La prison Sainte-Pélagie est une ancienne maison de détention parisienne, détruite en 1899.
Situation Elle se situait au niveau de l'actuel groupe d'immeubles de la rue de la Clef, au carrefour de la rue du Puits-de-l'ErmiteDictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments de Félix et Louis Lazare, éditions Maisonneuve & Larose, 1855, . dans le de Paris. L'entrée de la prison se trouvait à la hauteur de l'actuelle place du Puits-de-l'Ermite.
Histoire de la prison vignette| La Chapelle de Sainte-Pélagie (vers 1875-1895) par Auguste Hippolyte Collard, seul bâtiment du couvent laissé intact après 1790. vignette|L'une des cours intérieures de la prison photographiée par Nadar entre 1875 et 1895.
Communauté religieuse de Sainte-Pélagie
Le nom de Sainte Pélagie lui fut donné parce que cette sainte fut comédienne de la ville d'Antioche et devint illustre par sa pénitence et par son martyre.
Créée par la « Fondation des filles repenties » en 1662, elle fut établie rue du Puits-de-l'Ermite, à Paris (dans l'actuel ), en 1665« Sainte-Pélagie », in: Alboize de Pujol & Auguste Maquet, Les prisons de l'Europe, tome 4, Paris, 1844-1845, et suiv..
Elle s’est d’abord appelée « le Refuge ». Elle est conçue, en réaction aux mauvais traitements qui étaient infligés aux pensionnaires de la Salpêtrière, par Madame de Miramion suivant alors les préceptes de Vincent de Paul.
Destinée aux « filles repenties », elle devint vite un lieu d'internement pour .
Prison Sainte-Pélagie
Avec le décret du , l'Assemblée nationale abolit les couvents. Sainte-Pélagie se vide durant près de deux années. Le , les premiers condamnés pour dettes y sont enfermés. Il n'y eut aucune exécution capitale dans les murs de cette prison durant la période révolutionnaire.
Prison réservée aux hommes, elle recevra en une première femme en la personne de Manon Roland, épouse de l’ancien ministre et idole des Girondins, qui dira : « Moi la seule femme dans cette geôle ! Quelle horreur et quel honneur ». Elle est suivie en septembre par Madame du Barry. Bientôt, la Commune de Paris la remplit de prisonniers politiques.
En , elle retrouve sa fonction initiale, accueillant uniquement des personnes condamnées pour insolvabilité.
En 1811, elle devient une prison départementale.
On assiste à l'emprisonnement fréquent de chansonniers parisiens, ceux-ci finissent par créer dans leur cellule la goguette des Biberons qui publie en 1825 un volume : La Marotte de Sainte-Pélagie qui connaît deux éditionsLettre d'introduction d'Auguste Giraud, Président de la Société du Caveau Le Caveau, Société lyrique et littéraire, Table générale des chansons et poésies diverses, publiées en 26 volumes, par la Société du Caveau, de 1834 à 1860, ….
Prison réservée aux « affaires de mœurs », « prison pour dettes », Sainte-Pélagie sera « promue » et dévolue aux détenus politiques à partir du mois de . Les prisonniers pour dettes quant à eux sont transférés en à la prison de Clichy.
La mortalité annuelle moyenne de 1815 à 1818 est d'un détenu sur 24,48.
Émile de La Bédollière précise en 1860 dans son Dictionnaire des besoins usuels dans Paris que l'adresse officielle de la prison Sainte-Pélagie est 14, rue du Puits-de-l'Ermite. Comme pour les 11 autres prisons parisiennes :
Le dimanche , une révolte, appuyée par plusieurs sections de la Société des amis du peuple éclate parmi les détenus ; elle fera un mort, le typographe Jacobeus. vignette|Assassinat de Gustave Chaudey à la prison de Sainte-Pélagie en mars 1871, photomontage d'Eugène Appert issu de la série les Crimes de la Commune. Les années suivantes, la Société des droits de l'homme, naguère secrète, se consacre alors, suivant ses convictions, à entretenir l’agitation républicaine contre la monarchie de Juillet. Ses têtes pensantes : François Arago et Étienne Arago, Louis Blanc, Victor Schœlcher, Alexandre Ledru-Rollin, Auguste Blanqui et Godefroy Cavaignac, organisent la nuit d'émeutes du , pendant laquelle tous les habitants d'une maison de la rue Transnonain, d'où était parti un coup de feu, furent massacrés par l'armée. Cet événement inspira le « massacre de la rue Transnonain », célèbre dessin d'Honoré Daumier. Le , 164 « conjurés » sont arrêtés et transférés à Sainte-Pélagie, sans aucun jugement. Barbès et Cavaignac organiseront de l'intérieur même de la prison, le , « la grande évasion » en sortant avec 26 autres des 164 « conjurés » de cette prison parisienne réputée « infranchissable ».
