Si la fantasy en tant que genre, au sens moderne du terme, n'est apparue qu'au cours des derniers siècles, elle trouve ses origines bien au-delà : l'épopée, le surnaturel et le merveilleux ont participé à la littérature depuis le commencement.
Des récits épiques du Moyen Âge et de la Renaissance, tels que le cycle du Graal, celui de Beowulf ou le Roland Furieux de l'Arioste, ont lentement évolué vers des récits plus ouvertement fantaisistes, très éloignés du contexte historique.
Les récits de Lovecraft (L'Appel de Cthulhu, 1926) et de Robert E. Howard (Kull le Conquérant en 1929, puis la série ayant pour héros Conan le Barbare dès 1932) sont les premiers d'une longue lignée. Ces récits, et plus encore Le Seigneur des anneaux de , publié entre 1954 et 1955, ont eu une influence considérable dans ce domaine ; Tolkien posa les fondations de la high fantasy et contribua également en grande partie à faire de la fantasy un genre propre et commercialement viable.
Différences entre la fantasy et les œuvres merveilleuses et fantastiques antérieures
La littérature merveilleuse, c'est-à-dire les mythes, les légendes et les contes de fées, diffère de la fantasy moderne sur trois points : La fantasy moderne postule l'existence d'une réalité différente, monde imaginaire distinct de la réalité ou versant caché du nôtre. Les lois de ce monde, de même que sa géographie, son histoire et ainsi de suite, tendent également à être définies avec soin, même si elles ne sont pas ouvertement décrites. Les contes merveilleux prennent généralement place dans le monde réel, dans un passé lointain ou en des lieux inconnus, et décrivent rarement avec précision le cadre du récit. Les récits de « mondes perdus » des constituent un équivalent moderne et rationalisé de ces contes.
La seconde différence est qu'en fantasy, le surnaturel est purement fictif. Dans les contes merveilleux ou les mythes, le degré auquel leur auteur croit au surnaturel peut varier de légendes prises pour argent comptant à des mythes décrivant, en termes simples, une réalité plus complexe, en passant par des récits littéraires tardifs, volontairement fictifsMichael Moorcock, Wizardry & Wild Romance: A Study of Epic Fantasy, .
Enfin, les mondes de la fantasy moderne sont conçus par un auteur ou un groupe d'auteurs, parfois en reprenant des éléments traditionnels, mais le plus souvent avec un arrangement inédit et une interprétation personnelle. Les contes merveilleux utilisent des mythes et des éléments de folklore familiers, toute différence d'avec la tradition n'étant qu'une simple variation sur un thème donné : ces contes ne se voulaient pas distincts du folklore surnaturel local. La transition de ce mode primitif à l'usage moderne est visible dans les premiers romans gothiques, les histoires de fantômes et les textes du courant romantique : tous emploient de façon extensive des motifs fantastiques traditionnels, mais subordonnés à la vision de l'auteur.
Une exception importante est à souligner : les contes merveilleux classiques issus de la littérature précieuse du XVIIe siècle se rapprochent quant à eux plus de la fantasy que les contes merveilleux issus du folklore populaires, puisqu'ils étaient eux aussi considérés comme purement fictifs et qu'ils étaient créés par leurs autrices.
Il est enfin important de faire la distinction entre le merveilleux et le fantastique, ce dernier correspondant à une transition entre le merveilleux et l'étrange selon la définition de Todorov (Introduction à la littérature fantastique). Le fantastique est un moment d'entre-deux où l'on hésite entre l'explication rationnelle et irrationnelle : la fantasy se différencie ainsi du fantastique par cette absence d'hésitation car les éléments surnaturels y sont considérés comme normaux.
Selon les diverses définitions du genre, les œuvres antérieures à sa définition peuvent être ou non qualifiées d'œuvres de fantasy, mais même la vision la plus restrictive ne peut se passer d'un examen approfondi de l'histoire du merveilleux et du fantastique en littérature pour étudier les origines du genre moderne. Les œuvres classiques contiennent des éléments significatifs sur lesquels se sont basés les auteurs de fantasy moderne.
