vignette | droite | Tombe de Reynolds Walter Reynolds, né à une date inconnue au et mort le , est un important ecclésiastique anglais, devenu évêque de Worcester, puis archevêque de Canterbury. Issu d'une famille modeste, il s'oriente vers une carrière ecclésiastique et fréquente le futur roi Édouard II. Après l'avènement de ce dernier en 1307, Reynolds se voit confier plusieurs postes prestigieux au sein de l'administration royale et il devient successivement Lord grand trésorier, puis Lord grand chancelier. Il se distingue également par son habileté diplomatique lors de négociations avec le pape Clément V.

D'abord promu évêque de Worcester en 1307, Reynolds est nommé par le pape archevêque de Canterbury en 1313 sur l'insistance du roi. Même s'il ne dispose pas d'une réputation excellente, il essaie de mener des réformes nécessaires dans sa nouvelle fonction et fournit un soutien politique décisif à Édouard II. Globalement loyal au roi jusqu'en 1324, il rompt par la suite avec lui et soutient sa déposition en 1327. Walter Reynolds meurt quelques mois plus tard. Les évaluations sur son archiépiscopat demeurent nuancées, certains lui reprochant son manque d'expérience et son opportunisme, d'autres soulignant l'aide qu'il apporte à Édouard II au cours de son règne.

Biographie Origines et début de carrière ecclésiastique Walter Reynolds serait le fils d'un certain Reginald de Windsor, un boulanger exerçant à Windsor, dans le Berkshire. Le fait qu'il se rendra fréquemment à Windsor pendant son épiscopat pourrait supposer qu'il y ait vécu pendant sa jeunesse et même qu'il y soit né. On ignore pourquoi Walter se voit attribuer comme noms de jeunesse Heyne ou Heyerne par plusieurs chroniques. Ce qui est certain, en revanche, c'est qu'il fréquente très tôt la cour du roi Édouard et qu'il entre à son service en tant que clerc ou aumônier, sans avoir apparemment étudié le droit canonique, contrairement aux autres prélats de l'époque. À la cour, Reynolds fait la connaissance du futur Édouard II, alors prince de Galles, et de son compagnon d'armes et futur favori Pierre Gaveston. Avant 1297, il est désigné trésorier de la suite du prince, puis est nommé en 1301 intendant de sa garde-robe. En 1302 ou 1303, il est décrit comme l'un des trois plus importants conseillers de l'héritier du trône. En , il doit accompagner le prince en France, où ce dernier est censé rendre hommage à Amiens au roi Philippe IV le Bel pour les possessions de son père en Aquitaine, mais le voyage est en définitive annulé lorsque Philippe ne fournit pas au jeune Édouard les sauf-conduits qu'il lui avait promis pour sa traversée. Finalement, le , un mois et demi après la mort d'Édouard , Walter Reynolds est désigné par le nouveau roi Édouard II pour devenir Lord grand trésorier, un poste auparavant détenu par l'efficace mais impopulaire , évêque de Lichfield.

Pour ses services auprès du futur Édouard II, Reynolds se voit confier par Édouard de nombreuses paroisses où il est représenté par des vicaires, parmi lesquelles Wimbledon dans le Surrey, Ingram dans le Northumberland, Horsmonden dans le Kent, Sawbridgeworth dans le Hertfordshire et Snitterley dans le Norfolk. De plus, il reçoit un bénéfice de la cathédrale Saint-Paul de Londres ainsi qu'à la direction du St Leonard's Hospital d'York. En 1306, il devient aussi le prévôt de Beverley Minster. Afin de pouvoir obtenir ces nombreuses prébendes, il reçoit sans doute une dispense papale le . Après son avènement, Édouard II exhorte le pape Clément V à nommer Reynolds évêque du prochain diocèse anglais qui sera vacant. Ainsi, dès le , ce dernier est désigné évêque de Worcester, mais il n'est consacré que le par l'archevêque de Canterbury Robert Winchelsey en présence du roi. Au printemps 1309, Walter Reynolds, avec , évêque de Norwich, et Adam Orleton, conduit une délégation auprès de la papauté en Avignon, pour y obtenir la levée de la sentence d'excommunication prononcée par Robert Winchelsey à l'encontre de Pierre Gaveston. Clément V semble apparemment conscient de la position privilégiée de Reynolds, puisqu'il lui demande, toujours en 1309, de communiquer au roi son mécontentement face aux nombreuses plaintes du clergé anglais face aux pressions royales. À son retour en Angleterre, Walter est chargé par le pape, avec le légat apostolique Guillaume Testa, de percevoir la dîme papale.

Le , le roi démet Reynolds de son poste de Lord grand trésorier et le désigne Lord grand chancelier, en remplacement de John Langton, qui a été destitué le précédent. Pourtant, l'évêque de Worcester se montre peu présent dans sa nouvelle fonction. Déjà, alors qu'il était trésorier, il n'avait rempli ses tâches qu'occasionnellement et, à présent, il scelle rarement des documents du Grand sceau. Pour autant, s'il est peu assidu dans ses fonctions au sein de l'administration royale, il reste par contre fidèle à Édouard II au cours du conflit qui l'oppose à certains barons du royaume. En témoigne d'ailleurs le fait que le , alors qu'il doit assister au concile de Vienne convoqué par le pape afin de prononcer la dissolution de l'ordre du Temple, le roi fait savoir à Clément V que Reynolds ne peut le rejoindre, du fait de sa présence indispensable à ses côtés en Angleterre. En récompense de sa fidélité constante, Walter est l'un des parrains du futur Édouard III, lorsque celui-ci est baptisé le . Le suivant, l'évêque de Worcester marque sa loyauté au roi en apposant son sceau sur l'accord conclu entre Édouard II et les barons de l'opposition qui ont fait froidement mettre à mort Pierre Gaveston quelques mois auparavant. S'il s'implique intensément dans les domaines politique et diplomatique, Walter Reynolds ne néglige pourtant pas ses devoirs en tant qu'évêque de Worcester : ainsi, il patronne l'école qui deviendra plus tard la et se charge personnellement en 1312 de nommer Hugh de Northampton directeur de l'institution.

