Spilogale gracilis, la Moufette gracile, plus connue sous le nom de Moufette tachetée occidentale, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Méphitidés. Ce petit Méphitiné du genre Spilogale vit dans l'Ouest de l'Amérique du Nord, contrairement au Putois rayé (Spilogale putorius), qui occupe l'est du continent.
Caractérisé par une silhouette plus fine que ce dernier et par un pelage noir arborant un motif complexe de rayures et de taches blanches, cet animal se distingue également par un mode de vie essentiellement nocturne et une stratégie de reproduction unique impliquant une diapause embryonnaire prolongée. Son aire de répartition s'étend du sud-ouest du Canada jusqu'au nord du Mexique, en passant par l'ensemble des États de l'Ouest américain, où il occupe des habitats variés allant des forêts mixtes aux zones broussailleuses et rocheuses.
Dénominations Nom scientifique valide : Spilogale gracilis C. H. Merriam, 1890 selon ; Nom normalisé anglais : Western Spotted Skunk ; Noms typiques en français : Noms vulgaires : Moufette gracile, Moufette tachetée occidentale ; Noms vernaculaires : Zorille, Spilogale, Moufette (ou Mouffette).
Taxonomie vignette|gauche|Illustration de la Moufette tachetée occidentale (Spilogale phenax) dans l’ouvrage California mammals, 1906. La moufette tachetée occidentale a été décrite officiellement en 1890 par Clinton Hart Merriam. En réalité ce furent cinq spécimens qui furent étudiés dans la même année. Certains sont devenus des synonymes, comme Spilogale saxatilis, d’autres sont devenus des sous espèces, comme c’est le cas de Spilogale lucasana, voire des espèces à part entière, c’est le cas de Spilogale leucoparia.
Toutefois, certaines sources indiquent que le zoologiste allemand Martin Lichtenstein aurait décrit l’espèce dès 1837 sous le nom de Mephitis Zorrilla, reliant l’animal au zorille présenté par Buffon dans son Histoire naturelle.
Un débat a longtemps subsisté pour déterminer si la moufette tachetée occidentale n'était qu'une population ou sous-espèce de la Moufette tachetée orientale (S. putorius). Cependant, la découverte de sa stratégie de reproduction unique basée sur la diapause embryonnaire différée, ainsi que des divergences morphologiques et moléculaires évidentes, ont définitivement validé son statut d'espèce distincte .
Sous-espèces Sous-espèces passées Sept sous-espèces géographiques étaient traditionnellement recensées par :
Sous-espèces actuelles Cependant, une étude phylogénomique majeure publiée en 2021 par McDonough et al. a profondément restreint ce taxon. L'ancienne sous-espèce Spilogale leucoparia a été élevée au rang d'espèce de plein droit, car identifiée comme le groupe frère de la Moufette tachetée méridionale (Spilogale angustifrons). Désormais, seules quatre sous-espèces de la moufette tachetée occidentale sont officiellement valides et reconnues : +Liste des sous-espèces actuelles selon l’étude de McDonough et al. (2021) :Sous-espèce, nom et auteur Description SynonymesSpilogale gracilis gracilisMerriam, 1890Sous-espèce nominale.Spilogale gracilis amphialusDickey, 1929Endémique des îles Anglo-Normandes de Californie.Spilogale gracilis lucasanaMerriam, 1890Originaire de Basse-Californie du Sud.Spilogale lucasana Merriam, 1890Spilogale gracilis martirensisElliot, 1903Originaire de l'État de Basse-Californie.
Phylogénie Le genre Spilogale forme dans son ensemble le groupe frère du genre des moufettes proprement dites (Mephitis), également répandu en Amérique du Nord et centrale. Le genre des conépates (Conepatus), davantage centré sur l'Amérique du Sud, occupe une position adjacente.
