vignette|Vue du chevet de la Sagrestia Nuova. La Sagrestia Nuova (en français, Nouvelle Sacristie) fait partie de la basilique San Lorenzo de Florence, l'un des chefs-d'œuvre de Michel-Ange en tant qu'architecte et sculpteur. Conçue au comme « pendant » de la Sagrestia Vecchia de Filippo Brunelleschi et Donatello, elle fait aujourd'hui partie du complexe muséal des chapelles des Médicis.

Histoire

Contexte vignette|Tombe de Julien de Médicis. La mort des deux descendants de la Maison de Médicis, Julien de Médicis (1479-1516), duc de Nemours, et Laurent II de Médicis, duc d'Urbino (1519), avait profondément aigri le pape Léon X, respectivement frère et oncle des deux ducs, qui s'était consacré pour favoriser leur carrière et pour s'assurer qu'ils obtiennent les premiers titres de noblesse de la famille. Ces deux défunts ne sont pas des membres très importants de la famille. Ironie de la situation, Léon X donna le duché d'Urbin à ce Laurent lorsqu'il le prit à l'héritier de Jules II, le fidèle mécène de Michel-Ange pour le tombeau.

L'émergence de la nécessité de leur préparer un enterrement princier, comme le suggère également son cousin Jules, cardinal puis à son tour le pape sous le nom de Clément VII à partir de 1523, se substitue définitivement au projet de Michel-Ange pour la façade de San Lorenzo, engageant l'artiste dans un nouveau projet concernant la même basilique. L'église est le lieu de sépulture de la famille Médicis depuis un siècle, mais à l'époque, il n'y a pas d'espace disponible pour créer un nouvel ensemble monumental : la chapelle familiale historique, la Sagrestia Vecchia de Brunelleschi et Donatello, est un ensemble d'équilibre sobre et mesuré, dans laquelle aucune autre décoration ne pourrait être ajoutée sans compromettre l'ensemble ; la crypte, où se trouvent certains membres de la famille, ne répond pas aux souhaits de faste et de célébration des commanditaires. Même pour Laurent de Médicis dit « le Magnifique » et son frère Julien de Médicis (1453-1478), un enterrement digne n'a pas encore été réalisé, de sorte que le besoin de créer un nouvel environnement dans lequel disposer les restes des deux « ducs » (ou « capitaines » en raison de leur habit militaire) et les deux « magnifiques » semble naturelBaldini, cit. ..

C'est sans doute la mort inopinée de Laurent en qui donne l'impulsion décisive à la construction du mausolée.

Projet vignette|Michel-Ange, Laurent de Médicis. Michel-Ange est choisi pour la construction, la compétence requise étant avant tout sculpturaleF. Zöllner, C.Thoenes, ., qui est fraîchement sorti de l'impasse sur le projet de façade dont le contrat est définitivement résilié en . Jamais auparavant, et presque jamais plus après, autant d'architecture et de sculpture n'allaient se déployer dans un espace aussi réduit.

Un environnement indépendant est conçu, symétrique et de proportions similaires à la sacristie de Brunelleschi, à l'intersection entre le transept et le chevet du côté nord, s'inscrivant ainsi dans une tradition étable, la construction de Brunelleschi ayant été instituée par Giovanni d'Averardo de Médicis et abritant le tombeau de Cosme de Médicis, évitant ainsi une autoreprésentation par trop ostentatoire de la famille, dont le pouvoir au sein de la ville n'est pas encore définitivement assis. Le plan choisi est tout à fait similaire au modèle : d'une base carrée avec une petite scarsellaune abside architecturale, terme issu de l'italien scarsella, bourse en ancien florentin. côté ouest dans un rapport 1/3, et deux compartiments de service de chaque côté de celle-ci, le tout recouvert d'un dôme avec une lanterne.

