Justin Mac Carthy-Muskerry, duc de Mountcashel Que l'on trouve sous le nom de « Charles Mac-Carthy comte de Mountcashel » dans Histoire de l'armée et de tous les régiments, depuis les premiers temps de la monarchie française volume 7, page 181 de Louis Susane (Irlande, vers 1638 - Barèges, ), est un général irlandais jacobite qui fut lieutenant général de l’armée catholique de Jacques II d'Angleterre.
Biographie Justin MacCarthy naît en Irlande vers 1638, probablement au château de Blarney, près de Cork, résidence principale de sa famille. Il est le troisième et plus jeune fils de Donagh MacCarthy (1594-1665), vicomte Muskerry (fief de plus de ), et d’Eleanor Butler.
Par sa mère, il appartient à la plus puissante maison anglo-irlandaise, celle des comtes d’Ormonde, et par son père à une branche cadette des Mac Carthy-Mor, princes de Desmond et comtes de Clancarthy (alias de Glencar, 1565). Ces Mac Carthy descendraient d’Aenas (mort en 489) – alias Aonghus - premier roi chrétien de Munster, baptisé à Mount Cashel (sa capitale), par Saint Patrick, au milieu du . Un autre ancêtre fameux est Cormac Mac Carthy (mort en 1138), roi de Munster, bâtisseur de l’église de Cashel, consacrée en 1134.
Vassaux de la couronne d’Angleterre depuis 1172, les Mac Carthy-Mor ont maintenu leur indépendance – par la négociation et au besoin par les armes - jusqu’à la mort de Donal, comte de Clancarthy en 1596. Son successeur, lord Finghin – alias Florence - (1562-1640), « the Mac Carthy-Mor », a participé au grand soulèvement des comtes irlandais contre l’Angleterre, mais sans parvenir à y rallier l’ensemble du clan. Ses deux principaux parents, lord Carbery et lord Muskerry, ont refusé de s’engager dans cette rébellion, finalement matée par le pouvoir central peu avant la mort de la reine Élisabeth (1603).
À l’époque de la naissance de Justin, le prestigieux Florence demeure détenu à Londres ; l’ordre traditionnel irlandais a vécu et les Mac Carthy-Mor ont définitivement perdu l’essentiel de leurs propriétés (confisquées), titres et influence. Les Mac Carthy-Muskerry, au contraire, qui ont su composer avec les Tudor puis les Stuarts, commencent alors à affirmer leur prééminence sur le clan, prenant le relais de la branche aînée.
Le grand-père de Justin, Cormac (alias Charles) Mac Carthy (1564-1640), vicomte Muskerry, élevé à Oxford, demeure dévoué catholique mais sera enterré à l’abbaye de Westminster. Il épouse Margareth O’Brien, fille du comte de Thomond et leurs enfants font eux aussi d’habiles mariages : Donogh avec la sœur de James, comte - puis duc - d’Ormonde, bientôt nommé vice-roi d’Irlande par Charles ; Mary, mariée à Sir Valentine Browne, baronnet de Molahiffe, dont la famille possède une grande partie des terres confisquées aux Mac Carthy-Mor ; sa cadette Eleanor, qui épouse Cormac Mac Carthy-Reagh, lord de Carbery, chef de la plus puissante branche du clan avec celle de Muskerry.
Fils de combattant, accueilli enfant par la France, 1640-1660 Lorsque la guerre civile débute, en 1641, le vicomte Muskerry, père de Justin, est nommé major général et commandant en chef des forces catholiques de la province de Munster, opposées à la fois à la couronne (Ormonde) et aux puritains du parlement. Son adjoint est son beau-frère, lord Carbery, colonel du régiment Mac Carthy-Reagh et chef des clans du Munster. En 1646, catholiques et royalistes s’unissent finalement – trop tard - face à Cromwell, et Muskerry est nommé lord président du Munster.
Retranché dans une place forte Mac Carthy-Mor, sur le lac Killarney, il est le dernier général à déposer les armes face au « lord protecteur », en . Il obtient la vie sauve pour ses quatre mille compagnons et leur transfert sur le continent. Condamné à mort, il est finalement rejugé et exilé, grâce, dit-on, à l’influence de Lady Ormonde ().
