vignette|redresse=1.3|Franklin Delano Roosevelt et Henri Giraud à Casablanca, le .

La situation politique dans les territoires français d'Afrique, entre et , notamment en Afrique française du Nord, est confuse, complexe et instable.

À la suite de l'opération Torch et du débarquement allié (principalement américain) en , et alors que la campagne de Tunisie se poursuit, l'Afrique française du Nord libérée reste pourtant soumise au régime de Vichy et à toutes ses mesures discriminatoires durant plusieurs mois : d’abord sous l’autorité de l'amiral Darlan, capturé par les alliés et forcé de changer de camp, puis sous l’égide du général Henri Giraud, chef du Commandement en chef français civil et militaireQui comprend comme territoires : l'Algérie française, le Protectorat français du Maroc, le Protectorat français de Tunisie (après son évacuation par les Allemands et les Italiens en ) et l'Afrique-Occidentale française.. Cette situation était qualifiée par Roosevelt de « » (expédients militaires). Jusqu'au printemps 1943, cette situation constitue par son caractère particulier une selon Jacques Cantier.

L'Afrique subsaharienne est quant à elle dans la situation suivante : l'Afrique-Occidentale française, dont Darlan a obtenu le ralliement, est dans le camp giraudistePierre Montagnon, La France coloniale, tome 2, Pygmalion-Gérard Watelet, 1990, 60-63., tandis que l'Afrique-Équatoriale française est passée depuis 1940 dans le camp de la France libre du général de Gaulle. Le camp gaulliste prend également le contrôle, fin 1942, de La Réunion et de la Côte française des Somalis. Madagascar, où les Britanniques ont débarqué sans prévenir les gaullistes, représente un cas à part : après la capitulation des vichystes en Madagascar Surrenders html, Time Magazine, 16 novembre 1942, les Britanniques administrent l'île durant plusieurs mois et n'en cèdent le contrôle à la France libre qu'en .

La situation des possessions africaines de la France, qui se joue politiquement en Afrique française du Nord (AFN), se stabilise progressivement avec la fusion des autorités de Brazzaville (France libre) et d'Alger (Commandement en chef français civil et militaire) au sein du Comité français de la Libération nationale en .

La situation de l'Afrique du Nord française le 8 novembre 1942 Le , lors de l'opération Torch, les chefs de l'Afrique du Nord française ont le choix entre trois options : ou bien ils obéissent aux ordres qu'ils ont reçus de résister à tout envahisseur, ou bien ils donnent délibérément des ordres contraires aux consignes qu'ils ont reçues, ou enfin, ils choisissent une attitude intermédiaire qui consiste à ne rien faire et à attendre de voir comment évolue la situationRobert Paxton, L'Armée de Vichy - Le corps des officiers français 1940-1944, éd. en anglais 1966 ; édition française Le Seuil, coll. « Points-Histoire », 2006, 371-372..

Ce , premier jour du débarquement américain, le général Juin est commandant en chef des forces françaises en Afrique du Nord. Il a succédé à ce poste au général Weygand en . Le général Noguès est résident général au Maroc depuis 1936. L'amiral Esteva est résident général de France en Tunisie depuis le . La situation est compliquée par le fait que Darlan, ancien vice-président du Conseil de Vichy resté commandant en chef des forces militaires, se trouve par hasard à Alger où il est venu voir son fils gravement malade.

