La Walkyrie ou La Valkyrie (titre original en allemand : ) est le deuxième des quatre drames lyriques qui constituent L'Anneau du Nibelung (Der Ring des Nibelungen) de Richard Wagner. La première eut lieu au théâtre national de la cour à Munich, à la demande de Louis II de Bavière (et contre la volonté de Wagner) le sous la direction de Franz Wüllner.
Le livret est rédigé par Richard Wagner entre 1851 et 1853 et la musique composée entre 1854 et 1856. On retrouve dans le livret de nombreuses références aux mythologies germanique et nordique qui sont les principales sources d'inspiration du Ring. La musique est caractérisée par la présence de leitmotive, des petits motifs conducteurs courts, souples et sensibles déterminant les caractères de chacun des personnages de l'œuvre et réapparaissant à chacune de leurs apparitions.
Cet opéra est considéré comme le plus lyrique et le plus humain des quatre journées de la Tétralogie. On y retrouve de nombreux thèmes, dont la célèbre chevauchée des Walkyries (, ).
Historique Inspiration
Comme l'ensemble du Ring, La Walkyrie est inspirée de la mythologie germanique et nordique. Les Walkyries dans la mythologie nordique sont des guerrières, des divinités mineures qui servaient Odin. Le rôle des Walkyries est de combattre, de diriger des batailles, de distribuer la mort parmi les guerriers et d'emmener l'âme des héros au Valhalla.. Dans l'opéra on retrouve la présence de neuf Walkyries qui sont au service de Wotan. Brünnhilde est sa préférée, elle est présente dans la Chanson des Nibelungen, une épopée médiévale allemande du qui a inspiré plus généralement Wagner pour la composition de sa Tétralogie. Les personnages de l'opéra sont tous issus de la mythologie. Wotan s'inspire d'Odin, le dieu des morts, de la victoire et du savoir. Sieglinde (Signý) et Siegmund apparaissent dans la Völsunga saga qui a influencé la Chanson des Nibelungen... Selon Deryck Cooke, c'est la Völsunga saga qui a influencé en plus grande partie le Ring, cette saga couvrant toute la vie de Sigurd (Siegfried) décrit les relations entre Sigurd et Brynhildr. Elle propose une histoire détaillée des origines du héros. La saga ayant servi de base pour la rédaction des deux premiers actes de La Walkyrie..
Composition
Bien que La Walkyrie soit le deuxième des quatre opéras constituant le Ring, ce fut le troisième par ordre de conception. Wagner avait initialement prévu d’écrire un opéra intitulé La Mort de Siegfried. Puis, menant une réflexion « à rebours », il jugea qu’il lui fallait préalablement expliquer la vie du héros antérieurement à cette fin tragique, chose qu'il fera dans un autre opéra d’abord nommé Le Jeune Siegfried, qui deviendra en définitive juste Siegfried. Il jugea à nouveau qu'il était nécessaire d'expliquer les origines de ce même héros, plus précisément sa conception incestueuse et sa protection par une Walkyrie désobéissant à l’ordre formel de son père Wotan. Cette fois ci, il décide de nommer ce nouvel opéra Siegmund et Sieglinde : Le Châtiment de la Walkyrie, un titre qui sera ensuite abrégé en La Walkyrie. Un quatrième opéra vient ensuite au jour afin d'expliquer l’origine de plusieurs des événements prenant place avant les trois autres: celle du vol de l’Or du Rhin, celle de la confection et la malédiction de l’Anneau, et celle de la faute originelle de Wotan, opéra qui, après plusieurs essais de titres, finit par se nommer L’Or du Rhin. Wagner travailla simultanément aux textes des deux derniers opéras envisagés, L’Or du Rhin et La Walkyrie. En , dans Une Communication à mes Amis, il avait déclaré son intention d’écrire une trilogie, mais ce ne fut pas avant novembre qu'il se mit à travailler sur Siegmund et Sieglinde. L’été suivant, Wagner et son épouse Minna Planer louèrent un pied-à-terre à Zurich : c’est là que du 17 au il travailla de manière conséquente sur le texte en prose de La Walkyrie, donnant une description étendue de l’intrigue en y incluant des dialogues, et se mettant à la version versifiée du au . Ce fut entre ces deux versions qu’il décida de ne pas faire figurer Wotan dans l’acte I. Cet acte lui donna sans doute plus de mal qu’aucun autre dans toute la Tétralogie. Dans ses deux esquisses en prose, Wagner faisait entrer Wotan (sous l’apparence du « Wanderer », « Le Voyageur », qui réapparaîtra dans Siegfried) dans la hutte de Hunding. Wotan enfonçait l’épée Nothung (prélevée lui-même du trésor des Nibelungen à la fin de L’Or du Rhin) dans le tronc du frêne sur lequel s’appuie la hutte, et ensuite il disparaissait. Quelques minutes plus tard, Siegmund arrivait à la hutte et saisissait l'épée. Wotan apparaissait aussi dans la version complète en prose. En définitive, Wagner décida de ne plus faire figurer Wotan que comme mystérieuse figure tutélaire évoquée dans un récit de Sieglinde. L’épée reste fichée dans le tronc pendant longtemps, temps durant lequel maints hommes forts tentent de l’en arracher sans y parvenir. Seul Siegmund y parviendra à un moment de l’acte I, produisant un véritable climax dramaturgique. La copie définitive du texte fut achevée le .
