La Société d'électricité Alioth était une ancienne filiale française de construction de matériel électrique créée en 1898 par la société suisse Elektrizitäts-Gesellschaft Alioth AG. Elle était implantée à Lyon et fut absorbée en 1911 par la société suisse Brown, Boveri & Cie (actuellement Asea Brown Boveri (ABB)), qui, au travers de sa filiale française, la Compagnie Électro-Mécanique (CEM), en fit une des unités de fabrication de moteurs électriques du groupeDivision Moteurs électriques : à Lyon (6, place Bir Hakeim) et à Décines (15, rue Sully) ; selon le répertoire du Groupe BBC, janvier 1983, dernier en vigueur avant le rachat de CEM par Alsthom..
vignette|Cliché AA — R.Alioth et Cie - En 1884 apparition de la dynamo compound « Helvetia » bobinée en anneau au stator.
Origines suisses de la société thumb|Voltmètre construit par R. Alioth et Cie de Bâle, 903, vers 1890.
thumb|Cliché C — Moteur à courant alternatif, construit par R. Alioth et Cie de Bâle, 1042, type MAfin de différencier les productions, les plaques des produits R. Alioth et Cie de Bâle portaient le chiffre suivant le M en petit caractère, tandis que celles des produits Elektrizitäts-Gesellschaft Alioth AG de Münchenstein portaient le chiffre suivant le M de la même taille., vers 1891.
La Société d'électricité Alioth de France était une filiale de la société suisse Elektrizitäts-Gesellschaft Alioth AG. Cette société suisse fut un pionnier de l'industrie électrique Citant : F. Mangold, Basler Wirtschaftsführer, 1933, 107-110. « Karweg 12 – Usine électrique de l'Oelberg », sur le site fr.ch, consulté le .. En témoignent encore aujourd'hui quelques exemplaires de ses réalisations (moteurs électriques et appareils de mesure, voir les clichés ci-contre), et les très nombreuses références dans la littérature technique. Elle fabriqua aussi du matériel ferroviaire, sur le site railetindustrie.com, consulté le 30 janvier 2009..
Aux origines, Johann Siegmund Alioth Citant : F. Mangold et H.F. Sarasin, Industrie-Gesellschaft für Schappe, 1924. fonda près de Bâle, à Arlesheim, en 1824, la première filature de schappeJean-Jacques Boucher, Arts et techniques de la soie – Projet associé : Routes de la soie - UNESCO, éd. Fernand Lanore, Paris, 1996, , 65-70. en Europe continentale. Elle s'appelait J.S Alioth & Cie. La société est dirigée ensuite par son fils Daniel August Alioth. Lequel eut un fils, Ludwig Rudolf Alioth. Après des études menées en Suisse et aux États-Unis, il collabore comme directeur technique, puis associé de son père à la filature de schappe.
Il s'associa en 1881 avec Émile Bürgin, alors éminent électricien et auteur de plusieurs brevets sur des moteurs électriques à « organes sphériques » dès 1875. Ces moteurs Bürgin à courant continu faisaient déjà preuve de beaucoup d'ingéniosité électrique comme l'on peut encore le voir au musée de Munschenstein (voir photos 2-3 et 4). L'inscription sur les plaques des moteurs passa alors de : « Système Bürgin patent Bürgin » à « Système Bürgin patent Bürgin & Alioth »
Puis, en 1883, Ludwig Rudolf Alioth créa sa propre société pour la construction de matériel électrique à Bâle. La firme se nomme R. Alioth et Cie.
thumb|Cliché D — Moteur à courant alternatif construit par la Elektrizitäts-Gesellschaft Alioth de Münchenstein vers 1897, type M3, 3672. À noter qu'un moteur électrique « Bürgin » à organes sphériques sur le rotor est présenté dans le périodique L'Électricité de 1881Bibliothèque du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), section : Centre de documentation d'histoire et techniques environnementales (CDHTE), périodique : L'Électricité, septembre 1881, 461-464. ; moteur figurant à l'exposition anglaise et dont on peut voir la gravure en 1883 dans la revue du même nom. Il est inscrit sur la plaque « Bürgin et Alioth » , sur le site abb.com, consulté le février 2009 ; 8 : « Charles E. L. Brown - Der Pionier », sur le site d'ABB, abb.com, consulté le 8 février 2009..
