La guerre de Quatre-Vingts Ans, également appelée révolte des Pays-Bas, est le soulèvement armé mené de 1568 à 1648 contre la monarchie espagnole par une partie des Dix-Sept Provinces des Pays-Bas espagnols.

Ayant pris forme autour de la révolte des Gueux, revendiquant la liberté religieuse pour le protestantisme, la révolte prend aussi la forme d'une guerre civile entre les sept provinces du Nord (actuels Pays-Bas), où la Réforme est bien ancrée, et les Pays-Bas méridionaux (actuels Belgique, Luxembourg et Nord-Pas-de-Calais), catholiques et loyalistes.

En 1581, à la suite de succès contre l'armée du roi d'Espagne , les sept provinces septentrionales, menées par la Hollande, proclament leur indépendance par l'acte de La Haye, créant un nouvel État, qui reçoit le nom de république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, en général appelées « Provinces-Unies ».

Le conflit se poursuit pendant presque trois décennies, s'interrompt à la suite du traité d'Anvers () pour une période de trêve qui va durer douze ans, de 1609 à 1621, puis reprend dans le cadre de la guerre de Trente Ans qui débute en 1618.

L'indépendance des Provinces-Unies est finalement reconnue par le roi d'Espagne au traité de Münster, signé en 1648 en marge des traités de Westphalie qui mettent fin à la guerre de Trente Ans. Entre-temps, les Provinces-Unies, reconnues dès avant cette date par plusieurs pays européens (Angleterre, Suède, France, notamment), se sont progressivement affirmées en tant que puissance majeure, ayant commencé à établir un vaste empire colonial soutenu par l'activité commerciale de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, créée en 1602.

Contexte Les Pays-Bas de Charles le Téméraire à Charles Quint vignette|gauche|Les possessions de Charles Quint en 1547. Les Dix-Sept Provinces des Pays-Bas détenues en 1550 par Charles Quint sont, à l'origine, des principautés féodales du royaume de France (comté de Flandre) ou du Saint-Empire (duché de Brabant, comté de Hainaut, comté de Hollande, comté de Zélande).

Devenues des possessions de la maison de Bourgogne, notamment de Charles le Téméraire, puis de Marie de Bourgogne (1457-1482), épouse de Maximilien d'Autriche (1459-1519), elles passent donc en 1482 à la maison de Habsbourg, précisément à leur fils Philippe le Beau (1478-1506), époux de Jeanne la Folle (1479-1555), reine de Castille (1504) et d'Aragon (1516).

En 1516, le fils de Philippe et de Jeanne, Charles de Habsbourg (1500-1558), devient souverain des Pays-Bas, ainsi que roi de Castille et d'AragonConjointement avec sa mère, reléguée dans un couvent., avant de devenir en 1519 chef de la maison de Habsbourg, puis d'être élu empereur en 1520 sous le nom de Charles Quint.

Organisation institutionnelle des Pays-Bas sous Charles Quint Sur le plan juridique, Charles est souverain (quoique vassal de l'empereur) de chacune des provinces : comte de Flandre, duc de Brabant, et à la tête de chacune d'entre elles, il nomme un lieutenant-gouverneur (stadhouder, stathouder). Il doit compter avec les États provinciaux dont les réunions sont l'occasion de débats sur le montant des impôts. Il doit aussi compter avec les villes (Bruges, Gand, Bruxelles, Anvers…) qui ont obtenu des libertés municipales étendues au cours du Moyen Âge, symbolisées par leurs beffrois.

Les ducs de Bourgogne puis les Habsbourg se sont efforcés d'unifier le gouvernement en réunissant à l'occasion des États généraux, en créant des institutions générales, notamment le Conseil d'État et le Grand Conseil de Malines, cour suprême, et en nommant un régent (gouverneur général), dont la résidence principale se trouve à Bruxelles, capitale du duché de Brabant.

En 1512, Maximilien d'Autriche, devenu empereur, crée dix cercles impériaux au sein de l'Empire, dont le cercle de Bourgogne, qui inclut les provinces des Pays-Bas détenues par les Habsbourg (« Pays de par deçà ») et le comté de Bourgogne (« Pays de par delà »).

