La trichinose ou trichinellose est une parasitose tissulaire, cosmopolite, survenant chez l'homme et de nombreux mammifères. Elle est considérée comme .
Elle est transmise par la consommation de viande de gibier (viande de phacochère, chacal ou d'ours notamment, avec par exemple cinq cas en France en 2005Ancelle T & al. (2006) Épidémie de trichinellose à T richinella nativa due à la consommation de viande d’ours, France 2005 , BEH n° 14/2006, 4 avril 2006) ou d'animaux domestiques (cheval ou porc plus rarement de nos jours grâce aux traitements vermifuges et à un élevage mieux contrôlé, avec des risques diminués, sans toutefois être totalement nuls). Le parasite est transmis quand la viande est mangée crue ou insuffisamment cuite, lorsque l'animal a été contaminé par les larves d'un ver rond (nématode) dont on connaît plusieurs espèces, généralement Trichinella spiralis, mais aussi Trichinella pseudospiralis et Trichinella britovi en France.
Historique On savait depuis 1835 que la trichinose était provoquée par un parasite, mais le mécanisme de l'infection était peu clair à l’époque.
Ce n’est qu’une décennie plus tard qu’un scientifique américain, Joseph Leidy put mettre en cause la viande insuffisamment cuite comme étant le vecteur du parasite, et c'est seulement après deux décennies de plus que cette hypothèse fut définitivement admise par la communauté scientifique Contribution de Joseph Leidy à la parasitologie.
Des larves enkystées qui semblent être des trichines ont été trouvées dans les tissus de nombreuses momies égyptiennes (- 3200 ans) ainsi que dans le corps d'Ötzi, chasseur préhistorique dont le corps a été piégé et momifié dans un glacier des Alpes autrichiennes .
Au , lors de la découverte du lien entre la trichinose et le porc mal cuit, on a suggéré que celle-ci était peut-être un des facteurs qui avaient conduit, pour contrer ce parasite, aux interdits religieux halal dans l’islam et casher dans le judaïsme contre la consommation de porc et des autres animaux se nourrissant de déchets. Cette thèse, qui rappelle la théorie controversée exposée vers 1190 par le philosophe juif Maïmonide dans son Guide des égarés, a été contestée avant de finir par tomber en discrédit Marvin Harris, Good to Eat : Riddles of Food and Culture, New York, Simon and Schuster, 1985, , , . afin d'éviter que les progrès des contrôles vétérinaires ne soient invoqués pour remettre en cause l'interdit religieux.
Cycle parasitaire
Les parasites sont ingérés sous forme de larves enkystées d'un nématode présent dans la viande parasitée. L'acide gastrique dissout l’enveloppe ligneuse du kyste et libère les larves qui parcourent le tube digestif, atteignant en un à deux jours l'intestin où elles deviennent adultes et pénètrent dans la muqueuse. La durée de vie des vers dans l'intestin est de quatre semaines. Au bout d'une semaine, après accouplement, les femelles pondent des larves qui traversent la paroi intestinale et gagnent le système lymphatique et le système circulatoire puis le tissu musculaire squelettique où elles s'enkystent. Les larves peuvent pénétrer dans n’importe quelle cellule mais elles ne peuvent survivre que dans les cellules musculaires. Les larves enkystées, détournent à leur profit le métabolisme de la cellule parasitée comme le ferait un virus et peuvent persister plusieurs années dans la cellule hôte qui est bientôt entourée d’un réseau de vaisseaux sanguins fournissant l’apport nutritif supplémentaire.
La charge parasitaire peut être très élevée : par exemple, un échantillon de viande d'ours congelée saisie au Québec en 2005 par les autorités vétérinaires contenait 295 larves de trichine par gramme de viandeLaboratoire d'épidémiosurveillance animale, ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec cité par un BEH de 2006, Ancelle T « Épidémie de trichinellose à Trichinella nativa due à la consommation de viande d’ours, France 2005 » BEH 14/2006, 4 avril 2006, ..
