vignette|Burins avec différentes lames Le burin est l’un des principaux outils utilisés en taille-douce pour réaliser des gravures à la ligne.
Ce terme désigne également la plaque gravée au burin ainsi que les impressions, les épreuves, qui en sont tirées à partir d'une presse.
Le mode d'impression propre à cette technique se nomme « impression en taille-douce », cette dernière n'étant pas uniquement celle de la gravure au burin, mais s'appliquant à l'ensemble de l'impression de la gravure en creux. Notons cependant que pour certains puristes, qui veulent en conserver le premier sens, la taille-douce est uniquement la gravure au burin..
Le burin sert aussi dans la gravure sur bois de bout — qui est cependant une technique de taille d'épargne et non de taille-douce ; on trouve également l'appellation dans ce cas de « gouge », un ciseau à bout arrondi« Gouge » (2), définition lexicale de la base CNRTL..
Description
Définition et description En gravure, le burin, l'instrument d'acier dont on se sert pour graver sur les métaux« Burin », notice étymologique sur la base du CNRTL. se présente sous la forme d'une tige de section carrée, rectangulaire ou losange, en acier trempé, qui chauffée au rouge, est insérée dans un manche en bois appelé « champignon ». . L’extrémité du burin est sectionnée en oblique jusqu'à former une pointe soigneusement affûtée sur la section oblique afin de creuser un sillon dans une plaque de métal ou de bois.
Des tailles Le sillon s'appelle une « taille » — mot que l'on retrouve dans les expressions taille d'épargne et taille-douce — et sa principale caractéristique est d'être nette et sans rebord, soit très fine, soit très profonde. Il existe différents types de taille : à section triangulaire, arrondie, ou dentelée, celle-ci permettant de tracer des sillons parallèles. Les burins les plus utilisés sont les carrés ; ceux à lames en losange permettent des tailles plus étroites et plus profondes et ne servent que pour les traits droits car ils tournent mal. La grosseur des lames est indiquée par un numéro ; il en existe une douzaine.
Échoppe Le graveur a aussi à sa disposition des échoppes, reconnaissables au fait que l'une des sections est plate. On trouve des échoppes à ventre rond, ou triangulaire, à section ovale (appelées « onglettes »), à section creuse (ou « langue de chat »), et des échoppes rayées (appelées « vélo »). Le même dessin peut devenir onctueux ou sec, coloré ou pâle, selon que l'échoppe du graveur l'aura évidé discrètement ou rigoureusement. Le mot « échoppe » est contemporain du mot « burin » : apparus à l'usage dans la langue française au , « échoppe » est une altération du mot « eschaulbre », puis « eschaupre », et enfin « eschope », une sorte de ciseau, ou racloir, termes dérivant du latin , le ciseau. Cet instrument est employé par les graveurs, les ciseleurs, les clicheurs et les orfèvres, et sert à écharper, cisailler, entailler le métal. En anglais, on retrouve dans le verbe , l'idée de couper, sectionner« Échoppe (2), notice », définitions lexicographiques et étymologiques avec références, sur la base du CNRTL..
Historique
Il semble que les outils de la gravure au burin soient ceux que les orfèvres utilisaient. Au , le moine Théophile les mentionnait déjàDiversarum artium schedula..
Vasari, en 1550, confirme le lien entre orfèvre et graveur au burinLe Vite.. La gravure sur cuivre souffre d'un handicap par rapport à la gravure sur bois : cette dernière pouvait être imprimée en même temps que le texte, à condition que le bois et les caractères respectent tous deux la hauteur typographique (c'est-à-dire de hauteur en France). Or, la gravure sur cuivre nécessitait deux opérations et deux presses.
Le premier livre illustré de gravures au burin est imprimé à Bruges en 1476. En 1477, un ouvrage est édité à FlorenceIl Monte Santo di Dio, par Antonio Bettini, chez Laurenntii, orné de gravées sur cuivre d'après Sandro Botticelli. avec des gravures sur cuivre exécutées par Baccio Baldini.
Exécution
Plus que toute autre technique de gravure, le burin nécessite espace et lumière : de l'espace, car l'outil doit rester dans la même position. C'est la plaque qui tourne et à cet effet, elle sera posée soit sur un coussin, soit sur une planchette en bois. la lumière doit être tamisée à l'aide d'un
Les outils utilisés sont l'ébarboirAndré Béguin : , le brunissoir, la loupe et le ou les burins.
L'ébarboir doit être correctement affûté pour qu'il n'y ait aucune trace sur la plaque au moment où le graveur enlève les barbes laissées par la taille.
