Les langues régionales ou minoritaires en France sont un ensemble de langues géographiquement et historiquement implantées sur le territoire français, autres que la langue française. Les variétés régionales du français ainsi que les langues issues de l'immigration ne sont pas considérées comme des langues régionales<ref>La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires établit que :Au sens de la présente Charte par l'expression « langues régionales ou minoritaires », on entend les langues pratiquées traditionnellement […] elle n'inclut ni les dialectes de la (des) langue(s) officielle(s) de l'État ni les langues des migrants.</ref>. Par contre, par exemple, des langues comme le basque, le gascon en Val d'Aran, le catalan, parlées de part et d'autre de la frontière franco-espagnole, sont reconnues comme des langues régionales en France.
Elles sont parfois appelées dialectes, parlers ou patois plutôt que langues, afin d'insister sur leur caractère local. Cependant, en linguistique, « dialecte » désigne une variété significativement distincte d'une langue donnée, tandis que « patois » tend à être évité du fait de sa valeur souvent péjorative. Certains linguistes tels Henriette Walter se servent indifféremment de ces trois termes Henriette Walter, Le français dans tous les sens..
Statut officiel L' de la Constitution française de 1958 mentionne, depuis sa modification par la loi constitutionnelle du , que , faisant ainsi du français la seule langue officielle en France.
La révision constitutionnelle du ajoute l' de la Constitution qui reconnait la valeur patrimoniale des langues régionales : .
Les langues régionales font l'objet d'une première reconnaissance en France en 1951 avec la loi Deixonne, qui introduit le basque, le breton, le catalan et l’occitan dans l'enseignement. D'autres langues suivront : le corse en 1974., le tahitien en 1981., les créoles guadeloupéen, martiniquais, guyanais et réunionnais en 1984, quatre langues kanak (l'ajië, le drehu, le nengone et le paicî) en 1992..
Les langues régionales peuvent également être choisies comme langues vivantes au baccalauréat. Ces langues sont les suivantes : basque, breton, catalan, corse, langues mélanésiennes (l'ajië, le drehu, le nengone et le paicî), langue d’oc, tahitien (1993). Ces langues, ainsi que le gallo, les langues régionales d'Alsace et les langues régionales de Moselle peuvent quant à elles faire l'objet d'une épreuve facultative (option). En 2005, le créole y est ajouté.
En 2001, la Délégation générale à la langue française devient la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF).
Au Bureau européen pour les langues moins répandues, la branche française regroupe dix communautés linguistiques : breton, catalan, corse, langues créoles, allemand/alsacien, basque, luxembourgeois/mosellan, flamand, occitan et langues d'oïlLangues de France sur le site du Bureau européen pour les langues moins répandues (EBLUL)..
Un rapport établi à la demande du gouvernement de Lionel Jospin en 1999, par Bernard Cerquiglini, de la Délégation générale à la langue française, intitulé Les langues de la France, a répertorié au sein d'une liste de , celles auxquelles aurait pu s'appliquer la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.. La France signe de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires sur les 98 que comporte le texte, mais sans les ratifier. Le processus de ratification s’est interrompu en quand le Conseil constitutionnel, saisi par Jacques Chirac, alors président de la République, estime que cette charte contenait des clauses inconstitutionnelles, incompatibles en particulier avec l' de la Constitution. Nécessitant une nouvelle modification de la Constitution pour permettre cette ratification.
Depuis 2021, la loi Molac prévoit la généralisation de l’offre d'enseignement des langues régionales..
Définition de la Charte européenne
Au sens de la présente Charte : par l'expression « langues régionales ou minoritaires », on entend les langues pratiquées traditionnellement sur un territoire d'un État par des ressortissants de cet État qui constituent un groupe numériquement inférieur au reste de la population de l'État ; et différentes de la (des) langue(s) officielle(s) de cet État ; elle n'inclut ni les dialectes de la (des) langue(s) officielle(s) de l'État ni les langues des migrants..
Quoique la Charte insiste sur la notion de territoire pour chaque langue, elle définit néanmoins ce que l'on appelle les langues minoritaires qui sont pratiquées par des ressortissants de l'État qui sont différentes de la (des) langue(s) pratiquée(s) par le reste de la population de l'État, mais qui, bien que traditionnellement pratiquées sur le territoire de l'État, ne peuvent pas être rattachées à une aire géographique particulière de celui-ci. .
Histoire Ancien Régime
Durant les guerres de Religion la maîtrise des langues régionales, des parlers locaux et des sociolectes paysans est indispensable aux belligérants afin de pouvoir introduire des soldats déguisés dans les villes à prendre..
Recensement de 1806 En 1806, sous Bonaparte, à l'occasion du recensement de la population, le bureau de la statistique du ministère de l'Intérieur conduisit, sous la direction de Charles Coquebert de Montbret, une enquête linguistique dans toutes les communes de l'Empire français. Coquebert de Montbret en donna les résultats après la chute de l'Empire dans les frontières de la France de 1815, dans un Essai d'un travail sur la géographie de la langue française..
L'enquête linguistique, qui additionna la population des communes, au recensement de 1806, suivant la langue maternelle des habitants, trouva que l'on parlait flamand dans des communes de l'actuelle région Nord-Pas-de-Calais totalisant ( dans le département du Nord et dans le Pas-de-Calais). Des dialectes allemands étaient parlés dans des communes de l'Alsace-Moselle, totalisant ( dans l'actuelle région Alsace et dans l'actuel département de la Moselle). Le breton était parlé dans des communes de l'ouest de la Bretagne totalisant . Le basque était parlé dans des communes de l'ouest de l'actuel département des Pyrénées-Atlantiques totalisant . Enfin le corse (et quelques parlers liguriens et grecs) était parlé en Corse, dont la population était de en 1806.
