ou (mort en 1183) est le deuxième abbé prémontré de l'abbaye de Bonne-Espérance (Hainaut) et un théologien du .
Biographie Philippe de Bonne-Espérance (), dit Philippe de Harveng, est parfois appelé Philippe l'Aumônier () ou de l'Aumône (); sous ce nom, il ne doit pas être confondu avec un homonyme contemporain, Philippe de l'Aumône, archidiacre de Liège en 1146 puis moine de Clairvaux..
Philippe est né vers 1100, vraisemblablement à Harveng, près de Mons (Hainaut). Sa famille n'était pas noble. Ayant été confié à un évêque, il fait ses études dans une école épiscopale (on ignore laquelle), avant d'être admis dans l'ordre des chanoines réguliers de Prémontré. Il devient prieur de l'abbaye de Bonne-Espérance, sous le gouvernement de l'abbé Odon, en 1130. Aux environs de 1149, Philippe se querelle avec le célèbre moine Bernard de Clairvaux au sujet du transfert d’un religieux de Bonne-Espérance, nommé Robert, vers l’abbaye de Clairvaux, comme en témoigne la Lettre X de sa correspondance. Il entre également en conflit avec deux confrères qui accusent le prieur Philippe de semer la discorde.. Ses détracteurs déchaînent contre lui une campagne de calomnies, allant jusqu'à le dénoncer aux supérieurs de l'ordre, à l'archevêque de Reims et à l'abbé de Clairvaux. Bien qu'il bénéficie du soutien de l'évêque de Cambrai, ses supérieurs le relèguent dans une autre abbaye, en compagnie de sept confrères. Comme la rumeur publique commence à s'émouvoir sur son sort, ses ennemis aggravent leurs calomnies et l'accusent d'un crime infâme, passible du bûcher.. Philippe proteste de son innocence et multiplie les démarches, adressant, entre autres, une nouvelle lettre de reproches à saint Bernard (Lettre XI). Deux ans plus tard, en 1151, son innocence est reconnue à l'occasion d'un chapitre général de l'ordre, mais il écrit au pape Eugène III car il entend être complètement réhabilité (Lettre XII). En 1152, Philippe de Harveng peut donc regagner Bonne-Espérance, dont il devient, à la démission d'Odon, le deuxième prélat de 1157 à 1182.. Tout en prenant soin de la communauté des sœurs prémontrées de Rivreulle, il gouverne son abbaye avec sagesse. Il aurait augmenté les revenus de l'abbaye et obtenu pour elle des privilèges de la part des papesIl peut s'agir d'Adrien IV (1154-1159) et d'Alexandre III (1159-1181). et de l'empereur. Sevestre dit « l'empereur Henri », mais cela paraît impossible car, à l'époque où Philippe est actif, règnent Lothaire IV (1133-1137) et Frédéric (1155-1190). S'agirait-il d'Henri V (1080-1125) ? Mais, dans ce cas, le privilège accordé ne pourrait être dû à l'habileté de Philippe.. En tout cas, l'abbé de Bonne-Espérance traite aussi bien avec les dignitaires de l'Église qu'avec les puissances séculières, comme en font foi la Lettre XVI, à l'intention de Philippe , comte de Flandre, dit Philippe d'Alsace (1143-1151), et la lettre XVII, à l'intention d'Henri , comte de Champagne et de Brie, dit Henri le Libéral (1127-1181). Après avoir, l'année précédente, renoncé à la charge abbatiale, Philippe meurt pendant le carême de 1183, le 11, 12 ou .
On aurait aimé terminer ce portrait en ajoutant que, fin lettré, Philippe se piquait de poésie. Nicolas Chamart, abbé de Bonne-Espérance avait publié les œuvres complètes de son illustre prédécesseur en 1620-1621. Au , en reprenant cette édition, Migne soulignait déjà que certaines épitaphes étaient en réalité l'œuvre de Hildebert de Lavardin.. Depuis, on a fait la preuve qu'aucun des poèmes des n'était dû à la plume de Philippe. À peine peut-on conjecturer que les énigmes proviennent du milieu de Bonne-Espérance.. Il n'en reste pas moins que l'emploi intensif de la rime à l'intérieur de textes en prose, demeure un critère d'attribution à Philippe de Harveng.
Théologie Gestionnaire de Bonne-Espérance, Philippe de Harveng est un surtout grand intellectuel. Composées en latin, ses œuvres, révèlent une connaissance approfondie de l'Écriture Sainte et des Pères de l'Église, mais aussi des auteurs latins (Virgile, Horace ou Sénèque). Aux côtés de ses contemporains, un Bernard de Clairvaux, un Hugues de Saint-Victor ou un Rupert de Deutz, il apparaît comme un représentant de la haute culture théologique du .
Méthode Ses lettres à des étudiants (II et III à Héroard; IV à Engelbert; XVIII et XX à Richer) le montrent attentif à l'acquisition des connaissances, y compris à l'apprentissage du grec et de l'hébreu. Ancien étudiant d'une école cathédrale, il pratique la . : cette méthode théologique consiste à dégager un problème du donné révélé et à le formuler sous forme d'une question concise, avant de compiler méthodiquement et d'évaluer d'un point de vue critique toutes les (passages bibliques ou opinions des Pères de l'Église) sur le sujet; ceci fait, le maître détermine sa position en proposant une . À ce genre de la appartiennent les petits traités sur la damnation de Salomon et le salut d'Adam, ainsi que certaines lettres (I à Guerric, abbé de Saint-Vaast d'Arras ; V, VI et VII à Jean, prévôt prémontré) et les livres sur l'Institution des clercs. Philippe suit donc la même méthode théologique que son contemporain Pierre Abélard : une méthode qui prépare la scolastique universitaire du en se distinguant, fortement, par sa technicité et son intention plus « scientifique », de la culture monastique de l'époque, d'orientation. C'est cependant à un ouvrage relevant davantage de cette théologie sapientielle, qu'il doit d'avoir laissé un nom dans l'histoire de la mariologie.
