vignette|upright=1.3|Diffusion celtique :

Les Celtes constituent, durant la protohistoire européenne, un groupe de populations indo-européennes parlant des langues celtiques et présentant une certaine unité culturelle, bien que les interactions culturelles de l'Europe celtique ancienne demeurent incertaines et controversées. Le processus de diffusion territoriale des anciennes populations celtiques débute à la fin du et atteint son apogée à l'Âge du fer lors des périodes dites de Hallstatt et de La Tène.

Le proto-celtique serait apparu en Europe centrale avec la culture des champs d'urnes de l'âge du bronze récent, à partir de , ou en France, vers le nord des Alpes, antérieurement à La périodisation établie depuis la fin du considère que les premiers peuples celtes appartiennent à la culture de Hallstatt, en Europe centrale (1200-). Ils s'étendent en Autriche, Suisse, grande moitié sud de l'Allemagne, Bohême, Moravie, ouest de la Hongrie, ouest de la Slovaquie, Galicie, Italie du Nord et Grand Est français. Au cours de la période de La Tène ( jusqu'à la conquête romaine), plusieurs vagues migratoires étendent le territoire vers la moitié ouest de la France (Gaulois transalpins), le Grand Sud-Est français (Celto-Ligures), le Benelux (Belges), le sud de la Plaine du Pô (Gaulois cisalpins), la péninsule cimbrienne et Frise, la Pannonie (Scordiques), et le centre de l'Anatolie (Galates de la Grande Expédition) Le peuplement et la diffusion de la culture celte dans les îles Britanniques (Celtes insulaires) et la péninsule Ibérique (Celtibères) font encore l'objet de discussion sur le plan chronologique.

Les premiers exemples directs incontestés d'une langue celtique sont les inscriptions lépontiques qui commencent au . Les langues celtiques continentales sont attestées par des inscriptions (sur divers supports : pierre, plomb, poterie, monnaie) et des noms propres (noms de lieux, théonymes, anthroponymes, ethnonymes) et noms communs entrés dans diverses langues, notamment dans le français. Les langues celtiques insulaires, hormis les plombs de Bath du , ne sont attestées qu'à partir du dans les inscriptions Ogham, bien qu'elles soient clairement parlées beaucoup plus tôt. La tradition littéraire celtique commence avec les vieux textes irlandais autour du . Des textes cohérents de la littérature irlandaise précoce, tels que Táin Bó Cúailnge (« Rafle des Vaches de Cooley »), survivent dans les recensions du . De ce fait, les principales sources contemporaines pour l'historiographie des Celtes sont celles des auteurs gréco-latins.

Au milieu du millénaire, après l'expansion de l'Empire romain et les invasions des peuples germaniques, la culture celtique et les langues celtiques insulaires sont réduites à l'Irlande, l'ouest et le nord de la Grande-Bretagne (Pays de Galles, Écosse et Cornouailles), l'île de Man et la Bretagne. Entre les , les populations de langue celtique de ces régions atlantiques formaient une entité culturelle car elles avaient un héritage linguistique, religieux et artistique commun les distinguant de la culture des entités politiques environnantes. Au , cependant, les langues celtiques continentales s'étaient éteintes, le breton ayant été (ré)introduit par des migrations à partir des îles britanniques dès le . La culture celtique insulaire des périodes médiévales et modernes s'est diversifiée en celle des Gaëls (Irlandais, Écossais et Mannois) et des Celtes brittoniques (Gallois, Corniques et Bretons). Une « identité celtique » moderne a été construite dans le cadre de la renaissance celtique romantique, en Grande-Bretagne, en Irlande, en Bretagne et dans d'autres territoires européens, tels que le Portugal et la Galice espagnole. Aujourd'hui, l'irlandais, le gaélique écossais, le gallois et le breton sont encore parlés dans certaines parties de leurs territoires historiques, le cornique et le mannois connaissant une renaissance.

vignette|Chaudron de Gundestrup.

