Adrien Wettach, nom de naissance de Charles Adrien Wettach, connu sous le nom de scène de Grock, né le à Loveresse (Jura bernois) et mort le à Imperia (Italie), est un clown suisse.

Le personnage de Grock est un clown auguste musical. Très apprécié du public et reconnu par ses pairs comme l'un des meilleurs augustes et clown musicaux du , Grock fonde son succès sur un numéro unique constamment retravaillé et développé. Artiste complet, Grock a également joué dans quelques films muets et composé près de .

Après avoir vécu une enfance modeste, le jeune homme commence une carrière d'artiste de cirque – principalement dans un rôle de clown – relativement anonyme. À partir de 1903, Adrien Wettach créé le personnage de Grock, un clown auguste musical, pour son duo avec le clown Brick. Remarqué, le Suisse acquiert une reconnaissance dans le milieu circassien d'avant-guerre, grâce à son duo avec le célèbre clown blanc Antonet. À partir de 1913, Grock s'émancipe de la domination d'un clown blanc et commence à développer un long numéro composé principalement de gags musicaux. Au fur et à mesure des années et des partenaires, le numéro s'enrichit et remporte un grand succès populaire. Au faîte de sa notoriété au début des années 1930, Grock rencontre toutefois un accueil de plus en plus mitigé du public, lassé par le manque de renouvellement du numéro. Adrien Wettach décide de mettre fin à sa carrière au début de la Seconde guerre mondiale et part vivre en Italie durant le conflit (il est proche de plusieurs fascistes). Après la guerre, il reprend quelque temps son rôle de clown, crée un cirque durant trois ans puis retourne finir sa vie en Italie, dans sa villa à Oneglia.

Biographie

Précaution De l'aveu des spécialistes de l'univers du cirque et des clowns, la connaissance de plusieurs évènements de la vie d'Adrien Wettach reste lacunaire et parfois sujette à caution. L'une des clés pour expliquer toutes ces difficultés est proposée par Alix Maurin et Fabiano D'Amato dans leur documentaire Grock, ombres et lumières d'un clown de légende. Les deux hommes remarquent en effet la propension d'Adrien Wettach à mettre en scène son personnage Grock, à la vie comme à la scène, le tout dans le but de suggérer sa propre réussite et de contrôler son image ainsi que son mythe. Selon Tristan Rémy, la raison tient principalement dans le style de rédaction des Mémoires écrits par le Suisse (Grock raconté par Grock en 1931 ; suivi par Nit M-ö-ö-ö-glich en 1956, inconnu de Tristan Rémy lors de la rédaction de Les clowns). Ce dernier a en effet choisi de relater sa vie sous la forme d'un récit composé de multiples anecdotes. L'auteur recourt à la fantaisie, l'exagération et l'extravagance pour agrémenter sa narration et n'hésite pas à se contredire. Par ailleurs, si la plupart des aventures possèdent un fond de vraisemblance, il est probable que tout ou partie soit inventé ou emprunté à un confrère ou un ami. Il est nécessaire de rappeler qu'une partie de la vie de Grock, notamment ses débuts professionnels, s'est déroulée dans des troupes itinérantes, se déplaçant parfois dans certaines campagnes reculées. Les informations relatives aux artistes de cirque sont donc par nature moins contrôlables que celles de ceux se produisant au music-hall. Finalement, Tristan Rémy regrette le parti pris d'écriture adopté par Grock, qu'il se soit limité à écrire un livre de clown sur un clown. L'impossibilité de pouvoir s'appuyer sans réserves sur le contenu du texte autobiographique ainsi que l'absence d'un point de vue artistique sur sa carrière et sa pratique entretiennent les questions et les énigmes. Le critique français préfère pour sa part appuyer ses références biographiques sur l'ouvrage Clowns and Pantomimes de Maurice Willson Disher.

