Éric Dupond-Moretti , né Éric Dupond le à Maubeuge (Nord), est un avocat, homme politique et acteur de théâtre français, possédant également la nationalité italienne.

Avocat pénaliste pendant plus de trente-quatre ans, il est réputé pour le nombre d'acquittements qu'il a obtenus au cours de sa carrière. Il est garde des Sceaux, ministre de la Justice de 2020 à 2024. Mis en examen pour prise illégale d'intérêts dans le cadre de ses fonctions de ministre, il est relaxé en 2023 par la Cour de justice de la République.

Situation personnelle Origines et formation Né le à Maubeuge, Éric Dupond est le fils unique de Jean-Pierre Dupond, ouvrier métallurgiste originaire de l'Avesnois, et d'Elena Moretti, femme de ménage d'origine italienne. À partir de 4 ans, il est élevé par sa mère seule et ses grands-parents paternels, Achille et Louise Dupond, son père étant mort d'un cancer... Il grandit à Cousolre.

Élève indiscipliné, il est envoyé par sa mère après la sixième en internat à l'Institution Saint-Pierre à Fourmies, d'où il est finalement renvoyé avant la terminale. Il obtient un baccalauréat général scientifique C, alors qu'il se considère littéraire, en 1979 au lycée Notre-Dame de Valenciennes, et débute ses études de droit à l'université de Lille, où il voue une admiration pour son professeur de sciences politiques José Savoye, doyen.

Sa vocation d'avocat trouve ses origines dans l’histoire familiale . Son grand-père maternel Paolo Moretti, immigré italien, est retrouvé mort en 1957 dans des conditions suspectes, le long d'une voie ferrée. Son oncle dépose une plainte sans qu'une enquête soit ouverte.. Cela le décidera à choisir la voie du droit pénal. Dupond-Moretti dit : . Comme chez plusieurs grands pénalistes orphelins de père (Robert Badinter, Georges Kiejman, Hervé Temime), son enfance est marquée par ce sentiment d'injustice.. Mais le véritable déclic se produit en 1976 — il a alors 15 ans — lorsqu'il entend à la radio l'annonce de l'exécution de Christian Ranucci..

Dans son livre Directs du droit, il écrit être devenu avocat par .

Il effectue plusieurs travaux précaires durant ses études : fossoyeur, maçon, ouvrier à la chaîne, déchargeur de sacs de sable, serveur dans des boîtes de nuit ou serveur de restaurant, assistant d'éducation., tout en étant boursier. Il va régulièrement s'asseoir sur les bancs de la cour d'assises pour écouter les plaidoiries.

Il obtient une maîtrise en droit privé à l'université de Lille et est reçu à l'examen d'entrée du centre de formation professionnelle des avocats de Lille en 1983 qui vient d'ouvrir. Peu intéressé par les enseignements très généralistes du centre (alors qu'il souhaite être pénaliste), il est peu assidu et termine dernier de sa promotion. Il obtient néanmoins son certificat d'aptitude à la profession d'avocat en 1984. Il effectue en parallèle un stage auprès de l'avocat lillois Jean Descamps, qui deviendra un mentor.

Vie privée En 1991 il épouse HélèneSon nom de famille n'est pas cité dans les sources., une ancienne jurée rencontrée lors d'un procès d'assises, avec qui il a deux fils, Clément Dupond-Moretti, et Raphaël Dupond-Moretti, et dont il divorce en . Il partage sa vie depuis avec la chanteuse québécoise Isabelle Boulay.

Bon mangeur et buveur, passionné de chasse, il possède une ferme en Flandre française avec des chiens d'arrêt et des rapaces élevés pour la chasse au faucon. Il est aussi passionné et défenseur de la corrida.... Il possède des vignes.

Grand fumeur, son trac le fait vomir avant chaque plaidoirie pendant des années.

En octobre 2020, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) dévoile les déclarations d’intérêts et de patrimoine des membres du gouvernement Castex. Éric Dupond-Moretti apparaît alors, bien qu'il soit endetté à la hauteur des trois quarts de la valeur vénale de son patrimoine immobilier, comme l'un des ministres les plus riches du gouvernement, avec notamment un patrimoine immobilier brut de plusieurs millions d'euros....