La moufette tachetée naine (Spilogale pygmaea) occupe une position basale par rapport à toutes les autres espèces du genre, s'en étant séparée il y a environ 5 millions d'années. Les autres espèces se répartissent en deux clades (un clade oriental et un clade occidental) qui ont divergé il y a 1,5 million d'années. Ces deux lignées se sont ensuite diversifiées il y a 660 000 à 350 000 ans, en lien étroit avec les cycles des glaciations du Pléistocène. Le clade occidental comprend la Moufette tachetée occidentale (S. gracilis), la Moufette tachetée méridionale (S. angustifrons), S. leucoparia, et la lignée de Sonora (clade de Sonora).
Cladogramme Phylogénie des Méphitinés basée sur le superarbre de Nyakatura & Bininda-Emonds (2012), modifié au niveau du genre Conepatus pour positionner la Moufette de Humboldt sur une branche adjacente au Chingue, conformément aux affinités génétiques discutées par Schiaffini et al. (2013), ainsi que l’étude de M. McDonough et al. (2021) :
Description vignette|Squelette de Spilogale gracilis. Avec une longueur totale comprise entre , la moufette tachetée occidentale est plus petite et généralement plus svelte que la Moufette rayée (Mephitis mephitis). Les mâles, qui mesurent en moyenne (longueur tête-corps) pour un poids allant de (environ en moyenne), sont nettement plus lourds et grands que les femelles, qui mesurent environ pour un poids affiché entre (environ en moyenne). Chez les deux sexes, la queue ajoute entre (environ en moyenne) à la longueur totale. vignette|Spilogale gracilis amphiala sur les îles de Santa Barbara.L'adulte présente un pelage contrasté, rayé de noir et de blanc crème, avec un ventre presque entièrement blanc. On distingue trois rayures longitudinales de chaque côté de la partie antérieure du corps et trois rayures verticales sur l'arrière-train. Une paire de rayures longitudinales s'étend de chaque côté de la colonne vertébrale, tandis qu'une deuxième paire passe sur les épaules et se prolonge vers l'avant sur la face. La troisième paire, située plus bas sur les épaules, s'incurve vers le bas au milieu du corps pour former la première paire de rayures verticales. Derrière celle-ci, une deuxième paire de rayures verticales remonte des genoux jusqu'à la croupe, tandis que les dernières rayures se résument souvent à de simples taches. Dans certains cas particuliers, les zones de pelage normalement noires peuvent arborer des nuances de rouge ou de brun, tandis que les zones habituellement blanches peuvent tirer sur le gris ou le jaune, sans que les causes de ces variations de couleur ne soient encore clairement établies .
Ses oreilles sont courtes et arrondies, et sa face est marquée d'une tache blanche entre les yeux ainsi que d'une marque blanche sous chaque oreille. L'animal possède une queue particulièrement grande et fournie, dont les poils sont majoritairement noirs, mais l'extrémité, et parfois la face supérieure, se terminent par un toupet blanc. Les griffes des pattes antérieures sont plus longues et plus courbées que celles des pattes postérieures. Les motifs uniques de taches et de rayures blanches et noires de la moufette tachetée occidentale, combinés à sa petite taille, permettent de la distinguer facilement de la moufette rayée .
À l'instar des espèces apparentées, la moufette tachetée occidentale possède une paire de grandes glandes anales à musc qui débouchent juste à l'intérieur de l'anus et dont elle peut projeter le contenu par action musculaire. Son musc est similaire à celui de la moufette rayée, mais il contient du 2-phényléthanethiol comme composant supplémentaire et est dépourvu de certains des composés produits par cette dernière. Ces différences conféreraient au musc de la moufette tachetée occidentale une odeur plus piquante, bien qu'elle se dissipe moins loin que celle de la moufette rayée.
Écologie et comportement gauche|vignette|Une moufette gracile sur un rocher.