Avant même la finalisation du texte entier du Ring, Wagner avait commencé à en esquisser la composition. Le , il nota sur une feuille volante ce qui devait devenir le leitmotiv le plus célèbre du cycle entier : La Chevauchée des Walkyries. D’autres esquisses musicales furent faites dans l’été 1852. Mais ce ne fut qu’en que Wagner rassembla ses esquisses dans une première version complète de la partition de l’opéra. Cette version préliminaire (Gesamtentwurf) fut achevée le .
Wagner, ayant inclus dès cette première version des indications d’orchestration, enchaîna directement sur l’orchestration générale de l’œuvre sans passer par l’étape intermédiaire qu’il avait observée pour L’Or du Rhin. Décision qu’il regretta vite, de nombreuses interruptions devant ensuite venir lui compliquer la tâche, dont un voyage de quatre mois à Londres. Il avait peine à reprendre le fil de son développement musical après s’être longtemps interrompu, ne retrouvant pas ses idées d’origine dans les passages laissés en suspens, et il dut en reprendre de nombreux à zéro. Néanmoins, il parvint à terminer l’orchestration entière le .
Il commença à écrire la copie définitive de la partition complète orchestrée le en Suisse, à Seelisberg. Il la termina à Zurich le , à peine trois jours après avoir mis la dernière main à son travail d’orchestration.
Personnages
Humains : Siegmund, fils de Wotan et d'une mortelle, ténor Sieglinde, sœur puis amante de Siegmund, épouse de Hunding, soprano Hunding, époux de Sieglinde, basse Dieux : Wotan, maître des dieux, baryton-basse Fricka, épouse de Wotan, déesse du mariage, mezzo-soprano Les neuf Walkyries, filles de Wotan, déesses de la guerre et de la mort :
Création vignette|alt=Couverture d'une partition vocale de l'opére|Brünnhilde représentée sur la couverture d'une partition vocale de l'opéra. RôleTessiturePremière représentation.(Chef d'orchestre : Franz Wüllner)Première représentation complète du cycle, Festspielhaus de Bayreuth(Chef d'orchestre : Hans Richter) HumainsSiegmundténorHeinrich VoglAlbert NiemannSieglindesopranoTherese VoglJosephine SchefskyHundingbaryton-basseKaspar BauseweinJosef Niering DieuxWotanBasse (voix)August KindermannFranz BetzFrickamezzo-sopranoAnna KaufmannFriederike Grün ValkyriesBrünnhildesopranoSophie StehleAmalie MaternaGerhildesopranoKaroline LenoffMarie HauptOrtlindesopranoHenriette MüllerMarie LehmannWaltrautemezzo-sopranoHemauerLuise JaideSchwertleitecontraltoEmma SeehoferJohanna Jachmann-WagnerHelmwigesopranoAnna Possart-DeinetLilli LehmannSiegrunemezzo-sopranoAnna EichheimAntonie AmannGrimgerdemezzo-sopranoWilhelmine RitterHedwig Reicher-KindermannRoßweißemezzo-sopranoJuliane TyrolerMarie Lammert
Présentation Structure
Trois actes. Acte I : un prélude, Acte II : un prélude, . Acte III : un prélude, - Le prélude et le début de la jusqu'à l'arrivée de Brünnhilde constituent ce qui est nommé La Chevauchée des Walkyries - La fin de la et le postlude orchestral constituent ce qui est nommé Les Adieux de Wotan et l'Enchantement du Feu - Ces deux extraits sont souvent joués en extraits symphoniques, sans les voix, dans les concerts et enregistrements d'orchestre.
