La lapidation est une forme d'exécution dans laquelle un groupe d'individus lance des pierres sur une personne jusqu'à ce que cette dernière décède d'un traumatisme contondant. Elle a été attestée comme une forme de punition pour de graves méfaits depuis l'Antiquité. Son adoption dans certains systèmes juridiques a suscité la controverse au cours des dernières décennies.
La Torah et le Talmud prescrivent la lapidation comme punition pour un certain nombre d'infractions. Au cours des siècles, le judaïsme rabbinique a développé un certain nombre de contraintes procédurales qui ont rendu ces lois pratiquement inapplicables. Bien que la lapidation ne soit pas mentionnée dans le Coran, la jurisprudence islamique classique (fiqh) a imposé la lapidation comme un hadd (peine prescrite par la charia) pour certaines formes de zina (rapports sexuels illicites) sur la base de certains hadîths (paroles et actions attribuées au prophète musulman Mahomet). La législation islamique prévoit cependant elle aussi un certain nombre de dispositions qui rendent le crime de zina presque improuvable dans la pratique.
La lapidation semble avoir été la méthode standard d'exécution capitale dans l'ancien Israël. Son utilisation est attestée au début de l'ère chrétienne, mais les tribunaux juifs ont par la suite généralement évité les peines de lapidation. Seuls quelques cas isolés de lapidation légale sont enregistrés dans l'histoire prémoderne du monde musulman. Aujourd'hui, les lois pénales de la plupart des pays à majorité musulmane sont dérivées des modèles occidentaux. Au cours des dernières décennies, plusieurs États ont inséré la lapidation et d'autres punitions houdoud (pluriel de hadd) dans leurs codes pénaux sous l'influence des mouvements islamistes. Ces lois revêtent une importance particulière pour les conservateurs religieux en raison de leur origine scripturaire, bien qu'en pratique elles aient joué un rôle largement symbolique et aient eu tendance à tomber en désuétude.
Récemment, la lapidation a été une peine légale ou coutumière en Iran, aux Émirats arabes unis, au Qatar, en Mauritanie, en Arabie saoudite, au Soudan, au Yémen, au nord du Nigeria, en Afghanistan, au Brunei et dans les zones tribales du Pakistan, y compris le nord-ouest de la vallée de Kurram et le nord-ouest de la région de Khwezai-Baezai..... Dans certains de ces pays elle a été effectuée de façon extrajudiciaire par des militants, des chefs tribaux et d'autres. Dans certains autres pays, dont le Nigeria et le Pakistan, bien que la lapidation ait été une forme légale de punition, elle n'a jamais été pratiquée légalement. La lapidation est condamnée par les et les peines de lapidation ont suscité des controverses internationales.
Étymologie La lapidation vient du latin lapis (pierre), qui donne le verbe lapidare signifiant littéralement « attaquer à coups de pierres »C.N.R.T.L., étymologie du verbe lapider..
Histoire En Grèce antique La lapidation est une méthode d'exécution connue dès l'époque homérique, principalement liée aux crimes sexuels et aux blasphèmes. : dans la mythologie grecque, Ajax fils d'Oïlée échappe de peu à la lapidation après avoir tenté de violer Cassandre réfugiée auprès de l'autel d'AthénaRésumé du Le Sac de Troie par Proclus, EGF I, 49 Kinkel et , X, 31, 2.. Après avoir découvert qu'il a tué son père et épousé sa mère, Œdipe souhaite mourir lapidé, mais ne trouvant personne autour de lui pour ce faire, se résout à se crever les yeux, 434-436.. Cycnos fait lapider le joueur de flûte qui a accompagné sa seconde femme à diffuser des calomnies afin qu'il contraigne son fils Ténès à l'exil, III, 25.. Toutefois, la lapidation n'est pas couramment employée à l'époque archaïque et inspire plutôt une certaine répulsion : Eschyle la classe avec la décapitation, l'énucléation ou l'empalement comme les marques d'une « justice d'abattoir », propre aux Euménides non civilisées, 187-191..