L'édifice, devenu insalubre, sera finalement démoli entre et La Croix, 15 février 1900.. Voici ce qu'en disait à sa seconde incarcération Évariste Galois :
Liste de prisonniers célèbres
Sont ci-dessous détaillés quelques-uns des plus illustres personnages ayant été mis en prison à Sainte-Pélagie : des royalistes puis des révolutionnaires et enfin des républicains (dont beaucoup d'anarchistes) ; des médecins, des peintres, des écrivains, des hommes politiques, des scientifiques, des officiers, des pamphlétaires… une bonne partie de l'intelligentsia française. « Que du beau linge ! » aurait dit Madame Sans-Gêne. On pourrait encore citer Dumas : « Effectivement, Sainte-Pélagie, finit par ressembler, en mieux, à un quelconque Bottin mondain ».
A Louis-Rémy Aubert-Roche (1810-1874), médecin spécialiste de la peste. Dans 3 intéressantes lettres relatives aux troubles qui suivirent l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte, Louis Aubert-Roche écrit de Sainte-Pélagie : « Si vous saviez ce que j’ai vu et appris dans cette prison de Sainte-Pélagie ; que d’horreurs !! » (). Réunion de 3 lettres autographes signées à F. de Montrol, député. Paris (prison de Sainte-Pélagie), 12, 15 et ; 3 pages in-4°, suscription au dos.
François Xavier Audoin (1765-1837), homme politique, écrivain. Influent agent des « Exagérés » au ministère de la Guerre, il est arrêté le 21 floréal an II (), victime de la répression des hébertistes. À Sainte-Pélagie (où il reste en permanence au secret), il écrit un mémoire qui deviendra célèbre : À l'intérieur des maisons d'arrêt. Transféré au Luxembourg puis au Fort de Ham (où sa détention ne sera pas trop sévère, puisqu'il y partage son lit avec son épouse) le 5 prairial an III (), il sera enfin jugé, condamné et amnistié en brumaire an IV (1797).Libre, il se fait journaliste et publiera Le Publiciste Philanthrope. En 1802, avocat au barreau de Paris, il n'aura plus de rôle politique et ne sera d'ailleurs pas inquiété sous la Restauration. Auteur de nombreux ouvrages, on lui doit notamment: Du commerce maritime Paris, Baudouin, an IX (1801) 2 vol. in-8°. Ouvrage important surtout pour la législation de l'armement en course avec détail sur la marine pendant la Révolution. Histoire de l'administration de la guerre, Paris, Didot, 1811, 4 vol. in-8°. Responsabilité des ministres : quelques pensées sur le projet de loi présenté par les ministres de Sa Majesté le , Paris, Brissot-Thivars, 1819, in-8°. L'intérieur des maisons d'arrêt. Paris, 1795, in-8°.
Étienne Arago (1802-1892).
Zo d'Axa (1864-1930). Écrivain, anarchiste, poursuivi à travers toute l'Europe pour ses idées, en , il est finalement arrêté dans le consulat du Royaume-Uni, en principe inviolable, à Jaffa. Enchaîné comme un droit commun, il est embarqué sur le navire La Gironde pour Marseille. En arrivant, Zo d'Axa y passe quelques jours en prison, avant d'être transféré à Paris, où il passe 18 mois à Sainte-Pélagie comme politique, ayant, bien sûr, refusé de signer une demande en grâce. En , libéré, il publie : De Mazas à Jérusalem qu'il a écrit en prison. Succès, critiques unanimes, on s'incline devant la valeur et la personnalité de l'homme et de l'œuvre. Jules Renard et Octave Mirbeau, l'encenseront, tout comme Georges Clemenceau qui dira de lui : « D'Axa, cet anarchiste hors de l'anarchie ».
