Joseph Priestley, né le (calendrier julien) à Birstall dans le West Yorkshire et mort le à Northumberland en Pennsylvanie, est un théologien, pasteur dissident, philosophe naturel, pédagogue et théoricien de la politique anglais qui publia plus de cent cinquante ouvrages.

Connu pour ses travaux de chimiste et de physicien, on lui attribue généralement la découverte de l'oxygène qu'il a isolé dans son état gazeux. C'est en 1774 que Priestley produisit pour la première fois de l'oxygène. Cependant, en tant que partisan de la théorie phlogistique, il nomma ce nouveau gaz « air déphlogistiqué », et ne se rendit pas compte de l'importance de sa découverte. Carl Wilhelm Scheele, lui aussi partisan du phlogistique, revendiqua la découverte de l'« oxygène », mais il devait revenir au chimiste français Antoine Lavoisier, père de la chimie moderne et démystificateur de la théorie du phlogistique, d’identifier le nouveau gaz par son poids spécifique et de donner à l'oxygène son nom ; .La difficulté de dater et de situer la découverte de l'oxygène dans le contexte de la révolution chimique est l'un des thèmes développés par Thomas Kuhn dans son ouvrage La Structure des révolutions scientifiques..

De son vivant, la réputation scientifique de Priestley résulte de sa « découverte » de l'eau gazeuse, de ses traités sur l'électricité et de ses études sur les différents « airs » (gaz), le plus connu étant celui qu'il baptise « l'air déphlogistiqué » (oxygène). Cependant, sa détermination à défendre la théorie phlogistique et son rejet des concepts qui vont conduire à la révolution chimique l'ont isolé au sein de la communauté des savants.

Les recherches scientifiques de Priestley sont intimement liées à sa réflexion théologique et, de manière constante, il s'efforce de proposer une synthèse entre le rationalisme des Lumières et le théisme chrétien.. Dans ses textes métaphysiques, il tente de rendre compatibles théisme, matérialisme et déterminisme, projet jugé « audacieux et original ».. Il pense qu'une bonne compréhension du monde naturel fera progresser l'être humain et finira par entraîner l'avènement du millénarisme. Fervent partisan d'un libre échange d'idées, il plaide en faveur de la tolérance religieuse et de l'égalité des droits pour les dissidents religieux, ce qui le conduit à apporter son soutien à la fondation de l'Unitarisme en Angleterre. La nature controversée de ses publications tout autant que son net soutien à la Révolution française lui valent d'éveiller la méfiance du public et du gouvernement. Il est finalement contraint de se réfugier aux États-Unis après l'incendie de sa maison et de son église, par des émeutiers, en 1791.

Chercheur et enseignant tout au long de son existence, Priestley contribue également au développement de la pédagogie, notamment par la publication d'un ouvrage sur la grammaire anglaise et l'invention de l'historiographie moderne. Ces écrits sur l'éducation sont parmi ses œuvres les plus populaires. Cependant, ce sont ses travaux métaphysiques qui connaissent l'influence la plus durable : des philosophes de renom, tels Jeremy Bentham, John Stuart Mill et Herbert Spencer, les citent comme référence principale de l'utilitarisme.

Biographie

Jeunesse et études (1733-1755) Enfance et maladie vignette|gauche|Maison natale de Priestley, , dessin, Smith Collection. Priestley est né en 1733 au sein d'une famille dissidente de l'Église d'Angleterre à Birstall, non loin de Batley dans la région historique du West Riding of Yorkshire. Il est l'aîné des six enfants de Mary Swift et Jonas Priestley (1700-1779), contremaître dans une manufacture de textiles. Afin de soulager sa mère, il est confié à son grand-père vers l'âge de un an. Lorsqu'elle meurt cinq ans plus tard (1739), il retourne chez lui. Son père s'étant remarié en 1741, Joseph Priestley va vivre chez son oncle et sa tante, Sarah et John Keighley, fortunés et sans enfant. Joseph est précoce et, à l'âge de quatre ans, il sait réciter sans hésitation les 107 questions et réponses du Westminster Shorter Catechism. Sa tante, qui le verrait bien épouser la carrière ecclésiastique, veille à ce qu'il reçoive la meilleure éducation. Il est inscrit dans les écoles de la région où il apprend le grec, le latin et l'hébreu ; ; ; ; ; ..

