Pierre-Alexandre LemareDans son premier écrit connu, en 1794, « Lémare et Genisset, se disant républicains du Jura, réfugiés à Paris, peints par eux-mêmes », son nom porte un accent, qui disparaît ensuite dans ses autres publications. né le aux Faivres-en-Grandvaux, et mort le à Paris, est un homme politique, éducateur, linguiste et inventeur français.
Biographie Originaire d’une famille paysanne du Haut-Jura, descendant des serfs mainmortables de l’abbaye de Saint-Claude, d’un père bûcheron, c’est un petit paysan analphabète jusqu’à l’âge de . En 1778, le curé de son village, Pierre-Joseph Martelet, remarque son intelligence, lui donne des cours, notamment de thème latin, et persuade la famille de l’envoyer au collège de Saint-Claude, où il montre de grandes aptitudes, suit des cours de rhétorique à Dole, de philosophie à Saint-Claude, puis au séminaire de Lyon. Nommé professeur de rhétorique au collège de Saint-Claude, en , il est ordonné prêtre en avril.
Activité politique Lemare embrasse très tôt les idées révolutionnaires, prête le serment de la constitution civile du clergé, abdique le sacerdoce en , se marie et aura une fille, Camille, en 1801. Début 1794, il devient président de l’administration départementale du Jura. À la chute de Robespierre en 1794, il doit se réfugier à Paris, accusé d’avoir participé à la TerreurLui-même, dans son autobiographie, dit avoir agi surtout de façon opportuniste. Arrêté, emprisonné à Salins, il s’échappe, le , et se réfugie en Suisse.
Début 1796, on le retrouve maire de Grande-Rivière et, de nouveau, président de l’administration centrale du département du Jura.
D’emblée hostile à , dont il dénonce le Coup d'État du , il est en lien avec les opposants au nouveau régime, Pichegru, Moreau et surtout le général Malet, Comtois comme lui. À Paris, où il est depuis 1801, où il enseigne la grammaire à l’Athénée des Arts, héberge Malet et cache, à l’Athénée, des armes destinées aux conjurés. Quand le complot est découvert en 1808 et Malet arrêté, Lemare s’enfuit en Autriche. Reconduit à la frontière, il se réfugie sous le nom de Jacquet, à Montpellier, où il commence des études de médecine, avant de soutenir, en 1815, sa thèse de médecine à la faculté de Paris. Nommé, en 1811, chirurgien aide-major de la Grande Armée, il suit celle-ci jusqu’à Moscou dans la retraite de Russie.
En , de retour en France il se rallie à ; pendant les Cent-Jours, Lemare devient « Commissaire du Roi » et avec l’abbé Jean-Baptiste Lafon anime une propagande hostile à Napoléon dans le Jura et le Doubs, notamment auprès des commandants de place, les généraux Lecourbe à Belfort et Marulaz à Besançon. Il n’obtiendra aucune reconnaissance une fois le nouveau pouvoir en place.
Lemare revient alors à la vie civile. Son dernier acte politique est un texte pour l’abolition de la peine de mort publié en 1830.
Médecin et inventeur À la croisée de la révolution politique de 1789 et de la révolution technique du , ayant consacré sa thèse de médecine aux influences des idées libérales sur la santé, il cherche des applications utiles aux découvertes récentes sur la vapeurIl correspondra avec Claude de Jouffroy d'Abbans qui utilisait des machines à vapeur sur les bateaux de son invention.: : brevet pour la « marmite autoclave »Nicolas Appert en fera confectionner un de (le premier d’aussi grande dimension) en 1820 par l’ouvrier de Lemare. Nicolas Appert, L’art de conserver, 1831.. 1825 : invention du « caléfacteur », le premier autocuiseur. Il en assure la commercialisation et en vendra environ . 1833 : brevet pour le « calorilame », un appareil de chauffage domestique. : brevet pour le « Four aérotherme ». Le gendre de Lemare, Charles Auguste Fourdrin, construira en 1839 la première boulangerie industrielle au Petit Montrouge où ce four est utilisé et permet de cuire plus de pain par jour.