Ethnonymie et langues La première mention écrite du nom des Celtes (en grec ancien : ou ) pour désigner un groupe ethnique est due à Hécatée de Milet, historien et géographe grec, en Sarunas Milisauskas, ., qui parlait d'un peuple vivant près de Massilia (actuelle Marseille)H. D. Rankin, .. Au , Hérodote se référait aux Keltoí vivant aux environs de la source du Danube, ainsi que dans l'Extrême-Ouest de l'EuropeHérodote, Histoires, 2.33; 4.49.. L'étymologie du terme Keltoi n'est pas claire. Différentes racines indo-européennes pourraient en être à l'origine : *kʲel, « cacher », « dissimuler » (présent aussi dans le vieil irlandais : ceilid) ; *kʲel, « échauffer » ou « mettre en colère» ; *kel, « pousser »John T. Koch (ed.), Celtic Culture: a historical encyclopedia. 5 vols. 2006. Santa Barbara, California: ABC-CLIO, .. Certains auteurs supposent que ce terme est d'origine celtique, tandis que d'autres le considèrent comme inventé par les Grecs. La linguiste Patrizia de Bernardo Stempel appartient à ce dernier groupe et suggère qu'il signifie « les grands »..

Au , Jules César a rapporté que les peuples connus des Romains comme Gaulois (Galli) s'appelaient Celtii dans leur langue et Gallii dans la sienneJules César, La Guerre des Gaules, 1.1 : « Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. » Trad. Désiré Nisard., ce qui suggère que même si le nom Keltoi a été accordé par les Grecs, il a été adopté dans une certaine mesure comme un nom collectif par les peuples de Gaule. Le géographe Strabon, écrivain sur la Gaule, vers la fin du , se réfère à la « race qui s'appelle maintenant à la fois gauloise et galate », bien qu'il utilise également le terme « Celtique » comme synonyme de « Gaule », qui est séparée de l'Ibérie par les Pyrénées. Pourtant, il rapporte des peuples celtiques en Ibérie, et utilise également les noms ethniques Celtiberi et Celtici pour les peuples là-bas, à la différence de Lusitani et IberiStrabon, Géographie, 3.1.3 ; 3.1.6 ; 3.2.2 ; 3.2.15 ; 4.4.2.. Pline l'Ancien a noté l'utilisation du terme Celtici, en Lusitanie, comme nom de famille d'aristocratesPline l'Ancien, Histoire Naturelle, 21:6 : « les Mirobrigiens, surnommés Celtiques » (« Mirobrigenses qui Celtici cognominantur »), ce que les découvertes épigraphiques ont confirmé.Fernando De Almeida, Breve noticia sobre o santuário campestre romano de Miróbriga dos Celticos (Portugal): D(IS) M(ANIBUS) S(ACRUM) / C(AIUS) PORCIUS SEVE/RUS MIROBRIGEN(SIS) / CELT(ICUS) ANN(ORUM) LX / H(IC) S(ITUS) E(ST) S(IT) T(IBI) T(ERRA) L(EVIS)..

Le latin Gallus (pl. Galli) pourrait provenir à l'origine d'un nom ethnique ou de nation celtique, peut-être emprunté en latin, pendant les expansions celtiques en Italie, au début du Sa racine peut être le proto-celtique *Galno, signifiant « puissance, force », d'où le vieil irlandais « audace, férocité », et le gallois « être en position, pouvoir ». Les noms de nation comme Gallaeci et du grec Γαλάται (Galatai, latinisé Galatae, voir la région de Galatie en Anatolie) ont très probablement la même origine., l'étymologie de Gallaeci ne fait pas l'unanimité et pourrait très bien être pré-celtiqueToponymes portugais, galiciens, asturiens et pyrénéens : affinités et problèmes historico-linguistiques - Étude historico-linguistique d'Hector Iglesias dont les travaux et les publications sont consultables sur le site : Hector Iglesias : Euskal Ikasketak. EETBI Euskarari eta Euskal Testuei Buruzko Ikerketak. ikerketak.wifeo.com. Le suffixe -atai pourrait être une flexion grecque ancienne.. Les auteurs classiques n'appliquaient pas les termes Κελτοί ou Celtae aux habitants de la Grande-Bretagne ou de l'Irlande, ce qui a conduit certains savants, par préférence, à ne pas utiliser le terme pour désigner les habitants de l'âge du fer britannique.