Habitat et répartition La moufette tachetée occidentale se rencontre dans tout l'Ouest des États-Unis (du détroit de Washington jusqu'au Wyoming, Colorado, Utah et Nevada), dans le Nord du Mexique (notamment la péninsule de Basse-Californie) et dans le Sud-Ouest de la Colombie-Britannique au Canada. Son habitat se compose de forêts mixtes ou claires, de zones ouvertes, de la prairie, de zones rocheuses parsemées de buissons et de terres agricoles. Ses zones d'occupation préférentielles varient considérablement selon les ressources disponibles localement. Dans des régions comme l'Idaho et le Washington, elle privilégie les zones riveraines dotées de bosquets denses pour se cacher et chercher sa nourriture. À l'inverse, les populations vivant dans l'Est de l'Oregon ou le Nord du Mexique se trouvent souvent à proximité des falaises et des canyons .
Mode de vie et alimentation La moufette tachetée occidentale est un omnivore nocturne. En dehors de la saison des amours, chaque individu vit généralement en solitaire. Avant l'hiver, elle cherche à accumuler des réserves de graisse. Bien qu'elle n'entre pas dans une véritable hibernation et préfère dormir pendant plusieurs semaines au cours de la saison froide, les femelles peuvent s'associer durant cette période dans des terriers communautaires regroupant parfois jusqu'à 20 individus. Les mâles restent strictement solitaires durant l'hiver .
Elle se nourrit de petits Mammifères (tels que des souris, des campagnols, d'autres rongeurs et des lapereaux), d'Oiseaux et de leurs œufs, d'Insectes (les coléoptères, les criquets et les chenilles étant les plus fréquents), de Scorpions, de racines, de grains, de fruits et de baies . Des cas de prédation sur des proies aussi grosses que l’Océanite cendré ont également été documentés. Elle consomme aussi des œufs et des charognes. Dans le Sud-Ouest, il a même été rapporté qu'elles consommaient régulièrement des scorpions . Les populations humaines vivant à proximité de ces animaux bénéficient souvent d'une réduction des populations de nuisibles.
La moufette tachetée occidentale a parfois recours au kleptoparasitisme pour obtenir de la nourriture et est capable de faire fuir des prédateurs bien plus grands qu'elle pour s'emparer de leurs proies. Des moufettes tachetées ont ainsi chassé des renards gris pesant huit fois leur poids à une distance de de leur butin. Un cas documenté fait même état d'une moufette tachetée ayant mis en fuite un cougar femelle pesant 99 fois son poids, ce dernier n'étant revenu sur sa proie qu'une fois que la moufette avait fini de se nourrir. L'Aigle royal compte parmi ses rares prédateurs naturels.
Comportement de défense Lorsqu'elle est menacée, la moufette tachetée occidentale adopte un comportement d'intimidation : elle frappe le sol avec ses pattes antérieures avant de dresser l'arrière de son corps verticalement pour exhiber sa coloration d'avertissement. Bien qu'elle soit capable de projeter son liquide d'un jet de liquide odorant en se tenant en équilibre sur ses pattes avant, elle le fait plus fréquemment en gardant ses quatre pattes au sol, en courbant son corps de manière à ce que sa tête et sa queue fassent simultanément face à l'agresseur.
Reproduction La moufette tachetée occidentale atteint généralement sa maturité sexuelle plus rapidement que les autres espèces de Méphitinés, les jeunes femelles étant matures après environ quatre à cinq mois. L'accouplement a lieu en septembre lorsque les femelles entrent en chaleur, bien que les deux sexes restent fertiles pendant plusieurs mois si la reproduction n'a pas fonctionné au début de la saison .
Après la fertilisation, l'ovule fécondé (embryon) se développe jusqu'au stade de blastocyste, mais entre ensuite en diapause embryonnaire pendant 180 à 200 jours avant de s'implanter dans la paroi utérine vers le mois d'avril. En incluant cette période d'implantation différée, la gestation globale dure de 210 à 250 jours, pour donner naissance en mai (à la fin du printemps, à une portée de deux à cinq petits . À la naissance, les petits sont aveugles, presque nus et pèsent environ . Lors de leurs premières sorties à l'extérieur, les jeunes suivent souvent leur mère en se déplaçant en file indienne. La longévité de la moufette tachetée occidentale peut atteindre près de dix ans en captivité.
La moufette gracile et l’Homme