La Grande Récession de 2008 (en anglais : Great Recession, en référence à la Grande Dépression de 1929)...., ou crise économique mondiale de 2008, est une récession dans laquelle sont entrés la plupart des pays industrialisés du monde, mis à part le Brésil, la Chine et l'Inde, à la suite du krach de l'automne 2008 Fredric S. Mishkin How Should We Respond to Asset Price Bubbles? (federalreserve.gov), consulté le 18 avril 2008.., lui-même consécutif de la crise des subprimes de 2006-2007. Les États-Unis ont été les premiers à entrer en récession, en Critères du NBER, suivis par plusieurs pays européens au cours de l'année 2008, ainsi que la zone euro dans son ensemble. La France n'entre comptablement en récession qu'en . Cette crise économique mondiale est considérée comme la pire depuis la Grande Dépression David Lightman Congressional Budget Office compares downturn to Great Depression McClatchy Washington Bureau., 27 janvier 2009..

Cette crise est marquée par une forte hausse des prix du pétrole et des produits agricoles. La montée exorbitante des prix des actifs et celle associée de la demande sont considérées comme la conséquence d'une période de crédit facile., de dérégulations et de supervisions inadéquates Greenspan Concedes Error on Regulation, The New York Times, consulté le 18 avril 2009. ou d'inégalités croissantes Inequality and depression: Ravi Batra's original thesis on financial crisis, 27 septembre 1987, Forbes.. Avec la baisse des actions et des prix des maisons, de grandes banques américaines et européennes ont perdu beaucoup d'argent. En dépit des aides massives accordées par les États pour pallier les menaces de faillite et de crise bancaire systémique, il en a résulté une récession mondiale qui a conduit à un ralentissement du commerce international, à une hausse du chômage et à une baisse des prix des produits de base.

À partir de 2009, la plupart des pays ont dans un premier temps opté pour des politiques de relance. Début 2010, si la plupart semblaient sortir de la récession, le FMI restait prudentRichard Hiault Pour le FMI, la reprise mondiale reste encore dépendante des plans de relance budgétaire, Les Échos, 27 janvier 2010.. En effet, la récession laissait alors place à une croissance lente voire une stagnation économique, les plans de sauvetage et de relance ont fait exploser les dettes publiques, le chômage continuait d'augmenter, d'importants déséquilibres dans les balances des transactions courantes demeuraient, et des risques d'éclatement de nouvelles bulles financières étaient toujours à craindrePierre-Antoine Delhommais, Bulles, bulles, bulles, Le Monde des 31 janvier et février 2010.. En Europe, face au risque d'explosions de leur dette publique, les États mettent rapidement en place des politiques pro-cycliques de consolidation budgétaire mêlant hausse d'impôts et baisse des dépenses publiques. Si ces politiques de rigueur budgétaire parviennent à freiner l'augmentation de l'endettement public, elles accentuent encore davantage la progression du chômage et l'accroissement des inégalités.

Contexte Une énorme pyramide de dettes dans le monde Dès la fin des années 1990, certains économistes tels Maurice Allais notent que l'économie mondiale repose sur des niveaux jamais atteints de dettes, s'appuyant les unes sur les autres et créant une situation économique particulièrement instable qui pouvait déboucher sur une grave crise économique à l'aide d'un élément déclencheurMaurice Allais, La crise mondiale d’aujourd’hui, 1999. De manière classique, cet excédent mondial de liquidités, qui est la contrepartie de l'endettement généralisé, se porte sur l'immobilier et les matières premières, dont les prix augmentent fortement durant les années 2000, ce qui provoque une inflation mondiale à un niveau élevé.

Dégonflement de la bulle immobilière

thumb|Prix des maisons au Royaume-Uni de 1975 à 2006 (corrigé de l'inflation). En 2005, The Economist notait une hausse rapide du prix des logements dans les pays développés. En cinq ans leur valeur était passée de de dollars à de dollars. Il écrit : « le marché du logement a joué un si grand rôle dans le soutien de l'économie américaine qu'un net ralentissement des prix des logements est susceptible d'avoir de graves conséquences » In come the waves, The Economist, 16 juin 2005. À la mi-2005, Alan Greenspan, alors à la tête de la Fed, notait déjà une bulle immobilière aux États-Unis (il déclare par euphémisme ) ayant à l'esprit davantage qu'une bulle immobilière à l'échelle nationale plusieurs bulles locales The soap opera that is the housing market, New York Times. 25 décembre 2005, consulté le 25 mars 2009.. Cette politique laxiste en matière de prêts immobiliers est encouragée par le gouvernement américain. D'autres pays connaissent également des bulles immobilières, en raison de l'excédent mondial de liquidités, par exemple le Royaume-Uni, l'Espagne et la France.

L'éclatement de la bulle immobilière dans de nombreux pays (États-Unis, Espagne, Royaume-Uni, France) a un effet direct sur les banques d'investissements, les hedges fund et, devant la défiance généralisée des banques vis-à-vis de leurs consœurs quant à leur juste valeur de leurs actifs et leur état de faillite potentiel, se traduit très rapidement par un blocage du marché interbancaire. La crise réduit l'activité dans le secteur de la construction, entraînant un effet négatif sur le PIB.

En dernier lieu, la baisse des prix immobiliers provoque un effet de richesse négatif sur les ménages propriétaires et les incitent à épargner.

Boom des matières premières thumb|Baril de pétrole Brent, prix spot entre 1987 et 2016.