En janvier 2023, son fils Raphaël est mis en garde à vue dans la station de ski de Courchevel, en Savoie, à la suite d'accusations de violences conjugales.

Carrière d'avocat Débuts de carrière Après avoir prêté serment comme avocat le à Douai, il s'inscrit au Barreau de Lille. Il tente vainement d'intégrer plusieurs cabinets d'avocats pénalistes réputés dans toute la France. Par l'intermédiaire de Jean Descamps, il rencontre son mentor, l'avocat toulousain Alain Furbury, dont il porte ensuite la robe.

Il décide en 1985 de passer le concours d'éloquence des avocats du barreau de Lille : la Conférence du stage. Il est lauréat ex æquo ce qui lui donne le droit de prononcer un discours le jour de la rentrée judiciaire et lui permet d'être repéré par un avocat en droit du travail, Eric Lewalle, associé du professeur José Savoye.

Lewalle l'engage alors dans son cabinet d'avocat de Lille. Moretti commence sa carrière dans les prud'hommes, côté employeurs. Il négocie un mi-temps en droit pénal, notamment dans les commissions d'office.

Il se concentre finalement exclusivement sur le pénal et ouvre son premier cabinet à Lille, boulevard Carnot, en 1986. Il cherchait particulièrement à obtenir la nullité des procédures, pratique peu courante à l'époque à Lille. Son cabinet est transféré rue de la Monnaie en 1989. En 1991 il s'associe à Stefan Squillaci, spécialiste en droit civil et commercial, dans un nouveau cabinet rue Royale dans lequel il reste 25 ans.

Médiatisation et notoriété Lors de sa première affaire, des pièces qui lui sont destinées sont envoyées à un confrère nommé également Dupond, ce qui le décide alors d'adjoindre à son patronyme, à titre d'usage, le nom de sa mère (Moretti), lui rendant ainsi hommageEsther Leneman, « Les petites voix » sur Éric Dupond-Moretti, émission sur Europe 1, 2 août 2014, 31 min 52 s., puis prend officiellement ce nom en 2010En 2009 (Journal officiel du 7 juin 2009, page 9327), il demande à changer de nom au titre de l'article 61 du Code Civil et y sera autorisé par décret en 2010 (Journal officiel du 20 février 2010, p. 3217)Paul Courbis de Bridiers de Villemor, Dictionnaire des changements de noms - Autorisations par décrets en France - 2010-2020, Patrice du Puy éditeur , p. 116 et 340.

Il obtient son premier acquittement pour un meurtre le .

En 1993 il déclare dans les médias, où il est très présent depuis des années, être victime d'un de la part du procureur José Thorel. qui aurait tenté de le faire tomber dans un dossier de stupéfiants, des traces de cocaïne ayant été retrouvées dans sa berline. Il subit alors une perquisition et une garde à vue qui auraient pu mettre fin à sa carrière.

Pour ses résultats, il est surnommé « Acquittator » dans les prétoiresJoëlle Porcher, « . Ses victoires lui valent aussi le surnom d'« Ogre du Nord ».. Son aversion à l'égard d'une certaine magistrature, ... En il obtient son acquittement.

Selon ses propres dires, le surnom qu'on lui donne était initialement « Acquittador », en référence à sa passion pour la tauromachie et le rôle joué par le matador. Ce surnom fut repris en « Acquittator » transformant ainsi le « D » en « T », en référence cette fois à Terminator, par un journaliste présent au moment des faits lors d'une conférence à MarseilleÉmission « On n'est pas couché », 19 mai 2012, France2., sobriquet qu'il n'apprécie pas..

Inscription au barreau de Paris En 2016 il s'inscrit au barreau de ParisDelphine de Mallevoüe, « Éric Dupond-Moretti, le colosse fêlé », Le Figaro, encart « Le Figaro et vous », samedi 18 / dimanche 19 mars 2017, p. 40. et fonde, en association avec l'avocat Antoine Vey, le cabinet Dupond-Moretti & Vey..

Vincent Hugeux de L'Express décrit en 2018 la situation paradoxale qui fait du « tonitruant défenseur des humbles, des sans-grades », l'avocat ou le conseiller de certains chefs d’État africains peu respectueux des règles démocratiques et des droits de l'Homme..