Y compris au sein de la famille Wettach, il apparaît que la vie du célèbre clown comportait des parties peu précises et inexpliquées. D'ailleurs, son petit neveu et biographe Raymond Naef dresse un portrait d'Adrien Wettach moins idéalisé que celui suggéré par les Mémoires. L'auteur le dépeint ainsi comme coléreux, borné mais également attentionné, pouvant faire preuve de générosité comme d'avarice, etc. Si Raymond Naef s'appuie en partie sur les Mémoires de son aïeul pour rédiger son ouvrage, il n'en demeure pas moins bien plus exhaustif et critique, comme le fait remarquer le clown Dimitri dans sa préface. En témoignent ainsi la publication de correspondances et d'informations au sujet des relations entre Adrien Wettach et les dignitaires du Troisième Reich mais aussi la plus grande précision dans la chronologie des évènements appuyée par le croisement des souvenirs des différents membres de la famille ainsi que des archives familiales.

Enfance et adolescence

Jura bernois et Seeland Charles Adrien Wettach naît le à Loveresse dans le Jura bernois.. Issu d'une famille de paysans bernois par son père et neuchâteloise par sa mère. L'enfant grandit dans le Jura bernois et à Bienne, dans le Seeland. Les années suivantes, la famille Wettach s'agrandit avec la naissance des trois sœurs et du frère d'Adrien : Jeanne, Fanny, Cécile et Adolphe. La famille est de condition modeste, voire pauvre, et vit des emplois occupés par son père, horloger et cafetier. Dans son autobiographie, Grock indique que sa famille a fréquemment déménagé dans différentes villes bernoises et jurassiennes (notamment La Neuveville, Le Landeron, Le Locle, Col-des-Roches, Bienne, Villeret), au gré des emplois de son père. Il explique également avoir occupé différents petits emplois durant cette période afin d'aider ses parents, notamment celui de vacher ou de garçon de ferme.

thumb|Enseigne moderne du café « Paradisli » à Bienne. Un dessin de Grock rappelle le lien entre le lieu et le clown.|gauche|200x200px

Le jeune Adrien Wettach grandit dans un environnement propice aux arts populaires. Ses parents sont en effet adeptes de musique. Ils jouent tous deux de la guitare et aiment chanter. Par ailleurs, son père, pratiquant régulier de gymnastique, d'acrobatie et ayant participé dans sa jeunesse à des représentations du cirque Marinelli, connaît quelques artistes et forains. Le garçon va donc rapidement devenir familier avec l'univers du cirque. Il apprend à jouer du piano et de plusieurs autres instruments de musique, notamment le violon, la flûte et le xylophone. Il s'initie également à certaines disciplines du cirque comme l'acrobatie, la contorsion ou la clownerie. C'est à Bienne que les premiers contacts directs entre Adrien Wettach et le monde du cirque s'établissent, notamment par l'intermédiaire du cirque Wetzel. Le père du jeune Adrien tient un café en périphérie de la ville - le « Paradisli » (le petit Paradis) - et y entrepose du matériel appartenant à son ami Franz Wetzel. Adrien bénéficie ainsi des relations étroites entre son père et le patron du cirque Wetzel pour intégrer la troupe durant l'été. Par ailleurs, l’adolescent profite également du café tenu par son père pour y jouer ses premières représentations de clown et d'acrobate afin de divertir les clients.

Dans ses Mémoires, Adrien Wettach explique avoir découvert l'univers du cirque, et plus particulièrement le rôle de clown, lors du passage du cirque Wetzel au Col-des-Roches. Fasciné par l'univers circassien, le spectacle et ces rencontres, le garçon construit un chapiteau de fortune après le départ des artistes et réalise un spectacle, principalement axé sur les pitreries, pour ses camarades. Lui-même situe ses débuts dans l'univers du cirque à Bienne, à partir de ses 13 ans. S'il se remémore la fascination qu'il éprouvait pour les bagages du cirque Wetzel entreposés dans les réserves de l'établissement de son père durant l'hiver, Adrien Wettach indique que sa première embauche fut à l'occasion d'un carnaval, lorsqu'il assura l'accompagnement musical de la troupe Wetzel d'abord à Bienne puis à Reconvillier. Son envie de devenir artiste le pousse également à tenter un voyage dans plusieurs grandes villes alémaniques (entre autres Berne, Lucerne, Zurich) afin d'y jouer avec sa sœur Jeanne. Toutefois, l'aventure tourne court.