Capitulation d’Alger encerclé À sa résidence d'Alger, Villa des Oliviers, le général Juin est avisé des divers débarquements peu après minuit, par le Consul américain Murphy, et invité par ce dernier, porteur d'un message du Président Roosevelt, à rentrer dans la guerre, aux côtés des alliés, pour libérer la France. Au même moment, avec l'accord de son subordonné le général Mast, commandant de la place d'Alger, les forces de la Résistance sous le commandement de José Aboulker, prenaient irrégulièrement le contrôle de la ville et, après avoir encerclé le général Juin dans sa villa, y conduisaient Darlan. De ce fait, la résistance opposée au débarquement américain par les troupes françaises est inexistante dans le secteur d'Alger, à l'exception d'une opposition au détachement de rangers débarqué dans le port d'Alger vers les 3 heures du matin. Au contraire, dans les autres secteurs, à Oran ou au Maroc, où les tentatives de putsch contre les autorités fidèles à Vichy avaient échoué, elles appliquent les ordres de leurs généraux de se défendre « contre toute attaque », c'est-à-dire contre les alliés, alors qu'en Tunisie, la Régence est livrée aux forces de l'Axe sans un seul coup de revolver, par les autres subordonnés de JuinPaxton, p.373-374,La part de la Résistance française dans les évènements d’Afrique du Nord » dans Les Cahiers Français, no 47 (rapports des chefs des groupes de volontaires qui se sont emparés d’Alger le ), Commissariat à l’Information du Comité National Français, Londres, , p.21, 24 et 26,et ..

Après la venue de Darlan dans sa villa encerclée par les lycéens de l'aspirant Pauphilet, Juin peut en référer à son supérieur hiérarchique Darlan, sur qui repose par conséquent le poids de la décision. Darlan soumis aux pressions du diplomate américain Robert Murphy, décide d'informer Pétain et de réfléchir ensuite, mais à l'aube, Juin et Darlan sont libérés par les gardes mobiles et c'est Murphy qui se retrouve prisonnier. Pour les observateurs américains, Juin semble désireux d'aider les alliés, mais il est tenu d'obéir à son supérieur et ordonne aux troupes françaises de maintenir « un contact élastique, sans agressivité ». Darlan, après avoir télégraphié à Vichy, vers 8 heures pour demander l'intervention de la Luftwaffe contre les vaisseaux alliés au large d'Alger, a obtenu un contact avec Pétain qui lui a donné « toute sa confiance » et il peut donc agir sans en référer systématiquement au Maréchal. Dans l'après-midi du , alors que les Anglo-américains ont encerclé Alger et bombardent le poste de commandement de Juin, Darlan autorise ce dernier à traiter avec les Alliés, mais pour la seule ville d'Alger.

Armistice forcé pour Oran et le Maroc À partir de l'après-midi du à , le général Juin est déchargé de son autorité en dehors de la région d'Alger. Darlan charge le général Noguès de la défense du Maroc et le général Barré de celle de la Tunisie, tous deux dépendant directement de VichyPaxton, 377-381..

Au Maroc, la résidence de Noguès est encerclée par les troupes du général Béthouart, qui est mis en difficulté par le fait que les Américains sont en retard sur l'horaire annoncé. Béthouart, sans nouvelles des alliés et encerclé à son tour par un autre régiment appelé par Noguès dont il n'a pas coupé le téléphone, cède au petit matin pour ne pas répandre inutilement le sang français. Il est immédiatement arrêté, et dès lors, la flotte alliée apparaissant, les opérations sont menées sous la conduite de Noguès avec le concours de l'amiral Michelier, qui envoie au désastre sa flotte en formation compacte. Ils combattent les alliés pendant trois jours indépendamment de Juin, leur commandant en chef en titre, jusqu'au . Pendant ce temps, à Alger, le général Clark presse Darlan de signer un armistice pour l'ensemble de l'Afrique du Nord en traitant directement avec Giraud. Le à midi, Darlan donne l'ordre à toutes les autorités nord-africaines et à l'Amirauté française de cesser le combat. Désavoué par Pétain, Darlan annule son ordre d'arrêter les combats dans l'après-midi du , provoquant son arrestation par les Américains. Pétain prend alors le commandement en chef des forces militaires. Le , Michelier informe l'Amirauté à Vichy que devant le rapport de forces, le combat a cessé à 2h30. Le matin du , Noguès négocie un cessez-le-feu avec Patton qui négocie les termes d'un armistice avec Michelier et Noguès. C'est alors qu'intervient l'invasion de la zone libre. Au soir du , Noguès remet ses pouvoirs à Darlan.