Développement de la fantasy
Le roman de chevalerie
Vers le milieu du Moyen Âge, avec les progrès de l'éducation, apparaît une forme de fiction littéraire qui vient s'ajouter aux mythes et légendes plus anciens. L'un des premiers genres de fiction à apparaître est le roman de chevalerieColin Manlove, Christian Fantasy: from 1200 to the Present, . Il traite tout d'abord de thèmes traditionnels issus du merveilleux chrétien ou du merveilleux païen, notamment les trois grands cycles que sont la Matière de Rome (relatant en fait les exploits d'Alexandre le Grand), la Matière de France (Charlemagne et Roland), et la Matière de Bretagne (le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde). L'un des grands représentants du genre est Chrétien de Troyes qui reprend les légendes du mythe arthurien. Les romans de chevalerie eux-mêmes ne sont pas totalement crus, mais des récits comme Valentin et Orson, Guillaume de Palerme et La Queste del Saint Graal ne sont pas encore totalement indépendants de la croyance.
Le genre conserve sa popularité pendant la Renaissance, mais l'accent est mis sur une fiction plus merveilleuse. Le Morte d'Arthur, écrit en prose par Thomas Malory (v. 1408-1471), est souvent considéré comme la forme canonique de la légende arthurienne dans la littérature anglophoneJohn Grant et John Clute, « Malory, (Sir) Thomas », The Encyclopedia of Fantasy, . Après sa publication, les motifs arthuriens sont devenus monnaie courante dans la littérature, bien que le récit mêle en lui-même éléments merveilleux et non-merveilleuxJohn Grant et John Clute, « Arthur », The Encyclopedia of Fantasy, . Le Morte d'Arthur et l’Amadis de Gaule espagnol (1508) sont suivis de nombreux imitateurs, et le genre, populaire, produit des chefs-d'œuvre de la poésie de la Renaissance comme l'Orlando furioso de l'Arioste et La Jérusalem délivrée du Tasse. Le récit de l'Arioste, avec ses personnages errants, ses merveilles et ses aventures, a inspiré de nombreux auteursJohn Grant and John Clute, « Ariosto, Lodovico », The Encyclopedia of Fantasy, . La fantasy en tant que genre est clairement née.
Au début du , Don Quichotte, satire féroce des conventions du roman de chevalerie, marque la fin du genre, désormais passé de modeL. Sprague de Camp, Literary Swordsmen and Sorcerers: The Makers of Heroic Fantasy, p. 9-11 . Ils donneront toutefois naissance à une bonne partie de la fantasy moderne, que ce soit de façon directe ou travers les imitations tardives de William MorrisL. Sprague de Camp, Literary Swordsmen and Sorcerers: The Makers of Heroic Fantasy, p. 26.
Les Lumières
Au début de cette période, les contes de fées de Charles Perrault et de Madame d'Aulnoy deviennent très populaires. Ceux de Perrault sont devenus des classiques, qui ont également influencé la fantasy ultérieure. L'expression « contes de fées », inventée par Madame d'Aulnoy, permet de distinguer ces contes de ceux ne contenant aucun élément surnaturelJack Zipes, The Great Fairy Tale Tradition: From Straparola and Basile to the Brothers Grimm, . Pendant la seconde moitié du , le chevalier Charles-Joseph de Mayer compile des contes du et les rassemble dans une publication monumentale, Le Cabinet des fées, qui paraît à Amsterdam entre 1785 et 1789 et compte plus de 40 volumesPage sur Le Cabinet des fées sur le site de l'exposition "Contes de fées" de la BnF. Mayer y accorde une place de choix à Charles Perrault.