Les années suivantes de sa vie en Suisse sont mal connues et les évènements incertains. Selon ses mémoires, la famille doit quitter Bienne et rencontre d'importantes difficultés financières. Le jeune adolescent tente d'aider ses parents en occupant différents emplois. S'il parvient les premiers mois à gagner de l'argent avec des prestations artistiques, il doit par la suite commencer un apprentissage d'horlogerie puis travailler dans des cafés ou des hôtels. De retour à Bienne après quelques mois, Adrien Wettach tente diverses aventures artistiques sans grand succès. À ses dires, le jeune homme acquiert une mauvaise réputation dans la ville seelandaise ainsi que sa région et se voit de plus en plus exclu de la vie sociale locale, vivant une vie pauvre et désœuvrée.

Hongrie En 1897, Adrien Wettach quitte la Suisse pour la Hongrie. Il exerce dans ce nouveau pays les professions de maître de langue et d'équitation, mais la chronologie et les détails de sa vie hongroise entre 1897 et 1899 restent sujet à caution.

Dans ses Mémoires, Adrien Wettach indique que son départ pour la Hongrie survient après que sa mère lui a trouvé un emploi auprès du comte Bethlen. Il est employé par la famille afin de faire la conversation en français au jeune héritier. Il ajoute que son départ de Suisse pour la Hongrie est concomitant avec celui de sa sœur Jeanne (qui a également obtenu un emploi en Hongrie), tandis que le reste de la famille déménage et s'installe à Budapest quelques semaines plus tard. Le jeune homme affirme passer plusieurs mois heureux auprès des Bethlen, étant d'un âge très similaire aux enfants de la famille et ayant l'occasion de se divertir avec eux. Toutefois, il décide de rejoindre Budapest et sa propre famille quelques mois plus tard, attiré par la vie mouvementée qu'il s'imagine trouver dans la capitale hongroise.

Toujours selon son autobiographie, Adrien Wettach explique que ses espoirs sont rapidement déçus une fois arrivé à Budapest. Le jeune homme retrouve alors un quotidien difficile, sans emploi. Il affirme employer ses talents musicaux en jouant du violon dans la rue afin de gagner quelques florins. Au cours d'une discussion chez un luthier, il semble être parvenu à se faire embaucher comme apprenti par celui-ci. Pendant quelques mois, Adrien Wettach a ainsi l'occasion de développer ses connaissances des techniques de fabrication, de réparation et d'accord d'instruments de musique. En parallèle, le jeune suisse est toujours attiré par une carrière artistique. Il indique avoir rencontré dans la boutique un musicien cherchant un violoniste pour compléter son orchestre de divertissement et l'avoir convaincu de l'embaucher. Après avoir accepté l'offre, Adrien Wettach est congédié par son employeur et il rejoint l'orchestre pour lequel il joue du violon, du xylophone et fait également le clown.

Débuts professionnels dans le cirque C'est en 1899 que la carrière d'artiste de cirque débute véritablement pour Adrien Wettach. À Budapest, il fait la connaissance d'un clown, un certain Alfred Prinz. À l'initiative de celui-ci, les deux hommes montent ensemble un duo de clowns, « Alfredianos », et se font engager par le cirque Krateily avec lequel Prinz était en contact. Pendant environ deux ans, le duo tournera dans les campagnes hongroises avant de se séparer à la suite du mariage d'Alfred Prinz.