Jean Thiercelin, né à Paris le et mort à Pertuis (Vaucluse) le Relevé des fichiers de l'Insee, est un poète, peintre et dessinateur surréaliste français.
Biographie Jean Thiercelin a vécu son enfance et son adolescence à Paris, ainsi qu'à Aubergenville et Royan.
Survient la guerre, l'occupation et la destruction de Royan. La famille se fixe à Paris et, bien que très jeune, Jean s'engage dans la Résistance, servant d'agent de liaison aux maquisards qui luttent clandestinement contre l'occupant. Il est arrêté le et conduit à la prison de la Santé où il demeurera de longs mois. Il n'en sortira qu'à l'aube de la Libération de Paris. Un tel séjour en prison le marque de manière indélébile et fera de lui un rebelle à toute contrainte et un combattant passionné contre l'oppression et l'injustice sociale. Il voyage après la guerre, en Allemagne et en Bretagne et dans le sud de la France.
Puis Thiercelin participe brièvement aux activités du mouvement surréaliste de Breton, notamment, en 1959-1960, à l'exposition internationale E.R.O.S à Paris, Galerie Cordier, ainsi que plus longuement à celles du mouvement et de la revue Phases d'Edouard Jaguer, excellente publication d'avant-garde où il publie régulièrement des poèmes.
Ayant séjourné dans un moulin en Corse, avec sa première épouse Nanouche, dont il a eu une fille, il en relate l'histoire dans le récit impétueux comme le torrent du même nom Description pour Bevinco. Séduit par la Provence, il y fréquente assidûment le phalanstère québécois de Château Noir : les peintres et poètes Roland Giguère et Denise Giguère, Léon Bellefleur, Marcelle Ferron, Jean Benoît et Mimi Parent. Là, il se lie également d'amitié avec Aube et Yves Elléouët. Après un bref retour à Paris où il retrouve Breton et les réunions quotidiennes à La Promenade de Vénus, il choisit en 1968, de vivre définitivement à Cadenet, en Provence, avec son épouse Raquel, fille de Républicains espagnols exilés et leur fils, dans une antique bâtisse à l'allure de forteresse, auprès de ses plus proches amis, principalement le poète Claude Tarnaud, le peintre bruxellois Jacques Lacomblez, Julio Cortazar.
Durablement compagnon de route des surréalistes, Thiercelin a cependant refusé l'embrigadement, toujours revendiqué son indépendance, la liberté de fréquenter également tel ou tel, dissident ou autre, ainsi le critique Charles Estienne et ses amis, ou le groupe de la revue Ailleurs qui publiera également des poèmes de Jean Malrieu ou des textes critiques fondateurs de Godo Iommi, "l'Errant", sous la houlette de cet autre argentin, Carmelo Arden-Quin.
Militant avéré, il sera parmi les premiers signataires du Manifeste des 121 pour le droit à l'insoumission et luttera ardemment en faveur de la paix en Algérie.
S'étant délibérément éloigné des lieux de décision culturelle, des coteries et des cénacles, c'est à Serre, au pied du Luberon, que Jean Thiercelin, va désormais poursuivre sa double démarche, picturale et poétique, en marge, mais aux alentours des courants et des groupes, solitaire, mais avec force clins d'œil, de parallèles et de rencontres, fulgurances dans un crépitement inouï de correspondances avec ses amis les plus proches, déjà cités, mais aussi avec de plus lointains, reconnus à la faveur de voyages au Québec et en Amérique latine, au Tibet et en Afrique... lieux qui le bouleversent et qui ont fortement marqué tant sa peinture que son écriture.
Il a donné un cycle de conférences sur Gauguin qu'il admirait en Amérique latine en 1970 (Panama, Lima, Cuzco) et au Québec, à l'Université de Laval, en 1972.
Proche du Québec ou il publie un recueil (1974), participe aux revues et expose (1977), c'était un ami des poètes Gaston Miron et Michaël La Chance qui lui rendaient visite à Serre.
Rebelle à l'instar de Rimbaud, sa poésie, proche d'un Gracq, est celle d'un tourmenté qui passa sa vie à chercher le « lieu authentique », ce Graal du sens premier, du cri primitif. Son écriture est abyssale, profondément hantée par la nature et ses éléments : langue souveraine, rocailles en voûtes de coquillages, galets sculptés par les remous véhéments de ses eaux souterraines.
Ses dessins sont des improvisations non figuratives en noir et blanc d'une prodigieuse puissance et sa peinture figurative est, elle, fortement influencée par Gauguin et les arts mythiques et premiers.
Sa poésie, ses dessins sont l'expression d'une extrême et rarissime liberté, soufflant comme un sirocco porteur d'air chaud mêlé à cette lente affabulation d'un sable saharien, une « écriture » intemporelle et d'une sensualité intempérante, « au bord du gouffre » où toujours Jean Thiercelin s'est promené comme un funambule.