En , après sa nomination en tant que ministre de la Justice, il demande son omission du barreau..

Affaires pénales

En il défend Omar Zemmiri lors du procès des membres du gang de Roubaix. Zemmiri est condamné à de réclusion criminelle..

En , parmi ses acquittements, figure celui de la « boulangère » Roselyne Godard, lors du premier procès d’Outreau, devant la cour d'assises de Saint-Omer (Pas-de-Calais), cette affaire le faisant accéder à une notoriété nationalePascale Robert-Diard, « 64 acquittements au compteur », 28 octobre 2007, prdchroniques.blog.lemonde.fr, consulté le 21 novembre 2007..

En il obtient l'acquittement de Jean Castela, accusé d'être le commanditaire de l'assassinat du préfet Claude Érignac, condamné à trente ans de réclusion criminelle en première instance.

En il parvient à obtenir en appel l'acquittement de Michel Pinneteau. Celui-ci avait été préalablement condamné en 2004 à de réclusion criminelle dans l'affaire dite « Des indics vraiment trop discrets », liberation.fr, 6 novembre 2002., mais sera en revanche condamné à trois ans de prison dans la même affaire pour « vols avec arme »« Le triple meurtre de l'Estéron avait fait grand bruit en mars 1999 », nicematin.com, 21 décembre 2015..

En 2010 il plaide pour Jacques Viguier, accusé du meurtre de sa femme Suzanne Viguier : il obtient la confirmation de son acquittement lors du procès en appel devant la cour d'assises du Tarn le « Jacques Viguier de nouveau acquitté du meurtre de sa femme », AFP sur Le Monde, 20 mars 2010..

En 2011 il assure la défense d'Yvan Colonna aux côtés de Gilles Simeoni, d’Antoine Sollacaro et de Pascal Garbarini.

Le il obtient l’acquittement de Loïc Sécher, qui a déjà passé neuf ans en prison, à la suite d'une condamnation pour viol à seize ans de réclusion criminelle. Dupond-Moretti plaide lors du procès en appel et affirme que cette affaire Sécher est un Flore Galaud, « leïc Sécher définitivement acquitté », Le Figaro.fr, le 24 juin 2011..

En 2012 il défend Denis Mannechez en adoptant la perspective de l'inceste consenti.

En il assure la défense de Jacques Mariani, fils de Francis Mariani, chef présumé du gang de la Brise de merFace au truand corse Jacques Mariani, les victimes de racket se font conciliantes, Le Monde, 16 février 2012.

vignette|Éric Dupond-Moretti, le 11 avril 2012 à Paris.

En il assure la défense d'Abdelkader Merah« Le frère de Merah prend Dupond-Moretti », Le Figaro, 28 juin 2012., frère du terroriste Mohammed Merah, accusé de complicité dans les attentats perpétrés par celui-ci ayant abouti à la mort de trois militaires, de trois enfants et d'un professeur en dans la région de Toulouse.. La manière dont il assure cette défense lui vaut une cinglante critique de la part de Bernard-Henri Lévy. Toutefois, son client est condamné, en appel, à trente ans de réclusion criminelle le pour et ...

Lors du troisième procès du docteur Jean-Louis Muller, devant la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle, il obtient son acquittement, le . Le docteur Muller, qui a toujours clamé que son épouse s'était suicidée à leur domicile d'Ingwiller, en 1999, avait précédemment été condamné à deux reprises pour meurtre à vingt ans de réclusion criminelle, d'abord en 2008, par la cour d'assises du Bas-Rhin, puis en 2010, en appel, par la cour d'assises du Haut-Rhin, l'arrêt de la cour d'appel ayant été cassé en 2011 par la Cour de cassationAudrey Pelé, « La Cour de cassation annule la condamnation du Dr Muller », lefigaro.fr, 22 juin 2011..

En il fait partie des avocats qui défendent les intérêts des deux jeunes héritiers, ces hommes accusés d'avoir assassiné en Dominique Aubry sur sa péniche francilienne. Tous deux sont acquittés, puis, après l'appel du parquet, rejugés en . Dupond-Moretti et ses confrères obtiennent une nouvelle fois leur acquittement lors de ce second procès....