Stéphane Frédéric Hessel, né le à Berlin et mort le à , est un diplomate, résistant, écrivain et militant politique français d'origine allemande.

Né allemand, Stéphane Hessel arrive en France à l’âge de 8 ans. Naturalisé Français en 1937, normalien, il rejoint les Forces françaises libres, en 1941, à Londres. Résistant, il est arrêté et déporté à Buchenwald, qu’il parvient à quitter vivant grâce à une substitution d’identité avec un prisonnier mort du typhus, puis s’évade lors de son transfert du camp de Dora à celui de Bergen-Belsen.

Il entre au Quai d’Orsay en 1945, et fait une partie de sa carrière diplomatique auprès des Nations unies. Homme de gauche et européen convaincu, il est ami de Pierre Mendès France et de Michel Rocard.

Stéphane Hessel est connu du grand public pour ses prises de position concernant les droits de l’homme, la question des « sans-papiers », le conflit israélo-palestinien, ainsi que pour son manifeste Indignez-vous ! paru en 2010, qui connut un succès international.

Biographie Enfance et formation Stéphane Hessel naît à Berlin durant la Première Guerre mondiale dans une famille protestante allemande. Son père, l'essayiste et traducteur Franz Hessel, est le troisième fils d'Heinrich Hessel, d'origine juive polonaise assimilé à Berlin depuis 1889 et baptisé dans la religion luthérienne. Banquier, il fait fortune dans le commerce de grains.

Sa mère, Helen Grund, est la fille cadette d'un banquier d'origine silésienne, dont la famille a du mal à accepter l'origine de Franz, par antisémitismeX. Rockenstrocly & alii, « Réception de Jules et Jim » in Actes des Rencontres internationales Jules et Jim, Association Jules & Jim, Couzon-au-Mont-d'Or, 2003, Actes de Beauvallon, . Helen est l'héroïne anticonformiste de Jules et Jim, le roman autobiographique d'Henri-Pierre Roché racontant l'histoire du trio amoureux formé par Henri-Pierre (« Jim »), Helen (« Kathe ») et Franz (« Jules »). Cette histoire a été popularisée par le film de François Truffaut, où le rôle féminin (« Catherine ») est interprété par l'actrice Jeanne MoreauSource : . Dans l’œuvre, en grande partie inédite, de Roché, Stéphane Hessel est figuré par le personnage de KadiP. Ory, « Les de Jules et Jim » in Actes des Rencontres internationales Jules et Jim, , Association Jules & Jim, Couzon au Mont d’Or, 2003, Actes de Beauvallon. Stéphane Hessel considère son père comme un homme merveilleusement bon, sage, érudit, mais avec qui, finalement, il gardera peu de contacts. Il se sent plus proche de sa mère, dont il admire l'irrespect et l'ingéniosité. Il voit en elle un être brillant, exigeant et volontaire.

Stéphane Hessel passe son enfance dans la maison familiale de Berlin à du Tiergarten après un séjour à Hohenschäftlarn/ Schäftlarn, près de Munich. Cependant le pouvoir d'achat de la famille diminuant en raison de l'inflation, les parents sont contraints de louer des pièces de la maison familiale. Franz Hessel travaille pour l'éditeur Ernst Rowohlt et Helen contribue aux finances de la famille. En 1925, désireuse de s'installer à Paris pour rejoindre Henri-Pierre Roché, elle obtient un travail de correspondante de mode pour le journal Frankfurter Zeitung grâce à Joseph Roth et la famille s'installe près de Paris à Fontenay-aux-Roses. Après un an passé à l'école communale de Fontenay-aux-Roses, Stéphane entre en à l'École alsacienne, où il effectuera toute sa scolarité jusqu'au baccalauréat.

La famille emménage, durant l'été de 1927 à Paris, rue Ernest-Cresson. Durant les années qui suivent, Stéphane a la chance de rencontrer Marcel Duchamp, Man Ray, Le Corbusier, Philippe Soupault, Jules Pascin, Calder, Picasso, Max Ernst et André Breton. Son père Franz partage son temps entre Paris et Berlin jusqu'en 1930, date à laquelle il s'installe de manière durable dans la capitale allemande. Il est rejoint un an plus tard par son fils aîné Ulrich Hessel, tandis que Stéphane reste à Paris avec leur mère.

En , Stéphane est reçu au baccalauréat de philosophie et en automne de la même année il s'installe chez son oncle à Londres, pour suivre les cours de la London School of Economics (LSE), puis il revient à Paris étudier à l’École libre des sciences politiques. En 1935, il est inscrit en hypokhâgne à Louis-Le-Grand et, en 1937, il est reçu à l'École normale supérieure en tant qu'étranger. La même année, il obtient la nationalité française, ce qui le met dans une situation peu ordinaire : ne pouvant plus entrer à l'École normale puisque n'étant plus étranger, il doit se résoudre à repasser le concours. Ce qu'il fera avec succès en 1939, après une licence de philosophie. Au terme d'une « éducation sentimentale » auprès de Jeanne Nys, belle-sœur d'Aldous Huxley de dix-sept ans son aînéeE. Vigoureux, « Incroyable Hessel ! », entretien paru dans Le Nouvel Observateur, 2416, 16, 2 mars 2011, ISSN 0029-4713., il épouse, au retour d'un voyage commun en Grèce durant l'été de 1939, Vitia, une jeune juive russe, interprète de conférences et fille de Boris Mirkine-Guetzevitch, célèbre professeur de droit constitutionnel en France. Le mariage contrarie sa mère et ses relations avec celle-ci s'en ressentiront durablement. Trois enfants naîtront de cette union après la guerre, Anne, Antoine et Michel.