De nombreux tyrans grecs sont lapidés : Koes à Mytilène (Hérodote, V, 38), Mennès à CumesNicolas de Damas, fragment 52, Néarque à ÉléeDiogène Laërce, IX, 26Valère Maxime, III, 3, 2, Phalaris à Akragas.
Une autre occurrence de lapidation historique remonte aux guerres médiques, en 479 av. J.-C. : l'Athénien LycidèsNom donné par , IX, 5 ; Démosthène Sur la couronne = XVIII, 204 donne au personnage le nom de Cyrsilos. est lapidé par les participants à la Boulè (assemblée) quand il propose d'approuver la demande de reddition envoyée par le Perse Mardonios. Hérodote présente la lapidation comme un acte spontané de la foule en colère, mais chez LycurgueLycurgue, Contre Léocratès, 122., un siècle plus tard, il résulte d'un décret (psēphisma) pris formellement par les membres de l'Assemblée, qui retirent les couronnes symbolisant leur fonction avant d'y procéder. On a suggéré que les Athéniens avaient réinterprété a posteriori un lynchage en acte légal et rituelVincent J. Rosivach, « Execution by Stoning in Athens », CQ 6/22 (octobre 1987), 238-239 [232-248].. Par la suite, la lapidation à Athènes est liée aux cas de trahison (prodosia) : ainsi, Alcibiade, cousin de l'Alcibiade compagnon de Socrate est condamné à mort en même temps que ce dernier pour la profanation des Mystères d'Éleusis. Il s'enfuit et rejoint les Syracusains, adversaires d'Athènes. Capturé à bord d'un vaisseau ennemi, il est lapidé immédiatement, sur ordre du stratège Thrasyllos, I, 2, 10-13..
Philostrate, dans sa Vie d'Apollonios de Tyane rapporte une lapidation « miraculeuse » située à Éphèse au . Les Éphésiens, en butte à une épidémie de peste, font appel à Apollonius de Tyane, fameux thaumaturge païen, et également philosophe, qui leur désigne un mendiant comme « ennemi des dieux » et les convainc de le lapider. Et ils pensent découvrir, dans le corps en charpie écrasé sous les pierres, une créature monstrueuse, le démon de la pesteRené Girard, Je vois Satan tomber comme l‘éclair, Grasset 1999, et suivantes, commentant Flavius Philostratus, The life of Apollonius of Tyana, Cambridge 1912, livre 4, chap. 10.
Dans le judaïsme
Les textes judaïques prévoyaient la lapidation pour punir divers crimes et attitudes jugés criminels, tant dans le Pentateuque (terme grec désignant la Torah) que dans les écrits rabbiniques (le Talmud). Concernant plus particulièrement l'adultère, il faut considérer que ces textes de loi sont rédigés dans le cadre d'une idéologie patriarcale ne connaissant pas l'égalité des sexes et que dans une société qui considère le mariage comme un accord commercial, l'adultère correspond à une atteinte à la « propriété » d'un autre hommeThomas Römer, Dieu obscur. Cruauté, sexe et violence dans l'Ancien Testament, Genève, Labor et Fides, coll. « Essais Bibliques », 2009, , extrait en ligne..
Toutefois, la lapidation aurait encore été appliquée au premier siècle de notre ère ainsi que le suggèrent, dans le Nouveau Testament, notamment l'épisode de la femme adultère de l'Évangile selon Jean (« Que celui d'entre vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. »)Jean 8, 1-11. ou, dans les Actes des Apôtres, le récit du martyre d'ÉtienneActes des Apôtres, 6,8-15-7,1-60..