Quant à Giraud, il avait annoncé sa fidélité à Darlan, en échange du commandement des forces terrestres et aériennes d’Afrique du nord.

Les quarante-cinq jours de Darlan Darlan a exercé le pouvoir en Afrique du Nord à l'issue de l'opération Torch parce que les Américains ont estimé que c'était la moins mauvaise solution. Il n'allait évidemment pas de soi que l'homme des protocoles de Paris, qui symbolisait le degré de collaboration militaire le plus avancé des divers gouvernements de Vichy, soit l'homme qui initie la collaboration de l'Afrique libérée avec la puissance américaine. Roosevelt doit préciser qu'il s'agit de « Military expediencies » c'est-à-dire d'expédients pour des raisons militaires et Eisenhower devra expliquer à ses chefs d'état-major que tous les Français, civils et militaires, y compris Giraud reconnaissent l'autorité de l'amiral.

Les accords Clark-Darlan

Les États-Unis signent avec l'amiral Darlan les accords Clark-Darlan en . Ils cadrent la coopération entre les forces de Darlan, qui se prévaut du régime de Vichy en Afrique, et les forces américaines, et donnent aux États-Unis des droits importants dans les territoires de l'Afrique française.

Instauration d’un Haut-commissariat en Afrique et d’un Conseil Impérial Invoquant l’acte constitutionnel quater qui le faisait successeur du maréchal, Darlan s'était proclamé « Haut Commissaire de France en Afrique », « au nom du Maréchal empêché » dès le , bien qu'étant désavoué par Vichy. Il prend comme Haut-Commissaire adjoint le général Bergeret, ancien ministre de l'Air de Pétain. Le , il avait nommé des « secrétaires » (ministres), dont deux résistants d’extrême droite et un banquier accommodant : Jean Rigault à l’Intérieur, Lemaigre Dubreuil aux relations avec les Américains, et Pose aux Finances.

Un peu plus tard, Darlan recrute, croyant ainsi se l’attacher, Henri d'Astier de La Vigerie, assisté de l’abbé Cordier, comme Secrétaire-adjoint à l'Intérieur, chef de la police. Il complète enfin son Haut-Commissariat par un « Conseil Impérial », comprenant, outre lui-même, Bergeret et Giraud, ainsi que les différents proconsuls, Noguès pour le Maroc, Châtel pour l’Algérie et, deux jours plus tard, Boisson pour l’A.O.F.

L'exercice du pouvoir par Darlan Darlan était à l'origine, à la différence de Weygand, un officier républicain doué d'un certain sens de l'adaptation qui lui avait permis d'être socialiste avec Blum et partisan de la Révolution nationale avec Pétain. Comme c'est en tant que successeur de ce dernier qu'il s'impose à Alger, il demeure dans la droite ligne de la Révolution nationale en maintenant un « vichysme sous protectorat américain », incluant les lois d'inspiration hitlérienne sur l'exclusion des Juifs, la répression des sociétés secrètes et la dissolution des partis politiques, etc., ainsi que les camps de concentration vichystes. Darlan, arguant de la situation militaire en Tunisie, ne se livre à aucune réforme politique : il refuse de revenir sur l'abolition du décret Crémieux et oppose le même immobilisme aux demandes de Ferhat Abbas quant à l'émancipation des musulmans. C'est au nom du Maréchal qu'il prend ses décisions en employant la formule « Nous, amiral de la flotte, haut-commissaire de France résident en Afrique agissant au nom du Maréchal ». Le maintien de l'esprit de la Révolution nationale ne pose guère de problèmes pour la population française d'Afrique du Nord qui lui est largement favorable « Pour bien des Français d'Afrique du Nord, dira Jacques Soustelle, si la Révolution nationale n'avait pas existé, il eût fallu l'inventer ».