Celt est un mot de l'anglais moderne, d'abord attesté en 1707, dans l'écrit d'Edward Lhuyd, dont le travail, avec celui d'autres savants de la fin du , a attiré l'attention sur les langues et l'histoire des premiers habitants celtiques de Grande-BretagneLhuyd, E. Archaeologia Britannica; . (reprint ed.) Irish University Press, 1971, .. Les formes anglaises, Gaul (d'abord attestée au ) et Gaulish, sont issues du français Gaul-, pour le second dérivé à l'aide du suffixe anglais -ish. Gaule remonterait au vieux bas francique *Walha (voir Gaule), dont la racine proto-germanique est *walha-, « étranger, romain, celte », d'où le mot anglais Welsh, « gallois » (vieux anglais : wælisċ < *walhiska-, le welche sud-allemand signifiant « locuteur celtique », « locuteur français » ou « locuteur italien » dans différents contextes, et le vieux norrois valskr, pl. valir, « gaulois, français »). Le proto-germanique *walha, est, en définitive, dérivé du nom des Volcae., une tribu celtique qui a vécu primairement dans le Sud de l'Allemagne et en Europe centrale, et qui a alors émigré en Gaule.. En dépit de sa ressemblance avec le terme latin Gallia, il n'y est pas apparenté (il aurait dû produire **Jaille, en français) cf. La Jaille-Yvon (Yvo de Gallia en 1052-1068.), bien qu'il se réfère à la même région ancienne.

Celtique se réfère à une famille de langues et, plus généralement, signifie « des Celtes » ou « dans le style des Celtes ». Plusieurs cultures archéologiques sont considérées comme celtiques en nature, basées sur des ensembles uniques d'objets. Le lien entre le langage et l'artefact est facilité par la présence d'inscriptions. L'idée relativement moderne d'une identité culturelle celtique identifiable ou « Celticité » se concentre généralement sur les similitudes entre les langues, les œuvres d'art et les textes classiquesPaul Graves-Brown, Siân Jones, Clive Gamble, ., parfois aussi parmi les artefacts matériels, l'organisation sociale, la patrie et la mythologie celtiqueCarl McColman, ..

Aujourd'hui, le terme celtique désigne un groupe de langues et par extension les cultures possédant cet héritage linguistique utilisé dans la poésie, la littérature et la musique depuis le Moyen Âge, à savoir : l'Irlande, l'Écosse, le pays de Galles, les Cornouailles, l'île de Man et la Bretagne, également connues sous le nom de nations celtiques. Dans quatre de ces pays, les langues celtiques sont encore vivantes et parfois même encore en tant que langues maternelles. Ces idiomes sont le gaélique irlandais, le gaélique écossais, le gallois et le breton. En outre, des passionnés et des érudits ont fait renaître deux langues éteintes : le cornique (une des langues brittoniques) et le mannois (une des langues gaéliques). Il y a aussi des tentatives de reconstruction du cambrien, une langue brittonique du nord-ouest de l'Angleterre et du sud-ouest de l'Écosse. En Europe continentale, il n'y a plus de langue celtique vernaculaire (le breton résulte essentiellement d'une réintroduction à partir des îles britanniques) depuis l'extinction du gaulois vers le après J.-C. Pourtant, des régions continentales se réclament d'un héritage celtique (Celtibères), alors que des idiomes de cette famille linguistique n'y ont été que peu ou jamais parlés. Ces zones comprennent essentiellement la péninsule Ibérique occidentale, à savoir le Portugal et le centre-nord de l'Espagne (Galice, Asturies, Cantabrie, Castille-et-León, Estrémadure)..

Histoire

Origines La question de l'origine des peuples celtes fait l'objet de nombreuses hypothèses et s'inscrit dans le cadre de la diffusion des langues indo-européennes en Europe, cette parenté linguistique n'a jamais été remise en question.. La question de leur émergence reste délicate à cerner, en raison de la difficulté à relier avec certitude des cultures archéologiques à des groupes linguistiques. Néanmoins, plusieurs hypothèses fondées sur des données linguistiques, archéologiques et génétiques permettent de retracer les grandes étapes menant à la formation des groupes proto-celtiques.