Par la suite, avant même le siège de Jérusalem, les Juifs ont été dispersés dans des territoires de l'Empire romain où leur loi était devenue inapplicable même s'ils étaient majoritaires, comme en Corse où, selon Suétone, l'empereur Tibère en aurait déporté cent mille. Après la chute et la destruction de Jérusalem, La tendance de la jurisprudence judaïque a été de réduire l'application des châtiments mortels dont la lapidation, voire de les supprimer totalementArticle « Capital punishment », dans Jewish Encyclopedia, 1906, article en ligne.. Thomas Römer explique que « de nombreux rabbins se sont d'ailleurs demandés si la lapidation ou d'autres peines de mort prévues comme châtiment ont vraiment été appliquées à l'époque, ou s'il s'agit plutôt d'une rhétorique dissuasive ayant pour but d'empêcher les transgressions formulées dans ces lois ».
Le rabbin orthodoxe Aryeh Kaplan écrit au sujet de la peine de mort dans le judaïsme : Rabbi Aryeh Kaplan dans le Manuel de la pensée juive, tome II, ..
Jerome H. Somers, le président du conseil d'administration de l'Union des Congrégations hébraïques américaines, la plus grande organisation juive aux États-Unis qui compte plus de 870 congrégations réformistes se déclare opposé à la peine capitale.
Le rabbin Ben Zion Bokser, l'un des plus grands rabbins du judaïsme conservateur explique que : Statement on capital punishment, 1960. Proceedings of the Committee on Jewish Law and Standards 1927-1970, Volume III, p. 1537-1538.
Dans l'islam
vignette|400px|Carte montrant les pays où la lapidation sur place publique est une forme de punition judiciaire ou extrajudiciaire. 2013Emma Batha, Stoning - where does it happen? Thomson Reuters Foundation, September 29, 2013. Rajm (رجم) est un mot arabe qui signifie "lapider"... Il est communément utilisé pour désigner la punition Hadd lors de laquelle un groupe organisé jette des pierres à un individu condamné jusqu’à ce qu'il meure. Selon certaines versions de la loi islamique (Charia), c’est la peine prescrite en cas d'adultère commis par un homme marié ou une femme mariée. La condamnation exige une confession de l’adultère, ou le témoignage de 4 témoins de l'acte contre ce dernier (comme demandé par le Coran 24:4), ou la grossesse en dehors du mariageMuhsan The Oxford Dictionary of Islam (2012).Al Muwatta ..
La peine de la lapidation/Rajm ou la peine de mort pour adultère est un cas unique dans le droit pénal musulman puisque, de prime abord, elle peut sembler venir contredire la prescription coranique déjà existante pour les relations sexuelles avant le mariage et extraconjugales (zina). que l'on trouve dans le deuxième verset de la sourate An-Nour : « La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les chacun de cent coups de fouet. […] ». Pour cette raison, certaines sectes musulmanes hétérodoxes telles que les kharidjites en Irak, ainsi que les modernistes islamiques tels que les coranistes sont en désaccord avec la légalité du rajm.
Cependant, la lapidation est mentionnée dans plusieurs ahadithSahih Muslim 17:4191 - 4209 and 17:4916 & 17:4194 (des rapports prétendant citer ce que le prophète Mahomet a dit mot pour mot sur diverses questions, et que la plupart des musulmans et des ouléma considèrent comme la seconde source du droit religieux après le Qor'ān)OU Kalu (2003), Safiyya and Adamah: Punishing adultery with sharia stones in twenty‐first‐century Nigeria, African Affairs, 102(408), .. et donc la plupart des écoles de jurisprudence islamique (madahib) sunnites comme chiites l'acceptent comme une peine prescrite pour l'adultère. La peine a rarement été appliquée dans l'Histoire de l'islam en raison des exigences de preuve très strictes stipulées par la loi islamique.
En pratique vignette|upright=1.3|La lapidation d'une femme adultère, illustration d'un manuscrit des 1001 Nuits d'Abou Hassan Ghaffari ou de son atelier. Téhéran, 1853-1857.