L’ingestion de larves enkystées perpétue le cycle. Les rats et les rongeurs sont les principaux responsables de la persistance de cette parasitose. Les animaux carnivores et omnivores, tels que des porcs (occasionnellement cannibales) ou les ours, s'infestent par consommation de rongeurs ou de viande infestée d'autres animaux. Mais des animaux herbivores tels les chevaux peuvent également s'infester (ex présence de rongeurs broyés dans les aliments fournis)
Différents animaux hôtes sont impliqués dans le cycle parasitaire des diverses espèces de trichine. Les humains sont accidentellement infectés en mangeant de la viande incorrectement traitée de ces animaux carnivores (ou en mangeant de la nourriture contaminée par cette viande).
Symptômes L'infestation par les trichines, adultes ou larves, est asymptomatique chez les animaux, mais peut avoir de graves conséquences chez l'Homme. Les symptômes peuvent être divisés en deux catégories : ceux qui sont provoqués par les vers situés dans l'intestin, et ceux qui sont provoqués par leur dissémination dans d’autres organes.
Les premiers symptômes sont digestifs : douleurs abdominales, nausées, diarrhées, vomissements. La fièvre est élevée. Surviennent ensuite des myalgies (douleurs musculaires), des maux de tête, un œdème du visage et un prurit (démangeaisons).
Des complications sont possibles : atteinte myocardique et encéphalitique. La maladie est parfois mortelle si le nombre de larves ingérées a été très important. Si le nombre de larves ingérées est faible, la trichinose peut se manifester sous la forme d’un banal syndrome grippal dont la cause ne sera pas identifiée ou même demeurer infra-clinique et totalement asymptomatique.
Diagnostic Le diagnostic repose sur les signes cliniques caractéristiques (fièvre, myalgies, œdème de la face) et sur une prise de sang montrant une augmentation des enzymes musculaires (CPK) et des éosinophiles ainsi que la présence d'anticorps dirigés contre le parasite ou sur une biopsie musculaire.
Les examens de selles peuvent révéler des vers adultes, avec des femelles d’environ 3 millimètres de long et des mâles d’environ la moitié de cette taille.
Prévalence De vastes zones géographiques semblent touchées par ces parasitoses et depuis longtemps. Il est possible que le risque de contamination des suidés augmente avec leur démographie accrue, constatée depuis que l'on pratique l'agrainage en forêt et les cultures cynégétiques. En Belgique selon une étude publiée en 2006, une étude sérologique montrait qu'un sanglier sur 20 environ (4,91 % de la population précisément) était porteur du parasite ou avait été en contact avec lui. En France, où un centre de référence national a été désigné, une Enquête épidémiologique a été faite en 1981M Artois ; Enquête épidémiologique sur la trichinose des animaux sauvages en France (1976-1980) ; Bull. Acad. vet. de France, 1981 et des données ont été publiées pour les années 2001-2003 enA. Ancelle et J. Dupouy-Camet, La trichinellose en France 2001-2003. Centre national de référence des Trichinella
Réservoir Homme et animaux (porc, sanglier, cheval (animal non carnivore, est supposé se contaminer accidentellement en mangeant des morceaux de cadavres de petits rongeurs présent dans l'avoine ou l'herbe), rat, renard, ours, mammifères marins comme les morses). Les animaux de régions froides comme les ours polaires, les phoques ou les morses seront touchés par les espèces résistants au froid, T. britovi et surtout T. nativa, qui résiste très longtemps dans les carcasses gelées.
