Le cimetière de Saint-Pierre est le plus grand cimetière de la ville de Marseille. Avec ses 63 hectares, c'est la troisième nécropole de France après Pantin (130 hectares) et Thiais (106 hectares). Il est situé dans les quartiers de la Timone ( arrondissement) et de Saint-Pierre ( arrondissement).
Historique Contrairement à l’époque grecque et romaine où les sépultures se trouvaient à l’extérieur des villes, les inhumations s’effectuent du Moyen Âge jusqu’au dans des cimetières à l’intérieur des villes et même à l’intérieur des églises pour les ecclésiastiques et les nobles. Aux environs de 1770, l'offensive contre les inhumations urbaines commence, à Marseille comme ailleurs. En 1771, parait chez Mossy l’ouvrage du docteur Olivier, au titre explicite : « Sépultures des Anciens, où l’on démontre qu’elles étaient hors des villes, l’on donne les moyens de revenir à l’ancien usage et l’on expose les effets de la putréfaction sur l’air et sur nous ». Le but de l’auteur est clair : « En exposant au public les dangers dans les églises et les villes, j’ai voulu le prémunir contre ces abus que la coutume, le préjugé et la vanité soutiennent »Régis Bertrand, les cimetières marseillais, Provence historique, tome XXIII, fascicule 92, avril - juin 1973, p. 224, Marseille.
Une ordonnance royale du interdit d’inhumer dans les églises ; elle prévoit que les cimetières devenus insuffisants soient agrandis et que ceux placés dans l’enceinte des habitations soient portés, autant que les circonstances le permettent, en dehors de l’enceinte des villesRégis Bertrand, les cimetières marseillais, Provence historique, tome XXIII, fascicule 92, avril - juin 1973, p. 226, Marseille. Cette ordonnance qui supprime le choix du lieu de sépulture dans une église en imposant le cimetière ne fait qu'accélérer une évolution en coursMichel Vovelle, Piété baroque et déchristianisation en Provence au siècle, Coll. Civilisations et mentalités, édition Plon, Paris, 1973, p.106.
Pour satisfaire cette nouvelle réglementation, la ville de Marseille achète du au plusieurs terrains d'une superficie totale de pour y créer le cimetière qui prendra le nom de Saint Charles, celui du quartier. C’est alors le seul lieu de sépulture reconnu, les autres, situés près des églises étant simplement tolérés. Mais ce cimetière est très vite condamné car il ne peut plus s’étendre. Il est en effet contourné par la nouvelle voie ferrée et se trouve très vite à l’intérieur de la ville du fait de l’urbanisation qui se développe au . Un nouveau cimetière, celui de Saint-Pierre, est donc créé en 1855 à partir des jardins de plusieurs bastides et aménagé par Sixte Rey. Il est béni le . Celui de Saint-Charles est définitivement fermé par décision municipale du , confirmée par arrêté préfectoral du Régis Bertrand, Les cimetières marseillais, Provence historique, tome XXIII, fascicule 92, avril - juin 1973, p. 244, Marseille. Les terrains de cet ancien cimetière Saint-Charles serviront notamment à l’implantation de la nouvelle faculté des Sciences.
Malgré une opposition des habitants du quartier qui protestaient contre l’insalubrité qui résulterait de la présence du cimetièrePierre Bianco, Saint-Pierre : histoire et évolution d’un quartier marseillais autour de son église, Comité du Vieux Marseille,Deuxième trimestre 1988, , p. 161, la déclaration d’utilité publique est prononcée par décret impérial du et les premières inhumations se font en . Le transfert des dépouilles mortuaires de l’ancien cimetière Saint-Charles a lieu de 1856 à 1863 et le préfet Maupas prend un arrêté y interdisant les inhumations le . L’inauguration officielle du cimetière Saint-Pierre est effectuée le par le préfet Maupas et le maire de Marseille Rouvière.
