Margaret Alice Murray (Calcutta, Inde, - ) est une anthropologue et égyptologue britannique.

Elle était bien connue dans les cercles d'universitaires pour ses contributions savantes à l'égyptologie et à l'étude du folklore qui a mené à la théorie paneuropéaniste, la religion païenne préchrétienne fondée autour du dieu cornu. Ses idées sont reconnues pour avoir sensiblement influencé l'apparition des religions néopaganistes de la Wicca et du reconstructionisme. Cependant, la réputation d'érudite dans le domaine de la sorcellerie de Margaret Murray a été critiquée par la plupart des historiens en raison de sa tendance prononcée à manipuler ou à interpréter subjectivement l'évidence, pour se conformer à la théorie.

Biographie Margaret Murray est née à Calcutta, en Inde le . Après une enfance en Inde, et malgré l'opposition de sa famille, elle suit des études de linguistique et d'anthropologie à l'University College de LondresJames, .. Elle accompagne ensuite l'archéologue Flinders Petrie dans ses campagnes de fouille en Palestine et en Égypte à la fin des années 1890. À son retour, elle obtient un poste de lectrice à l'University College. Elle mène également des tâches de catalogage dans des musées de Dublin, Édimbourg et Manchester, ainsi qu'à l'Ashmolean Museum d'Oxford.

Murray est la première femme égyptologue employée au musée de Manchester. En 1908, elle entreprend l'ouverture de la « tombe des deux frères », une sépulture non royale du Moyen Empire fouillée en Égypte par Flinders Petrie. Cette expérience est considérée comme la première étude interdisciplinaire des momies et c'est ce qui a déclenché les ouvertures suivantes, comme celles effectuées par le professeur Rosalie David dans les années 1970.

Son travail et son association avec Flinders Petrie l'aide à obtenir une place à l'University College de Londres en tant que maître de conférences. Le texte le plus connu et le plus controversé de Murray, (Le culte des sorciers en Europe occidentale) est édité en 1921. Trois ans plus tard, en 1924, elle devient professeur assistant d'égyptologie à l'University College de Londres, un poste qu'elle occupe jusqu'à sa retraite en 1935. En 1926, elle devient membre de l'institut britannique d'anthropologie. Murray est devenue présidente de la en 1953. Dix ans après, âgée de 100 ans, Margaret Murray publie son dernier ouvrage, une autobiographie intitulée (Mes cent premières années) (1963). Elle est morte de mort naturelle un peu plus tard dans l'année.

J'ai rencontré Margaret Murray cette année, en 1963. C'était une femme résolument forte, même si elle était alitée. En l'espace de quelques mois elle m'a transmis un amour pour l'égyptologie qui s'est avéré être une passion de toute une vie.

Les théories de Murray en matière de sorcellerie

La renommée de Marguerite Murray lui vient de la publication de son ouvrage The Witch-Cult in Western Europe en 1921, pendant une période où elle ne pouvait pas effectuer de travaux en Égypte. Elle y présente les principaux éléments de sa thèse affirmant qu'une résistance païenne souterraine opposée à l'église chrétienne a existé en Europe. Le livre fait d'abord l'objet de comptes-rendus assez défavorables, puis connaît une grande popularité : Margaret Murray se voit confier en 1929 la rédaction de l'article « Witchcraft » de l'Encyclopædia Britannica, qui sera republié tel quel jusqu'en 1969Simpson, .. Ainsi exposées au grand public, ses thèses exercent une influence considérable sur un grand nombre d'écrivains, de journalistes et de cinéastes, parmi lesquels Aldous Huxley et Robert Graves. Sa description des rituels de sorcellerie inspire directement Gerald Gardner, fondateur de la Wicca.

