnis flos-cuculi L.) Cardamine des prés ( cardamine pratensis L.) Maïanthème à deux feuilles (Maianthemum bifolium (L.) F.W.Schmidt), protégée Rorippe des forêts (Rorippa sylvestris (L.) Besser ) Reine-des-prés (Filipendula ulmaria L.) anthoxanthum odoratum L 1-6 Caltha des marais, (caltha palustris L Lysimaque commune (lysimachia vulgaris L.) Jonc épars (Juncus effusus L) Jonc bulbeux (Juncus bulbosus L.), protégé vesce craque (Vicia cracca) Prêle des marais (Equisetum palustre L.) renouée (ou persicaire ) amphibie (Polygonum amphibium), pédiculaire des marais (Pedicularis palustris L) ranunculus flammula L Lysimaque nummulaire (Lysimachia nummularia L.) des carex tels que ; Laîche à deux nervures (Carex binervis Sm. L, rare et protégé) Laîche étoilée Carex echinata Murray carex disticha huds.
Faune Les insectes (dont papillons et coléoptères) y ont comme partout dans le nord de la France et en Belgique beaucoup régressé depuis les années 1950, mais on peut y observer quelques espèces remarquables ;
Papillons Petit Mars changeant (Apatura ilia (Denis & Schiffermüller, 1775)) Tabac d'Espagne (Argynnis paphia (Linnaeus, 1758)) Azuré des nerpruns(Celastrina argiolus (Linnaeus, 1758)') Petit sylvain (Limenitis camilla (Linnaeus, 1764)) et d'autres.. Orthoptères Criquet des bois (Nemobius sylvestris (Bosc, 1792)) Odonates Leste brun (Sympecma fusca (Vander Linden, 1820))
Statut La forêt est un des joyaux du parc naturel régional. Si elle n'abrite ni réserve naturelle nationale, ni réserve régionale, une réserve biologique domaniale dirigée y existe, et tout le massif est classée ZNIEF de type 1.
Située à proximité du corridor écologique majeur que constituent l'Escaut et la Scarpe, cette forêt constitue une partie du réseau écologique des sites d'importance européenne protégés au titre de la Directive oiseaux et un des noyaux de la trame verte nationale telle que promue par le Grenelle de l'Environnement.
Elle abrite quelques espèces remarquables pour la région dont la plus belle station de fougère royale (ou Osmonde royale / Osmunda regalis) du département, cette espèce étant devenue très rare dans la région est considérée comme un très bon bioindicateur de naturalité.
Néanmoins les proches cours d'eau ont été fortement artificialisés (canal et gare d’eau).
Qualité de l'eau, de l'air et des sols. Peu de données semblent disponibles, malgré la proximité d'un site très pollué.
Aspects sanitaires