vignette|redresse=0.75|Cyllare et Castor (amphore d'Exékias, VIe siècle av. J.-C.) Cyllare ou Cyllarus (en grec ancien Κύλλαρος / Kýllaros) est un cheval divin de la mythologie grecque et romaine appartenant aux Dioscures.
Les écrits d'auteurs baroques l'associent au XVII siècle à la constellation du Petit Cheval.
À la suite d'une série d'erreurs de traduction dans des textes anglophones du XIX siècle, le cheval Cyllare est aussi connu sous la forme de Celeris, un supposé « frère de Pégase ».
Étymologie vignette|redresse=0.75|left|alt=Un bernard-l'hermite sans coquille, montrant son abdomen recourbé en spirale. |Sous sa coquille, le bernard-l'hermite a le corps courbé (κυλλός). La signification exacte de Kýllaros est incertaine.
Le mot κύλλαρος (kýllaros) ou σκύλλαρος (skýllaros) désignait en grec une sorte de crabe ou de bernard-l'hermite. Ce terme a ainsi donné son nom à une famille de crustacés, les Scyllaridae, ou cigales de mer. En lien avec ce sens, Kýllaros pourrait être apparenté à κυλλός (kullós, « courbé, déformé »).
D'après une autre hypothèse, le nom Kýllaros viendrait du mot κιλλός (killós, « gris, âne »).
Une autre possibilité, mentionnée dans la Souda, serait le mot κέλλειν (kellein, « mettre en mouvement »), pour signifier « rapide ».
Mythe
Cheval des Dioscures D'après un fragment d'Alcman, Cyllare est l'un des deux chevaux donnés par Poséidon à la déesse Héra, qu'elle offre par la suite aux Dioscures. Certaines sources postérieures à l'Antiquité le disent parfois fils de la harpie Podarge et cadeau du dieu Mercure :Cette version trouve son origine dans la notice Κύλλαρος de la Souda, qui résume un fragment du poème de Stésichore sur les jeux funèbres en l'honneur de Pélias ; ce résumé omet Héra, pourtant présente dans le fragment, créant ainsi une ambiguïté en listant directement Cyllare après les deux chevaux fils de Podarge donnés par Hermès. Dans le texte de Stésichore, Héra offre aux deux frères les chevaux qu'elle tient de Poséidon, tandis que le dieu Hermès leur fait don d'une seconde paire de chevaux, nés de la harpie : Cyllare était parfois considéré comme le cheval de Castor, parfois comme celui de Pollux ; certains, comme Stace, considéraient même que les dieux jumeaux se partageaient le cheval en alternant.
Couleur vignette|alt=Une mosaïque ancienne montrant un cheval blanc derrière homme nu.|Castor avec un cheval blanc, mosaïque du triomphe de Bacchus, IIe siècle, musée d'ÉcijaLes Dioscures sont connus pour monter des chevaux blancs : un de leurs épithètes est Λευκόπωλοι (Leukópoloi, « aux chevaux blancs »), Pindare les appelle λευκοπώλων Τυνδαριδᾶν (leukopólōn Tundaridân, « Tyndarides aux blancs coursiers »).
Les auteurs romains notent également ce détail, Florus, dans son Histoire romaine, parle de Dioscures montés sur des chevaux blancs, comme Ovide, qui dans ses Métamorphoses, mentionne leurs chevaux « plus blancs que neige ».
Stace raconte dans sa Thébaïde que Cyllare a eu des poulains avec des juments spartiates à l'insu de son maître, qui l'avait laissé pour partir naviguer avec les Argonautes. Ces descendants de Cyllare sont les chevaux de course du héros Amphiaraos, qui participe à une course de char habillé en blanc, avec un harnachement blanc et des chevaux blancs. Le nom de l'un d'entre eux, Cycnus (« cygne ») évoque sa couleur ; il est lui aussi décrit comme étant « plus blanc que la neige ».
Quelques textes anglophones du XIX siècle parlent de Cyllare comme d'un cheval noir ; c'est une mésinterprétation des Métamorphoses d'Ovide, cette description étant celle du centaure Cyllare.