Lord Muskerry sert alors en Espagne, ayant reconstitué un régiment de vassaux, puis, à partir de 1656 comme ambassadeur du roi Charles II en France, à Saint-Germain-en-Laye, résidence de la reine Henriette. En récompense de ces services, le monarque en exil restaure le titre de comte de Clancarthy au profit de son ambassadeur (1658).
Restauré sur le trône, Charles II restitue intégralement à lord Clancarthy ses biens confisqués (1661), consacrant ainsi la prééminence des Muskerry sur le clan. Il est vrai que le duc d’Ormonde est alors redevenu vice-roi d’Irlande - emploi qu’il va conserver jusqu’à sa mort, en 1685 – et veille aux intérêts de son beau-frère Clancarthy, puis de ses neveux.
Propriétaire de quelque dans sa vicomté de Muskerry, le nouveau chef du clan y établit un grand nombre de ses vassaux moins heureux que lui. Il obtient également que son beau-frère, lord Carbery - qui a été son adjoint pendant la guerre civile, et a servi comme colonel en Espagne, puis en France jusqu’en 1660 – puisse récupérer une partie des biens qui lui ont été confisqués. Il en sera de même des Mac Carthy-Mor qui, grâce à leur mère, lady Sarah Mac Donnel, sœur du marquis d’Antrim, pourront récupérer une partie de leurs biens en 1663.
Justin, lui, réfugié en France avec sa mère et ses frères vers 1650, continue d’y servir dans l’armée française avec ses cousins Mac Carthy-Reagh. Ses sœurs, Helena, Margaret et Eleanor sont respectivement mariées à William Burke, alias de Burgh, de Clanrikard, à Luc, comte de Fingall et à John Power (ancêtre des actuels comtes de Clancarty). Lui-même épouse vers 1660 lady Arabella Wentworth, fille d’un ami défunt de son père, Thomas, comte de Strafford (mort en 1641), membre du conseil privé de Charles et vice-roi d’Irlande jusqu’en 1640, exécuté par le parlement.
Justin est alors connu à la cour de Louis XIV sous le nom de « Mouskry » (déformation de Muskerry). En son frère aîné, Charles, vicomte Muskerry, colonel, favori et gentilhomme de la chambre du duc d’York - futur James II - est tué par un boulet de canon hollandais lors d’une bataille navale victorieuse. Enterré à l’abbaye de Westminster, il est bientôt suivi dans la tombe par lord Clancarthy, qui meurt à Londres au mois d’août, à l’âge de 70 ans.
Officier catholique, francophile, sans fief irlandais ni faveurs à Londres, 1665-1685 Justin croit un temps qu’il sera appelé à succéder à son père, dont le fils cadet, Callaghan, étant séminariste dans un monastère français. Mais le nouveau comte de Clancarthy renonce à la prêtrise et épouse même une anglicane, lady Elisabeth Fitz Gerald, fille du de Kildare, dont il a bientôt un fils, Donogh (1668).
Justin décide donc de demeurer au service de la France et participe à plusieurs campagnes contre la Hollande. En 1676, il est appointé par Louvois pour commander le régiment d’infanterie du duc de Monmouth (fils illégitime de Charles II) et sert aux Pays-Bas. La même année, son frère aîné Callaghan meurt, au mois de novembre, séparé de sa femme. Le nouveau comte de Clancarthy est encore un enfant, pupille de son grand-oncle le duc d’Ormonde et élevé par une mère anglicane.
En 1678, l’Angleterre ayant pris ses distances avec Louis XIV, Justin est rappelé avec son régiment par Charles II. Il obéit, mais sa francophilie ne lui permet pas de rentrer dans les grâces de son souverain. En 1682, sa belle-sœur, la comtesse de Clancarthy, se remarie à Dublin à Sir William Davys (mort en 1687), éminent magistrat (« lord chief of justice »), avec lequel elle va former (lettre au duc d’Ormonde).
Justin doit attendre pour retrouver faveur à la cour : ayant soustrait son neveu Donogh, comte de Clancarthy, à l’influence maternelle, il parvient à organiser le mariage du jeune lord, à Westminster, avec Elisabeth Spencer, fille du comte de Sunderland, secrétaire d'État.