En 1884 est créé le modèle Helvetia, une dynamo compound (cliché AA). C'est la première machine bobinée en anneau au stator. Cette technique de bobinage préfigure les usages mis en pratique trois ans plus tard pour les premiers moteurs à courants alternatifs de la société.
Dans la littérature technique de l'année 1889, il est spécifiéBibliothèque du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), section : Centre de documentation d'histoire et techniques environnementales (CDHTE), périodique : L'Électricité, 1889. que la maison R. Alioth et Cie était connue mondialement Article sur l'Exposition universelle de Paris de 1889 : , 19 août 1889, dans La liberté (Fribourg), 196, 24 août 1889 ; sur le site doc.rero.ch, consulté le 2009., pour ses très nombreuses réalisations et ses réseaux industriels de force et de lumière en courant alternatif dès 1888, ce qui était téméraire à une époque où la tendance était presque exclusivement en faveur du courant continu. Ces moteurs à courant alternatif étaient alors exclusivement bobinés en anneau au stator (comme le montrent les clichés AA et A à l'arrière plan) valable aussi, comme on peut le voir, pour le courant continu.
Postérieurement, grâce à Georg Meidinger, entré chez R. Alioth et Cie comme ingénieur constructeur, selon les sources, en 1891 Query, Catalogue en ligne des Archives cantonales de Bâle-Ville : « Handel und Gewerbe SS 8.32. G. Meidinger & Co., 1900-1935 (Serie) ». ou 1892Serge Paquier, Histoire de l’électricité en Suisse, , 2, « 1891-1901– L'expansion rapide », 634., la firme réussit à maitriser le virage industriel vers les courants alternatifs. Des alternateurs, dynamos et moteurs de toutes sortes furent alors construits en série (voir cliché C) et de nombreux brevets furent pris.
La fabrique, implantée en pleine ville de Bâle dans le quartier de Claragraben, qui employait jusqu'à en 1894 se montra rapidement trop limitée en surface malgré les constructions successives d'étages supérieurs.
La société acquit alors, cette même année 1894, à MünchensteinArchives de l'État de Fribourg, sur le site fr.ch, consulté le 31 janvier 2009. en banlieue de Bâle, des terrains constructibles qui possédaient même un site hydraulique aménageable en usine de « force motrice électrique » et raccordés au réseau ferréSerge Paquier, Histoire de l’électricité en Suisse – La dynamique d'un petit pays européen, 1875-1939, Éditions Passé Présent, Genève, 1998, , ; 2, 636..
Tout cela favorisa le développement de l'entreprise dont les nouveaux locaux étaient construits spacieux et fonctionnels. Le nombre de monteurs et ouvriers passa en deux ans à peine à 374« L'électricité industrielle », dans Revue de l’électricité et de l'éclairage en général, 5, 1896, 44 et 7, 1898, 178..
Du matériel aussi ingénieux qu'audacieux fut construit, aussi bien en courant continu qu'alternatif monophasé ou polyphasé (biphasé, diphasé et triphasé). Une nouvelle génération de petits moteurs industriels vit le jour(voir cliché D). Le matériel ferroviaire, essentiellement des tramways, fit aussi la renommée de la fabrique tout au long de son existence.
En 1894, la direction prépara alors l'expansion en s'ouvrant à la finance bâloiseSerge Paquier, Histoire de l’électricité en Suisse, , 2, « 1891-1901– L'expansion rapide », 635 ; avec la liste du conseil d'administration de l'Elektrizitäts-Gesellschaft Alioth AG en 1895, sourcé par : Erster Geschäftsbericht der Elektrizitäts-Gesellschaft Alioth für das Jahr 1895, Bâle, 1896, 2. et en changeant de nom et de statut. Le la société en commandite R. Alioth et Cie devint la société anonyme Elektrizitäts-Gesellschaft Alioth (en français la Société d'Électricité Alioth). Son capital était d'un million de francs suisses et son siège était situé à Arlesheim près de Bâle.
Devant l'expansion du marché français et son potentiel de ventes, la société Elektrizitäts-Gesellschaft Alioth créa, en 1896, la Société d'applications industrielles (SAI). Elle était l'appui financier de la société en France et lui permit d'obtenir de nombreux marchésSerge Paquier, Histoire de l’électricité en Suisse, , 2, 638..