Années de guerre Mobilisé en automne 1939, Stéphane Hessel part faire ses classes à Saint-Maixent comme trois promotions de normaliens et, en , il est affecté dans la Sarre. Envoyé au front, il assiste, sans avoir l'occasion de combattre, à la débâcle et, après une longue errance avec son unité, il dépose les armes à Saint-Dié, se retrouvant dans le camp de prisonniers militaires de Bourbonne-les-Bains, d'où il s'évade en compagnie du capitaine Segonne, qui lui parle de l'appel du général de Gaulle. Il rejoint Vitia à Toulouse puis se rend à Marseille via Montpellier et Aziz. C'est là qu'il rencontre Varian Fry, qui est mandaté par Eleanor Roosevelt pour organiser, via le consulat des États-Unis, l'évasion de deux cents (qui seront finalement plus de deux mille) intellectuels en danger.

vignette|Plaque commémorative pour les exilés allemands et autrichiens de Sanary.

Franz Hessel, fuyant les persécutions nazies et revenu en France peu avant la Nuit de Cristal, est interné une première fois en au camp de Colombes en tant qu'Allemand. Libéré grâce à l'intervention de Gabriële Buffet-Picabia, il est à nouveau interné en avec son fils Ulrich au camp des Milles, d'où il est libéré grâce aux démarches de sa femme. La famille se retrouve pour Noël à Sanary-sur-MerLaura Goult, L'Enlèvement d'Europe : réflexion sur l'exil intellectuel à l'époque nazie, éd. L'Harmattan, 2010, ., village de la Côte d’Azur où sont réfugiés des intellectuels et artistes allemands depuis 1933. Mais, usé par les épreuves, Franz s'y éteint le et Stéphane assiste à son enterrement, avec sa mère et son frère, en compagnie d'amis intellectuels et artistes exilés, comme les peintres Erich Klossowski et Anton Räderscheidt, ou encore les écrivains Hans Siemsen et Alfred Kantorowicz.

Stéphane Hessel rejoint alors Londres en passant par Oran, puis Lisbonne où il retrouve Vitia sur le départ pour les États-Unis. À Londres, il rencontre Christian Fouchet, qu'il a connu à l'École alsacienne et qui le convainc d'entrer dans l'aviation. En , Hessel fait la connaissance de Daniel Cordier à CamberleyDaniel Cordier avec Paulin Ismard, De l’Histoire à l’histoire, Gallimard, Paris, 2013, p. 11.. En , il est élève navigateur et en , il obtient son brevet. Cependant, une rencontre avec Tony Mella le conduit à préférer un poste au Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), comme agent de liaison avec l'état-major britannique, dans la section R. En , sa femme Vitia quitte les États-Unis pour le rejoindre.

En , il est déposé à Saint-Amand-Montrond dans le cadre de la mission Gréco pour organiser la dispersion des émetteurs de la résistance. Il est dénoncé sous la menace de la torture par un des radios du réseau, Banquou. Celui-ci, libéré par la Gestapo en échange de sa collaboration, lui donne rendez-vous sous prétexte d'obtenir de nouveaux papiers au café des Quatre Sergents, à Paris, à l'angle du boulevard Raspail et du boulevard du Montparnasse. C'est là, au deuxième étage du café, que « Gréco » est arrêté le . Battu à coups de poing, il ne dit rien, mais il finit à son tour par parler sous le supplice de la baignoire. Il pense pouvoir berner ses tortionnaires en donnant un nom de rue mais un faux numéro, dans l'espoir que l'arrivée de la Gestapo à une adresse voisine de celle où sont cachés ses amis alerte ceux-ci et leur laisse le temps de fuir.

En , Vitia rencontre l'ami de Stéphane Hessel, Daniel Cordier, qui vient de rejoindre Londres après vingt mois de mission en France et un internement de deux mois en EspagneDaniel Cordier, De l’Histoire à l’histoire, op. cit., p. 11..

Le , Stéphane Hessel est déporté, en même temps que trente-six autres agents secrets britanniques, français et belges, en train, à Buchenwald, où ils sont détenus au bloc 17. Seize d'entre eux sont pendus à un croc de boucher le . Onze autres sont exécutés le . Grâce à l'idée de l'agent secret du SOE, Forest Yeo-Thomas, deux prisonniers, l'opposant allemand Eugen Kogon, et le résistant Alfred Balachowsky, qui avaient été affectés aux expériences médicales (essais cliniques de médicaments contre le typhus avec injections de l'agent pathogène), obtiennent la complicité du kapo Arthur Dietzsch et du médecin du camp pour opérer des substitutions entre des agents secrets condamnés à mort et des prisonniers morts du typhus. Trois prisonniers sont ainsi sauvés : Forest Yeo-Thomas lui-même, qui choisit Harry Peulevé et Stéphane HesselBruce Marshall, ch. XIII.. Stéphane Hessel prend alors l'identité de Michel Boitel, mort du typhus le . Il est transféré à Rottleberode dans le Harz comme comptable dans l'usine de trains d'atterrissage. En , après une tentative d'évasion ratée, il est transféré à Dora où il échappe de peu à la pendaison et où il est affecté au nettoyage du camp. L'avancée des armées américaines provoque, le , le transfert du camp vers Bergen-Belsen. Dans le train en marche, il démonte deux lattes du plancher, glisse entre les bogies, rejoint les lignes américaines à Hanovre. C'est de son régiment américain qu'il est renvoyé à Paris, où il arrive le . Dans ses carnets intimes, Daniel Cordier raconte en date du : « Hessel est rentré, très fêté. Le soir, dîner en son honneur. […] Lui en costume de bagnard, tondu, fatigué par trois heures de voyage et deux ans de prison […]Daniel Cordier, Pages des carnets intimes, publiées in La Victoire en pleurant, éd. Gallimard, Paris, coll. Folio, 2023, p. 238.. »