Lors de la phase de conception, Michel-Ange pense à diverses solutions, avant de choisir la version définitive. Il proposa ainsi quatre plan des tombeaux. Les premiers rappellent tant le tombeau de Jules II que le cardinal Jules de Médicis les refusentMurray, .. Le nœud du problème est de savoir comment organiser les quatre tombes en fonction de l'espace disponible, de l'autel et de l'entrée. La première idée est d'avoir des tombes placées dans les coins contre les murs (), mais déjà le de la même année, Michel-Ange présente au cardinal Giulio un projet avec un édicule au centre contenant les tombes, qui reprend l'idée initiale du tombeau de Jules II ; l'idée ne déplaît pas au client qui, malgré quelques doutes sur les proportions entre l'édicule et la chapelle, laisse à l'artiste toute liberté, lui demandant quand même un dessin explicatif. Celui-ci est fourni le et, une fois les doutes sur l'espace renouvelés, sans doute et surtout au regard du rituel liturgique qui devait s'y dérouler, le cardinal propose un arc quadrifrontal au centre : l'édicule est initialement conçu par Michel-Ange de deux « bras »Mesure florentine : 1 bras = 0,5836 m. de long, peut-être trop court pour contenir les tombes, puis quatre bras, trop large pour l'espace disponible.

L'artiste abandonne donc le plan avec les tombes du centre, optant pour leur disposition contre les murs et étudiant des variantes avec des sépultures simples ou doubles, jusqu'au projet définitif avec des tombes simples pour les ducs dans les murs latéraux et doubles pour « le magnifique » sur le mur en face de l'autel. Seuls celles des ducs seront finalement achevées : en 1521, le pape Léon meurt et les travaux sont interrompus.

Démarrage La question du démarrage des travaux a été récemment résolue par la recherche : Michel-Ange n'a pas trouvé de bâtiment existant ou commencé, mais a intégralement édifié la sacristie à partir des fondations. En , un contrat est conclu portant sur la livraison de pietra serena ; en novembre, on procède à la démolition de maisons encombrantes ; en , au moment où Giovanni Battista Figiovanni est nommé provveditore, la nouvelle construction est en cours. L'étage inférieur est achevé en 1521F. Zöllner, C. Thoenes, ..

Le , Michel-Ange fait extraire du marbre de Carrare en vue des tombeaux, ce qui confirme que le projet est déjà arrêté à cette époque.

Seconde phase Michel-Ange, du fait de ses voyages récurrents à Rome pour l'élaboration du Tombeau de Jules II, abandonne plusieurs fois la construction des différents éléments : il y travaille de 1520 à 1527 (suspension pendant le sac de Rome), et de 1530 à 1534 (arrêt du chantier par le pape). Cet inaboutissement est notoire, visible par les dessins préparatoires et études des projets qui nous sont parvenustrois études d'après Michel-Ange au département des arts graphiques du musée du Louvre..

Après l'élection au trône papal de Clément VII en 1523, en décembre de la même année, l'artiste reprend ses travaux à San Lorenzo. Jacopo Salviati propose alors que la sacristie accueille également le tombeau du pape Léon et, en son temps, celui de Clément VII. Giovan Francesco Fattucci, chapelain de la cathédrale Santa Maria del Fiore, envisage de répartir les trois murs entre les papes, les ducs et les « Magnifiques », dans cet ordre hiérarchique. Michel-Ange qui est à Rome propose alors de loger les tombeaux des papes dans la pièce attenante à la gauche de l'autel. Pour finir, Clément VII souhaite installer les tombeaux des papes dans l'église même. Deux ans plus tard, la question n'est pas résolue ; en fin de compte, tous deux ont été enterrés dans la basilique de la Minerve à RomeBaldini, op. cit., ..

En 1524, le coque du bâtiment (le gros œuvre et ses structures en pietra serena) est achevée et la lanterne dressée sur la coupole. En 1525, la lanterne est couronnée d'un polyèdre doré.

Au printemps 1524 Michel-Ange travaille sur les modèles d'argile pour les sculptures, en mars, il annonce que les encadrements des deux tombeaux ducaux seront achevés dans le courant de l'année, et à l'automne, tous les marbres de Carrare sont arrivés. Une première livraison de marbre destiné aux sculptures avait été embarqué pour Florence en , suivie d'autres livraisonsF.Zöllner, C. Thoenes, .. Entre 1525 et 1527, au moins quatre statues devaient avoir été achevées (dont La Nuit et L'Aurore) et quatre autres étaient déjà définies avec les modèles.