B Jeanne Bécu, comtesse du Barry (1743-1793), fut emprisonnée à Sainte-Pélagie le . Elle s'y trouva en compagnie de Madame Roland, des épouses des Girondins telles Mmes Brissot et Pétion ainsi que de nombreuses femmes et jeunes filles de toutes conditions. Comme Madame Roland, elle fut transférée à la Conciergerie peu avant son supplice.
Pierre-Jean de Béranger (1780-1857), chansonnier
Félix Julien Jean Bigot de Préameneu (1747-1825). Ce révolutionnaire modéré, est le fils d'un avocat du Parlement de Bretagne, à Rennes. En 1767, il devient, lui-même, avocat au parlement de Rennes, puis docteur en droit, en 1768. En 1778, il achète une charge de conseiller, juste avant de monter à Paris occuper les fonctions d'agent général des États de Bretagne. Le , élu député de la Seine, il s'installa sans hésiter sur les bancs des modérés, se montrant très actif au Comité Législatif, votant contre la poursuite des prêtres insermentés (), contre les mesures proposées au sujet des émigrés (). Il présida la Législative du 15 au . Le , il fit adopter une mesure visant à interdire la présentation des pétitions par des hommes armés. Enfin, au , il prit la défense de la famille royale. Menacé, il se retire en Bretagne pour se faire oublier. Arrêté le , il fut ramené à Paris et incarcéré à Sainte-Pélagie. La chute de Robespierre le sauva sans doute de la guillotine. Libéré le , il regagna Rennes par épisodes, avant de devenir l'un des 4 rédacteurs du Code civil, puis Ministre de Napoléon, de mourir à Paris et d'y être inhumé.
Auguste Blanqui. En 1861 il est de nouveau arrêté, condamné à quatre ans de prison, et enfermé à Sainte-Pélagie, d’où il s'évade en 1865.
Aimé Picquet du Boisguy (1776-1839), ancien officier chouan, emprisonné pendant les Cent-Jours, pour avoir tenté de partir en Bretagne, participer à la Chouannerie de 1815.
Nicolas de Bonneville (1760-1828). Libelliste, traducteur, imprimeur, fondateur du Cercle social. Arrêté sur ordre du Préfet de police, il était en détention à Sainte-Pélagie en 1804, où il a côtoyé son ami et admirateur Charles Nodier. Poursuivi à plusieurs reprises pour des critiques contre le Premier consul publiées dans son journal Le bien informé et accusé d'être un ennemi du gouvernement, il fut ensuite assigné à résidence dans sa ville natale d'Évreux, sur décision de Fouché.
Aristide Bruant. En 1884, avec À la Villette (prison de Paris (1837-1900) qui servait de dépôt pour les condamnés à mort), il entame toute une série de chansons sur les quartiers de Paris. Il décrit les bonheurs, misères et préoccupations des petites gens, non sans une certaine démagogie, avec une certaine facilité mais, non sans une certaine poésie. À Zévaco qu'il croisa à Sainte-Pélagie en 1890 il dira : « Parler tragique ? Oui, mais sur un fond rigolo ! »
C Armand Carrel, journaliste, incarcéré du au pour ses écrits peu appréciés par les autorités de la monarchie de Juillet.
Godefroy Cavaignac (1800-1845), journaliste républicain. En 1834, la Société des droits de l'homme, naguère secrète, se consacre à entretenir une agitation aussi républicaine que permanente contre la monarchie de Juillet. Ses têtes pensantes, François et Étienne Arago, Louis Blanc, Victor Schœlcher, Ledru-Rollin, Blanqui et Cavaignac, organisent la nuit d'émeutes, du . Le , 164 « conjurés » sont arrêtés et transférés à Sainte-Pélagie, sans aucun jugement. Barbès et Cavaignac organisent de l'intérieur même de la prison, le « la grande évasion » en sortant avec 26 autres des 164 « conjurés » de cette prison parisienne pourtant réputée « infranchissable » par un souterrain reliant la prison à l'hôtel Pourfour du Petit situé sur la rue Lacépède.
Michel Chevalier (1806-1879), homme politique. En 1830, après la révolution de Juillet, il devient un adepte de la doctrine saint-simonienne. et éditeur du journal Le Globe., qui sera interdit en 1832 lorsque la « secte des Simoniens » est décrétée contraire à l'ordre public. En tant qu'éditeur, il est condamné à six mois de prison, qu'il effectue à Sainte-Pélagie.