Linguiste Dès 1801, enseignant la grammaire, il ne cesse de publier de nombreux traités de linguistiqueIl est difficile d’en établir une liste exacte en raison des éditions successives sous des titres et avec des contenus modifiés ; le , il devient membre de l’Académie grammaticale fondée par Domergue.
En linguistique, Lemare ne sépare pas la théorie du langage de ses applications pratiques. Passionné par les problèmes d’enseignement de la langue et par l’apprentissage de la lecture, il publie des manuels et des méthodes où « à certains égards… il est un précurseur de la méthode globale de Maria Montessori et la gestalttheorie ».
La méthode de Lemare est originale : dans l’enseignement de la langue maternelle, au début, toute parole doit être accompagnée d’un geste explicatif, jusqu’au moment où la phrase parlée est assez connue de l’enfant pour suffire seule à lui rappeler l’idée, sans le geste qui y était associé. Puis, modifiée peu à peu par des substitutions qu’expliquent de nouveaux gestes, cette phrase parlée éveille dans l’esprit des idées nouvelles qui s’ajoutent à celles qu’elle exprimait sous sa première forme, et qui concourent à la formation d’un répertoire varié, où chaque mot a une valeur exacte, et chaque phrase une signification nettement déterminée. Une fois la langue maternelle ainsi apprise, l’étude d’une langue étrangère quelconque, vivante ou morte, devient relativement aisée. La langue maternelle remplace le geste explicatif et devient la clef de la langue étrangère.
Son Cours de lecture publié en 1818 et repris en 1829 est illustré : il fait commencer par l’étude d’un alphabet composé de ; à chacun de ces signes alphabétiques correspond une figure qui simule la forme de la lettre, et qui reçoit un nom dans lequel se trouve le son représenté par cette lettre. Ainsi, pour la , la figure est celle d’un homme penché qui se heurte contre un tronc d’arbre, et qui s’écrie Ah ; pour la , ce sont deux lutteurs dont l’un est debout, tandis que l’autre s’arcboute contre lui : comme il y a deux hommes, la figure s’appelle Deux ; pour la , ce sont deux têtes de bœuf liées à un joug, qui est placé verticalement : la figure s’appelle Bœufs. Quand l’élève connaît tous ces signes et le son auquel ils correspondent, on lui présente des phrases, qu’il décompose en syllabes, puis en lettres. Cette méthode est une combinaison du système hiéroglyphique de Bertaud et du procédé analytique recommandé par l’abbé de Radonvilliers et Nicolas Adam.
Publications
Le chevalier de la vérité, trad. de l’allemand de , Paris, 1814.
Manière d’apprendre les langues ; suivie de l’analyse et de l’examen des méthodes ou projets de méthodes de Despautère, Coménius, Port-Royal, Locke, Rollin, Dumarsais, Pluche, Radonvilliers, Lhomond, Maugard, Pestalozzi, et d’un mot sur le procédé de Lancastre, Paris, 1817.
Philosophie de la lecture, Paris, 1818.
.
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie Michel Vernus et Max Roche, Dictionnaire biographique du département du Jura, 1976, . . . . .
Liens externes
Autobiographie de Pierre-Alexandre Lemare
Catégorie:Linguiste français Catégorie:Inventeur français du XIXe siècle Catégorie:Personnalité politique de la Révolution française Catégorie:Personnalité politique du Premier Empire Catégorie:Traducteur français Catégorie:Étudiant de la faculté de médecine de Montpellier Catégorie:Enseignant à l'École centrale Paris Catégorie:Traducteur depuis l'allemand vers le français Catégorie:Naissance en février 1766 Catégorie:Naissance dans la province de Franche-Comté Catégorie:Décès en décembre 1835 Catégorie:Décès dans l'ancien 10e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 69 ans