La Elektrizitäts-Gesellschaft Alioth s'implanta en France en 1896 par l'intermédiaire de la Société Électrique du Nord basée à Roubaix. Il est indiqué dans le Didot Bottin de 1897 que cette société était alors concessionnaire de la société Alioth de Bâle pour la construction et la vente de ses moteurs sans balais et sans collecteurDidot Bottin, 1897 (Bibliothèque historique de la ville de Paris)..
L'entreprise française thumb|Cliché E — Moteur à courant alternatif, construit par la Société d'électricité Alioth de Lyon, à résistance tournantes, dit « Alioth à coup de poing », type JMD5, 15720, vers 1905. thumb|Moteur alternatif à cage, construit par la Société d'électricité Alioth de Lyon, type JMDO, 19021, vers 1907.
thumb|Cliché F — Un des premiers moteurs CEM de l'usine de Lyon. Modèle construit dans la lignée des « Alioth », type 0812, 46462, année 1912.
Le partenariat avec la Société Électrique du Nord prit fin en 1898 avec la création par Alioth de sa propre filiale à Lyon, place de la BuireAujourd'hui place Bir-Hakem. dans le , par l'achat, en 1897, d'un terrain et d'un bâtiment appartenant aux Chantiers de la Buire (1847)J. Frossard de Saugy, Augustin Seguin, René de Prandières, , sur le site art-et-histoire.com, consulté le 31 janvier 2009, qui cite : Marie-Louise Louvicourt et Jean Lazare, Lyon 1900, au temps des années folles, Édition des 4 seigneurs, 1980 ; complété par : Didier Cazelles, Cahiers du Millénaire : Le Rhône, la ville, l'usine. qui faisaient à l'époque de la construction mécanique et de l'électricitéRevue de géographie de Lyon, volume 54, 1979, 340 .. En tout, cela représentait plus d'un hectare de terrains, des bâtiments raccordés aux voies ferrées ainsi que d'anciens ateliers de constructions électriques vieux alors d'une dizaine d'annéesArchives CEM, Usine de Lyon (1984) : Historique de l'usine de Lyon, « Les origines » 2-3..
En 1880, les Chantiers de la Buire avaient été repris par la Compagnie des Fonderies et Forges de l'Horme. En 1898 la société, devenue Société Nouvelle des Établissements de l'Horme et de la BuireDans la rubrique « L'électricité » du Didot Bottin de 1899, l'entreprise porte le nom de : Société nouvelle des établissements de L'Horme et de la Buire., vendit le département de production électrique créé en 1890 par les Forges et Fonderies de l'Horme à la Société d'électricité Alioth (avec en supplément l'appellation temporaire : Matériel électrique Alioth-BuireVoir dans le Didot Bottin de 1899.)Jean-Maris Giraud, (exposé de soutenance de thèse 1993), Bulletin du Centre Pierre Léon d'histoire économique, 4, 1994, 38 . Un bâtiment important destiné à l'usinage et l'assemblage des grosses machines fut alors construit.
Des records de fabrication y furent battus, notamment un alternateur de huit mètres de diamètre destiné à la compagnie du gaz de Lyon ou encore un alternateur à volant d'inertie de Archives CEM, Usine de Lyon (1984) : Historique de l'usine de Lyon, « Les origines » 4.. En tout, plus de (voir clichés 4 et 5), dynamos et alternateurs sortirent de ces ateliers. Il faut ajouter à cela les composants annexes que sont les rhéostats, transformateurs et appareils de mesures, ainsi que d'importantes commandes de matériel ferroviaire surtout à partir de 1906.
On peut citer, principalement dans le domaine de la traction pour les chemins de fer, les commandes pour les liaisons suivantes : Monthey-Champéry, Münster-Schlucht, Aigle-Ollon-Monthey ; des locomotives de pour les chemins de fer Paris-Lyon-Marseille, de la Bernina et de la WengenSerge Paquier, Histoire de l’électricité en Suisse, , 2, 644.. Mais aussi plusieurs équipements de lignes de chemins de fer locaux ainsi que des sous-stations pour le transport de force. Ceci vaut aussi bien pour la maison mère que pour sa filiale lyonnaise.