En 1526 le premier tombeau, celui de Laurent, est muré. Le , l'artiste envoie une lettre à Rome dans laquelle il écrit : « Je travaille le plus possible, et dans quinze jours, je ferai commencer l'autre Capitaine ; puis, parmi les choses importantes, il me restera plus que les quatre fleuves. Les quatre statues dans les caissons, les quatre statues reposant à terre, que sont les Fleuves, les deux Capitaines et la Vierge, qui doit aller dans le tombeau de tête, sont les statues que je voudrais faire de ma main : parmi celles-ci j'en ai commencé six. Je me sens capable de les faire en temps voulu et, pendant ce temps, de faire faire aussi les autres qui ont moins d'importance. » En plus des sculptures existantes, il y avait donc aussi quatre allégories fluviales (les fleuves de l'Hadès, ou peut-être les fleuves sous le règne des Médicis) gisant au pied des tombes, dont seul le modèle du fleuve Dieu est conservé dans la Casa BuonarrotiBaldini, cit. ..

Interruption et reprise du travail vignette|Michel-Ange, Madone Médicis. vignette|Giovanni Angelo Montorsoli, Saint Cosme. Après le coup dur porté par le pape Clément lors du sac de Rome (1527), la ville de Florence se révolte contre la domination des Médicis, chassant le duc peu aimé Alexandre de Médicis (1510-1537). Michel-Ange, bien qu'étant lié aux Médicis par des relations de travail depuis sa jeunesse, se range ouvertement du côté de la faction républicaine, participant activement, en tant que responsable des fortifications de Florence, aux mesures de défense contre le Siège de Florence de 1529-1530. Les Florentins battus, Michel-Ange fuit la ville, mais est déclaré rebelle et se présente spontanément pour éviter des mesures punitives plus graves. Le pardon de Clément VII ne se fait pas attendre, à condition que l'artiste reprenne aussitôt le travail à San Lorenzo où, en plus de la sacristie, le projet d'une bibliothèque monumentale a été ajouté cinq ans plus tôt. Il est clair que le pape est ému, plus que par pitié envers l'homme, par la conscience de ne pouvoir renoncer au seul artiste capable de donner corps aux rêves de gloire de sa dynastie, malgré son tempérament ingrat et prêt à la trahisonAlvarez Gonzáles, op. cit., ..

En , donc, les travaux reprennent dans la sacristie et à l'été, deux autres statues doivent être achevées et une troisième commencée. On sait aussi que le portrait de Laurent II de Médicis est réalisé entre 1531 et 1534, tandis que celui de Julien est confié en 1533 à Giovanni Angelo Montorsoli pour finition. A la même époque, l'artiste prépare deux statues allégoriques, le Ciel et la Terre, qui auraient dû être sculptées par Niccolò Tribolo et placées dans les niches sur les côtés du tombeau de Julien, mais qui sont restées vides : il fallait évidemment en prévoir deux autres pour le tombeau de Laurent. Entre-temps, entre 1532 et 1533, Giovanni da Udine travaille sur les stucs et les décorations du dôme, qui ont ensuite été supprimés.

Alors que les travaux florentins avancent de plus en plus péniblement (dans ces mêmes années Michel-Ange travaille aussi, en plus de la Bibliothèque, sur le tombeau de Jules II, pour lequel il prépare Les Esclaves), l'artiste, mécontent du climat politique, saisit l'occasion de nouvelles affectations à Rome et quitte Florence en 1534 sans plus y revenirAlvarez Gonzáles, op. cit., .. A ce moment, des éléments du décor de marbre gisent éparpillés au sol de la sacristie. Bien qu'il manque tout un mur avec les tombeaux du « Magnifique » et que les divinités fluviales, statues, stucs et fresques prévues par le contrat doivent encore être réalisées, la Sacristie est considérée comme achevée