Personnalités enterrées au cimetière Saint-Pierre Artistes Auguste Aiguier (1814-1865), peintre Alibert (1889-1951), acteur Pierre Ambrogiani (1906-1985), peintre Antonin Artaud (1896-1948), dramaturge Louis Astruc (1857-1904), dramaturge Pierre Baubet Gony (1934-1997), compositeur concertiste, professeur de piano Valère Bernard (1860-1936), peintre Charles Camoin (1879-1965), peintre Henri Christiné (1867-1941), compositeur d'opérettes Joseph Colla (1841-1914), peintre Gaby Deslys (1881-1920), chanteuse du début du Louis Ducreux (1911-1992), cinéaste Antoine Ferrari (1910-1995), peintre Ange Flégier (1846-1927), compositeur et peintre Antoine Gianelli (1896-1983), peintre Paul Gondard (1884-1953), sculpteur Jean-Vital Jammes dit Ismaël (1825-1893) baryton au Grand Théâtre de Marseilleet sa femme Marie Ismaël-Garcin, Chanteuse légère (carré 17 Est - - ) Daniel Lévi (1961-2022), chanteur Francis Linel (1928-2022), acteur et chanteur Émile Loubon (1809-1863), peintre Milly Mathis (1901-1965), actrice Adolphe Joseph Thomas Monticelli (1824-1886), peintre Alphonse Moutte (1840-1913), peintre Léo Nègre (1906-1998), chansonnier Jean Panisse (1928-2021), acteur Dominique Piazza (1860-1941), illustrateur Raphael Ponson (1835-1904), artiste peintre Rellys (1905-1991), acteur Ernest Reyer (1823-1909), compositeur Edmond Rostand (1868-1918), dramaturge, auteur de Cyrano de Bergerac Alida Rouffe (1874-1949), actrice Louis Rouffe (1849-1885), mime André Roussin (1911-1987), dramaturge Constant Roux (1869-1942), sculpteur Antoine Sartorio (1885-1988), sculpteur René Sarvil (1901-1975), acteur Vincent Scotto (1874-1952), compositeur d'opérettes Gabriel Signoret (1878-1937), acteur Berthe Sylva (1885-1941), chanteuse du début du Andrée Turcy (1891-1974), actrice Henri Verneuil (1920-2002), cinéaste Élie-Jean Vézien (1890-1982), sculpteur Auguste Vimar (1851-1916), illustrateur.
Industriels et hommes d'affaires Pascal Coste (1787-1879), architecte Gustave Desplaces (1820-1869), ingénieur Louis Noilly et Claudius Prat, qui créèrent le Noilly Prat Nicolas Paquet (1831-1909), armateur Michel-Robert Penchaud (1772-1833), architecte Gaétan Picon (1809-1882), qui créa l'apéritif Picon Marcel Pillard (1895-1985), ingénieur aéronautique Jules Charles-Roux (1841-1918), industriel et mécène Jacques Faggianelli (1949-2019), industrie pharmaceutique et artiste Jacques Saadé (1937-2018), homme d'affaires, fondateur de CMA CGM Lazare Digonnet (1864-1944) qui créa la société des Thés de l'Éléphant.
Personnalités politiques et militaires Didier Daurat (1891-1969) pionnier de l'aviation. Enterré, à sa demande, à l'aéroport de Toulouse-Montaudran sa tombe est détruite en et son corps déplacé dans le caveau familial (carré 19 Ouest - no 17). Charles Armand Septime de Faÿ de La Tour-Maubourg (1801-1845), diplomate et parlementaire Claude-Marius Vaïsse (1799-1864), préfet du Rhône, sénateur, député, ministre de l'Intérieur pendant quelques mois Alphonse Esquiros (1812-1876), poète et homme politique Eugène Bonnier (1856-1894), colonel, Monument aux morts de Tombouctou. Joseph Thierry (1857-1918), homme politique Albert Littolff (1911-1943), aviateur de l'armée de l'air Robert Rossi (1913-1944), polytechnicien, colonel de l'armée de l'air, résistant. François Charles-Roux (1879-1961), diplomate Émile Muselier (1882-1965), vice-amiral et résistant Germaine Poinso-Chapuis (1901-1981), femme politique Gaston Defferre (1910-1986), ancien ministre de l'Intérieur, candidat à l'élection présidentielle de 1969 et maire de Marseille, époux d'Edmonde Charles-Roux Georges N'Guyen Van Loc dit "le chinois" (1933-2008), commissaire divisionnaire, l'un des créateurs du GIPN Capitaine Jacques Elmaleh 1909-1943 résistant du réseau Gallia à Lyon et mort à la prison Montluc à Lyon Chevalier de la légion d'honneur, croix de guerre et médaille de la résistance.