Le Chacal, pouvant être touché et le renard (Vulpes vulpes), consommant des rongeurs, sont suspectés de pouvoir être parasités. Etant déjà étudié pour le suivi de la rage ou de l'échinococcose, le renard a aussi fait l'objet de plusieurs suivis en Europe, dont au Danemark ( spécimens tués à la chasse durant les saisons 1995–1996 et 1997–1998, dans tout le pays hors île de Bornholm HL Enemark, H Bjørn, SA Henriksen « Screening for infection of Trichinella in red fox (Vulpes vulpes) in Denmark » Veterinary Parasitology 2000;88(3-4):229-37.). Dans ce cas, il n'était pratiquement jamais porteur (prévalence quasi nulle de 0,001 pour 6141 échantillons analysés) ; seuls 3 renards touchés ont été trouvés positifs, tous les trois dans la même zone au nord-ouest du pays durant la saison de chasse 1995-1996 et tous les trois avec un taux d'infection , mais la pression de la maladie est très faible au Danemark où les sangliers sont assez rares et où les porcs d'élevages semblent très rarement touchés. Une étude similaire a été faite en Norvège où les animaux sauvages sont plus nombreux. L'enquête a porté sur les parasites de 393 renards roux tués à la chasse d'octobre à -1995 et en 2002-2005. Des larves de Trichinella ont été trouvés sur 19 renards sur 393 (soit une prévalence de 4,8 %, avec Trichinella nativa pour 18 renards et Trichinella britovi pour un renard ; Capillaria boehmi a été trouvé chez 51 % des renards de l'étude ; Capillaria aerophila chez 88 % ; Crenosoma vulpis chez 58 % et Capillaria plica chez 53 % des renards de l'étude, et aucun Angiostrongylus vasorum n'a été détectée. Les renards les plus nombreux à porter des Trichinella venaient surtout de l'est du pays, et étaient plus souvent adultes que jeunes mais avec une différence trop faible pour être statistiquement significative Rebecca K. Davidson, Bjørn Gjerde, Turid Vikøren, Atle Lillehaug et Kjell Handeland « Prevalence of Trichinella larvae and extra-intestinal nematodes in Norwegian red foxes (Vulpes vulpes) » Veterinary Parasitology 2006;136(3-4):307-316 (résumé). Une autre enquête nationale (sur autopsies de 588 renards roux) a été faite au travers de la Grande-Bretagne pour rechercher des Echinococcus sp., Trichinella sp.et Toxoplasma sp.. Echinococcus multilocularis n'a été trouvé chez aucun des renards, E. granulosus a été suspectée chez 6 renards, et Trichinella spp. n'a pu être trouvée dans les muscles d'aucun des 587 renards (intervalle de confiance de plus de 0,60 % ; alors que Toxoplasma sp., Uncinaria stenocephala, ou Toxocara canis ont été souvent trouvés G. C. Smith, B. Gangadharan, Z. Taylor, M. K. Laurenson, H. Bradshaw, G. Hide, J. M. Hughes, A. Dinkel, T. Romig et P. S. Craig « Prevalence of zoonotic important parasites in the red fox (Vulpes vulpes) in Great Britain » Veterinary Parasitology 2003;118(1-2):133-42. Résumé). En Hongrie où seuls quelques cas avaient en 10 ans été détectés chez l'homme, le sanglier ou des porcs d'élevage, 2116 renards roux ont aussi fait l'objet d'une étude (représentant plus de 3 % de la population de renards estimé du pays). La prévalence globale réelle de l'infection par Trichinella chez les renards était de 1,8 % (intervalle de confiance 95 %, IC = 01.05 à 02.01 %), avec 35 renards positifs sur (Trichinella britovi était le plus fréquent avec 30 des 35 cas positifs parmi les renards roux, soit 85,7 % des cas positifs), mais quelques cas de Trichinella spiralis (4 isolats sur 35, uniquement au sud et à l'est du pays) ont été détectés, et Trichinella pseudospiralis dans un seul cas. Géographiquement, la prévalence était plus élevée dans le Nord-Est (bordure de la Slovaquie et de l'Ukraine sur 21 % environ du territoire hongrois) Z. Széll, G. Marucci, E. Bajmóczy, A. Cséplő, E. Pozio et T. Sréter « Spatial distribution of Trichinella britovi, T. pseudospiralis and T. spiralis in red foxes (Vulpes vulpes) in Hungary » Veterinary Parasitology 2008;156(3-4):210-5. ([Résumé]).
Prévalence
Dans le monde : Des épidémies sont encore fréquentes dans le monde et . Les infestations seraient plus fréquentes dans les pays en voie de développement où les porcs sont généralement nourris avec des déchets.
En Amérique du Nord : Les quelques cas signalés aux États-Unis d'Amérique sont souvent dus à une consommation de viande de porc (souvent issu d'élevage domestique) ou sanglier mal cuite.