L'Auxois est une race de chevaux de trait français qui voit le jour le 22 février 1913 en France. Parfois considéré comme une variété de l'Ardennais et du Trait du Nord, de grande taille, sa robe est généralement baie ou rouanne. Il est créé pour les travaux agricoles, par croisement entre la jumenterie locale de l'Yonne, de la Saône-et-Loire et du Nord de la Nièvre, avec des étalons de ces deux races.

Traditionnellement élevé dans la région de Bourgogne, ce cheval de traction lourde devient l'auxiliaire des agriculteurs pour leurs travaux des champs au début du , avant la généralisation de la motorisation. Devenu un animal de boucherie et alourdi pour la production de viande à l'instar des autres races de chevaux de trait, il échappe de justesse à la disparition dans les années 1970.

Des initiatives se mettent en place pour lui trouver d'autres débouchés depuis les années 1990. L'Auxois retrouve une certaine place dans les activités écologiques et de loisir, comme la culture de la vigne, le débardage et l'attelage de loisir, ou même la production de lait de jument. Il reste l'une des races de trait françaises aux plus faibles effectifs, avec le Poitevin mulassier et le Trait du Nord, et l'une des plus menacées de consanguinité.

Dénomination Cette race de chevaux porte le nom de son berceau d'élevage, la , au centre de la Bourgogne, où ont eu lieu les croisements et les sélections. L'histoire du cheval de trait Auxois est intimement liée à sa région d'origine, comprenant toute la partie sud-ouest de la Côte d'Or, le sud-ouest de l'Yonne, le nord-ouest de la Saône-et-Loire et le nord-est de la Nièvre. Cette région, particulièrement riche en pâturages fertiles, est propice à l'élevage d'un cheval de grande taille. C'est notamment le cas sur les versants et dans les fonds de vallées.

Histoire vignette|gauche|Amiral, poulain Auxois de né en 1920, au concours de poulains de Pouilly-en-Auxois.|alt=Photo noir et blanc d'un cheval costaud vu de profil et tenu en main. La race est relativement récente, puisque son développement et sa reconnaissance datent du début du .

Origines

L'ouvrage de référence de CAB International (2016) classe l'Auxois dans la famille de l'Ardennais, une race dont il est largement dérivé., et dont il forme une variété. Amélie Tsaag Valren (La France agricole) le rattache au « rameau ardenno-flamand ».. L'analyse de distance génétique entre de chevaux menée par J. Jordana et son équipe, publiée en 1995, montre que l'Auxois est génétiquement le plus proche des races de l'Ardennais et du Brabançon (0,23), suivies du Trait breton et du Comtois (0,30). Cela a conduit à le classer dans un cluster de races comprenant également le Breton, le Comtois, le Brabançon et l'Ardennais. L'étude génétique de Grégoire Leroy et collègues, publiée en 2009, montre que l'Auxois n'est pas génétiquement distinct du Trait du Nord, et très proche de l'Ardennais, ces trois races relevant du même cluster.

L'Auxois est présenté comme un lointain descendant du cheval bourguignon du Moyen Âge.., petit cheval robuste et endurant utilisé tant sous la selle que comme carrossier. Une théorie obsolèteL'entité dite « cheval de Solutré » n'est ni une espèce, ni une sous-espèce, ni une race, les ossements désignés sous ce nom appartenant à différences espèces et sous-espèces de chevaux. voyait en lui un descendant du cheval de Solutré, dont les ossements ont été retrouvés non loin de son berceau d'origine.

Originellement, le cheval du Morvan était élevé sur les terres auxoises, mais a complètement disparu à la suite d'absorptions et de croisements. Durant les années 1840, des Percherons sont introduits, suivis de Boulonnais vers 1860, et d'Ardennais (ou de Nivernais) à la fin du , mais sans volonté de fixer une race, si bien que le cheptel se révèle très hétérogène.

Les éleveurs introduisent de bons étalons étrangers avant de sélectionner des reproducteurs sur place et de revendiquer la création d'une race locale, à l'exemple de ce qui s'est passé pour le Nivernais quelques années plus tôt. L'Auxois naît donc du croisement entre la jumenterie locale de chevaux bourguignons et des étalons ardennais et trait du Nord, recherchés pour leur puissance et leur grande taille qui en font de précieux auxiliaires agricoles. L'Ardennais transmet sa puissance de traction, et le Trait du Nord sa haute taille. Une première tentative de reconnaissance d'un syndicat de race échoue en 1903 et 1904. En 1911 ou 1912, le syndicat du cheval de trait de l'Auxois ouvre à Dijon sous l'impulsion du sénateur Chauveau qui en devient le président, et n'autorise plus que les étalons Ardennais (et donc aussi des Trait du Nord puisque les deux races sont confondues à cette époque) à la reproduction.

Son berceau d'élevage se situe autour du Haras national de Cluny. En 1913, le est ouvert.. Un standard de race est publié dans la foulée, établissant parmi les critères de sélection une taille d'au moins et une robe baie. Il définit également le berceau d'élevage de la race.

Quatre ans plus tard, le type des chevaux reste peu fixé, et suscite l'étonnement puis les critiques d'officiers des Haras, qui se demandent si l'Auxois est une race à part entière ou une branche de l'Ardennais, et s'il est bon d'accepter la reconnaissance d'une race régionale supplémentaire. La Première Guerre mondiale interrompt les efforts de fixation d'un standard de race.

Entre-deux-guerres vignette|upright=1.2|Une charrue brabant, modèle souvent tracté par des chevaux de trait pour labourer les champs jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, avant la généralisation des tracteurs qui permettent de manœuvrer des charrues beaucoup plus lourdes.|alt=Charrue bleue dans un musée. Durant l'entre-deux-guerres, le cheval Auxois fait la fierté des exploitants agricoles de sa région. Les essais de sélection reprennent en 1920. Quelques années plus tard, le type du cheval est fixé à une taille d'environ , et son élevage se répand dans toute la région de l'Auxois, voire les régions avoisinantes. En 1929, en revanche, la fixation de la robe baie reste non-atteinte.