Érudits, gens de lettres, scientifiques Antoine Clot dit Clot Bey (1793-1868), médecin et mécène du Jacques de Morgan (1857-1924), explorateur Aimé Olivier de Sanderval (1840-1919), explorateur Joseph Héliodore Garcin de Tassy (1794-1878), orientaliste Antoine-Fortuné Marion (1846-1900), naturaliste Eugène Rostand (1843-1915), économiste, père du dramaturge Edmond Rostand, qui y est également enterré Joseph Billioud (1888-1963), archiviste-paléographe de la ville (registre : ) à l'est du carré 17, rang Edmonde Charles-Roux (1920-2016), femme de lettres, veuve de Gaston Defferre Roger Bremond (1918-2019), Chevalier de l'ordre national du mérite. Officier des palmes Académiques, Chevalier du mérite social, Président d'honneur du lycée Charles Péguy (Marseille).
Sportifs Gunnar Andersson (1928-1969), footballeur Luc Borrelli (1965-1999), footballeur Jean Bouin (1888-1914), coureur de fond Gustave Ganay (1892-1926), coureur cycliste Raymond Grassi (1930-1953), boxeur Henri Rougier (1876-1956), coureur cycliste et automobile.
Ecclésiastiques Alexandre Chabanon (1873-1936), missionnaire et vicaire apostolique de Hué en Indochine Krikor Balakian (1877-1934), évêque de l'église apostolique arménienne.
Autres Mala Kriegel (1912-1944), membre de la Résistance française Hamida Djandoubi (1949-1977), dernier condamné à mort exécuté en France. Tany Zampa (1933-1984), criminel franco-italien.
Tombes et sculptures remarquables Dans ce cimetière, les monuments remarquables sont nombreux et variés, quelquefois décorés de belles sculptures. On y trouve tout ce que l’art architectural a pu produire de sévère et de gracieux, de triste et de consolant.
Hémicycle et allée principale Dans l’hémicycle situé devant la porte d’entrée principale ainsi que le long de la grande allée bordée de magnolias se trouvent de vastes tombeaux de la bourgeoisie marseillaise de la seconde moitié du . Parmi les œuvres les plus remarquables de cette zone, il faut retenir deux magnifiques sculptures d'André-Joseph Allar : L'homme à la harpe et Une pleureuse. Derrière cet hémicycle, un tombeau émouvant a été édifié à la mémoire d’un poilu de la Première Guerre mondiale, représenté grandeur nature dans son uniforme de soldat ; la signature du sculpteur Honoré qui a réalisé cette œuvre figure sur l'obus de droite.
Parmi les imposants tombeaux de l’allée principale, celui de Camille Olive, négociant en bois, est particulièrement remarquable ; il a été réalisé par Pascal Coste, éminent architecte du palais de la bourse. Ce somptueux mausolée, très différent des autres réalisations de l’architecte, constitue le seul édifice d’inspiration orientale qu’il ait construit dans sa ville natale. Coste a su intégrer à un monument explicitement catholique, des formes décoratives islamiques. Cet édifice se situe entre deux cultures et allie harmonieusement des styles différents, ce qui lui donne un aspect inattendu et fascinant. Une jolie frise constituée de croix alternant avec des têtes d’angelots sur le front desquels est posée une étoile, ceinture le monumentRégis Bertrand, « Le tombeau de Camille Olive », dans Daniel Drocourt et Maurice Culot (dir.) Marseille, la passion des contrastes édition Mardaga, « collection ville » Liège, 1991, p. 259-265, . Ce tombeau est inscrit au titre des monuments historiques en 2014.
Dans cette allée principale, se trouve également le tombeau de Clot-Bey, médecin marseillais qui a effectué une grande partie de sa carrière en Égypte. Son tombeau, sorte de chapelle de style oriental, rappelle son séjour au Moyen-Orient et porte la devise « Inter infideles fidelis » soit « Fidèle parmi les infidèles ».
Tombes remarquables
Sud du cimetière