Les prix des matières premières ont connu un boom à partir de 2000 après une période de prix bas sur la période 1980-2000.. Le prix du baril de pétrole brut passe de en à 134 en . En 2008, les prix de la plupart des matières premières, notamment le pétrole et les produits agricoles, connaissent un pic.. Les observateurs font remarquer que durant les années 2000, les fonds spéculatifs interviennent massivement sur le marché des métaux. « Le marché financier étant orienté à la baisse, des spéculateurs se sont réfugiés dans le commerce des matières premières, notamment le pétrole et les produits agricoles, amplifiant artificiellement la hausse des cours »Fondamentaux dans la fixation du prix des métaux de base, Benjamin ZUILI, 2009. Selon une étude de l'EPSCI, le London Metal Exchange (LME), qui est le marché des métaux de Londres, « est devenu depuis quelques années un marché avant tout spéculatif. La part des marchandises effectivement livrées à la suite de l'établissement d'un contrat sur le LME est tombée à moins de 1 % »Fondamentaux dans la fixation du prix des metaux de base, Benjamin ZUILI, Epsci- groupe ESSEC, 2009. Processus que le journal L'Expansion explique par une "financiarisation" des marchés de matières premières.

Cette hausse est directement une conséquence des injections massives de liquidités dans le système bancaire par les banques centrales, car une partie de ces liquidités a été investie sur le marché des matières premières, faisant donc monter les cours, selon Vincent R. Reinhart, ancien directeur du Board’s Division of Monetary Affairs de la Fed..

Le , le prix du baril de pétrole dépasse Crude oil prices set record high per barrel. Les banques, qui avaient acheté des contrats à terme sur le pétrole, ont massivement vendu après Lehmann dans une course aux liquiditésSalvadore Carollo, Understanding Oil Prices, Wiley Finance., qui conduit à une forte baisse des prix : le baril de pétrole coûtait moins de fin 2008Light Crude Oil EmiNY (QM, NYMEX): Monthly Price Chart Tfc-charts.com, consulté le 4 janvier 2009.. Les problèmes pétroliers et ceux liés à la hausse des produits agricoles furent l'objet de discussions au du G8 en .. En 2009, seuls les produits agricoles devraient échapper à la récessionMassimo Prandi, Les produits agricoles échapperont seuls à la récession, selon CyclOpe, Les Echos du 29/01/2009.

Inflation En , Reuters annonçait que l'inflation mondiale était à un niveau exceptionnel, et que l'inflation était à son niveau le plus haut depuis 10-20 ans dans de nombreux pays Global inflation climbs to historic levels, International Herald Tribune, 12 février 2008, consulté le 11 juillet 2008.. Plusieurs raisons à l'inflation ont été avancées : la politique monétaire expansive ou politique d'assouplissement quantitatif de la Fed pour faire face à la crise financière précédente qui a injecté « d'importantes sommes d'argent dans le système », la spéculation sur les produits de base, la hausse des prix des importations en provenance de la Chine ..

À la mi-2007, les données du FMI montraient que l'inflation était à son plus haut dans les pays exportateurs de pétrole du fait qu'ils "stérilisaient" les devises étrangères. Ce terme technique signifie que les apports de devises étrangères accroissaient la masse monétaire des pays en question d'où un excès de monnaie par rapport aux biens et services disponibles. Cependant, l'inflation était également forte dans les pays en développement non exportateurs de pétrole prospects-for-inflation-outside-america-guest-post-from-menzie-chinn/] Prospects for Inflation outside America - Guest Post from Menzie Chinn, Jeff Frankel's Weblog, consulté le 11 juillet 2008.. L'inflation était également croissante dans les pays développés EU slashes growth forecast, foresees inflation surge EU cuts growth forecast. Business Week. mais restait faible par rapport aux pays en développement.

Causes

Fondements théoriques La crise peut être expliquée par les travaux de Hyman Minsky (Moment Minsky) et de Irving Fisher (déflation par la dette). Les années précédant la crise ont été marquées par un environnement de taux bas, causé par la politique d'Alan Greenspan alors à la tête de la Réserve fédérale des États-Unis. Cette politique fut mise en place afin de soutenir l'économie américaine à la suite de l'explosion de la Bulle Internet en 2001. Les ménages, profitant des faibles taux, ont commencé à s'endetter afin d'acquérir des biens immobiliers. En conséquence le prix des biens immobiliers augmenta fortement. Alors, une exubérance irrationnelle s'empara des agents, qui se mirent à spéculer sur l'immobilier. En d'autres termes, de nombreux agents se sont endettés car ils anticipaient une hausse continue des prix. Ainsi, les dettes nouvellement créées étaient gagées sur la valeur future des biens acquis. Ainsi, une bulle spéculative se créa. À un moment donné (moment Minsky), le marché se retourna. Les agents surendettés commencèrent à vendre leurs actifs immobiliers, ce qui entraina une chute des prix des biens. Cette chute des prix incita d'autre agents à céder leurs biens, afin de se préserver contre une baisse future et ainsi de suite. À la fin, des agents se retrouvèrent avec des biens ayant perdu une grande partie de leur valeur, mais avec des dettes importantes. En d'autres termes, un grand nombre d'agents se retrouvèrent insolvables, et les institutions financières ayant accordé les prêts ne purent les recouvrir. Les dettes colossales furent détruites, ce qui entraina une déflation (déflation par la dette) ce qui se traduisit par une récession, mécanisme qui fut décrit par Irving Fisher à la suite de la crise de 1929.

Les séquences de la dépression, selon Irving Fisher sont les suivantes : Liquidation des dettes et ventes massives d'actifs Contraction de la monnaie de dépôt et réduction de la vitesse de circulation Chute des prix Chute des valeurs nettes des affaires et multiplication des faillites Chute des profits et réduction de la production Forte réduction de l'emploi et du commerce Perte de confiance et pessimisme liés aux faillites et au chômage Thésaurisation et nouvelle baisse de la vitesse de circulation Baisse des taux d'intérêt nominaux et hausse des taux réels