Instrumentation Wagner a conçu le Ring pour un orchestre qui, dans son temps, était exceptionnellement grand. Les orchestres exécutent par habitude l'œuvre avec moins d'instruments que Wagner l'a souhaité, soit par insuffisance d'espace dans la fosse d'orchestre, soit pour des raisons financières, ou encore par choix artistique du directeur musicalL'interprétation studio du Ring par Herbert von Karajan est particulièrement représentative de ces choix artistiques s'écartant de la volonté du compositeur. Voir l'article Discographie de l'Anneau du Nibelung..
Instrumentation de La Walkyrie.Cordes6 harpes, 16 premiers violons, 16 seconds violons, 12 altos, 12 violoncelles, 8 contrebassesBois1 piccolo, 3 flûtes, la troisième jouant le deuxième piccolo, 3 hautbois, 1 cor anglais jouant le quatrième hautbois, 3 clarinettes si♭ et en la, 1 clarinette basse si♭, 3 bassonsCuivres8 cors, le cinquième, le sixième, le septième et le huitième jouant les tubas wagnériens en si♭ et fa,
4 trompettes en ut, 1 trompette basse en mi♭
4 trombones 2 ténors, basse et contrebasse, tuba contrebassePercussionstimbales, jouées par deux musiciens,
cymbales, tambour, tam-tam, triangle, glockenspiel
Argument
Acte I Le lieu est une pièce dans une habitation en forêt. Au milieu se dresse un énorme frêne. La pièce est vide, un feu brûle dans l'âtre. Il y a une violente tempête orageuse à l'extérieur. La porte donnant sur l'extérieur s'ouvre violemment : Siegmund, épuisé, désarmé, fuyard, cherche refuge et vient s'effondrer devant l'âtre. Inquiétée par le bruit, une femme approche prudemment : c'est Sieglinde, épouse de Hunding, le maître des lieux, qui est absent. Elle examine l'homme inanimé et lui trouve noble apparence. Siegmund reprend connaissance et implore qu'on lui donne à boire. Sieglinde lui offre de l’eau et panse ses plaies. Il explique que sa lance et son bouclier s'étant brisés, il a dû fuir devant ses ennemis. Malgré ses blessures, il a réussi à leur échapper. Sentant que ses forces sont revenues, il veut partir car sa présence apporte le malheur. Mais Sieglinde lui demande de rester car Siegmund ne peut apporter le malheur là où le malheur a déjà élu domicile.
Hunding revient au logis et doit, selon la coutume, offrir l'hospitalité, repas et gîte, à l'étranger. Sieglinde, qui est de plus en plus attirée par ce visiteur qui lui ressemble étrangement, lui demande de raconter son histoire et de révéler son nom. Siegmund décrit son retour de chasse au domicile familial, un jour lointain de son enfance, avec son père Wälse (avatar de Wotan) et comment ils ont trouvé sa mère morte et sa sœur jumelle enlevée. Ils vécurent par la suite dans la forêt. Lors d’un combat difficile ils furent séparés et depuis Siegmund erre.
Sieglinde ayant demandé de connaître sa dernière aventure, il explique qu’il est intervenu pour protéger une jeune femme que l'on forçait au mariage. Elle et ses proches ont été tués, et à certaines traces laissées par les meurtriers Siegmund reconnaît l'œuvre du clan des Neidingen, ennemis jurés des Wälsungen et responsables de la perte de sa famille. Depuis, poursuivi sans trêve, il fuit ; sa vie est marquée par le malheur, c'est pourquoi il ne peut que se nommer Wehwalt (Le Prince du Malheur), lui le seul survivant des Wälsungen. Hunding annonce alors à son hôte qu'il appartient lui-même aux Neidingen : pour cette nuit, les lois de l'hospitalité étant sacrées, il ne tentera rien contre son hôte ; mais le lendemain sera consacré à la vengeance. Hunding ordonne à sa femme d'emplir sa coupe du soir, qu'il vide, puis le mari et la femme se retirent dans leur chambre de repos.