Toutefois, cette période est de manière générale hostile à la fantasy. Des écrivains comme Daniel Defoe, Samuel Richardson ou Henry Fielding se placent dans un contexte résolument réaliste, et de nombreux ouvrages réalistes critiquent ouvertement les éléments fantastiques dans la fictionLin Carter (éd.), Realms of Wizardry, Doubleday and Company Garden City, New York, 1976, p. xiii-xiv. Hormis quelques histoires de sorcières ou de fantômes, le est une période stérile pour la fantasy.
Le roman 1772 Le Diable amoureux par Jacques Cazotte, a été décrit par le critique littéraire Pierre-Georges Castex comme le premier roman fantastique moderne Pierre-Georges Castex Le Conte fantastique en France de Nodier à Maupassant, () Librairie José Corti, 1951. .
Le romantisme
En réaction au culte de la Raison des Lumières, les romantiques prisent fortement la surnaturel, la tradition et l'imagination, ainsi que la période durant laquelle ces éléments sont censés avoir dominé : le Moyen Âge. Ils font des emprunts fréquents au merveilleux traditionnel, invoquant les romans de chevalerie pour justifier leurs œuvres, afin de s'opposer à la pression réaliste des Lumières. Leurs récits ne sont pas toujours purement merveilleux, parfois seulement improbables, mais cette justification est également utilisée pour la fantasyJohn Grant et John Clute, « Romance », The Encyclopedia of Fantasy, .
L'un des premiers résultats littéraires de cette fascination est le roman gothique, un genre né en Grande-Bretagne avec Le Château d'Otrante d'Horace Walpole (1764). Il a été considéré par les premiers critiques de fantasy américains comme l'ancêtre de la fantasy moderne comme de la littérature d'horreur, et il a surtout donné naissance à l'usage de « gothique » pour désigner toutes choses sombres et horrifiantes. Les éléments caractéristiques des romans gothiques sont le surnaturel et la terreur, avec des châteaux hantés, des malédictions, dans une atmosphère sombre et oniriqueStephen Prickett, Victorian Fantasy, . Le roman gothique permet le surnaturel, sans toutefois l'obliger : il entre ainsi très souvent dans la catégorie du fantastique. Le genre navigue ainsi entre fantasy et réalisme, mais quelques-unes de ses caractéristiques, notamment les demeures anciennes chargées de légende possédées par la noblesse, ont été incorporées dans la fantasy moderneJohn Grant et John Clute, « Gothic Fantasy », The Encyclopedia of Fantasy, .
Un élément capital du développement du genre est l'usage, par les écrivains gothiques, des techniques romanesques, telles que les utilise par exemple Defoe, au détriment du style littéraire du roman de chevalerie ; de même que l'usage des descriptions afin de définir l'humeur des personnagesMichael Moorcock, Wizardry & Wild Romance: A Study of Epic Fantasy, . D'un autre côté, le roman gothique retient la pure fantasy. Le Château d'Otrante est présenté par Walpole comme une simple traduction, moyen pour lui de se distancier des éléments fantastiques qu'il contientFarah Mendelesohn, Rhetorics of Fantasy, .
Un roman anglais qui contient des éléments à la fois du roman gothique et le fantaisie roman (dérivé du Les Mille et Une Nuits) est Vathek de William Thomas BeckfordBrian Stableford, The A to Z of Fantasy Literature, (), Scarecrow Press, Plymouth. 2005. .
En France, les principaux écrivains du merveilleux et du fantastique du dix-neuvième siècle étaient Charles Nodier, avec Smarra (1821) et Trilby (1822)Franz Rottensteiner, The Fantasy Book:an illustrated history from Dracula to Tolkien () Collier Books, 1978. , et Théophile Gautier dans des histoires comme "Omphale" (1834) et "L'un des Nuits de Cléopâtre" (1838), et le roman plus tard Spirite (1866) Brian Stableford, The A to Z of Fantasy Literature (p .159), Scarecrow Press, Plymouth. 2005.
La fantasy classique
La fantasy classique s'enracine dans les populaires récits de voyage fictifs du , influencés par et influençant d'autres formes de fiction spéculative, avant d'éclore au et d'acquérir le statut de genre à part entière.
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