Avant l'arrivée de la motorisation, l'Auxois est l'auxiliaire ainsi que le moteur des agriculteurs qui le préfèrent au bœuf nivernais, même pour les travaux de traction lente. Il n'est destiné qu'à l'usage agricole, et élevé exclusivement à cette fin. Les chevaux les plus forts sont destinés à tracter de lourds attelages sur les plaines et plateaux céréaliers. Les chevaux plus vifs sont employés au débardage ou au traçage des sillons..

L'Auxois entre en concurrence avec le Nivernais : il n'est pas rare que des éleveurs de la région nivernaise possèdent à la fois des chevaux nivernaise, et ardennaise et auxoise, afin de contenter tous les acheteurs potentiels. Le concours de race intercantonal organisé en à Pouilly-en-Auxois attire environ ainsi qu'une visite du ministre de l'agriculture. L'administration des Haras nationaux se porte acquéreuse de deux chevaux.

C'est au début des années 1930 que ces chevaux de trait atteignent l'apogée de leur développement physique. L'Auxois est alors souvent décrit, à l'instar de l'Ardennais et du Trait du Nord, comme un avec l'encolure dans l'alignement du dos, voire plus basse, et un museau rasant le sol. Il est entièrement bâti pour la traction, cette conformation lui permettant de déplacer des poids énormes sur de courtes distances. Parallèlement, à la même époque, il prend l'ascendant sur le Nivernais de par sa popularité, et représente . Il fascine les marchands qui se rendent sur les foires bourguignonnes. Sa couleur de robe est réputée moins salissante que celles du Percheron (gris clair) et du Nivernais (noir).

Les poulains naissent traditionnellement entre janvier et mars dans les exploitations ; sevrés à six mois, ils sont alors vendus aux grands éleveurs. Ces derniers contribuent largement à fixer la race. Achetés de septembre à novembre, les poulains sont mis au pré () puis rentrés dès les premières neiges, et remis à l'embouche avec des bovins lorsque le printemps arrive. Ce cycle dure généralement jusqu'aux dix-huit mois du poulain, qui est alors vendu. Au besoin, le poulain refait une saison d'embouche. Le dixième d'entre eux, uniquement les meilleurs, est gardé comme étalon, les étalons Ardennais assurant le reste de la reproduction. Ils sont mis au travail à l'âge de trois ans jusqu'à sept ou huit ans, âge auquel ils sont revendus. Les meilleurs étalons se négocient de à en 1929.

L'utilisation de l'Auxois et par extension des chevaux de trait pour l'agriculture, se révèle courte, car elle cesse rapidement avec la généralisation des moissonneuses-batteuses et des tracteurs, durant les années 1960.

Fin de l'utilisation au travail Durant la Seconde Guerre mondiale, les stocks de carburants sont utilisés par les armées ; le cheval de trait reste un moteur indispensable au transport comme aux travaux des champs jusqu'à la reddition des Allemands en 1945. Après la fin du conflit, les agriculteurs s'enrichissent rapidement, ce qui leur permet de s'équiper de tracteurs et de moissonneuses-batteuses. Comme toutes les races de trait, l'Auxois est de plus en plus délaissé au profit des machines. Le déclin de l'élevage est palpable dès le début des années 1950, et surtout durant les années 1960, où l'on assiste à un effondrement des effectifs, au point que la race a presque disparu dans les années 1970.

La plupart des bourgs de l'Auxois conservent néanmoins, par tradition, leur concours annuel de juments poulinières (qui voient passer de moins en moins d'animaux), certains de ces concours étant organisés de façon ininterrompue depuis des décennies.

Relance bouchère Au début des années 1970, alors que les effectifs de chevaux de trait ont fortement baissé, la race auxoise est sauvée de justesse. En 1988, seules 46 naissances ont été enregistrées.

Henry Blanc, à la direction des Haras nationaux, organise la reconversion des races françaises de chevaux de trait en animaux de boucherie. Jusqu'en 1982, il freine les importations de viande chevaline et finance une recherche de l'INRA, près de Clermont-Ferrand, sur l'engraissement des poulains de trait. Il encourage les éleveurs, qui ne parviennent plus à trouver d'acheteurs pour leurs animaux, à engraisser ceux-ci pour les revendre au poids aux abattoirs. L'élevage pour la boucherie assure une partie de la sauvegarde de l'Auxois en gardant son capital génétique intact, au prix d'une transformation du modèle, autrefois puissant et sportif, en celui de . Entre le milieu du et les années 1980, le poids d'un cheval Auxois passe d'une moyenne de 650 à à une moyenne de 800 à , voire davantage.

Cette reconversion pour la viande est très défavorable à l'Auxois, le Percheron étant beaucoup plus renommé pour ses qualités bouchères, tandis que l'Ardennais (et donc l'Auxois, qui en est proche) est réputé pour être . Le marché de la viande de cheval ne suit pas, les éleveurs français étant dépassés par des importations de chevaux à bas prix venus du continent américain et d'Europe de l'Est. Par manque de rentabilité, les effectifs de la plupart des races de chevaux de trait continuent à baisser jusqu'en 1994. L'effondrement du prix de la viande pousse les Haras nationaux à réorienter les activités liées au cheval de trait.

Renouveau de l'équitation de loisir et de travail vignette|alt=Deux grands chevaux massifs, bruns et noirs sont montés par des cavaliers costumés en rouge et noir.|Deux Auxois au salon international de l'agriculture de Paris en 2011.