Vers 1749, Priestley tombe si malade qu'il croit sa fin proche. Élevé dans la foi calviniste, il considère qu'il faut avoir vécu la conversion au Christianisme pour assurer son salut et il est saisi par le doute qu'il ait jamais connu cette expérience. Ce bouleversement émotionnel finit par lui faire remettre en question son éducation théologique et rejeter la thèse de la prédestination pour accepter celle du salut universel. De ce fait, les Anciens (Elders) de sa paroisse refusent de l'admettre parmi eux ; ; ; Priestley, Autobiography, 71–73, 123..

Les séquelles de sa maladie l'accablant d'un bégaiement permanent, Priestley se résigne à abandonner l'idée d'entrer dans les ordres. Afin de pouvoir rejoindre un membre de sa famille, commerçant à Lisbonne, il étudie le français, l'italien et l'allemand en plus du chaldéen, du syrien et de l'arabe. C'est le révérend George Haggerstone qui l'aide dans cette tâche et lui enseigne les rudiments des mathématiques, de la philosophie naturelle, de la logique et de la métaphysique à travers les travaux d'Isaac Watts, Willem Gravesande et John Locke ; ; ; ; ..

Daventry Academy Priestley décide cependant de revenir à ses études théologiques et s'inscrit en 1752 à Daventry, une académie dissidente ; ; .. L'étendue de ses lectures et de ses connaissances lui vaut d'être dispensé des deux premières années. Il poursuit alors ses études avec ardeur, ce qui, dans l'atmosphère libérale de l'école, oriente sa théologie plus à gauche et fait de lui un dissident rationaliste, détestant les dogmes et le mysticisme religieux. Les Dissidents rationalistes mettent l'accent sur l'analyse rationnelle de la nature et de la Bible..

Priestley écrira que l'ouvrage qui l'influença le plus, à l'exception de la Bible, fut Observations on Man de David Hartley paru en 1749De l'homme, de ses facultés physiques et intellectuelles : de ses devoirs et de ses espérances, traduction de l'abbé Sicard, Paris : Ducauroy, 1802. .. Ces traités psychologiques, philosophiques et théologiques postulent une philosophie matérielle de l'esprit. Hartley ambitionne de construire une philosophie chrétienne dans laquelle les « faits » religieux et moraux peuvent être scientifiquement prouvés, but que partage Priestley et qui va l'occuper jusqu'à la fin de son existence. Lors de sa troisième année à Daventry, il décide de se consacrer au ministère, qu'il décrit comme étant « la plus noble de toutes les professions »Citation dans . Voir ; ; ; ; ; ; ; ..

Needham Market et Nantwich (1755–1761) droite|vignette|Page de titre de The Rudiments of English Grammar (1761). Robert Schofield, principal biographe moderne de Priestley, parle de son premier « appel » de 1755, destiné à une paroisse dissidente de Needham Market dans le Suffolk, comme d'une « erreur », aussi bien pour son auteur que pour la congrégation.. Priestley aspire à une vie urbaine et au débat théologique, alors que Needham Market est une petite bourgade rurale avec une congrégation attachée à la tradition. La fréquentation du culte et les dons chutent brusquement lorsque les paroissiens découvrent l'étendue de son hétérodoxie. Bien que sa tante lui ait promis son soutien s'il accédait aux fonctions de ministre du culte, elle lui refuse son aide lorsqu'elle se rend compte qu'il n'est plus calviniste. Pour tenter d'augmenter ses revenus, Priestley envisage d'ouvrir une école, mais les familles du voisinage lui font savoir qu'elles n'y enverront pas leurs enfants. Cependant, sa série de conférences scientifiques intitulée Use of the Globes rencontre quelque succès ; ; ; ..