Dans son ouvrage, Murray soutient que des païens, réunis en covens de treize personnes, vouaient un culte à un dieu masculin et que ces croyances païennes, datant du néolithique, s'accompagnaient de sacrifices humains secrets jusqu'à ce qu'ils soient découverts lors de la chasse aux sorcières en 1450. Pour elle, les descriptions de sabbat effectuée au cours des procès de sorcellerie sont des retranscriptions de rituels d'un culte organisé, lui-même lié à cette religion préchrétienne de la fertilité qui aurait survécu partout en Europe.

En dépit de leur nature sanglante, les cultes décrits par Murray étaient intéressants du point de vue de l'importance de la liberté de la femme, de la sexualité accomplie et de la résistance à l'oppression de l'Église. La popularité des idées de Murray peuvent être attribuées à l'image d'une Angleterre rurale profonde et romantique, opposée au modernisme et aux horreurs de la Première Guerre mondiale.

Critique des théories de Murray Les théories de Murray ont souvent été critiquées par des historiens spécialisés dans la sorcellerie comme C. L'Estrange Ewen (auteur de Witch Hunting and Witch Trails, 1929) qui les a qualifiées de bêtises « insipides ». Cette réception critique des travaux de Murray a souvent entaché l'accueil de ses livres. On convient généralement que les idées de Murray, bien que justes, étaient le résultat de fausses interprétations et d'information exagérées, prises auprès de sources non confirmées.

Elle est également accusée de manipuler ses sources textuelles pour écarter tout élément gênant, comme les aveux de vol nocturne pour se rendre au sabbat ou les transformations en animaux. Des ouvrages comme Europe's Inner Demons (Les démons de l'Europe) de Norman Cohn (1973) ou A Razor for a Goat d'Elliot Rose (1962) constituent des critiques systématiques des œuvres de Margaret Murray. L'historien italien Carlo Ginzburg, dont les Batailles nocturnes (1980) semblent accréditer la thèse d'une religion liée à la fertilité, explicite ensuite son opposition aux thèses de Murray dans Le Sabbat des sorcières (1989) : il lui reproche de confondre des aveux et des faits ainsi que des manipulations textuelles. Il déclare ainsi que « presque tous les historiens de la sorcellerie sont aujourd'hui d'accord pour juger que les livres de Margaret Murray (comme l'ont fait les premiers auteurs de comptes-rendus) sont des travaux d'amateurs, absurdes et dépourvus de toute valeur scientifiqueLe Sabbat des sorcières, Gallimard, 1992, . ».

D'autres historiens et spécialistes de renom tels Ronald Hutton, G. L. Kittredge ou Keith Thomas ont également rejeté les thèses de Murray. À ce propos, Jeffrey Burton Russell (auteur de History of Witchcraft: Sorcerers, Heretics, and Pagans, 2005) observe : Les connaissances modernes rejettent la thèse de Murray et toutes ses variantes. Les érudits sont allés trop loin dans la thèse de Murray, bien que beaucoup de fragments de religion païenne apparaissent dans la sorcellerie médiévale. Mais les faits prouvent que la thèse de Murray est insoutenable. L'argument sur le vestige d'un quelconque culte de la fertilité de l'Antiquité jusqu'au Moyen Âge est truffé d'erreurs.

Les idées originales de Murray ont été fortement influencées par les travaux de l'anthropologue James George Frazer qui, dans Le Rameau d'or, a détaillé sa thèse d'une croyance mondiale à un roi sacré qui a été sacrifié. Les idées de James Frazer ont toutefois été contestées par les anthropologues contemporains qui jugent ses recherches réductionnistes et manquant de rigueur scientifique.

Les sources de Murray étaient en général limitées : Quelques travaux bien connus auprès des démonologistes continentaux, quelques tracts imprimés en Angleterre et un certain nombre de documents sur les sorcières écossaises. La majorité de ses ouvrages n'ont pas été publiés et ont été complètement ignorés.

