De la démocratie en Amérique (publié en deux livres, le premier le , le second le ) est un essai écrit en français par Alexis de Tocqueville sur les États-Unis des années 1830, dans lequel il décrit puis analyse le système politique américain, et expose ce qu'il considère comme les possibles dérives liberticides de la passion de l'égalité chez les Hommes.

Le voyage de Tocqueville en Amérique En , Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont, magistrats, furent envoyés par le gouvernement français pour enquêter sur le système carcéral américain. Arrivés à New York en mai, ils passèrent dix mois en voyageant à travers les États-Unis, observant non seulement les prisons, mais plusieurs aspects de la société américaine, y compris l'économie et la politique. Alexis de Tocqueville rencontra le procureur général de l'État de Louisiane, Étienne Mazureau, qui lui fournit un certain nombre de données sociologiques, démographiques et linguistiques.

Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont séjournèrent aussi brièvement au Canada, passant quelques jours pendant l'été de dans le Bas-Canada et dans le Haut-Canada, les provinces qui devinrent le Québec et l'Ontario d'aujourd'hui.

Après être retournés en France en , tous deux soumirent leur rapport en sur le système carcéral américain qui s'intitula Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France. Beaumont écrivit ensuite un roman sur les relations raciales aux États-Unis, intitulé Marie ou l'esclavage aux États-Unis. En revanche, Tocqueville, qui était fasciné par la politique américaine, écrivit un traité d'analyse politique et sociale, De la démocratie en Amérique. L'œuvre de Tocqueville deviendra la plus influente des deux.

Résumé De la démocratie en Amérique est d'abord et avant tout une analyse sur la démocratie représentative républicaine, et de ses formes particulières aux États-Unis.

L'œuvre se divise en deux tomes distincts, publiés l'un en 1835, l'autre en 1840. Dans son introduction au premier tome, Tocqueville annonçait d'ailleurs qu'il renonçait au second tome (décision sur laquelle, de toute évidence, il dut revenir). Le premier tome est une analyse descriptive de la démocratie aux États-Unis. Il traite de l'impulsion que le mouvement démocratique donne à la forme du gouvernement, aux lois et à la vie politique – c'est-à-dire à la démocratie comme structure politique. Le second tome est une réflexion sur les formes particulières de la démocratie américaine. Cette réflexion s'élargit à des considérations générales sur la démocratie, notamment le risque de tyrannie de la majorité. L'œuvre traite de l'influence que la démocratie exerce sur la société civile, c'est-à-dire sur les mœurs, les idées et la vie intellectuelle.

Tocqueville spécula sur le futur de la démocratie aux États-Unis, et sur des dangers potentiels « à la démocratie » ainsi que des dangers « de la démocratie ». Il écrivit de la démocratie qu'elle a une tendance à dégénérer en ce qu'il décrivit comme « le despotisme doux ». Il observa aussi que le seul rôle que put jouer la religion était dû à sa séparation du gouvernement, permettant un pays laïc convenant aux deux parties.

Réception De la démocratie en Amérique a connu de nombreuses éditions au . Elle rencontra un vif succès en Europe ainsi qu'aux États-Unis, devenant au un classique de la politique, de la sociologie, de la philosophie et de l'histoire. Toutefois au tournant du et du , l'ouvrage n'était plus guère lu, bien que toujours présent dans la mémoire collective. Ce n'est qu'à partir des années 1930 qu'il a connu un véritable regain de faveur et qu'il s'est imposé comme un classiqueAndré Jardin, « Préface », dans Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1986, p. 7..

L'aspect visionnaire de cette œuvre a marqué les esprits. De fait Tocqueville a prédit plusieurs événements qui se sont réalisés au fil du temps. Ainsi de la question de l'abolition de l'esclavage qui allait déchirer les États-Unis au cours de la Guerre de Sécession (1861-65); de la disparition des nations indiennes (« Je crois que la race indienne de l’Amérique du Nord est condamnée à périr, et je ne puis m’empêcher de penser que le jour où les Européens se seront établis sur les bords de l’océan Pacifique, elle aura cessé d’exister »Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique I, Paris, Flammarion, 1981, coll. "GF", p.438.); de l'émergence des États-Unis et de la Russie comme super-puissancesAlexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique I, Deuxième Partie, Conclusion : "Il y a aujourd'hui sur la terre deux grands peuples qui, partis de points différents,semblent s'avancer vers le même but : ce sont les Russes et les Anglo-Américains. Tous deux ont grandi dans l'obscurité ; et tandis que les regards des hommes étaient occupés ailleurs, ils se sont placés tout à coup au premier rang des nations, et le monde a appris presque en même temps leur naissance et leur grandeur. Tous les autres peuples paraissent avoir atteint à peu près les limites qu'a tracées la nature, et n'avoir plus qu'à conserver ; mais eux sont en croissance : tous les autres sont arrêtés ou n'avancent qu'avec mille efforts ; eux seuls marchent d'un pas aisé et rapide dans une carrière dont l’œil ne saurait encore apercevoir la borne. L'Américain lutte contre les obstacles que lui oppose la nature; le Russe est aux prises avec les hommes. L'un combat le désert et la barbarie, l'autre la civilisation revêtue de toutes ses armes : aussi les conquêtes de l'Américain se font-elles avec le soc du laboureur, celles du Russe avec l'épée du soldat. Pour atteindre son but, le premier s'en repose sur l'intérêt personnel, et laisse agir, sans les diriger, la force et la raison des individus. Le second concentre en quelque sorte dans un homme toute la puissance de la société. L'un a pour principal moyen d'action la liberté; l'autre, la servitude. Leur point de départ est différent, leurs voies sont diverses; néanmoins, chacun d'eux semble appelé par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains les destinées de la moitié du monde.", menant à une bipolarisation (situation que le monde connaîtra sous le nom de guerre froide), du rôle croissant de l'administration dans la vie des citoyens, comme conséquence de l'exigence d'égalité de ceux-ci, ou bien encore du renoncement des citoyens à leur liberté au profit d'une plus grande égalité, comme cela eut lieu au dans les sociétés totalitaires. Plus discutable peut être sa prédiction de la violence entre les partis politiques et du jugement des sages par les ignorants.