D'après les résultats du recensement de 1806, la France métropolitaine comptait si l'on prend les frontières de 2013..
Une fois déduits les habitants de langue flamande, allemande, bretonne, basque et corse, restaient donc de langues romanes en France métropolitaine continentale, que Coquebert de Montbret définit comme étant . Concernant les patois (terme générique qu'il emploie) que Coquebert de Montbret recense (Essai d'un travail sur la géographie de la langue française, ) comme idiomes de la langue d’oc, il les nomme successivement , d’ouest en est : gascon, périgourdin, limousin, languedocien, provençal et dauphinois.
Les travaux modernes des linguistes permettent d'estimer que sur ces , environ vivaient dans des zones où l'on parlait l'occitanSomme des populations au recensement de 1806 des actuels départements des Alpes-de-Haute-Provence, des Hautes-Alpes, des Alpes-Maritimes de l'Ardèche, de l'Ariège, de l'Aude, de l'Aveyron, des Bouches-du-Rhône, du Cantal, de la Corrèze, de la Creuse, de la Dordogne, de la Drôme, du Gard, de la Haute-Garonne, du Gers, de la Gironde, de l'Hérault, des Landes, de la Haute-Loire, du Lot, du Lot-et-Garonne, de la Lozère, du Puy-de-Dôme, des Pyrénées-Atlantiques (moins les des communes bascophones indiqués par Coquebert de Montbret), des Hautes-Pyrénées, du Tarn, du Tarn-et-Garonne, du Var, du Vaucluse et de la Haute-Vienne, ainsi que les 23 communes occitanophones des Fenouillèdes (Pyrénées-Orientales). Voir base de données Cassini : , dans des zones où l'on parlait le catalanPopulation du département des Pyrénées orientales au recensement de 1806 moins les 23 communes occitanophones des Fenouillèdes. Voir base de données Cassini : , environ dans des zones où l'on parlait le francoprovençalSomme des populations au recensement de 1806 des actuels départements de l'Ain, de l'Isère, du Jura, de la Loire, du Rhône, de la Savoie et de la Haute-Savoie. Voir base de données Cassini : , et enfin environ dans des zones où l'on parlait des langues d'oïl de la France métropolitaine (dans ses frontières de 2013) au recensement de 1806 moins les habitants de toutes les autres zones linguistiques précédemment mentionnées..
Tableau récapitulatif : +Langues parlées en France métropolitaine (dans ses frontières de 2013) au recensement de 1806Population des départements français au recensement de 1806 dans la base de données Cassini : LangueNombre de locuteurs Pourcentage de lapopulation française Langues d'oïl 58,5 % Occitan 25 % Francoprovençal 7,4 % Dialectes allemands 3,5 % Breton 3,3 % Corse 0,6 % Flamand 0,5 % Catalan 0,4 % Basque 0,4 % Total 100%
Rapport Cerquiglini En 1999, Bernard Cerquiglini, dans un rapport au gouvernement Jospin en vue de la ratification éventuelle de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, a dressé une liste de 75 langues régionales et minoritaires en France métropolitaine et d'outre-mer. La Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) s'en est largement inspirée pour établir sa propre listeListe qui s'est d'ailleurs rallongée par rapport à celle de Cerquiglini, lorsque la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLF), service du Ministère de la Culture a séparé le saintongeais du poitevin en 2007 DGLF - Ministère de la Culture.. Treize de ces langues font aujourd'hui l'objet d'un enseignement public : dans le cadre de la loi Deixonne : le basque, le breton, le catalan et l'occitan ; depuis 1974 : le corse ; depuis 1981 : le tahitien ; depuis 1992 : ; depuis 2006 : le gallo (initiation à la langue), le francique lorrain et l'alsacien.
Depuis 2008, l'article 75-1 de la Constitution française de 1958 reconnaît les langues régionales comme appartenant au patrimoine de la France. Aucune n'a cependant statut de langue officielle, qui est celui du seul français.
De nombreux habitants des départements français d'Afrique du Nord parlaient l'arabe dialectal ou le berbère et se sont installés en métropole sans cesser d'être des ressortissants français (ce qui est le cas des Harkis). Bernard Cerquiglini, auteur du rapport, considère que cette situation correspond à ce que définit la charte et intègre ces deux langues dans la liste des langues minoritaires de France.
Il fait de même avec l'arménien occidental, du fait de l'implantation arménienne en France après le génocide des Arméniens dans l'empire ottoman en 1915-1916Online Encyclopedia of Mass Violence : http://www.massviolence.org/The-Extermination-of-Ottoman-Armenians-by-the-Young-Turk-Regime.. Dans son rapport les langues minoritaires sans territoire sont donc : le berbère l'arabe dialectal le yiddish le romani chib l'arménien occidental
La DGLFLF a rajouté deux langues : le judéo-espagnol la langue des signes française
De constitution récente ( - ), la langue des signes française (LSF) est perçue par nombre de ses utilisateurs comme un idiome minoritaire non (re)connu par la population entendante. Constitutive d'un phénomène tant culturel que sociologique, la LSF compte plus de 300 000 personnes signantes en France, la plupart sourd, mais aussi des entendants (interprètes, chercheurs, éducateurs, professeurs, etc.)..
Évolution du nombre de locuteurs