vignette|redresse|200px|Page titre de la partition du Stabat Mater. Souvenir de l'interprétation du à Worcester, avec les signatures d'Antonín Dvořák et des membres de l'orchestre Le Stabat Mater (opus 58, B.71) est une œuvre pour soli, chœur et orchestre du compositeur tchèque Antonín Dvořák.

Genèse Alors qu'il est encore peu connu en dehors de son pays d'origine, le Stabat Mater va contribuer à faire connaître l'auteur sur la scène mondiale. L'œuvre est dédiée à František Hušpauer, un ami d'enfance du musicien. Elle est sa première œuvre sacrée (à part une messe de jeunesse qu'il a détruite et une autre qui a été perdue)Steinberg M, Choral Masterworks: a listener guide, p 113-118, Oxford University press et est intimement liée à la tragédie familiale qui frappe Dvořák. Le , sa fille nouveau-née Josefa meurt. En réaction à ce deuil, Dvořák compose une première version de l'œuvre entre le et le <ref>Srnka Miroslav Notice du CD Accentus chez Naïve Records</ref>. Cette version est confiée à quatre solistes, un chœur et un piano. Dvořák met l'œuvre de côté sans aborder l'orchestration.

Dvořák perd ses deux autres enfants à quelques semaines d'intervalle, sa fille Růžena le et son fils ainé Otakar le . C'est alors qu'il reprend le manuscrit abandonné l'année précédente. Il rajoute trois mouvements (les numéros 5, 6 et 7) et orchestre l'ensemble de l'œuvre entre octobre et le .

Le compositeur suit dans l'ensemble la version liturgique du Missel romain, mais s'en éloigne de temps en temps vers la fin pour suivre celle de la séquence du de Jacopo da Todi, qui traduisent plus spécifiquement sa propre douleur, suivant en cela une pratique fréquente au Recueil de cantiques spirituels, avec les airs notés: à l'usage des petits séminaires ; Avignon, 1843. : Dans le premier vers de la strophe 13, au lieu de la version liturgique ("Fac me tecum pie flere"), Dvořák prie non pas "pleurer pieusement avec toi", parce que ses pleurs sont bien réels et n'ont rien à voir avec de la piété ; mais pour que cette douleur soit véritablement associée à celle de la Vierge ("Fac me vere tecum flere,"). Dans la fin de la strophe 17, Dvorak s'éloigne du texte liturgique ("Fac me cruce inebriari Et cruore Filii") en parlant de "cette croix" (au lieu de "de la croix") et de "l'amour du fils" (au lieu du "sang de votre fils"), signature personnelle qui fait le parallèle entre la douleur de la Vierge et la sienne propre face à la mort de son enfant : "Cruce hac inebriari Ob amorem filii". Il continue sa prière personnelle dans la strophe 18, en se disant dans le premier vers "brûlant et dévoré de flammes" (Inflammatus et accensus) au lieu de "craignant les flammes de l'enfer" (Flammis ne urar succensus). Enfin, dans la strophe 19, la version liturgique s'adresse au Christ pour lui demander au jour dernier la grâce d'être conduit par Marie à la palme des vainqueurs ("Christe, cum sit hinc exire, Da per Matrem me venire Ad palmam victoriae."). Dvořák reprend la version du "Fac me cruce custodiri, Morte Christi praemuniri, Confoveri gratia", qui ne parle plus du jugement dernier mais de la vie qui lui reste à vivre dans la douleur : "Fais que je sois gardé par cette croix, fortifié par la mort du Christ, soutenu par la grâce". Le compositeur a dépassé sa propre souffrance pour donner une œuvre empreinte d'émotion confiée plus aux voix qu'à l'orchestre, mais jaillissante et spontanée même dans l'affliction atteignant ainsi une grandeur universelleClaire Delamarche dans le Guide de la Musique sacrée et chorale profane sous la Direction de François-René Tranchefort - éditions Fayard 1993.

Création et premières La création de la version avec orchestre eut lieu le à Prague sous la direction d'Adolf Čech, avec comme solistes : Eleanora Ehrenberg, Betty Fibich, Antonín Vávra et Karel Čech. La partition est publiée en 1881 à Berlin. À cette occasion, le numéro d'opus 58 lui est donnée en place du initial.