On peut graver au burin sur différents métaux. Le zinc sera choisi pour sa mollesse, l'acier pour sa dureté, le cuivre réunit toutes les qualités, fermeté, souplesse, précision, résistance et bonne réaction à l'encrage.
Le geste du buriniste permet de changer la forme de la terminaison des sillons, en carré ou en pointe.
Autrefois, le buriniste établissait un tracé préparatoire soit avec un papier gélatine transparentAndré Béguin : , soit grâce à l'eau-forte des graveursIl s'agit ici de morsures très légères qui seront reprises à l'outil et qu'il convient de ne pas confondre avec le travail de l'aquafortiste..
La gravure s'effectuait en plusieurs étapes : tout d'abord, les lignes principales avec accentuation des tracés opposés à la lumière et ensuite la mise en place des valeurs. C'est ce qu'on appelle, depuis le , le « beau métier », la « belle taille » ou le « burin rangé ». Des familles de graveurs comme les Drevet, les Tardieu, les Cochin, ont porté cette technique à son summum.
Dans ce contexte, les tailles devaient rester parallèles : les noirs étaient obtenus par engraissement du traitOn parle alors de « gravure claire », dont l'auteur le plus représentatif est Claude Mellan., ou par contre-tailles (croisement de traits). Les petits traits et les pointillés permettaient d'obtenir des demi-teintes. Enfin, le copeau dégagé par le burin devait être proportionnel à la grosseur de la lame.
Corriger n'est pas une mince affaire : si la taille est fine, le graveur se contente du brunissoir. En cas de trait plus profond, le travail doit être mené avec un ébarboir. Dans le cas d'une taille trop importante, il faut utiliser le compas courbe et le marteau. Le compas courbe ou compas de correction est . La plaque posée sur le « tas d'acier » (petite enclume) sera tamponnée avec le marteau à repousser.
Impression Avant l'encrage de la plaque, il est nécessaire d'humidifier le papier : celui-ci doit être suffisamment souple pour pénétrer dans les traits les plus fins.
L'encre, naturellement consistante, est préparée sur le marbre d'encrage avec quelques gouttes d'huile. La plaque est légèrement chauffée et l'encrage se fait au tampon : ainsi, on fait pénétrer l'encre dans chaque taille. L'essuyage est la partie délicate : les blancs doivent être impeccables et les contrastes nets. Dans un premier temps, une boule de tarlatane permet d'enlever le plus gros de l'encre superflue : la structure du tissu évite de pénétrer dans les tailles. En même temps le mouvement du centre vers les bords permet . L'opération se répète avec deux autres boules de tarlatane.
À ce stade, il reste encore des traces d'encre. Pour affiner le travail d'essuyage, on prend des feuilles de bottin (papier fin et peu absorbant) que l'on passe délicatement avec la paume à la surface de la plaque. On termine cet essuyage avec la paume de la main légèrement frottée dans du blanc de Meudon, ou du blanc d'Espagne ; . Pour compléter l'opération, on essuie les tranches au chiffon propre afin d'avoir un pourtour (ou « cuvette ») impeccable.
On obtient ainsi une épreuve dite « nature », . L'épreuve est dite « retroussée » lorsqu'en fin d'opération on passe un chiffon de gaze ; .
Il ne reste plus qu'à déposer la plaque sur la presse.
L'épreuve devra sécher une douzaine d'heures, protégée par un « papier serpente » ou papier de soie.
L'art du burin en ses domaines d'application
Notes et références
Annexes Bibliographie . J.-E. Bersier, La Gravure, Paris, 1976. Abraham Bosse, Traité des manières de graver en taille douce, Paris, 1645. E. David, Discours historique sur la gravure en taille-douce et sur la gravure sur bois, Paris, 1808. H. Delaborde, La Gravure. Précis élémentaire de ses origines, de ses procédés et de son histoire, Paris, s.d. Denis Diderot et N. d'Alembert, « Imprimerie en taille-douce », dans Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers ; Stuttgart-Bad, reprint, 1996. A. Donjean, Initiation à la gravure : eau-forte, pointe sèche, aquatinte, burin, Paris, 1975. Albert Flocon, Traité du burin, préface de Gaston Bachelard, Paris, Blaizot, 1952. S. Haden, About etching, Londres, 1878. A. von Humbert, Abrégé historique de l'origine et des progrès de la gravure et des estampes en bois et en taille-douce, Berlin, 1752. A. Krejca, Les Techniques de la gravure, Gründ, 1983. G. Mariani, Le Tecniche calcografiche di incisione diretta, Rome, 2003, . M. C. Paoluzzi, La Gravure, Solar, 2004, .
Liens externes
Le burin en taille-douce.
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