Économie Peuplées d'environ deux millions d'habitants, les provinces des Pays-Bas sont prospères : les plaines du bord de mer ont de bons rendements agricoles, le sud bénéficie de l'activité forestière et l'est de l'exportation de la tourbe.

Mais surtout, les Pays-Bas sont le siège depuis le Moyen Âge d'une grande activité textile (ateliers d'Ypres, Gand, Armentières, Lille), financière et commerciale (Bruges au , Anvers au ).

Dans les années 1550, Anvers, connecté aux places de Séville et de Lisbonne, est un port de premier plan dans le monde d'après les grandes découvertes, avec une population de près de .

Les questions politiques sous Charles Quint Au cours de son règne, Charles Quint continue de renforcer l'unité des Pays-Bas. Il occupe l'enclave française de Tournai en 1520, puis, après sa victoire de Pavie en 1525, le traité de Madrid (1526) met fin à la suzeraineté française sur le comté de Flandre, le comté d'Artois et sur Tournai. Il prend le contrôle des provinces encore indépendantes des Habsbourg, notamment la principauté épiscopale d'Utrecht (1528) et le duché de Gueldre (1543), se contentant d'imposer un protectorat à la principauté de Liège.

Par la transaction d'Augsbourg de 1548, il établit une identité entre les possessions occidentales des Habsbourg (Pays-Bas et comté de Bourgogne) et le cercle de Bourgogne. En 1549, par la Pragmatique Sanction, il uniformise le régime de la succession princière dans toutes les provinces du cercle de Bourgogne.

Il renforce les organismes centraux (conseil d'État, conseil privé, conseil des finances) et établit des chambres des comptes interprovinciales à Lille, Bruxelles et La Haye. Cette politique de centralisation provoque des réactions défavorables, notamment à Gand en 1539. Mais la révolte est réprimée sans pitié en 1540. La ville perd alors tous ses privilèges.

Les Pays-Bas subissent en effet une fiscalité qui s'alourdit à partir des années 1530.. De 1520 à 1556, il est à cinq reprises en guerre contre la France de François (1494-1547) puis d'Henri II, au cours de ce qu'on appelle les guerres d'Italie (6 à 10), qui impliquent aussi les Pays-Bas.

Ces guerres sont financées par les Dix-Sept Provinces plus que par l'Espagne, ce qui mécontente les États généraux. Un autre problème est celui du stationnement aux Pays-Bas d'unités de l'armée espagnole.

Par ailleurs, au cours du règne de Charles Quint, les Pays-Bas ont vu disparaître .

La Réforme protestante dans le Saint-Empire et aux Pays-Bas Le principal problème du moment est celui de la Réforme, apparue en 1517 en Allemagne avec Martin Luther, mais qui touche très tôt les Pays-Bas, où une première exécution a lieu en 1523 à Bruxelles, avec la mise au bûcher de deux moines augustins d'Anvers. Après le luthéranisme, les Pays-Bas voient se développer l'anabaptisme (rapidement éradiqué), puis le calvinisme, qui atteint vers 1550 les milieux populaires des provinces de Flandre, de Brabant, de Hollande et de Zélande.

Dans le Saint-Empire, la Réforme reçoit très tôt le soutien de plusieurs princes assez puissants pour permettre à Luther d'échapper à sa mise au ban de l'Empire en (diète de Worms, à la suite de l'élection impériale de 1520). En 1531, les princes protestantsEn allemand : die protestierenden Fürsten. Le mot « protestant » n'a pas de sens religieux au départ ; il évoque le fait que les princes luthériens « protestent » à la diète de 1529 contre la politique religieuse de Charles Quint. forment la ligue de Smalkalde contre laquelle l'empereur entre dans une longue guerre (la guerre de Smalkalde) qui aboutit en 1555 au compromis de la paix d'Augsbourg, un échec pour Charles, et un des motifs de ses abdications ().