Soutenu par le duc d’York, Justin est bientôt nommé colonel d’un régiment d’infanterie en Irlande - unité jusque-là commandée par son cousin anglican Ormonde.
« Capitaine » du clan Carthy et recours irlandais de James II, 1685-1689 Justin retrouve Cork, son clan et les terres de sa famille. Il est rejoint dès 1685 par le jeune ménage Clancarthy, qui s’établit au château de Blarney, aux portes de Cork. Justin est chargé secrètement par le duc d’York de créer en Irlande une armée fidèle au futur roi catholique. Il met en place les conditions qui, le jour venu, permettront aux principaux chefs du clan Carthy de lever rapidement - à leurs frais - leurs propres régiments, principalement composés de vassaux. À ses côtés, son neveu, leurs cousins Mac Carthy-Reagh, à Carbery, et Mac Carthy-Mor, dans le Kerry, se préparent à l’action.
Peu après l’avènement de James II, Justin est promu major général (1686). L’année suivante, il est nommé lord lieutenant du stratégique comté de Cork et conseiller privé du roi. Renversé le , par son gendre protestant William d’Orange, James II se réfugie en France. Il fonde désormais ses espoirs sur le soutien militaire de Louis XIV et la fidélité de ses sujets catholiques d’Irlande.
Les Catholiques irlandais ont formé cinquante régiments, rassemblant probablement , dont environ un dixième sont des vassaux du clan Carthy. Le , la belle lady Honora Burke (1675-1698), nièce de Justin, qui n’a pas quinze ans, épouse, sur la terre paternelle de Portumna (comté de Galway), Patrick Sarsfield, de Lucan (comté de Dublin), l’un des jeunes officiers les plus prometteurs de cette nouvelle armée irlandaise.
Justin Mc Carthy-Muskerry est promu lieutenant général et commandant des forces de Munster, où le roi vient le rejoindre, débarquant près de Cork au mois de . Les affaires militaires sont assez bonnes. En Munster, Justin s’est emparé des villes rebelles de Bandon et de Castlemartyr. Des exactions y sont commises mais le général en est blanchi. En Ulster, la situation n’est pas encore maîtrisée, mais le lieutenant général , à la tête d’une troupe régulière de , tient les rebelles protestants en échec, de Charlemont à Coleraine.
James II nomme Tyrconnell – rival de Justin - général en chef, avec Rosen comme adjoint. Justin reçoit la promesse d’un corps d’armée et la charge de maître général de l’artillerie d’Irlande, arme indispensable, dont le parc de canons est très insuffisant. Le roi espère que les amitiés françaises du général lui permettront d’y remédier rapidement. Son neveu, le jeune lord Clancarthy, qui n’a pas vingt-et-un an, est nommé gentilhomme de la chambre du roi (), puis colonel du d’infanterie, rebaptisé Clancarthy.
Une semaine avant l’entrée de James II à Dublin, le général Hamilton a battu les rebelles williamistes d’Ulster à Dromore, et les a chassés vers Coleraine. Les villes de Derry et Enniskillen demeurent les seuls véritables points de résistance williamiste en Irlande. Il faut en priorité faire tomber le puissant port rebelle de Derry.
Au début d'avril, alors que les forces jacobites convergent vers Derry, les chefs williamistes d’Irlande envoient tous des volontaires renforcer la garnison de la ville, qui devient La cité des rebelles. Les défenseurs d’Enniskillen envoient un détachement à Derry. 480 barils de poudre, récemment débarqués de navires anglais, y sont transportés. Coleraine est abandonnée, ainsi que Culmore, dont le gouverneur, le capitaine Murray, rejoint Derry à la tête de . Dès son arrivée, il communique son esprit de résistance aux habitants et se pose en rival de l’indécis gouverneur Lundy – qui correspond secrètement avec Hamilton et Rosen.
Le , James II atteint le camp irlandais à Johnstown, à quatre ou cinq miles de Derry. La réponse des défenseurs de Derry quand le roi se présente sous leurs murs est un tir de canon - qui tue un officier d’état-major – et le cri de No Surrender. Le bombardement de la ville débute le , mais l’artillerie disponible est insuffisante. Laissant le général Hamilton poursuivre le siège de Derry, le roi est retourné à Dublin ouvrir le Parlement.
Chevalier de la Jarretière