Ses amis de Daventry l'aident à obtenir un autre poste et, en 1758, il s'installe à Nantwich dans le Cheshire, où il connaît une existence plus heureuse. La congrégation rechigne moins à son hétérodoxie et il parvient même à fonder une école. Contrairement à de nombreux instituteurs de l'époque, Priestley enseigne à ses élèves la philosophie naturelle et leur achète des instruments scientifiques. Atterré par la mauvaise qualité des ouvrages de grammaire anglaise dont il dispose, il écrit son propre manuel, The Rudiments of English Grammar (« Rudiments de grammaire anglaise »), en 1761Joseph Priestley, The Rudiments of English Grammar; adapted to the use of schools. With observations on style, Londres, imprimé pour R. Griffiths, 1761.. Ses innovations concernant la description de la grammaire anglaise, en particulier ses efforts pour la dissocier de la grammaire latine, ont conduit les universitaires du à le décrire comme « l'un des plus grands grammairiens de son temps ».. Après la publication de son Rudiments et de la réussite de son école, la Warrington Academy lui offre un poste d'enseignant en 1761 ; ; ; ; ; ..

L'Académie de Warrington (1761–1767) Intégration vignette|gauche|Mary Priestley, par Carl F. von Breda (1793). ; fille du maître de forge Isaac Wilkinson, sœur de l'industriel John Wilkinson.

En 1761, Priestley s'installe à Warrington pour y prendre son poste de professeur de langues modernes et de rhétorique à l’Academy. Il aurait préféré les mathématiques et la philosophie naturelle, mais la ville l'accueille avec sympathie et il s'y fait rapidement des amis. Le , il épouse Mary Wilkinson, de Wrexham. Commentant son mariage, Priestley écrira :

Le naît une fille qui reçoit le prénom de Sarah, en hommage à la tante qui a élevé son pèreVoir pour une description de la vie à Warrington ; ; ; ; ; ..

Éducateur et historien Conférences Tous les livres que publie Priestley à Warrington placent au premier plan l'étude de l'histoire, essentielle à ses yeux pour assurer la réussite matérielle et l'accomplissement religieux. Celle des sciences et du christianisme tend à recenser et valoriser les progrès de l'humanité, ce qui, paradoxalement, entraîne une certaine dépréciation du pur « christianisme primitif » ; ..

Dans (1765)., (1788) et d'autres ouvrages, Priestley soutient que l'éducation de la jeunesse doit anticiper et prendre en considération ses futurs besoins matériels. Ce principe d'utilité conditionne son choix d'un programme non conventionnel pour ceux de ses étudiants qui aspirent à s'intégrer à la classe moyenne : ainsi, il recommande l'étude des langues modernes, plutôt que classiques, et de l'histoire moderne, de préférence à celle de l'Antiquité. vignette|upright=1.5|Une version manuscrite de (1765).Priestley était d'avis que ses Charts donneraient à ses étudiants « une juste image de l'essor, du progrès, de l'étendue, de la durée et de l'état actuel de tous les grands empires ayant jamais existé de par le monde »Citation originale : « a just image of the rise, progress, extent, duration, and contemporary state of all the considerable empires that have ever existed in the world. »Citation dans ..

Les conférences que Priestley donne sur l'histoire ont un véritable caractère révolutionnaire : il traite d'une histoire providentialiste et naturaliste, faisant valoir que l'étudier favorise la compréhension des lois naturelles de Dieu. En outre, sa perspective millénariste est étroitement liée à son optimisme concernant le progrès scientifique et l'accomplissement de l'humanité : pour lui, chaque époque et chaque génération est meilleure que la précédente, et l'étude de l'histoire permet à la fois de prendre conscience de ce progrès et d'y participer.