Un exemple de la méthodologie contestable de Murray se trouve dans son concept de covens de treize membres : elle a uniquement travaillé sur un ouvrage écossais parmi les milliers de textes existants sur les sorcières, et en recherchant d'autres covens de treize membres, elle a exclu ou ajouté des individus jusqu'à ce que le total de treize personnes soit atteint pour n'importe quel coven étudié. Par exemple, dans le cas des sorcières d'Aberdeen de 1597, vingt-quatre ont été brûlées pour sorcellerie et sept autres ont été bannies. Murray a énuméré seulement vingt-six des accusées pour arriver à deux covens de treize personnes. Des quatorze personnes accusées de sorcellerie à St Osyth, deux ont été pendues. Murray n'en a cité que treize pour confirmer sa théorieAnnexe du culte sorcier.

Murray a également caché des sources pour confirmer ses théories. Elle rendait ses travaux accessibles à tous en simplifiant ses descriptions, mais omettait des éléments surprenants : elle n'a pas parlé des cas où les sorcières supposées ont dit qu'elles s'envolaient pour se rendre aux réunions, ou qu'elles se transformaient en animaux, ni rapporté des apparitions et des disparitions soudaines du diable. Selon Kitteredge et d'autres historiens, le sabbat est à peine mentionné dans les ouvrages de sorcellerie en Angleterre, pourtant Murray l'a considéré comme universel. De plus, Murray a postulé l'existence d'un mouvement souterrain de résistance à l'Église médiévale, mais certains pensent que cela semble peu probable, car l'hégémonie politique de l'Église était bien trop grande. La vision de l'Église était tellement établie qu'il n'y avait pas de place pour d'autres idées, ainsi, on a considéré que Murray avait un parti pris. L'histoire de la période médiévale montre que les plus petites sectes hérétiques ont été trouvées et éliminées. De la sorte, l'idée que le culte clandestin européen proposé par Murray ait pu demeurer secret jusqu'au milieu du semble peu probable.

Encore plus douteux, Murray pensait que les témoignages de procès de sorcières, souvent recueillis sous la torture ou la menace de la torture, étaient précis, car leur unanimité prouvait la validité du système de croyance qu'elle proposait. Cependant, les inquisiteurs ont très probablement posé des questions insidieuses et fermées jusqu'à ce qu'ils aient obtenu les réponses qu'ils voulaient, de manière qu'ils puissent exécuter ou condamner les accusés. Le système logique qu'elle a trouvé était en partie semblable à celui de la sorcellerie satanique définie dans des livres comme Malleus Maleficarum, qui insistent sur le fait que les sorcières ont procédé à des sacrifices humains et des orgies sexuelles, accusations avec lesquelles Murray était partiellement d'accord. Dans les livres anglais, elle a privilégié en particulier des textes comme ceux de Matthew Hopkins où les témoignages ont été recueillis de manière douteuse et ont été ensuite déformés.

Malgré ces nombreuses critiques, il subsiste des partisans des théories de Murray qui voient chez ses détracteurs une réticence à accepter les thèses de l'auteur parce qu'elles étaient trop novatrices et, par là, sujettes à controverses comme les thèses nouvelles relatives à Jeanne d'Arc. Parallèlement, ils ne manquent pas d'insister sur le fait que Murray a été une réelle pionnière, l'une des premières à investir un domaine d'études où les femmes ont depuis fait leurs preuves.

Ses derniers écrits

Les derniers livres de Murray ont été écrits pour un plus grand public et dans un genre plus imaginatif et divertissant que les travaux universitaires habituels. Le Dieu des sorcières, écrit en 1931, prétendait que le culte sorcier vénérait un dieu à cornes dont les origines remontaient à la préhistoire. Il a été prouvé depuis que les sorcières adoraient un dieu semblable à Satan, tout comme le disait Murray. Ainsi, selon Murray, les témoignages sur Satan illustraient en fait des rassemblements païens avec leur prêtre portant un casque à cornes pour représenter leur dieu cornu. Il n'est pas étonnant alors, que le culte sorcier de Murray ne se concentrait pas sur une déesse, à la différence de la Wicca moderne. Murray s'est aussi penchée sur le meurtre de l'archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket, prétendant prouver qu'il était aussi un païen :