Élection à l'archevêché de Canterbury Le , l'archevêque de Canterbury Robert Winchelsey décède. Dès le 28, Thomas Cobham est élu par les moines de la cathédrale pour lui succéder. Informé de son élection, Cobham accepte le nouveau poste qui lui est offert le . Pour autant, Édouard II hésite à donner son approbation à Cobham. La situation se complexifie lorsque le chapitre de Canterbury apprend que le pape Clément V a en fait décidé dès le quel candidat succéderait à Winchelsey. Le , l'élection de Thomas Cobham est donc invalidée par le souverain pontife, qui désigne comme nouvel archevêque Walter Reynolds. Plusieurs chroniques contemporaines ont sévèrement critiqué la décision de Clément V, lui reprochant d'avoir rejeté un ecclésiastique compétent de la stature de Thomas Cobham au profit d'un homme dont le mode de vie semble peu exemplaire aux yeux des autres prélats du royaume. En réalité, le verdict papal apparaît de nos jours assez fondé, Clément ayant sans doute cherché à imposer un archevêque proche du roi d'Angleterre. Effectivement, les relations entre Robert Winchelsey et Édouard avaient été profondément mauvaises, au point que le roi avait obtenu sa suspension et son exil entre 1306 et 1307, et le rappel de Winchelsey par Édouard II n'avait pas empêché l'archevêque de se montrer un vif critique du gouvernement royal. Désormais le prélat le plus important du royaume d'Angleterre, Reynolds reçoit le les temporalités attachées à son diocèse et, le , est intronisé à Canterbury en présence du roi et de nombreux prélats et magnats.

Probablement afin de contenter Édouard II qu'il cherche à ménager, le pape Clément V accorde plusieurs privilèges à Walter Reynolds. Tout d'abord, le prélat est informé qu'il n'a pas besoin de se rendre jusqu'à la cour pontificale en Avignon pour y recevoir le pallium que lui offre son nouveau titre ecclésiastique et qu'il bénéficie d'un délai de cinq ans (plus tard élevé à sept ans à cause des nombreux services que Reynolds accomplit au service de la couronne) pour venir visiter en personne le pape à sa cour. À cette fin, il est exceptionnellement autorisé à se faire représenter par des adjoints dans son diocèse pour une période bien plus longue qu'une absence normale d'un prélat peut exiger. Le , Reynolds démissionne de son poste de gardien du Grand sceau, mais en reste tout de même nominalement responsable pendant quelques mois. Vraisemblablement à la même période, au plus tard le , il quitte son poste de chancelier en faveur de , même s'il n'a jamais été adressé sous ce titre, le Parlement n'ayant pas approuvé sa nomination conformément aux dispositions des Ordonnances de 1311. Malgré son départ de l'administration royale, Walter Reynolds demeure un membre influent du conseil royal et défend la politique entreprise par le roi face à ses opposants. En retour, Édouard II le remercie de sa fidélité constante par de nombreux dons, dont l'administration de terres et de tutelles, l'octroi de droits de marché sur les lieux qu'il possède et la remise des frais que lui ou ses vassaux doivent acquitter à la couronne.

Contrairement à son prédécesseur Robert Winchelsey, qui avait insisté sans compromis sur les droits de l'Église vis-à-vis de la couronne et ouvertement sympathisé avec les barons de l'opposition qui ont participé à l'exécution de Pierre Gaveston en 1312, Walter Reynolds a souvent essayé de persuader le clergé réticent de payer les impôts exigés par le roi. Ce faisant, il soutient la politique royale, en particulier la guerre entreprise contre l'Écosse et la volonté d'Édouard II de se délier du serment des Ordonnances de 1311 qui lui ont été imposées sous la contrainte. Même si le clergé d'Angleterre proteste quelque peu contre la politique guerrière du souverain, Reynolds persuade apparemment un certain nombre de prélats de soutenir financièrement le roi. Il rompt ainsi avec la ligne politique traditionnelle de l'Église, qui avait insisté pour administrer elle-même ses richesses et voter sa politique dans des assemblées purement ecclésiastiques. En outre, alors que Winchelsey avait été le chef ecclésiastique de l'opposition baronniale contre le roi, avait joué un rôle important dans l'établissement des Ordonnances et avait prononcé la sentence d'excommunication contre Gaveston, Walter Reynolds tente au cours de son archiépiscopat de réconcilier Édouard II et Thomas de Lancastre, comte de Lancastre, le leader de la fronde des barons et le principal responsable de la mort de Gaveston. À l'été 1318, en particulier, avec d'autres évêques, il contribue à l'élaboration du traité de Leake, qui permet d'arranger une réconciliation temporaire entre le roi et le magnat.

Activités religieuses pendant son archiépiscopat