L'audience de son œuvre devient très vite internationale, avec des exécutions dans les différentes grandes villes d'Europe et aux États-Unis. Dvořák est invité à Londres en 1884 pour y diriger sa partition au Royal Albert Hall, avec un effectif impressionnant (près de 800 choristeslettre de Dvořák à son éditeur de Prague, de mars 1884, citée par Melville-Mason G, notice de l'enregistrement de l'œuvre par l'orchestre Philharmonique Tchèque sous la direction de Behlolavek], édition Chandos</ref>), ce qui a contribué de manière importante à la reconnaissance du reste de son œuvre en Angleterre<ref>Melville-Mason G, [http://www.theclassicalshop.net/pdf/CHAN%208985.pdf notice de l'enregistrement de l'œuvre par l'orchestre Philharmonique Tchèque sous la direction de Behlolavek, édition Chandos.

La version originale (pour piano, chœur et solistes) n'a jamais été exécutée du vivant de Dvořák. Trouvée dans une collection privée, elle est éditée en 2004 et interprétée depuis par de petites formations.

Structure de l'œuvre

La durée d'exécution est d'environ une heure trente. Stabat Mater dolorosa (quatuor vocal avec chœur), andante con moto Quis est homo, qui non fleret (quatuor vocal), andante sostenuto Eja Mater, fons amoris (chœur), allegro moderato Fac, ut ardeat cor meum (basse et chœur), largo Tui nati vulnerati (chœur), andante con moto (ajouté pour la version orchestrale) Fac me vere (ténor et chœur), andante con moto (ajouté pour la version orchestrale) Virgo virginum (chœur), largo (ajouté pour la version orchestrale) Fac, ut portem Christi mortem (duo soprano et ténor), larghetto Inflammatus et accensus (alto solo), andante con moto Finale: Quando corpus morietur (quatuor vocal avec chœur), andante con moto''

Orchestration La version définitive (1877) est donc pour un orchestre comprenant :

Instrumentation du Stabat MaterVoix Solistes : soprano, ténor, alto, bassechœurs à 4 voixBois2 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais2 clarinettes, 2 bassonsCuivres4 cors (2 en fa et 2 en ré), 2 trompettes,3 trombones, 1 tubaPercussionstimbalesCordespremiers violons, seconds violons, altos, violoncelles, contrebasses Un orgue accompagne également certains passages du mouvement "Fac, ut ardeat cor meum".

Discographie Version orchestrée (1877) Vaclav Talich, Orchestre philharmonique tchèque, Supraphon, 1952 Ferenc Fricsay, Berlin RIAS-Symphonie-Orchester, ZYX Music, 1953 Václav Smetáček, Czech Philharmonic Orchestra, Deutsche Grammophon / Supraphon, 1961 Rafael Kubelik, Orchestre de la Radio bavaroise, Deutsche Grammophon, 1976 Wolfgang Sawallisch, Chœur et Orchestre philharmonique tchèque, Supraphon, 1982 Jiří Bělohlávek, Chœur et Orchestre philharmonique tchèque, Chandos, 1991 Zdeněk Mácal, Orchestre symphonique de New Jersey, Delos, 1994 Helmuth Rilling, Oregon Bach Festival Orchestra & Choir, Hänssler, 1996 Jiří Bělohlávek, Orchestre symphonique de Prague, Supraphon, 1997 Robert Shaw, Chœur et Orchestre symphonique d'Atlanta, Telarc, 1998 Robert Shafer, Chœur et Orchestre symphonique de Washington, Naxos, 2000 Giuseppe Sinopoli, Staatskapelle de Dresde, Deutsche Grammophon, 2000 Nikolaus Harnoncourt, Chœur et Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, Sony/RCA, 2007 Neeme Järvi, Chœur et Orchestre philharmonique de Londres, 2010 Philippe Herreweghe, Collegium Vocale Gent, Phi, 2012 Jiří Bělohlávek, Choeur et Orchestre philharmonique tchèque, Decca, 2017 Version avec piano (1876) Accentus avec Brigitte Engerer dirigé par Laurence Equilbey, Naïve Records, 2007 Jean Sourisse, Choeur d'Oratorio de Paris, Syrius, 2018

Notes et références

Liens externes

Dvorak Catégorie:Œuvre d'Antonín Dvořák Catégorie:Œuvre musicale composée en 1877