Citation de l'auteur "Je n'ai jamais pu emmagasiner cinq minutes sans avoir envie d'écrire. Ecrire, cette sourde, lancinante chose (je ne puis dire autrement) qui se balance sur son orbite et brusquement s'élance. Il n'y a rien à dire et tout est mouvement. Comment s'arrêter, piétiner, s'allonger, s'endormir. Je ne dors pas, je ne vis pas, je ne meurs pas, je suis ce mouvement, ce tournoiement, cette conscience inquiète et furieuse de l'écriture qui cherche au malgré tout à percer, à s'unir, à tenir à contre-courant et remonter jusqu'à la plus profonde violence des yeux que l'on n'a eu encore le temps de crever et qui sont là, ténus, ténus, fixés sur le carreau d'ombre auquel nous ne pouvons échapper sans cris, sans brûlures, sans effusion de sang et que la luxure même ne peut transgresser car il faut dans une telle condition se contenter d'être ce morceau de chair en érection, pointé comme un dieu démoniaque vers le seul être qui soit et qui contient sa mort comme une chose abandonnée : soi. Je creuse en semblable silence des sillons parallèles au creux desquels je déploie la grande frondaison pour que décroisse et s'enfonce la pâmoison insolente et désuète qui s'appelle vivre et que se retourne encore une fois pour toutes la main et recouvre dun seul coup largement plaqué ce don convulsif nommé univers alors que grouillent les grenouilles dans les mares à blé et que rougit un ciel d'été carmin plaqué sur une mer bretonne en dentelles d'écume crevées de gros cailloux." Paris,
Publications Sept Lettres pour mes amis, poèmes ; éd. L'Empreinte et la Nuit, Aix-en-Provence, 1966 Don Felipe, récit, (version espagnole, traduction de Raquel Mejias) éd. Jucar, Madrid, 1974 (avant-propos de Julio Cortazar) Demeures du passe vent, poèmes ; éd. l'Hexagone, Montréal, 1974 (illustrations de Léon Bellefleur) Trois dires pour un pays, poèmes : éd. L'Empreinte et la Nuit, Bruxelles, 1978 (illustrations de Jacques Lacomblez) Description pour Bevinco, récit ; éd. L'Empreinte et la Nuit, Aix-en-Provence, 1981 (Liminales de Claude Tarnaud, illustration d'Henriette de Champrel) Journal d'Œdipe, récit ; éd. Xamal, Saint-Louis du Sénégal, 1986 sous le pseudonyme de Tsering Rimpoché, Poèmes ; éd. Xamal, Saint-Louis du Sénégal, 1986 Poèmes pour Marie Carlier, in catalogue de l'exposition Marie Carlier, Fondation Goyens de Heusch pour l'art belge contemporain, Bruxelles, 1986 Don Felipe, récit ; éd. Quadri, Bruxelles, 1999 (préface de Jacques Lacomblez, avant-propos de Julio Cortazar, illustrations de Michel Olyff)
Participation à des revues Phases (Paris); Ailleurs (Paris) ; Edda (Bruxelles) ; Documento Sud (Naples) ; Lluc (Palma de Majorque) + ill. de couv.; Cuadernos Hispanoamericanos (Madrid)+ ill. de couv. 4 n°: texte Empecé a escribirte, Julio (J'ai commencé à t'écrire, Julio), in Hommage à Julio Cortazar ; Liberté (Montréal) + ill. de couv. ; Les Hommes sans épaules , second trimestre 2009, Librairie Galerie Racine (Paris)
Principales expositions Galerie Connaître, Paris, 1965 & 1966 Maison Van Gogh, Auvers-sur-Oise, 1965, 1966, 1976 (préfaces d'Yvonne Caroutch & Jacques Lacomblez) Alliance française : Panama & Lima (Pérou), 1970 Galerie Saint-Laurent, Bruxelles, 1972 La Boutique Solaire, Montréal, 1974 (préface de Roland Giguère) Galerie La Luberonne, La tour d’Aigues, Vaucluse, France, 1976 Galerie Les Deux B, Saint-Antoine sur Richelieu, Québec, 1977 Galerie La Condition solaire, Aix-en-Provence, 1989 Musée d'Art et d'Histoire de St-Brieuc, Côtes d'Armor - Bretagne : Phases à l'ouest (expo. coll.), 2008
Bibliographie Antologia de la poesia surrealista, par Aldo Pellegrini, Buenos Aires, 1961 Poètes singuliers du surréalisme et d'autres lieux, d'Aelberts et Auquier, éd. P.U.F, Paris, 1971 ; Dictionnaire Général du Surréalisme, dir. A. Biro et R. Passeron, éd. P.U.F., Paris, 1982 ;
Notes et références
Liens externes
Galerie et Editions Quadri Librairie Galerie Racine
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