En ce qui concerne les Pays-Bas, Charles Quint est décidé à éradiquer le protestantisme, tout comme en Espagne : de 1520 à 1550, il promulgue treize édits répressifsDenys et Paresys, page 48.. L'application en est confiée aux autorités judiciaires urbaines et provinciales, ainsi qu'au Grand Conseil de Malines, avec le contrôle d'un tribunal spécifique établi en 1522 aux Pays-Bas sur le modèle de l'Inquisition espagnoleL'Inquisition est normalement un tribunal religieux sous le contrôle des évêques. L'Inquisition espagnole, créée en 1485, est un tribunal religieux sous le contrôle du pouvoir royal et organisé à l'échelle d'un ou plusieurs royaumes (fonction de Grand inquisiteur de Castille et d'Aragon).. Quelque sont exécutées de 1523 à 1565Denys et Paresys, page 49..

La paix d'Augsbourg établit dans l'Empire le principe, non pas de la liberté religieuse en général, mais de la liberté de choix des princes souverains entre catholicisme et luthéranisme : (« Tel prince, telle religion »). Appliquée aux Pays-Bas, dont le prince est Charles, cela confirme l'option du rejet du protestantisme, politique qui va être suivie avec détermination par Philippe II.

Premiers affrontements (1555-1566) Les Pays-Bas de Charles Quint à left|thumb|upright|, roi d'Espagne.

En , Charles Quint abdique à Bruxelles sa souveraineté sur les Pays-Bas, en faveur de son fils Philippe., avant de lui céder le pouvoir en Espagne en .

Malgré la fermeté de sa politique, le premier a, tout au long de son règne, été sensible aux évolutions sociales et religieuses aux Pays-Bas. Ayant passé toute sa jeunesse aux Pays-Bas, il parle couramment le néerlandais et le français, en plus de l'espagnol, et un peu l'allemand..

L'avènement de en 1556 n'est pas favorable à la conciliation. Alors que Charles Quint est né à Gand et a été élevé aux Pays-Bas, son fils est étranger aux Dix-Sept Provinces, ayant reçu une éducation exclusivement espagnole. Il ne parle ni le français, ni le néerlandais. Lors de sa première visite en 1549, il a laissé une impression peu favorable à ses sujets néerlandais. Absolutiste convaincu, il est hostile aux conceptions néerlandaises d'autonomie locale.

Les problèmes politiques de 1555 à 1561 est présent aux Pays-Bas de 1557 à 1559 en raison de la onzième guerre d'Italie, qui l'oppose à . Dès 1557, l'armée de Philippe remporte la victoire de Saint-Quentin et, en , doit signer le traité du Cateau-Cambrésis.

Dès son avènement, Philippe nomme Emmanuel-Philibert de Savoie gouverneur général, Marie de Hongrie, sœur de Charles Quint, renonçant à ce poste. Il nomme le cardinal de Granvelle (un Franc-Comtois) président du Conseil d'État, qui inclut trois personnalités importantes : le comte d'Egmont, Philippe de Montmorency, comte de Hornes, et Guillaume d'Orange-Nassau (« le Taciturne »). Philippe invite aussi les nobles à participer activement aux États généraux des Pays-Bas, comptant sur leur loyalisme.

Dès 1558, les États commencent à s'opposer aux exigences de , refusant de voter de nouveaux impôts et exigeant le départ des soldats espagnols. L'armée espagnole, présente depuis 1552 dans les Dix-Sept Provinces, s'élève à environ (1559). Non payée, elle vit du rançonnement de la population. Des protestations visent aussi la politique menée par Granvelle.

Après le traité de paix, Philippe attribue le poste de gouverneur général à sa demi-sœur, Marguerite de Parme, née à Audenarde et qui parle les langues locales. Elle est revenue en 1556 de Parme à Bruxelles, accompagnant son fils Alexandre, invité à résider à la cour de en conséquence du traité de Gand (1556) entre Octave Farnèse et Philippe. Alexandre va d'ailleurs suivre Philippe en Espagne, quand celui-ci quitte les Pays-Bas en . Les nobles néerlandais sont déçus car ils espéraient que l'un d'eux (Egmont notamment) soit désigné.