Monuments D'après une croyance romaine, une apparition des Dioscures aurait eu lieu lors de la bataille du lac Régille, durant laquelle les deux divinités auraient fait boire leurs chevaux à la fontaine de Juturne. Selon la légende, le cheval de Castor aurait également laissé une empreinte de sabot sur un rocher, près du lac Régille. Cette trace sur un rocher était toujours visible du temps de Cicéron.
Cyllare aurait été représenté, ou du moins associé, au Temple de Castor : Stace l'y place, imaginant Cyllare regarder la statue équestre de Domitien depuis ce temple.
« Celeris », le « frère de Pégase »
Cyllarus ou Celeris ? Le nom du cheval « Celeris » ne vient pas d'un texte grec ou romain. Sa première mention date du XIX siècle :
Cette description correspond à celle qui était faite de Cyllare dans les ouvrages antérieurs : Plusieurs autres textes du XIX siècle en anglais mentionnent le cheval des Dioscures sous des orthographes déformées, comme « Cykaros » ou « Gilaros ». Le véritable cheval est Cyllare, une figure attestée dans les textes antiques et dans les ouvrages astronomiques antérieurs au XIX siècle, comme les livres de l'astronome Jérôme Lalande ou les atlas célestes d'Aegidius Strauch, de Corbinianus Thomas ou de Christian Gottlieb Semler.
Celeris signifie en latin « rapide », ce qui a pu porter à confusion. C'était cependant sous la forme Celer que le mot était utilisé par les Romains comme nom de cheval.
Frère de Pégase vignette|alt=Un tableau représentant Persée coupant la tête de Méduse, un cheval ailé et un homme sortent du cou de celle-ci. |Chrysaor et Pégase naissant du cou tranché de Méduse. The Death of Medusa I (1882), Edward Burne-Jones. La première mention de la constellation du Petit Cheval représentant un frère de Pégase vient d'un livre de Robert Goodacre : Goodacre a cependant mal interprété la citation d'Ovide qu'il utilise pour justifier ses dires : le frère de Pégase à qui le poète latin fait référence est le géant Chrysaor, un être humanoïde qui surgit du corps mort de Méduse en même temps que le cheval ailé. Il ne s'agit donc pas d'un second cheval ou de Cyllare.
Cette version erronée est ensuite reprise dans des livres sur les constellations. L'astronome américain Elijah Hinsdale Burritt la combine en 1833 avec l'histoire de « Celeris » telle qu'on la trouve chez Jacob Green, rattachant son nom à cette histoire de frère de Pégase. Elle est reprise sous cette forme par Richard Hinckley Allen dans son Star Names de 1899, qui la popularisera : l'histoire d'un cheval nommé Celeris qui serait le frère de Pégase est ainsi due à une suite d'erreurs de traductions anglophones du XIX siècle.
Constellation du Petit Cheval Le poète romain Martial parle dans un de ses épigrammes d'un « astrifero Cyllarus » (soit « Cyllare, placé parmi les astres »), et mentionne, dans un autre, que Cyllare se trouve dans la constellation des Gémeaux (qui est celle des Dioscures).
Au XVII siècle, Philipp von Zesen, dans son Coelum Astronomico-Poeticum de 1662, parle de Cyllare comme du cheval de la constellation, tout en listant d'autres chevaux historiques et mythologiques (comme Bucéphale ou le cheval que le dieu Neptune fit apparaître d'un coup de trident lors de sa dispute avec Minerve pour nommer la ville d'Athènes) qui pourraient selon lui représenter le Petit Cheval.
L'édition de l'Astrognosia d'Aegidius Strauch de 1659 ne mentionne pas Cyllare, contrairement à celle de 1668, qui reprend des exemples de von Zesen pour le Petit Cheval ; c'est aussi le cas pour Il cannocchiale aristotelico d'Emanuele Tesauro où un épigramme sur le Petit Cheval mentionne Cyllare dans le chapitre « Trattato degli Emblemi » de l'édition de 1675 alors qu'il est absent dans l'édition de 1654.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Pégase (mythologie) Liens externes Poème en latin d'Emanuele Tesaure sur Cyllare et le Petit Cheval
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