Mariologie Le commentaire sur le Cantique des cantiques est une exégèse spirituelle du texte biblique, dans la ligne de la mystique de Bernard de Clairvaux. Si l'on en croit la préface qu'il a écrite, Philippe aurait été le premier à proposer une interprétation dans laquelle l'Époux et l'Épouse préfigurent le Christ et Marie dans le mystère de l'Incarnation. En réalité, il se trouve ici en concurrence avec Rupert de Deutz, car tous deux ont étendu à la Vierge ce qui avait longtemps été appliqué uniquement à l'Église. Sur de telles bases, la mariologie de Philippe est plutôt maximaliste : il ne reconnaît pas l'Immaculée Conception, mais affirme l'Assomption corporelle ; témoin privilégié de l'Incarnation, Marie est l'épouse du Christ, l'éducatrice des apôtres et la mère spirituelle des fidèles, enfin la médiatrice sans laquelle on ne peut appartenir au Christ.. Ces positions, qui ont influencé Guiard de Laon et Hermann Joseph de Steinfeld, marque l'inflation médiévale du culte marial, sous l'influence de l'esprit courtois.
Spiritualité Le commentaire et les moralités sur le Cantique servait à l'accompagnement spirituel des religieux. De même, outre la biographie originale de sainte Ode, Philippe a transposé en prose rimée les des saints Augustin, Saulve, Feuillen, Ghislain et Landelin (ces trois derniers étant des saints locaux de l'époque mérovingienne, fondateurs d'abbayes), afin de répondre aux besoins liturgiques de la communauté. À ce propos, on pourra trouver des informations utiles à la compréhension de la vie religieuse durant , notamment chez les Prémontrés, dans les six livres composant le . Les quatre premiers livres constituent une seule : il s'agit de l'intervention de Philippe dans une polémique initiée par Rupert de Deutz avec son opuscule . Philippe prend la défense des clercs, auxquels il assimile les chanoines réguliers. Il est ainsi le premier à définir une spiritualité propre au sacerdoce, soulignant d'ailleurs dans les deux autres que l'obéissance et le silence ne sont pas l'apanage des moines. Cette spiritualité des clercs s'aligne avant tout sur celle des fidèles : il s'agit de pratiquer la foi, l'espérance et la charité, ainsi que les autres vertus. Cependant, conformément à l'esprit de la réforme grégorienne, les clercs ont le devoir de mettre en exergue leur élection, la science, la pauvreté et la continence..
Œuvres de Philippe de Harveng Correspondance (21 Lettres) : (Guéric, abbé de Saint-Vaast d'Arras); (Héroard, étudiant); (Héroard, étudiant); (Englebert, étudiant à Paris); (Jean, prévôt d'une maison prémontrée); (Jean, prévôt d'une maison prémontrée); (Jean, prévôt d'une maison prémontrée); (Grégoire); (Barthélemy, évêque de Laon); (Bernard de Clairvaux, réponse à la lettre 253 de celui-ci); (Bernard de Clairvaux); (au pape Eugène III); (destinataire inconnu); (Radulphe); (Adam); (Philippe , comte de Flandre, dit Philippe d'Alsace); (Henri , comte de Champagne et de Brie, dit Henri le Libéral); (Richer, étudiant à Paris); (Chancelier Raynald de Dassel, archevêque de Cologne); (Richer, étudiant à Paris); (Guillaume).
Théologie (exégèse typologique du Cantique des Cantiques, avec une interprétation mariale). (six petits traités sur les devoirs des clercs : 1) la dignité; 2) la science; 3) la justice; 4) la continence; 5) l'obéissance; 6) le silence. (Le songe de Nabuchodonosor). (commentaires sur le Cantique des Cantiques). (Le salut du premier homme). (La damnation de Salomon).
Hagiographie Œuvres authentiques : (Vie de saint Augustin, évêque d'Hippone). (Martyre de saint Saulve). (Vie de saint Feuillen). (Vie de saint Ghislain, confesseur et abbé). (Vie de saint Landelin, abbé de Crespin en Hainaut). (Vie de sainte OdaOda, prieure de Rivreulle, éphémère couvent situé sur le territoire de Vellereille-les-Brayeux, non loin de l'abbaye de Bonne-Espérance ()., vierge).
Œuvres inauthentiques : (Vie de saint Amand, abbé et évêque de Maastricht). (Vie de sainte Waudru, vierge). (Élégie sur le martyre de sainte Agnès, vierge).
Poésie Œuvres inauthentiques : (Poésies diverses, contenant essentiellement des énigmes et des logogriphes, mais aussi huit épitaphes pour le pape Urbain II (), Yves de Chartres (), Sénèque (), Guillaume de Conches (), Pierre Abélard (), Lanfranc (), Henri d'Angleterre (), Hilaire d'Orléans ()D'après les éditions de Migne (1855) et de Chamart (1621), cf. ..
Notes et références
Annexes Bibliographie
. . . . Patrologie latine, 203 lire en ligne .
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Liens externes
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