De fait la démocratie américaine comportait, selon Tocqueville, des faiblesses potentielles : le despotisme populaire, la tyrannie de la majorité, l'absence de la liberté intellectuelle, faiblesses conduisant à la dégradation de l'administration et occasionnant la chute de la politique bénéfique, de l'éducation et des belles-lettres. Si De la démocratie en Amérique fut rapidement reconnue comme une œuvre majeure par nombre de commentateurs, elle fut aussi critiquée pour certaines lacunes : ainsi de la quasi-absence de la mention de la pauvreté dans les grandes villes (même si l'on peut faire valoir que dans les années 1830, au moment où Tocqueville rédigeait son livre, la pauvreté n'était pas aussi répandue ni aussi critique qu'elle le devint plus tard dans les villes américaines), et d'une façon plus générale de l'impasse faite par l'auteur sur la question sociale.

Analyse de l’oeuvre

Organisation politique En Nouvelle-Angleterre (Est de l'Hudson), les Anglo-Américains ont fondé une nouvelle société égalitaire dépourvu des principes aristocratiques. En particulier, l'héritage du père à l'aîné est remplacé par un partage équitable parmi tous les enfants. Au Sud-Ouest de l'Hudson, les grands propriétaires ont importé les lois aristocratiques comme les lois successorales anglaises où la terre se transmet du père à l'aîné afin de conserver l'emprise d'un nom sur un territoire. Enfin, au Sud de l'Hudson, une troisième organisation politique basée sur l'esclavage et qui n'est pas tout à fait aristocratique voit le jour. Ce sont ces riches propriétaires du Sud qui ont commencé à concentrer l'action politique, et qui ont contribué à la Révolution américaineTocqueville, A. (1835). Démocratie en Amérique (p. 46). C. Gosselin.. Tocqueville mentionne que le Maryland a été le premier État à revendiquer le suffrage universel et, par conséquent, a introduit un gouvernement démocratique. Il explique aussi qu'une fois initiées, les forces de la démocratie sont incapables d'être arrêtées et que, finalement, ces forces tendent à arriver au suffrage universelTocqueville, A. (1835). Démocratie en Amérique (p. 55). C. Gosselin..

Tocqueville mentionne son admiration envers l'organisation politique américaine, particulièrement pour les townships étant donné que la politique est gouvernée par le peuple. Comme les colonies devaient suivre la loi de leur mère patrie, elles se réduisirent bientôt à s'engager dans les townships, ce qui rendit, plus tard, possible le dogme de la souveraineté. La commune, située en taille entre celle d'un quartier et de la commune de France, était la taille idéale pour permettre à tous les habitants de partager les mêmes intérêts. A ce dernier point, il attribue la bonne administration. Chaque commune avait son représentant, ceux-là étaient appelés selectmen qui, bien qu'ayant une certaine autonomie pour prendre de petites décisions, devaient les prendre en se concentrant sur la volonté populaireTocqueville, A. (1835). Démocratie en Amérique (p. 54-60). C. Gosselin..

« En France, le gouvernement prête ses agents au township. En Amérique, le township le prête au gouvernement »Tocqueville, A. (1835). Démocratie en Amérique (p. 61). C. Gosselin.. De cette façon, il a comparé la différence entre la monarchie en France et la démocratie en Amérique. Au sein des townships, croyait-il, les gens ont trouvé l'indépendance et le pouvoir qui à long terme permettent l'ordre et la tranquillité, car savoir que chaque habitant travaille au bien-être commun. La centralisation, a-t-il estimé, pourrait être bonne pour maintenir le statu quo, mais elle a aussi de mauvaises conséquences, par exemple, elle habitue les gens à résoudre tous les aspects de la vie sociale et, par conséquent, leur fait manquer d'indépendance et de propriété. Un avantage des effets politiques de l'organisation américaine est que les gens ont le sentiment de faire partie de quelque chose pour le bien commun.

Après la guerre d'indépendance, il y a eu une division des partis : le parti fédéral, désireux de restreindre le pouvoir populaire, et le parti républicain, épris de libertéTocqueville, A. (1835). Démocratie en Amérique (p. 168). C. Gosselin.. L'auteur mentionne que, bien que les gens aient beaucoup d'influence sur leurs lois et leur organisation, les affaires extérieures de l'État étaient hors de leur portée, car les intérêts extérieurs étaient placés entre les mains du président et du SénatTocqueville, A. (1835). Démocratie en Amérique (p. 217). C. Gosselin.. Ainsi il considérait important que ceux qui représentent le peuple aient les mêmes intérêts qu'eux, afin que ces représentants veillent à la prospérité commune. Contrairement aux États où règne la démocratie, dans le cas des aristocraties, les aristocrates ne recherchent que leurs propres intérêts et leur prospérité, pas celui du peuple.